Chapitre 36
Hôpital de Barnstable, 10h30.
Rick et Kate avaient à peine pris le temps d'avaler un café, avant de partir pour l'hôpital de Barnstable où Emily Price, d'après Novak, devait se trouver au chevet de son amie Eleanor. Gates était restée au manoir dans l'attente des officiers qui viendraient récupérer l'ordinateur et interroger Amy.
Novak voulait qu'ils sondent en priorité l'implication d'Eleanor Peacok aux côtés de Jack, puisque la jeune femme était réveillée et apte à leur parler d'après les médecins. Alors qu'ils étaient en route, il leur avait fait un rapide compte-rendu des dires de Jack par téléphone. Celui-ci niait toute implication d'Eleanor ou du révérend Oliver, mais n'avait pas l'air complètement au point sur l'explication des énigmes. Novak leur avait également fait part du fait que Jack souhaitait passer un accord avec eux, prétextant connaître l'assassin de Joshua Black. Bien entendu, il avait décliné l'offre. Il était hors de question pour lui que Jack obtienne une réduction de peine. Il avait néanmoins été surpris, d'une part qu'il sache que Joshua avait été tué, d'autre part qu'il puisse connaître le nom du meurtrier. Mais son avocat avait empêché toute question à ce sujet tant que l'accord ne serait pas passé. Beckett lui avait dit qu'il avait bien fait de refuser cet accord, car pour l'instant, ils avaient encore les moyens de trouver qui était le meurtrier par eux-mêmes.
A l'accueil, l'infirmière les orienta vers la chambre d'Eleanor Peacok, leur expliquant que la jeune femme était tirée d'affaire et qu'elle avait eu beaucoup de chance. Les médecins avaient dû pratiquer une ablation de la vésicule biliaire, mais avaient réussi à réparer les autres lésions internes, sans dommage.
Quand ils entrèrent, Eleanor les dévisagea avec étonnement, ne s'attendant visiblement pas à de la visite, du moins pas à la leur. Une femme d'une quarantaine d'années, sûrement Emily Price, était installée dans le fauteuil à côté du lit. Elle posa aussi sur eux des yeux curieux, se demandant qui ils étaient. Eleanor, allongée sous le drap et la couverture, n'avait pas l'air en trop mauvaise forme, malgré son teint pâle. Elle fit les présentations et les remercia sincèrement de l'avoir sauvée la veille, et d'être restés auprès d'elle. Mais elle se doutait bien qu'ils n'étaient pas venus que pour prendre des nouvelles de son état de santé.
- Eleanor, on doit vous poser des questions. C'est très important, commença Kate.
- Je vais peut-être vous laisser dans ce cas, fit gentiment Emily Price, en se levant du fauteuil.
- Non, restez, Madame. Nous aurons aussi besoin de vous interroger ensuite.
- Très bien, répondit-t-elle avec étonnement, et un peu d'inquiétude dans la voix, en se rasseyant.
- Eleanor, votre petit-ami Jack a été arrêté cette nuit, annonça Kate.
Eleanor accueillit la nouvelle avec une certaine tristesse dans les yeux, mais surtout un air résigné, et peu étonné.
- Vous saviez qu'il avait enlevé Amy ? continua Beckett.
Elle les regarda cette fois-ci avec des yeux stupéfaits. Elle s'attendait à ce que l'arrestation de Jack soit liée à leur agression ou au cambriolage, mais pas à la petite Amy.
- Mon Dieu ! Mais … elle va bien ? Vous l'avez retrouvée ?
- Oui, ne vous inquiétez pas pour la petite. Dans quel contexte voyiez-vous Jack ? reprit Kate.
- On sortait le samedi soir et le dimanche bien souvent. Et il venait aussi en manoir, en cachette.
- Comment faisait-il ? demanda Kate, qui connaissait la réponse mais voulait vérifier que les dires de la cuisinière corroboraient ceux de Jack.
- Il passait par les passages secrets, et venait tard le soir quand tout le monde était couché.
- Faisait-il autre chose que venir vous voir ? poursuivit Rick.
- Je l'ignore, mentit Eleanor.
Elle n'avait pas l'intention de protéger Jack, mais pas l'intention non plus de tomber avec lui. Après tout, elle l'avait à peine aidé, et n'était en rien mêlée à l'agression des Castle ou à l'enlèvement d'Amy.
- Jack a volé une sorte de clé dans le coffre de Monsieur Tudor. Etiez-vous au courant ? demanda Kate.
- Je l'ai su après seulement, expliqua Eleanor. Il l'avait dans la main quand on s'est disputés dans ma chambre.
- Vous ne l'avez pas aidé d'une façon ou d'une autre ? insista Rick.
- Bien-sûr que non ! Je tiens trop à ma place au sein du manoir, et Monsieur Tudor me faisait confiance. Jamais je n'aurais aidé Jack.
- Mais vous l'aimez non ? s'étonna Kate.
- Oui.
- Parfois par amour, on fait des choses insensées …, suggéra Kate.
- Je ne l'ai pas aidé, affirma-t-elle, catégorique.
Rick et Kate échangèrent un regard furtif. L'un comme l'autre avait un doute. Si Jack venait fréquemment voir Eleanor au manoir, ils s'étonnaient qu'elle n'ait pas été au courant de ce qu'il trafiquait. Mais ils n'avaient pas de preuve de son implication.
- Pourquoi vous êtes-vous disputée avec lui hier soir ? reprit Rick.
- Il voulait que je parte avec lui sur son bateau, quand il aurait trouvé le trésor, répondit-elle simplement.
- Vous saviez donc qu'il cherchait le trésor ?
- Oui, bien-sûr.
- Jack et Oliver cherchent le trésor depuis qu'ils sont mômes, ajouta Emily. Ils nous cassent assez les pieds avec ça depuis des années.
- Oui, j'en avais par-dessus la tête d'entendre parler de ce trésor qui n'existe peut-être même pas, continua Eleanor, en soupirant.
Les deux femmes avaient l'air sincères sur le fait que l'obsession de la quête du trésor de leurs compagnons puisse être exaspérante. Et Kate comprenait tout à fait leur position.
- Vous saviez que Jack était notre agresseur l'autre nuit dans la cave ? continua Kate, changeant de sujet.
