Chapitre 40

Salle d'interrogatoire, Commissariat de Brewster, 18 h 30.

Derrière la vitre sans tain, ils avaient observé quelques minutes Margareth Tudor patienter avec son avocat. Ils savaient qu'obtenir ses aveux allait s'avérer difficile. Lors de son premier interrogatoire, elle avait déjà été plutôt tenace et sûre d'elle, presque arrogante. Malgré les témoignages de Spencer, Jack et Oliver qui concordaient parfaitement, une bonne partie de leurs convictions se fondaient sur une interprétation de leurs dires. Leur seul indice était les empreintes trouvées sur l'ordinateur de Joshua. Mais cela ne prouvait pas le meurtre. Tous les quatre avaient élaboré une stratégie, qui devait, ils l'espéraient, conduire Margareth à avouer.

Beckett et Castle rejoignirent la salle d'interrogatoire, tandis que le lieutenant Novak et l'officier Ramirez observaient derrière la vitre sans tain, et se tenaient prêts pour la mise en œuvre de l'ultime recours, lorsque le moment serait venu.

Quand ils s'assirent, Margareth les dévisagea un peu surprise d'avoir affaire à eux. Elle ne dit rien, se contentant de les observer. Kate se fit la réflexion que cette femme, quoi qu'il arrive, restait fidèle à elle-même. Malgré sa tenue aussi colorée qu'à son habitude, elle arborait un air impassible, presque sévère et hautain. Un air qui laissait entendre que les policiers pourraient bien dire ou faire ce qu'ils voulaient, elle ne démordrait pas de ses positions.

- Margareth, c'est moi qui vais procéder à votre interrogatoire, annonça Kate.

- Et vous êtes ? demanda l'avocat.

- Lieutenant Beckett. J'ai enquêté sur cette affaire avec le Lieutenant Novak. Et voici, Richard Castle, qui est consultant pour la police de New-York.

L'avocat dévisagea Rick, qui lui répondit poliment par un petit sourire entendu.

- Si je comprends bien, Novak nous envoie l'élite new-yorkaise, constata l'avocat. C'est vous qui avez fait tomber le sénateur Bracken ?

- Nous sommes ici pour parler du meurtre de Joshua Black, si vous le voulez bien, répondit Kate, coupant court à la conversation, afin d'en venir aux faits.

- Justement, que nous vaut ce nouvel interrogatoire ? Ma cliente a déjà dit ce qu'elle savait à ce sujet.

- Il se trouve que de nouveaux témoignages et éléments sont venus enrichir l'enquête, et que nous avons de bonnes raisons de penser que Margareth a joué un rôle bien plus important qu'elle ne l'a laissé entendre.

Margareth n'avait toujours pas pris la parole, se contentant d'assister en spectatrice totalement passive à la scène.

- Margareth, nous avons arrêté le révérend Oliver, reprit Kate.

- Le révérend ? s'étonna-t-elle. Mais pour quelle raison ?

- Vous le savez très bien, répondit Rick.

- Je l'ignore, mentit-elle avec un aplomb redoutable.

- Je vais vous rafraîchir la mémoire alors, lâcha Kate. Le révérend Oliver a avoué avoir frappé Joshua vendredi soir suite à une dispute dans le petit salon de votre demeure. Nous avons des témoins qui certifient que vous êtes entrée dans le petit salon au moment où Joshua gisait au sol.

- J'ai déjà expliqué au lieutenant Novak que j'ai trouvé le corps de Joshua, effectivement.

- Mais vous avez oublié de dire, d'une part qu'il n'était pas mort, d'autre part, que le révérend Oliver était présent dans la pièce, fit remarquer Kate.

- Je ne voulais pas impliquer Oliver. Mais Joshua était bien mort.

- Donc, si on en revient au fait que vous avez dit avoir supposé que Philip avait tué Joshua. C'est faux ? Puisque vous saviez que c'était Oliver qui l'avait frappé ?

- Philip … ou Oliver … Quelle différence ? fit Margareth, sur un ton arrogant.