Eleanor baissa les yeux, n'osant pas répondre.
- Eleanor ? Le saviez-vous ? insista Rick.
- Je ne l'ai su qu'après, quand vous aviez déjà disparu, avoua-t-elle doucement, mais …
- Vous apprenez toujours les méfaits de votre petit-ami après coup alors si on vous écoute, la coupa Kate.
- Je … oui …, balbutia-t-elle. Je n'y suis pour rien. Jack ne me dit pas tout, vous savez. Et je l'ai supplié de me dire où vous étiez pour qu'on vous retrouve mais …
- Si vous vouliez tant nous aider, pourquoi n'avoir rien dit à la police ? demanda Rick sèchement en la dévisageant.
- Parce que mon casier est vierge depuis dix ans, je ne voulais plus être mêlée aux histoires de Jack, avoua-t-elle.
- Et bien vous y êtes mêlée quand même, Eleanor. On aurait pu mourir dans ce tunnel ! s'exclama Kate, en haussant le ton.
- Jack me disait qu'il y avait une sortie et que vous ne risquiez rien.
Rick et Kate préférèrent ne pas relever cette dernière remarque, tant Eleanor commençait à les agacer. Plus l'interrogatoire avançait, plus ils avaient l'impression qu'elle relativisait sa connaissance des faits. Et de toute façon, elle était complice de Jack en n'ayant pas signalé qu'il était leur agresseur alors même que la police l'avait interrogée le jour de leur disparition.
- Jack a-t-il tué Joshua ? enchaîna Kate, sans transition, cherchant à provoquer Eleanor et à tester ses réactions.
- Joshua ? Mais … vous êtes fous ! s'exclama-t-elle, l'air horrifiée par cette insinuation. Joshua s'est suicidé.
- Joshua a été tué, affirma Kate. Je réitère donc ma question : Jack a-t-il tué Joshua ?
- Mais non ! Jack n'est pas un tueur. Son truc c'est de cambrioler, il n'a jamais fait de mal à ….
- Il m'a juste fracassé le crâne, a blessé mon mari et vous a tiré une balle dans le ventre. Mais à part ça, il n'est pas violent ? s'agaça Kate.
Rick n'ajouta rien, sentant que Kate commençait à perdre patience. Emily n'en menait pas large. Elle ne disait rien, se contentant d'écouter, mais avait l'air effrayée par le contenu de leur discussion, comme si elle découvrait les événements.
- Non, mais … je … Il n'aurait pas tué Joshua … pas volontairement, poursuivit Eleanor.
- Et involontairement ? Un petit coup sur la tête ? fit Rick, sarcastique.
- C'est moi qui lui ai appris que Joshua s'était suicidé, se contenta-t-elle de répondre.
- Et comment a-t-il réagi ?
- Il a eu l'air surpris. Et il a dit que …., commença-t-elle.
- Qu'a-t-il dit ? insista Kate.
Eleanor hésita à répondre, sentant qu'elle risquait d'incriminer Jack. Elle ne savait rien concernant la mort de Joshua, mais elle n'imaginait pas Jack tuer quelqu'un. Mais de toute façon, après ce qu'il lui avait fait, elle n'avait pas à le protéger.
- Il a dit que Joshua fouinait partout.
- Et vous pensez toujours qu'il n'y est pour rien ? s'étonna Kate, en lui lançant des yeux furieux.
- Où fouinait Joshua ? demanda Rick.
- Je n'en sais rien. Je ne m'intéressais pas à ce que faisait Joshua.
- Et vous Emily ? continua Kate, en se tournant vers la femme, qui, le visage livide, se demandait ce qui se passait.
- Moi ? fit-elle doucement, osant à peine répondre.
Kate sentit dès ses premiers mots qu'Emily n'avait probablement rien à voir avec tout ça. On aurait dit que le ciel venait de lui tomber sur la tête. Elle commença par bredouiller qu'elle ne savait même pas qui était Joshua, et qu'elle n'avait pas remis les pieds au manoir depuis plus de vingt ans.
- C'est étrange …, fit Kate, car il se trouve que plusieurs mails, trois exactement, ont été envoyés à Joshua Black depuis votre domicile au cours des dernières semaines.
- Depuis chez moi ? répondit-elle, stupéfaite.
- Oui. Les adresses IP ne mentent pas.
- Mais c'est impossible, je vous jure, affirma-t-elle, je ne sais pas qui est Joshua Black. Je ne lui ai jamais parlé ni de vive voix, ni par mail.
- Qui a accès à votre ordinateur ?
- Mon fils, c'est tout. Mais il a dix ans, il …
- Qui d'autre ? enchaîna Rick.
- Personne. Enfin, il y a bien des amis qui passent à la maison parfois, et la jeune fille qui garde Jacob de temps en temps. Mais ils n'utilisent pas mon ordinateur.
- Et votre ex-mari ?
- Oliver ? Il n'entre jamais chez moi.
- Même quand il vient voir votre fils ?
- Oui. Il le récupère dans le jardin quand il vient le chercher, ou alors je lui dépose.
- Il a les clés de chez vous ?
- Non. Mais vous croyez qu'Oliver a fait quelque chose de mal ?
- Jacob a-t-il des clés personnelles ? enchaîna Kate, sans répondre à sa question.
- Oui. Il a son jeu de clés.
- Très bien.
- Oliver aurait pu aider Jack à résoudre les énigmes ? continua Rick.
- Oui, bien-sûr. Ils sont amis depuis toujours.
- Que seraient-ils prêts à faire l'un pour l'autre ?
- Beaucoup de choses. Mais Oliver est révérend ! s'exclama-t-elle. Il ne ferait rien qui aille à l'encontre de ses convictions !
- Même pour un trésor dont il rêve depuis toujours ?
- Vous avez vu Oliver ? Il ne ferait pas de mal à une mouche.
- Ce n'était pas ma question. De quoi serait capable Oliver pour ce trésor ?
- Il est obsédé par ce trésor. C'est à cause de ça qu'on s'est séparés. Il devenait fou avec ça. Il passait des nuits à étudier des cartes, des plans, à lire des bouquins. Mais j'ai été mariée près de vingt ans avec lui, je le connais bien.
Chambre de Rick et Kate, 13 heures.
Quand ils étaient rentrés de Barnstable, tout au manoir semblait partir à vau l'eau. Gates leur avait raconté comment les officiers Sullivan et O'Connor étaient venus chercher Margareth Tudor pour la ramener au poste et procéder à son interrogatoire suite aux révélations officielles de Spencer. Devant Monsieur Tudor qui assistait à la scène, les policiers avaient bien tenté de relativiser les choses, et d'expliquer que c'était la routine dans pareille affaire. Mais Philip, ignorant le rôle joué par sa femme, était monté sur ses grands chevaux ne comprenant pas qu'on puisse l'interroger comme une vulgaire criminelle. Margareth avait réagi avec calme, faisant preuve d'un aplomb redoutable. Elle avait essayé de calmer la colère de son époux, lui disant que si elle pouvait aider à trouver qui avait tué Joshua elle le ferait volontiers. Finalement, tous deux étaient partis avec les officiers pour le poste à Brewster. Ces derniers avaient auparavant tenté d'interroger Amy, qui n'avait pas desserré les mâchoires, s'enfermant dans le mutisme et refusant de dire quoi que ce soit aux policiers. Ils n'avaient pas insisté, ayant de toute façon, les aveux de Jack Mustard.
En passant devant le grand salon, Rick et Kate avaient aperçu Savannah et Wyatt, qui mangeaient des sandwichs, l'air un peu perdus au milieu de tout ce grabuge, et Rose, seule rescapée à bord du navire, qui tentait comme elle le pouvait de s'occuper de ses hôtes. Ils ne s'étaient pas arrêtés pour leur parler, d'abord parce qu'ils devaient retrouver Gates pour faire le point, ensuite parce qu'ils avaient faim, et voulaient se retrouver au calme.
Ils étaient maintenant attablés dans leur chambre, et, tout en mangeant les encas qu'ils avaient achetés avant de rentrer, ils avaient expliqué au Capitaine Gates ce qu'ils avaient appris suite à l'interrogatoire d'Emily Price et Eleanor.
Ils avaient beau tourner les choses dans tous les sens, ils en arrivaient à la conclusion que ce n'était pas Jack qui avait frappé Joshua, pour la simple et bonne raison qu'il avait dit savoir qui était le tueur. Ils avaient titillé Eleanor à ce sujet pour tenter d'en apprendre davantage, mais au final, Eleanor comme Emily avaient l'air de réellement ignorer l'existence d'un lien entre Joshua et leurs compagnons respectifs. Si Jack disait vrai, et il disait sûrement vrai, étant donné que c'était sa seule chance d'espérer réduire sa peine, alors il ne pouvait pas être l'agresseur de Joshua. Par contre, à force de traîner dans les passages secrets du manoir, il avait très bien pu voir ou entendre ce qui s'était passé, ce qui expliquerait qu'il essaie de jouer là-dessus pour obtenir une réduction de peine. Le plus simple aurait été qu'ils concluent un accord avec lui. Gates avait suggéré cette éventualité, mais pour Rick comme pour Kate, il était hors de question de négocier, après ce qu'il leur avait fait subir. De plus, ils ne savaient pas vraiment de quelle information disposait Jack. Ce n'était pas le nom de l'agresseur qu'il leur fallait, mais des preuves irréfutables. Et la parole de Jack était très loin d'être irréfutable.
Il ne restait donc plus que Margareth sur la liste de leurs suspects. Margareth, contre laquelle, ils n'avaient toujours pas la moindre preuve. Il leur fallait attendre l'expertise concernant l'ordinateur de Joshua, et son interrogatoire. Restait aussi à éclaircir le mystère du révérend Oliver. Tous trois étaient persuadés que ce révérend n'était pas aussi innocent qu'il en avait l'air. Il pouvait très bien s'être introduit chez son ex-femme grâce aux clés de son fils, et avoir volontairement envoyé les mails depuis chez elle. Une telle chose impliquerait une préméditation et même un certain machiavélisme, dans tous les cas, un comportement en totale opposition avec l'attitude attendue d'un révérend. D'autres éléments étaient troublants, comme le fait qu'il ait quasiment dénoncé son ami, très facilement, et que ce dernier ne s'en soit pas offusqué plus que ça lors de son audition. Ou encore le fait qu'il ait relativisé sa quête du trésor, alors que sa femme avait divorcé justement à cause de son obsession.. Au terme de leur discussion, le révérend Oliver venait donc rejoindre Margareth Tudor sur la liste des suspects. Ils avaient pour point commun de n'avoir à leur encontre aucune preuve concrète. Mais Jack savait qui était le tueur a priori. Balancerait-il Oliver s'il savait qu'il avait frappé Joshua juste pour gagner quelques mois de réduction de peine ? Sacrifierait-il son amitié ? Ou bien était-ce Margareth qu'il était prêt à dénoncer ? Difficile à dire.
Une heure plus tard
Gates s'était absentée pour passer plusieurs appels. Depuis son absence du poste, elle était harcelée de coups de fils. Pas facile de gérer un commissariat à distance. D'ailleurs, maintenant que Jack Mustard avait été arrêté, et que tout danger semblait écarté, elle envisageait de rentrer rapidement, peut-être dès la fin d'après-midi. Elle pouvait difficilement rester éloignée plus longtemps du poste.
Avant de rejoindre sa chambre, Gates avait donné à Kate une copie du dossier de l'affaire Joshua Black, transmise par Novak, via ses officiers, afin qu'ils puissent avoir le détail de l'interrogatoire de Spencer, de l'autopsie de Joshua Black, et des différentes analyses réalisées.
Kate s'était donc confortablement installée sur le lit, pour se plonger dans la lecture du dossier, tandis que Rick, assis à ses côtés, feuilletait son livre fétiche, bien décidé à trouver le sens de la dernière énigme. « Nous fûmes quarante-et-un. Là est le trésor. » Pour commencer, Rick chercha dans la table des matières si le chiffre quarante-et-un apparaissait quelque part, ce qui n'était pas le cas. Il entreprit donc de parcourir les pages qui lui semblaient les plus opportunes, dans l'espoir d'y trouver une information. Au bout de quelques minutes, il posa son livre de dépit. Kate releva la tête de ses documents, constatant son air déconfit.
- Tu ne trouves rien ? demanda-t-elle.