- La différence ? Elle est de taille ! s'exclama Rick. Vous avez menti une fois de plus lors de votre précédent interrogatoire.

- Cela ne change rien aux faits, intervint l'avocat. Elle n'a pas tué Joshua qui était déjà mort.

- Il ne l'était pas, affirma Kate. Le coup que lui a porté le révérend ne peut pas l'avoir tué. Ni tout de suite, ni dans les minutes qui ont suivi. Le légiste est formel. De plus, le révérend Oliver a vérifié, et certifie qu'il était vivant. Joshua respirait.

- Et moi je vous dis qu'il était mort. Pourquoi accorderiez-vous plus de crédit à sa parole qu'à la mienne ? s'indigna-t-elle.

- Peut-être parce qu'il est révérend, suggéra Kate.

- Peut-être parce qu'il a un diplôme de secourisme, ajouta Rick, l'air un peu narquois.

- Et peut-être aussi parce que vous avez envoyé un message à Oliver précisément à 1h37 dans la nuit de vendredi à samedi, pour l'informer je cite « Tout va bien. Joshua est dans son lit. Ne posera pas de problème. ».

- Vous avez mis un mort au lit ? s'étonna Rick, avec ironie.

- Non, bien-sûr que non, répondit-elle le plus banalement du monde. J'ai menti au révérend Oliver parce que …

- Pourquoi ?

- Parce que Joshua est mort après qu'il soit parti, expliqua-t-elle tout naturellement. Il se serait senti responsable. C'est un révérend … Il n'aurait pas pu supporter !

- Vous êtes pleine de compassion dites-moi … et d'inventivité aussi !

Margareth commençait à comprendre que cet interrogatoire allait s'avérer plus difficile à endurer que le précédent. Elle savait la réputation du lieutenant Beckett et de son acolyte. Ils n'allaient pas la lâcher. Mais tant qu'il y avait un espoir de s'en sortir, elle s'y raccrocherait. Après tout, s'ils discutaient ainsi avec elle, c'est qu'ils n'avaient pas grand-chose de concret pour l'incriminer.

- Donc vous nous dites d'abord que Joshua était mort quand vous l'avez trouvé, et maintenant il serait mort quelques secondes après. Vous avez une autre théorie farfelue à nous fournir ? demanda Rick.

- Margareth, je vais être directe, lâcha Kate. Vous ne vous en tirerez pas. Vous aurez beau avoir réponse à tout, fournir les explications les plus extravagantes ou plausibles possible, vous ne vous en tirerez pas. On sait exactement comment les choses se sont passées. On a trois témoins qui nous permettent de retracer le déroulement de la soirée.

- Vous voulez qu'on vous rafraîchisse la mémoire peut-être ? suggéra Rick.

Margareth ne répondit pas, jeta un œil vers son avocat.

- De quoi ma cliente est-elle accusée au juste ?

- Ce n'est pas clair peut-être ?

- Jusqu'à preuve du contraire, vous vous êtes contentés de discutailler de détails.

- Votre cliente est accusée d'homicide sur la personne de Joshua Black.

- Homicide ? s'étonna-t-elle. Je ne l'ai pas tué.

- On va vous dire ce que vous avez fait, Margareth. Pour que tout soit clair pour vous et votre avocat, expliqua Kate, non sans ironie. Vous avez retrouvé le révérend Oliver dans le petit salon entre minuit quinze et minuit vingt-trois ce soir-là. Vous saviez qu'il serait là, en compagnie de Joshua, puisque vous lui aviez indiqué où le trouver. Vous-même aviez rendez-vous avec lui un peu plus tard.

- Mais Joshua était blessé, allongé au sol quand vous êtes arrivée, poursuivit Rick. Il était bien vivant, et Oliver vous l'a certifié.

- Mais il avait peur, continua Kate. Il paniquait. Vous l'avez rassuré, en lui disant que vous alliez gérer le problème, et accompagner Joshua dans sa chambre.

- Une fois Oliver parti, vous avez appelé Spencer, qui est arrivé très vite, expliqua Rick. Vous lui avez certifié que Joshua était mort.