- Non. C'est agaçant …
- Ce n'est pas grave si on ne trouve pas ce trésor, Castle. Gates a raison.
- Ce n'est pas grave … peut-être, mais il faut que je le trouve. Quarante-et-un … Quarante-et-un quoi ?
- Voleurs ? suggéra Kate, avec un petit sourire moqueur.
- Très drôle … C'est Ali Baba et les quarante voleurs ! Pas quarante-et-un.
Elle éclata de rire.
- Je retire ce que j'ai dit. Tu es vraiment nulle pour la chasse au trésor ! lança-t-il en riant.
- Je ne chasse pas les trésors mais les méchants moi !
- Et ça donne quoi ta chasse aux méchants ? Tu trouves quelque chose ? demanda-t-il en regardant toute la paperasse éparpillée sur le dessus de lit.
- Non. Rien de particulier. Spencer s'est contenté de répéter ce qu'on savait déjà.
- Le pauvre …, soupira Rick.
- Le pauvre ? Je l'aime bien moi-aussi, mais il a quand même balancé un gars vivant par-dessus le balcon.
Il ne le savait pas, répondit Rick, prenant sa défense.
- Il a voulu dissimuler un meurtre. Ce n'est pas rien.
- Il est amoureux, on peut l'excuser, poursuivit Rick, en s'adossant à la tête de lit.
- Quand je pense que tu ne l'aimais pas, et maintenant, tu lui trouves des excuses, sourit Kate.
- Oui, parce qu'à sa place j'aurais agi comme lui.
- C'est rassurant … d'être mariée à un délinquant potentiel ! lança-t-elle en riant.
- Tu devrais trouver ça romantique !
- Romantique certes mais complètement fou …
- Parce que si tu croyais que j'avais commis un meurtre, tu ne chercherais pas à me protéger toi ?
- Tu ne commettrais pas de meurtre, affirma-t-elle, catégorique.
- Mais tu pourrais le croire.
Elle posa sa liasse de papiers, et s'approcha un peu plus de lui, plongeant son regard dans le sien.
- On m'a déjà laissé entendre que tu avais commis un meurtre, mais je ne l'ai pas cru, non ? fit-elle avec un sourire.
- Mais si jamais …, insista-t-il.
- Oh arrête avec tes « si » …, soupira-t-elle. Je vais te dire, si tu commettais un meurtre, vraiment, je t'enverrai moi-même en prison.
- Sérieusement ? En prison ? s'étonna-t-il en la dévisageant pour tenter de lire dans ses yeux.
- Je suis flic, Castle !
Elle riait intérieurement de pouvoir, comme souvent, lui laisser croire n'importe quoi.
- Mais je suis ton mari, s'indigna-t-il.
- Mari ou pas, je ne fais pas d'exception. Je me ferais un plaisir de te menotter de nouveau, pour de bon cette fois !
Elle ne put se retenir de sourire, incapable de garder son sérieux plus longtemps devant son air dépité, si bien qu'il finit par comprendre qu'elle plaisantait.
- Ne t'inquiète pas, je viendrais te voir en prison. On pourrait même faire des trucs coquins au parloir, fit-elle rieuse, en approchant son visage du sien pour venir déposer un baiser sur ses lèvres.
- C'est tentant … Je vais peut-être essayer de tuer quelqu'un tout compte fait …, ajouta-t-il l'air songeur.
- Arrête de dire des bêtises, fit-elle en souriant.
Elle le regarda tout à coup plus sérieusement, glissant sa main dans ses cheveux avec tendresse.
- Si tu tuais quelqu'un …, reprit-elle, ce qui n'arrivera jamais, rassure-moi ?
- Non, répondit-il avec un sourire, savourant la douceur de ses doigts caressant ses cheveux. Enfin … pas volontairement … à moins que … peut-être si quelqu'un …
- Tu ne peux pas juste dire « non » ? Et évitez-les « si » …
- Eh bien, je ne suis pas sûr à 100 % en fait …, répondit-il en réfléchissant.
- Toujours aussi rassurant, sourit-elle. Donc si tu tuais quelqu'un, ce qui arrivera peut-être un jour apparemment, je réagirais avec mon cœur. Et mon cœur est à toi.
Il resta presque interdit devant une si jolie réponse, alors qu'elle se penchait pour l'embrasser de nouveau.
- Tu es rassuré ? fit-elle avec un sourire en se redressant.
- Tout à fait. Tu es aussi romantique et folle que moi !
Elle sourit.
- Tu devrais monter voir Violet pour ton énigme, suggéra-t-elle en reprenant sa liasse de documents.
- Voilà une bonne idée. J'y vais. Tu restes là ?
- Oui. Je vais finir de lire ce dossier. Et puis Gates ne devrait pas tarder à revenir.
- Ok, répondit-il, en lui déposant un baiser sur la tempe.
Il se leva et s'approcha de la porte, tandis que déjà elle s'était replongée dans sa lecture. Il lui jeta un regard furtif, saisissant cette image d'elle qu'il aimait tant. Assise en tailleur sur le lit, elle avait retrouvé son air concentré et sérieux, celui qu'il connaissait par cœur, pour l'avoir tant de fois contemplé au commissariat.
- Kate …, fit-il, la main déjà posée sur la poignée de la porte.
Elle releva les yeux, et sourit.
- Je t'aime, dit-il doucement.
Son sourire s'élargit, et son regard s'emplit de tendresse.
- Moi-aussi, je t'aime.
Chapitre 37
Suite de Violet Tudor, 14h30
Quand Rick avait frappé à la porte de la chambre de Violet, celle-ci avait ouvert immédiatement, le saluant à voix basse, avant de le faire entrer. Amy était en train de faire la sieste, et il ne fallait pas la réveiller après la nuit qu'elle avait passée. Rick remarqua tout de suite combien Violet avait l'air abattue. Si les jours précédents, elle avait semblé s'ouvrir davantage, aujourd'hui, son visage reflétait toute sa tristesse.
- Merci pour ce que vous avez fait pour Amy hier, commença-t-elle après l'avoir fait asseoir.
- Comment va-t-elle ?
- Bien. Elle est fatiguée surtout.
- Il paraît qu'elle n'a pas voulu parler aux officiers de police ?