- Lui-aussi a paniqué, et a proposé de faire croire à un suicide, ajouta Kate.

- Quelle chance pour vous que le majordome ait eu une idée si ingénieuse ! lança Rick.

- Seulement, son idée n'était pas assez aboutie à votre goût. Et vous lui avez suggéré de plutôt jeter le corps de Joshua par-dessus le balcon de sa chambre.

- Sauf que vous saviez pertinemment que Joshua était bel et bien vivant. C'est donc un homicide.

- C'est une histoire bien romancée, qui plus est, joliment raconté. Mais je n'ai pas tué Joshua. Pourquoi aurais-je voulu la mort de ce jeune homme ? s'indigna Margareth.

- Pourquoi ? Je peux vous donner plusieurs mobiles. Alors pour commencer, vous avez appris il y a quelques jours que votre mari vous avait trompée, expliqua Kate.

- Je n'en voulais pas à Philip. Je lui avais pardonné. Ce n'était rien qu'une fois, une erreur de jeunesse.

- Vous saviez que ce n'était pas qu'une fois, constata Rick, et que cela n'avait rien d'une erreur. Il vous a trompé pendant vingt ans.

Margareth les dévisageait, soutenant leur regard, sans rien ajouter de plus.

- Ne me laissez pas croire que cela ne vous fait rien d'imaginer votre mari faire l'amour à cette femme, rire avec elle, rêver d'elle, ne penser qu'à elle alors qu'il était obligé d'être loin d'elle ? fit Kate, en haussant le ton. Et de voir Joshua, le fils de cet amour adultère, vous rappeler qu'avec vous Philip n'a jamais voulu d'enfant ?

- Evidemment, cela m'a blessée mais je ne suis pas du style à m'apitoyer sur le passé, répondit Margareth, tout à fait posément.

- Alors pourquoi être allée vous lamenter auprès du révérend Oliver sur votre souffrance, et la douleur de voir Joshua tous les jours ? Pourquoi lui avoir demandé de parler à Joshua pour qu'il démissionne et quitte le manoir ? demanda Kate.

- Qui croiront les jurés ? Un révérend, aimé et apprécié dans toute la région, ou vous, la femme trahie et trompée ? lui lança Rick, volontairement provocateur.

- Oui, c'était horrible ! s'écria-t-elle, perdant tout à coup son sang-froid. Vous êtes satisfaits ! Je détestais Joshua … Il était arrogant, toujours à me provoquer avec ses petits sourires en coin, comme s'il était heureux de me voir souffrir. Et en plus de ça, il a fallu qu'il me fasse chanter.

- Vous voyez, vous trouvez les mobiles toute seule maintenant ! lança Rick, avec un petit sourire. La relation adultère de votre mari, son fils illégitime, et le chantage. Voilà déjà trois raisons valables de le tuer.

- Je ne l'ai pas tué. Je me moquais de son chantage.

- Ah oui ? Vraiment ? s'étonna Kate. Philip aurait été ravi d'apprendre que vous couchiez avec son majordome ?

- Il n'aurait pas été content certes, reconnut Margareth, mais tout ce qui compte pour Philip ce sont les apparences. Tant que tout a l'air d'aller bien, il est ravi.

- Vous imaginez dans quel état votre mari bien-aimé se trouve en ce moment ? demanda Rick. Son fils a été assassiné. Son majordome, qui se trouve être son frère, a caché son meurtre. Et le bouquet final, sa femme est l'instigatrice de tout le désastre.

- Combien de fois vais-je devoir vous le dire ? Je n'ai pas tué Joshua, affirma de nouveau Margareth avec conviction.

- Vous ne l'avez pas tué ? insista Kate, tentant de la pousser dans ses derniers retranchements.

Cette femme était aussi tenace qu'elle s'y était attendue. Même si tous les indices pointaient, de près ou de loin, vers elle, elle s'obstinait à nier, avec un aplomb redoutable.

- Non. J'ai demandé à Oliver de lui parler pour qu'il parte, simplement.