- Non. Je crois qu'elle avait peur, tout simplement. Et comme elle est un peu tête de mule, il n'y a pas eu moyen de la faire parler, répondit-elle en esquissant un sourire.
- De toute façon, cet homme va être condamné. Il y a bien assez de preuves contre lui.
- Et pour Spencer ? demanda-t-elle, reprenant son air triste.
- On va trouver qui est responsable de la mort de Joshua, et cela permettra sans doute de relativiser le rôle de Spencer, expliqua Rick, tentant d'apaiser ses craintes.
- Mais il va aller en prison ?
- Je voudrais vous rassurer, et vous dire que non. Mais je n'en sais rien, fut forcé de reconnaître Rick.
- On vient juste de se retrouver, et je venais de lui dire pour Amy …
Rick n'osa pas poser la question, mais comprit entre les mots qu'Amy était la fille de Spencer.
- Maintenant, tout est fichu …
- Mais non, Violet. Spencer ne va pas passer sa vie en prison. Vous allez prendre un nouveau départ.
- Vous croyez ? demanda tristement Violet, cherchant du réconfort.
- Mais bien-sûr. Spencer vous aime de tout son cœur. Il a fait ça pour vous. Que ce soit bien ou mal, il l'a fait pour vous. Et c'est tout ce qui doit compter pour vous aujourd'hui.
- Oui.
- Il a besoin que vous soyez-là pour lui, affirma-t-il simplement.
- Je serai là pour lui. Mais je vous embête avec mes histoires.
- Vous ne m'embêtez pas. Ne vous inquiétez pas pour ça, répondit gentiment Rick.
- Vous aviez besoin de mon aide peut-être ?
- Oui. Dans le phare de Nauset, on a trouvé une nouvelle énigme, et cela m'intéresserait d'en comprendre le sens, expliqua-t-il.
- Si je peux vous aider. Dites-moi.
- « Nous fûmes quarante-et-un. Là est le trésor. »
- Les quarante-et-un pères pèlerins qui ont signé le Mayflower Compact, répondit Violet comme une évidence, William Brewster en faisait partie.
Elle lui expliqua toute l'histoire de pacte signé par les premiers immigrants, qui avait servi de base à la constitution américaine.
- Comment vous interpréteriez cette énigme alors ? demanda Rick, comptant sur sa connaissance pointue de l'histoire de la région.
- Il y a une copie du texte original rédigée par William Bradford, un des signataires, qui est conservée dans un coffre de la Bibliothèque d'Etat à Boston. Peut-être qu'il y a un élément sur ce document qui mène au trésor, expliqua-t-elle.
- William Brewster avait connaissance de cette copie ?
- Je l'ignore. Mais Bradford et lui vivaient tous deux à Plymouth à la même époque.
- Ce document est consultable ? se renseigna Rick.
- Oui, mais il faut faire une requête spéciale pour demander une autorisation.
- Et s'il fallait chercher une explication en étudiant les quarante-et-un pères pèlerins qui ont signé ?
- Ça me paraît complexe. Après leur arrivée sur la presqu'île, ils se sont dispersés. Tous ne sont pas restés en contact les uns avec les autres. Je ne vois pas quel lien ils pourraient tous avoir qui mènerait au trésor.
- Merci beaucoup en tout cas, fit Rick.
- Si vous voulez, je peux aller à Boston cet après-midi et consulter le document pour vous.
- Vous pourriez faire ça ?
- Oui. Bien-sûr. J'ai accès à tous les documents sans problème, étant donné les recherches que j'ai déjà effectuées, expliqua Violet.
- Ce serait vraiment génial.
- J'irai tout à l'heure alors. Si je peux vous aider, après tout ce que vous avez fait. Je ne vous garantis pas de trouver quelque chose, mais je vais essayer.
- C'est très gentil. Je vais vous donner mon numéro au cas où.
Au même moment, la petite Amy arriva en gambadant depuis sa chambre, son doudou à la main et son pouce dans la bouche. Elle vint se blottir dans les bras de sa mère dans le canapé et esquissa un sourire à l'intention de Rick.
- Dis bonjour Amy s'il te plaît, lui fit Violet gentiment.
- Bonjour, Rick, dit la fillette avec un sourire.
- Bonjour ma puce. Tu vas bien ?
- Oui. Où elle est ton amoureuse ? demanda Amy.
- Elle est restée dans notre chambre. Elle travaille.
- Elle fait quoi comme travail ? continua Amy, curieuse.
- Elle cherche à attraper les méchants. Elle est policière, expliqua Rick.
- Comme ceux qui sont venus ?
- Un peu pareil, oui.
- Policier c'est pas un travail de fille. C'est que les garçons !
- Non, sourit Rick, les filles peuvent aussi arrêter les voleurs et les méchants … Et mon amoureuse est super forte en plus.
- Elle a arrêté les messieurs du phare alors ? demanda Amy.
- Les messieurs ? s'étonna Rick, se demandant s'il avait bien entendu.
- Oui.
- Il y en avait plusieurs ?
- Oui.
Cette révélation le stupéfia, mais il n'y avait aucune raison qu'Amy fabule. Elle s'exprimait avec toute son innocence, n'anticipant pas les conséquences des mots qui sortaient de sa bouche. Cette spontanéité, qui était le propre des jeunes enfants, venait de donner une nouvelle tournure à cette affaire qu'ils pensaient bouclée. Jack n'avait donc pas agi seul.
- Combien de messieurs ? demanda Rick, réalisant que la petite ne savait peut-être pas compter.
- Un monsieur et un autre monsieur, répondit Amy en levant l'un après l'autre son pouce puis son index, comme pour illustrer ses propos.
Il sourit à l'air concentré que son petit visage avait pris. Non seulement, Amy était adorable, mais en plus, elle était sacrément futée et dégourdie.
- Tu voudrais bien me raconter un peu ce qu'ils ont fait ? demanda Rick.
La petite se tourna vers sa maman, comme pour requérir son approbation.
- Vas-y, raconte, lui fit-elle doucement, l'encourageant d'un sourire.
- Je t'écoute, Amy, ajouta Rick.
- J'ai marché avec le fantôme du manoir entre les murs, commença Amy.
- Le fantôme du manoir ? Ne me dis pas que tu as eu la chance de le rencontrer ? s'extasia Rick.