- Vous saviez pertinemment qu'Oliver n'arriverait pas à le convaincre, continua Kate. Joshua avait enfin la possibilité de se rapprocher de son père. Il ne serait pas parti. Vous saviez très bien que la discussion tournerait mal.

- Comment aurais-je pu savoir qu'Oliver frapperait Joshua ?

- Vous ne pouviez pas le savoir. Mais vous avez sauté sur l'occasion, répondit Rick.

- Ecoutez, Margareth, on va arrêter de se voiler la face, lâcha Kate en la regardant dans les yeux. Deux témoins attestent que vous saviez que Joshua était en vie. Le légiste certifie que la blessure ne l'a pas tué. C'est scientifique, vous pourrez inventer la théorie la plus farfelue possible, rien ne changera ça.

- Vous avez tué Joshua, par la main de Spencer, enchaîna Rick. Et ensuite, vous avez volé son ordinateur portable pour le cacher dans le passage secret.

- Son ordinateur ?

- On y a trouvé vos empreintes. Et des vidéos très compromettantes, répondit Kate.

- Pourquoi avoir pris cet ordinateur si cela ne vous dérangeait pas que Philip apprenne ce que vous faisiez avec un autre ?

- Je n'ai pas pris cet ordinateur, mentit-elle, tout à fait banalement.

- Si votre seule ligne de défense est de nier, vous ne vous en sortirez pas, Margareth. Il y a vos empreintes sur cet ordinateur.

Elle ne répondit rien, se contentant d'attendre la suite de l'interrogatoire. Beckett fit un petit signe au lieutenant Novak derrière la vitre sans tain, pour lui signifier de passer à l'ultime recours. On frappa alors à la porte, et un agent de police fit entrer Philip Tudor, sous le regard sidéré de Margareth. Il le conduisit jusqu'à la chaise à côté de Rick, avant de quitter la pièce.

- Qu'est-ce que c'est que ce manège ? demanda l'avocat, ne comprenant pas la présence de Monsieur Tudor en salle d'interrogatoire.

Philip se contentait de dévisager sa femme, le visage fermé, sans laisser paraître la moindre émotion. Il n'avait qu'une envie : hurler son chagrin et sa haine. Mais il savait parfaitement le rôle qu'il avait à jouer. Il fallait qu'il contienne ses émotions pour Joshua. Pour que justice soit rendue à son enfant. Quand Monsieur et Madame Castle étaient venus lui révéler tout ce qu'ils avaient appris sur la mort de son fils, il avait failli s'évanouir, encaissant difficilement la nouvelle. Il avait pleuré de longues minutes, et les quelques mots réconfortants de Rick et Kate n'y avaient rien pu faire. Il n'avait pas douté une seconde de leurs explications. Il en voulait au monde entier. A son épouse qu'il haïssait pour avoir eu le machiavélisme d'orchestrer la mort de son fils. A Spencer, qui s'était laissé berner. Au révérend Oliver, qui n'avait de révérend que le nom. Et à lui-même, aussi. Il se maudissait. Il maudissait le carcan des traditions familiales, toutes ces contraintes qui l'avaient amené à prendre les mauvaises décisions de tout au cours de sa vie.

- Philip Tudor souhaite parler à sa femme, annonça Kate.

- Refusez, Madame Tudor, répondit l'avocat, qui sentait que la présence de son mari risquait de la mettre dans une situation délicate. Vous n'avez aucune raison de parler à votre mari en plein interrogatoire.

- Mais …, balbutia Margareth, qui dévisageait Philip, le visage tout aussi impassible que lui, se demandant ce qu'il savait de toute cette histoire.

- Refusez, insista l'avocat.

- Margareth, je dois te parler …, commença Philip.

- Comme elle ne répondit pas, et que l'avocat s'était tu, Kate encouragea Philip d'un regard à continuer de parler.

- Margareth … Je suis désolé … Je … tout est de ma faute. Si on en est là aujourd'hui, c'est à cause de moi, annonça-t-il froidement. Je sais combien je t'ai fait souffrir. J'aurais dû …

- Tu aurais dû faire quoi ? Me quitter il y a vingt-cinq ans ? Ou ne pas coucher avec la première fille venue ? lâcha-t-elle, haussant le ton, et perdant tout à coup réellement son sang-froid.