- Si ! s'exclama fièrement la fillette.
- Et tu n'as pas eu peur ?
- Un peu. Mais c'était un gentil fantôme. Et en plus, il avait une grosse barbe !
- Eh bien ! C'est un sacré fantôme ça. Il t'a emmené dans le phare ?
- Oui. Et j'avais froid.
- Et l'autre monsieur il était dans le phare ?
- A côté du phare. Dans une voiture. Il était gentil.
- Ce n'était pas un fantôme ?
- Non.
- Tu l'avais déjà vu ?
- Oui.
- Tu connais son nom ?
- Non.
- Où l'as-tu vu ?
- Je ne dois pas le dire, répondit la fillette.
- Il t'a dit de ne pas le dire ?
- Oui. Il a dit qu'il faut promettre, affirma Amy.
- Et tu as promis ?
- Oui.
Immédiatement, Rick pensa au révérend Oliver. Amy le connaissait, et il avait toutes les raisons du monde, à la fois d'avoir agi avec Jack, et d'avoir été gentil avec la fillette. Même le révérend le plus machiavélique qui soit ne pouvait pas s'en prendre à une enfant. Pas dans son monde en tout cas.
- Quand tu vois ce monsieur d'habitude, avec qui es-tu ? Avec la maîtresse ? Tes copines ? Ta maman ? demanda Rick.
- Avec maman. Papy et Mamie.
- Qu'est-ce qu'il fait ce monsieur ?
- Il parle. Et il chante aussi. Dans l'église.
- D'accord. Super Amy.
- Ton amoureuse va arrêter les messieurs ?
- Oui. Tous les deux. Grâce à toi.
Violet, qui venait de comprendre en même temps que Rick que le révérend Oliver était impliqué, lui lança un regard horrifié, ne pouvant s'imaginer que ce si gentil révérend qui prêchait la bonne parole tous les dimanches, ait pu se retrouver mêlé à l'enlèvement de sa fille.
Commissariat de Brewster, 14h30
Margareth Tudor se trouvait face à eux dans la salle d'interrogatoire, pour ce qui ne devait être qu'une audition en tant que témoin. Du moins, c'est ainsi que les choses lui avaient été présentées. Elle semblait sereine, fidèle à elle-même, son visage ne reflétant pas la moindre émotion, ni positive ni négative. Son mari patientait dans le couloir, se demandant pourquoi elle était interrogée et pas lui. Il l'avait questionnée alors que la voiture de police les emmenait jusqu'au commissariat, mais Margareth avait fait mine d'ignorer de quoi il retournait, supposant que les policiers allaient de toute façon finir par interroger tout le monde. Novak abordait cet interrogatoire avec méfiance. D'après leurs suppositions, Margareth avait pu frapper Joshua, faire croire qu'il était mort ou l'avoir cru sincèrement, et avoir incité le majordome à maquiller le crime en suicide. Il ne voulait néanmoins pas trop en dire tout de suite, sachant qu'il n'avait toujours aucune preuve solide pour l'accuser de quoi que ce soit, mis à part la dissimulation de cadavre, suite à la déclaration de Spencer. Le portable de Joshua était toujours entre les mains des experts.
Margareth se doutait bien que si elle était là, c'était que Spencer avait parlé. Mais qu'avait-il dit à son sujet ? Intérieurement, elle bouillonnait, pas vraiment angoissée pour l'instant, mais fâchée qu'il ait pu l'impliquer. Elle était impatiente d'apprendre ce que le lieutenant Novak savait de sa participation au meurtre de Joshua.
- Madame Tudor, commença Novak, nous sommes désolés de vous importuner, mais il s'avère que nous avons plusieurs détails à éclaircir.
- Votre majordome nous a appris que vous aviez découvert le corps de Joshua vendredi soir dans le petit salon. Est-ce bien le cas ? demanda Ramirez.
- Malheureusement, oui … quelle tragédie …, répondit-elle, prenant un air quelque peu affligé.
- Pourquoi n'avoir rien dit ?
- Par amour pour mon mari, tout simplement.
- Ce qui signifie ?
- Quand j'ai découvert ce pauvre Joshua, qui gisait sur le sol, j'ai paniqué, expliqua-t-elle. J'ai cru que peut-être Philip s'était disputé avec lui et …, enfin, vous savez …, j'ai voulu le protéger.
- Qu'avez-vous fait pour le protéger ? demanda Novak.
- J'ai appelé Spencer, qui est venu immédiatement.
Elle avait longuement réfléchi à la stratégie à adopter au cas où ce qui était en train de se produire arriverait. A savoir être soupçonnée d'avoir participé à la mise en scène du suicide. Pour l'instant, il ne semblait s'agir que de ça. Elle n'était pas stupide. Elle avait appelé Spencer. Celui-ci était en garde-à-vue et son téléphone avait dû être analysé. C'était l'avantage d'être abreuvée de séries policières à la télévision, on ne manquait pas de connaissance sur le déroulement d'une enquête, ou, plus intéressant encore, sur les mille et une façons de tenter d'échapper à la justice.
Chacune de ses réponses ou de ses réactions avaient donc été savamment élaborées. Elle savait qu'elle ne pourrait pas niée avoir découvert le corps de Joshua, et reconnut donc les faits.
- Vous avez aidé Spencer à maquiller la mort de Joshua en suicide ? poursuivit Novak sans prendre de pincettes.
- Non ! Bien-sûr que non ! s'offusqua-t-elle, sachant très bien que pour ce fait, ils n'avaient aucune preuve, et que ce serait sa parole contre celle d'un majordome.
Novak garda pour lui, pour l'instant, le fait que Spencer leur avait expliqué qu'il avait agi seul pour déplacer le corps de Joshua, mais que Margareth avait surveillé les couloirs. Il voulait se garder une marge de manœuvre et tester les réactions de Margareth. Il avait beau la soupçonner d'être une manipulatrice hors pair, il avait du mal à lire dans son regard. Elle avait l'air peut-être un peu trop compatissante à l'égard de ce malheureux Joshua, alors que tout le monde avait décrit sa froideur, et son absence de larmes le jour de sa mort.
- Donc vous avez appelez Spencer, reprit Ramirez. Que lui avez-vous dit ?