C'était ce qu'ils attendaient de cette confrontation. La faire réagir, faire tomber le masque qui dissimulait ses émotions. Elle aimait Philip, sincèrement, sinon sa souffrance n'aurait pas été telle, au point de commettre un meurtre. Face à lui, elle ne pourrait cacher la vérité de ses intentions.

- Je sais que je suis le plus cruel des hommes, et je me maudis pour ça, mais oui j'aurais dû te quitter il y a vingt-cinq ans, lâcha Philip, sans faire preuve de compassion aucune.

Margareth ne commenta pas cette dernière phrase, qui lui arrachait le cœur. C'était comme si Philip mettait des mots sur ses pires angoisses. Depuis qu'elle avait appris l'existence de cette relation adultère, elle s'était imaginée les pires scenarii, essayant néanmoins de se convaincre que cette femme n'avait été qu'un amusement pour son mari, et qu'il ne pouvait l'avoir sincèrement aimée. C'était comme si elle avait toujours eu espoir qu'au fond de lui il tienne réellement à elle, comme si elle avait refusé de voir la vérité en face. Et il venait, là, de lui avouer, froidement, que cela faisait vingt-cinq ans qu'il lui mentait et ne l'aimait pas.

- Mon fils serait toujours en vie aujourd'hui, continua-t-il. Joshua n'y était pour rien Margareth. Il a souffert de la situation autant que toi, autant que moi aussi.

- Ne me dis pas que tu as souffert, je t'en prie, Philip ! lui lança-t-elle sèchement. Ne te moque pas de moi.

Kate observait chacune de ses réactions, et sentit dans son regard, que quelque chose était en train de se produire. Ses yeux s'étaient ternis, et elle sentait que ses émotions prenaient le pas sur sa raison.

- Je ne me moque pas de toi, répondit Philip. Je sais que c'est atroce pour toi. Oui. Mais j'ai souffert aussi, de ne pas pouvoir élever mon enfant comme je l'aurais voulu. J'ai souffert de ne pas pouvoir vivre avec la femme que j'aimais. C'est atroce, je le sais. Mais c'est ainsi. Tu voulais me faire du mal en me prenant Joshua. Tu voulais que je souffre autant que je t'ai fait souffrir.

Margareth ne répondit rien, baissant la tête pour cacher les larmes qui coulaient sur ses joues.

- As-tu tué Joshua ?

Elle se tut.

- Margareth, regarde-moi. As-tu tué Joshua ? Mon fils … et celui de Lynn.

Philip n'était pas très fier de remuer ainsi le couteau dans la plaie. Il savait la souffrance de Margareth, et ne pouvait pas y être totalement insensible, malgré l'horreur de ce qu'elle avait fait. Mais il n'avait pas le choix. Il fallait la faire souffrir pour qu'elle avoue.

- Oui, je voulais qu'il meure ! s'écria-t-elle soudain, en larmes. Oui, j'ai fait tuer Joshua.

Son avocat lui jeta des yeux stupéfaits. Kate et Rick se lancèrent un regard satisfait et soulagé.

- Et je suis bien contente, poursuivit Margareth, parce que tu vas devoir vivre sans ton fils adoré, mais plus encore parce que tu seras désormais pour toujours le mari adultère de la meurtrière. Tu devras supporter le regard des gens se poser sur toi tous les jours, te dévisager. Tu devras subir l'opprobre de toute ta famille, ces chers Hastings … Tout va être dévoilé aux yeux de tous. Tout le monde saura.

- Cela m'est égal, Margareth, répondit Philip tristement en se levant. Tu m'as pris mon fils, la chair de ma chair, tu crois que ma réputation a une importance ?


Bureau du Lieutenant Novak, 19 h 30.

Margareth Tudor allait être mise en examen d'ici peu pour le meurtre de Joshua Black. Elle serait jugée et très certainement condamnée pour homicide volontaire avec préméditation. Malgré le caractère particulier du mode opératoire, Beckett et Novak ne se faisaient plus aucun souci sur sa condamnation devant un jury populaire, car elle avait reconnu les faits, et aurait trois témoignages contre elle. Quant à Jack Mustard, la liste de ses chefs d'inculpation était longue, et il passerait une bonne partie de sa vie en prison. Le révérend Oliver encourait également une peine de prison pour complicité de vol et d'enlèvement d'enfant, ainsi que coups et blessures. Mais pour lui, la plus lourde des peines semblait finalement le poids de ses fautes pesant sur sa conscience. Le devenir de Spencer restait encore en suspens. D'après Novak, il bénéficierait de la clémence du juge, et, puisqu'il serait prouvé qu'on lui avait certifié que Joshua était mort au moment de ses actes, seule la dissimulation de cadavre serait retenue contre lui. Quelques mois de prison et un comportement exemplaire devraient lui permettre de sortir rapidement. Enfin, Eleanor, toujours hospitalisée, ne passerait pas entre les mailles du filet. Novak comptait bien la réinterroger pour s'assurer qu'elle n'était pas liée au cambriolage du coffre de Monsieur Tudor, et à l'enlèvement de la petite Amy. Les deux affaires étaient désormais résolues, et toute l'équipe réunie dans le bureau du lieutenant Novak ne cachait pas sa joie. Chacun allait pouvoir retourner à ses occupations : Novak et ses hommes retrouveraient d'ici peu le calme de leur commissariat et de ses petites affaires routinières, Kate et Rick allaient pouvoir profiter de leur dernière soirée à Cape Cod,

- Une petite bière pour fêter la fin de tout ça, Monsieur Castle ? proposa l'officier Ramirez.

- Avec plaisir ! répondit Rick.

- Lieutenant Beckett, je ne vous propose pas, ajouta-t-il gentiment.

- En effet, répondit-elle avec un sourire.

- Félicitations à tous ! lança Novak en levant sa bouteille de bière.

Ramirez, O'Connor et Sullivan trinquèrent avec joie, sous les yeux ravis de Kate et Rick, qui constataient finalement, que où que ce soit, les enquêtes se clôturaient toujours de la même façon : autour d'un verre ou d'une bouteille, et de franche camaraderie.

- Et surtout, merci à la police de New-York pour son aide précieuse ! continua Novak gaiment.

- Merci à vous, pour le mal que vous vous êtes donné pour nous retrouver dans ce tunnel, répondit Kate.

- Ça nous a fait un peu d'animation, hein les gars ? rit Novak.

- Et merci de nous avoir fait confiance, pour Joshua Black, ajouta-t-elle.

- Il faut dire que vous êtes tenaces quand vous avez une idée en tête ! lança Novak.

Ils sourirent, car il était vrai que quand ils étaient sur une enquête, officielle ou non, l'un comme l'autre ne lâchaient rien tant qu'ils n'avaient pas non seulement arrêté le criminel, mais aussi compris l'histoire qui avait conduit au crime.

- Vous rentrez à New-York ce soir ? reprit Novak.

- Non, demain, répondit Rick. On va essayer de profiter de cette dernière soirée à Cape Cod.

- Vous veniez pour la première fois dans la région ?

- Oui.

- Eh bien ! Je suppose que vous ne reviendrez pas de sitôt !

Ils rirent tous de bon cœur.

- On va devoir y aller, d'ailleurs, fit Kate, si on veut profiter de la soirée.

- Oui. Mais juste une chose, Lieutenant Novak, ajouta Rick. Ce serait gentil si vous permettiez à Spencer de recevoir la visite de Violet avant son incarcération.

- Ah l'amour …, soupira Novak avec un sourire. Oui, bien-sûr. Je vais arranger ça.

- Merci pour eux. Ils vont être heureux.

- Et le trésor, Monsieur Castle ? Vous rentrez à New-York sans avoir trouvé le trésor ? s'étonna Novak.

- Je ne suis pas encore parti ! lança Rick gaiment.