- Je lui ai dit que Joshua était mort.
- Vous avez vérifié ?
- Oui, bien-sûr, mentit-elle.
- Joshua n'était pas mort, affirma Novak en la toisant du regard.
- Comment cela ? fit-elle mine de s'étonner.
- Le légiste est formel, Joshua n'était pas mort à ce moment-là. Il est mort des suites de la chute du balcon, expliqua Ramirez.
- Mais …
- Je réitère ma question. Avez-vous vérifié ?
- Oui, mentit-elle de nouveau. Il était mort. Il ne respirait pas. Je n'ai pas senti de pouls.
- Admettons que vous vous soyez trompée, fit Ramirez, sceptique. Qu'avez-vous fait ensuite ?
- Spencer avait l'air paniqué. Il craignait que Violet ait pu se disputer avec Joshua. Il m'a dit de regagner ma chambre, et qu'il allait se charger du reste. Je ne sais pas ce qu'il a fait ensuite. J'ai découvert comme tout le monde le suicide de Joshua.
Novak s'étonna ensuite qu'après avoir constaté à quel point son mari était bouleversé, elle n'ait pas réalisé qu'il ne pouvait pas avoir tué son fils, et donc qu'elle n'ait pas fini par révéler à la police ce qu'elle savait. Margareth expliqua, avec calme et précision, que bien-sûr, elle avait compris que son mari n'avait rien à voir avec tout cela, mais que peut-être sa belle-fille était responsable. Elle ne pouvait par conséquent pas prendre le risque de revenir sur ses déclarations initiales. Sur le moment, elle n'avait pas imaginé le moins du monde que quelqu'un ait pu s'introduire dans sa demeure au vu de la performance du système de sécurité qui leur avait coûté une fortune.
- A aucun moment vous n'avez dit à votre mari que vous aimez au point de le couvrir s'il commettait un meurtre, que son fils ne s'était pas suicidé ?
- Joshua était mort, qu'est-ce que ça aurait changé ?
- Peut-être que Philip aurait pu se sentir un peu moins coupable.
- Son fils est mort, Philip se sent responsable de toute façon de ne pas avoir été assez présent pour lui.
Novak se fit la réflexion que cette femme avait réponse à tout. Mais une chose était sûre, il y avait chez elle quelque chose de désagréable, une espèce d'attitude insensible, qui faisait presque froid dans le dos. Elle expliquait les faits avec distance, ne 's'impliquant pas émotionnellement. Tout ce qu'elle disait était plausible, mais sonnait faux. De toute façon, elle était d'ores et déjà complice de dissimulation de cadavre, bien qu'elle minimise le rôle qu'elle avait joué.
Ramirez enchaîna ensuite sur le rendez-vous avec Joshua à minuit et demi dans le petit salon. Cette question-là aussi, elle l'avait anticipée. Elle expliqua que Joshua, d'après ses dires, s'était aperçu qu'elle entretenait une relation épisodique avec Spencer, et qu'il l'avait fait chanter, menaçant de tout révéler à son mari. C'est à ce sujet qu'elle avait rendez-vous avec le jeune homme ce soir-là.
- Qu'aviez-vous prévu de lui dire ?
- J'allais lui dire que je n'avais pas peur de son chantage, et qu'il pouvait révéler à Philip ce que bon lui semblait. Mon mari m'a trompée pendant vingt ans, Lieutenant, et a eu un fils avec sa maîtresse, vous pensez qu'il se serait offusqué que je couche une fois ou deux avec son majordome ? Demandez-lui, vous verrez.
- Donc vous n'avez rien à voir avec la mort de Joshua ?
- Bien-sûr que non ! Comment pouvez-vous imaginer que … C'était le fils de mon mari.
- Mais pas le vôtre …, répondit Novak avec sarcasme.
Margareth ne releva pas cette dernière remarque, mais quand le lieutenant lui expliqua qu'à compter de maintenant elle était placée en garde-à-vue pour une durée de vingt-quatre heures, suite au fait qu'elle était accusée de dissimulation de cadavre, elle fit mine d'être profondément choquée, reconnaissant que ce qu'elle avait fait était vraiment grave, et qu'elle regrettait d'avoir agi ainsi. Novak ne sembla pas très réceptif à ses excuses, et lui lut ses droits. Elle les informa que, de bien entendu, elle allait appeler son avocat. La garde-à-vue ne l'inquiétait pas vraiment, car elle savait qu'au bout du compte, ils n'auraient rien de plus contre elle. Même si elle devait être jugée pour cette dissimulation de cadavre, son avocat ne devrait pas avoir trop de mal à la tirer de cette mauvaise passe. Ce qu'elle redoutait davantage, c'était la réaction de Philip. Il allait être fou de colère d'apprendre ses mensonges. Cela finirait par lui passer, sans doute, mais sur le coup, elle allait devoir encaisser sa rage avec le plus de remords et de tristesse possible. Elle restait néanmoins persuadée que Philip se soucierait avant tout de sauvegarder les apparences, et par conséquent de faire en sorte que cette histoire fasse le moins de bruit possible. Il avait une réputation à tenir dans la région, et un rang à honorer.
Novak la regarda sortir encadrée par deux policiers, se disant que d'ici la fin de sa garde-à-vue, il fallait qu'ils trouvent, grâce à cet ordinateur, ou par un quelconque moyen, une preuve permettant de l'accuser d'homicide.
Chambre de Rick et Kate, 15 h.
Kate était toujours plongée dans la lecture minutieuse du dossier de Joshua Black. Elle avait relu les détails de l'autopsie qu'elle avait déjà regardés plusieurs fois, cherchant un élément, même minime qui n'ait pas attiré leur attention. Mais elle n'avait rien trouvé de plus. Les derniers documents du dossier concernaient les analyses réalisées sur les vêtements que portaient Joshua au moment de sa mort. Ses vêtements n'avaient pas été analysés de prime abord, quand la thèse du suicide avait semblé être une évidence. Mais quand l'affaire avait été réouverte, Novak avait dû les envoyer au laboratoire d'expertise scientifique. Les yeux de Kate parcoururent les informations, rapidement, et s'arrêtèrent sur une petite ligne, a priori anodine : « Présence de traces infimes de sciure de bois d'érable ». Sur le tee-shirt de Joshua à plusieurs endroits, en particulier au niveau de l'encolure, et sur le devant du vêtement. Il ne lui fallut pas plus de deux secondes pour réaliser l'importance de ce qu'elle venait de découvrir. Les connexions s'étaient faites automatiquement dans son esprit. Elle n'avait même pas eu besoin de réfléchir. Elle savait bien qu'il y avait quelque chose de louche avec ce révérend. Et maintenant elle en avait la preuve. Elle se leva pour aller chercher son téléphone posé sur la table, afin de prévenir Novak au plus vite, quand Rick fit son entrée, l'air tout excité.