- Il est capable de chercher le trésor toute la nuit, ajouta Kate avec un sourire.

- Je vous souhaite un bon retour en tout cas. Et si vous revenez de nouveau dans notre belle région, n'hésitez pas à passer nous voir. Ce sera un plaisir.

- Merci, c'est très gentil.

Ils se saluèrent, se serrant tous la main, avec respect et sympathie, avant que Rick et Kate ne prennent la direction de la sortie.


Restaurant, Chatham, 20h30.

Le petit restaurant conseillé par Savannah, se trouvait sur la route serpentant au sommet des dunes, à l'entrée de Chatham. Avec sa façade faite de bardeaux de bois de chêne, teintés d'un coloris vert bouteille, « The Impudent Oyster » avait des airs de pub anglais. Son nom annonçait la couleur : ici, on pouvait se régaler de toutes les spécialités issues de la mer. Le serveur leur avait proposé de s'installer à l'intérieur, mais ils avaient préféré la terrasse qui surplombait les dunes, malgré la fraîcheur de ce début novembre. Ils voulaient profiter des charmes de Cape Cod qu'ils avaient eu peu le loisir d'apprécier depuis leur arrivée : la brise légère chargée d'embruns, les hautes herbes qui dansaient sur les dunes, claquant doucement sous l'effet du vent, le fracas des vagues dont on devinait le roulis à quelques dizaines de mètres dans la pénombre de la nuit. La terrasse était éclairée par des petites lanternes suspendues aux poutrelles de bois, qui tintaient doucement, ballottées par le vent, et sur la table, un photophore diffusait sa lumière tamisée.

- Tu es sûre que tu ne vas pas avoir froid ici ? s'inquiéta Rick, alors que le serveur leur donnait les cartes.

- Si j'ai froid, tu me réchaufferas, sourit-elle, emmitouflée dans son blouson de cuir et son écharpe.

- C'est stratégique en fait ! s'exclama-t-il en riant.

- Tout à fait, répondit Kate, avec un petit sourire, en se plongeant dans la lecture de la carte.

Ils se turent quelques secondes, chacun cherchant à faire son choix parmi la liste des spécialités locales. Puis, Kate posa sa carte, et enfoncée dans sa chaise pour se tenir chaud, elle observa Rick. Ses yeux qui parcouraient la carte, l'air concentré qu'il avait quand il réfléchissait sérieusement. Tout à coup il frissonna, et redressa la tête vers elle, sentant son regard posé sur lui.

- Tu as froid ? demanda-t-elle avec un sourire.

- Non, non … il fait juste un peu … frais.

- Menteur, rigola-t-elle.

- Mais je suis un dur moi, je suis prêt à affronter un froid polaire pour un dîner romantique, ne t'en fais pas ! s'exclama-t-il en riant.

Ils attendirent que le serveur vienne prendre leur commande, tout en discutant de la fin de l'enquête. Ils choisirent tous deux la spécialité par excellence, soupe de palourdes avec du lard et des pommes de terres. Un plat idéal pour se réchauffer.

- Tu sais, je pensais à Margareth, continua Rick. On aurait pu la prendre le chandelier à la main, qu'elle aurait quand même nié. Sans Philip, on aurait eu du mal à la faire avouer …

- Oui, le pauvre …

- Tu te rends compte, en quatre jours, sa vie et celle de sa famille ont été anéanties, ajouta Rick.

- Le pire, c'est qu'il est responsable de tout ça. Je n'excuse pas Margareth, bien évidemment, mais tu imagines l'enfer qu'elle a vécu ?

- Oui … mais Joshua n'y était pour rien, le pauvre gamin. Quitte à tuer quelqu'un, elle aurait dû tuer Philip, lâcha Rick, comme une évidence.

- Tout à fait. Moi, tu me fais un truc pareil, je te mets une balle entre les deux yeux, ajouta Kate.

Elle le regarda avec un air mi- menaçant mi- taquin, mais il sourit, tant il était habitué à ce genre de menace radicale.

- Embrasse-moi donc, au lieu de penser à me tuer, fit-il en avançant son visage vers le sien, au-dessus de la table.