- Sais-tu que tu as la chance de m'avoir pour partenaire ? lâcha-t-il aussitôt en la regardant avec son air mystérieux.
- Ça dépend des jours, sourit-elle, moqueuse.
- J'ai appris un truc du tonnerre ! lança-t-il avec enthousiasme.
- Ah oui ? Moi-aussi, figure-toi, répondit-elle, énigmatique.
- Ça ne peut pas être plus renversant que ce que je viens d'apprendre, assura-t-il.
- Je crois que si.
- Vas-y, je t'écoute, fit-il, intrigué.
- Toi d'abord, sourit-elle.
- Jack n'a pas agi seul. Oliver est dans le coup, il était au phare avec lui, annonça-t-il fièrement.
Elle le regarda avec des yeux sidérés.
- Comment le sais-tu ?
- J'ai parlé à Amy. Elle est géniale cette petite.
Il lui expliqua ce que lui avait raconté la fillette.
- Il s'est bien foutu de nous, lâcha Kate. Depuis le début, il savait ce que manigançait Jack.
- Il faut prévenir Novak.
- J'allais le faire justement.
- Tu as trouvé quelque chose ?
- De la sciure de bois d'érable, ça te fait penser à quelqu'un ?
Il réfléchit quelques secondes, se souvenant soudain des dizaines de petites sculptures de bois qui se trouvaient l'atelier du révérend Oliver.
- Oliver, répondit-il. Mais … pourquoi ?
- Il y avait de la sciure de bois d'érable sur les vêtements de Joshua. Des traces infimes, répondit-elle.
- Tu penses qu'il y a eu transfert ? continua Rick.
- Je suis sûre. Il a forcément été en contact avec Joshua peu de temps avant sa mort. Certainement dans le petit salon.
- Ça innocente Margareth alors ?
- Je ne sais pas, ça ne veut pas dire qu'Oliver l'ait frappé. Mais ça le place sur les lieux du crime, suffisamment proche de Joshua pour qu'il y ait eu transfert de cette sciure de bois. Ils ont dû être collés l'un à l'autre.
- Une dispute peut-être. Les mails qu'il a envoyés n'ont pas dû suffire à l'empêcher de chercher le trésor, alors il est passé à l'étape suivante.
- Oui. Le révérend Oliver se retrouve lié à nos deux affaires, et dans un cas comme dans l'autre, l'histoire du trésor apparaît, fit-elle en réfléchissant. Il n'y a pas …
- De hasard, sourit-il, connaissant par cœur les réflexions de sa femme.
- Je préviens Novak pour qu'ils aillent interpeller ce bon révérend, fit-elle en se saisissant de son téléphone.
Elle passa cinq bonnes minutes à expliquer au lieutenant Novak pourquoi leurs soupçons se portaient sur le révérend Oliver, tandis qu'il lui faisait un compte-rendu de l'interrogatoire de Margareth Tudor. Novak leur demanda si cela ne les dérangeait pas de le rejoindre au commissariat à Brewster. Il pensait que maintenant que tout le monde ou presque était au poste en garde-à-vue ce serait plus pratique d'interagir avec eux, et de gagner ainsi du temps sur la résolution des enquêtes. Dans l'attente de leur arrivée, il envoyait des hommes interpeller le révérend Oliver.
Elle raccrochait quand on frappa à la porte, et Rick alla ouvrir, faisant entrer le Capitaine Gates. Ils lui annoncèrent tout ce qu'ils venaient d'apprendre, et elle eut l'air ravie et soulagée de toutes ces avancées.
- Je vais pouvoir rentrer à New-York alors, annonça-t-elle.
- Vous partez ? s'étonna Rick.
- Je ne suis pas en vacances moi, Monsieur Castle. Jack Mustard a été arrêté, je peux partir tranquille, enfin j'espère … Vous n'avez pas l'intention de vous faire enlever, agresser ou je ne sais quoi d'autre d'ici peu ? fit-elle non sans ironie.
- Euh … non …, répondit Rick avec un sourire.
- Je ne compte pas vous chaperonner éternellement.
- Heureusement, murmura-t-il.
- Vous pouvez rentrer, Capitaine, ajouta gentiment Kate. Ne vous inquiétez pas pour nous. De toute façon, on ne va pas s'éterniser non plus ici.
- Bien. Je vais appeler un taxi, et prendre le premier vol, fit Gates, en rejoignant la porte, prête à partir.
- Merci, Capitaine …. Pour tout, lui dit Kate, en la regardant avec reconnaissance.
- Oui, merci, ajouta Rick.
Gates se contenta de sourire, évitant les grandes effusions, comme à son habitude.
- Lundi matin, huit heures dans mon bureau, lâcha-t-elle sèchement, en les dévisageant l'un après l'autre.
- Moi-aussi ? fit Rick.
- Oui, vous-aussi, Monsieur Castle. Vous êtes le partenaire du Lieutenant Beckett jusqu'à preuve du contraire non ?
- Euh … oui … bien-sûr.
- Donc lundi 8 heures, tous les deux, insista Gates.
- Oui, Capitaine, répondit Kate.
- Je n'en ai pas fini avec vous, continua-t-elle en ouvrant la porte, alors faites en sorte de rester en vie jusqu'à lundi …
- On va essayer, répondit Rick avec humour.
Ils la saluèrent, et elle quitta leur chambre.
- Qu'est-ce qu'elle va nous faire lundi ? s'inquiéta Rick.
- Nous passer un savon …, sourit Kate.
- Aïe !
- Allez, en route pour Brewster. Plus vite on aura fini, plus vite on rentrera ! lança-t-elle en enfilant son blouson.