Elle se pencha pour venir embrasser ses lèvres dans un sourire, posant tendrement sa main sur sa joue, pour goûter sa bouche avec plaisir.

- Hum … encore, chuchota-t-elle contre sa bouche alors qu'ils avaient décollé leurs lèvres.

- Gourmande … murmura-t-il.

- Très … répondit-elle doucement, alors qu'il l'embrassait de nouveau avec tendresse.

Le serveur les interrompit par un léger raclement de gorge, et déposa devant eux, des assiettes abondamment remplies d'une soupe de palourdes dont le fumet chaud et doux vint titiller leurs narines. Ils goûtèrent avec plaisir ce plat local recommandé par Savannah.

- Hum … c'est un régal, sourit Kate.

- C'est chaud mais c'est bon ! lança Rick, jovial.

Tout en dînant, ils discutèrent, leurs esprits les ramenant inévitablement ce soir vers le destin tragique de la famille Tudor.

- Le problème de Philip c'est qu'entre l'amour et le conformisme familial, il n'a pas su choisir, constata Rick. Mais comment peut-on supporter de passer vingt ans sans être avec la femme qu'on aime ? C'est complètement insensé.

- Les traditions et la bienséance, mon chéri, sourit Kate. Tu n'es pas noble, tu ne peux pas comprendre.

- C'est clair que je ne comprendrais jamais. Vingt ans …, non mais sérieusement … Déjà trois jours et je suis perdu sans toi ... alors vingt ans, je meurs !

- N'exagère pas non plus ! lança Kate en riant.

- Je n'exagère pas. Quand tu n'es pas là, j'erre comme une âme en peine, criant mon désespoir à qui veut bien l'entendre …. Mère ou Alexis en l'occurrence.

- Tu devrais écrire des tragédies ! Tu as du talent ! lança Kate en riant.

- Je vais y songer oui, rigola-t-il. Tu sais, le pire dans cette histoire c'est peut-être Spencer et Violet. Ça ne te fait pas bizarre ?

- Quoi ?

- C'est son oncle. Tu coucherais avec ton oncle ? Enfin je veux dire … avant … moi, demanda-t-il avec tout le sérieux du monde.

- Je n'ai pas d'oncle. Tu as des idées vraiment tordues dès fois. Franchement, Castle, me demander si je coucherais avec mon oncle …, soupira-t-elle, avant de se mettre à rire, tant cette question lui semblait saugrenue.

Il se délecta de son visage rayonnant. En la voyant ainsi, il sentit que tout le poids des enquêtes et angoisses de ces derniers jours avait disparu. Malgré la fatigue qu'il lisait dans son regard, Kate était radieuse.

- Enfin, tout ça pour dire qu'il y a quand même quelque chose d'un peu …. dégoûtant. Pourtant je les aime bien tous les deux, mais bon …

- Moi, je les trouve mignons.

Le téléphone de Rick au fond de sa poche vibra, signalant un message.

- C'est Violet, fit Rick en lisant le message. Elle a trouvé quelque chose d'étrange. Le document qui se trouve à la Bibliothèque d'Etat a été signé à Viking Creek.

- Pourquoi est-ce étrange ? s'étonna Kate, tout en finissant son plat.

- Parce que le texte original a été écrit à bord du Mayflower. Le document de Bradford qui se trouve à Boston est censé être une copie exacte, donc la signature ne devrait pas être à Viking Creek, expliqua Rick, goûtant à son tour sa soupe de poisson.

- Où se trouve Viking Creek ?

- Je l'ignore. Sûrement quelque part à Cape Cod.

- Tu crois que le trésor est là-bas ? demanda Kate.

- C'est le seul truc bizarre sur le document. Alors il y a une chance. Et il n'y a pas d'autre énigme. Il faudrait aller voir sur place.

Kate lui lança des yeux étonnés, et un brin inquiets. Il lui sourit, sachant très bien, la crainte qui l'avait envahie. Elle n'avait pas franchement envie qu'il lui prenne l'idée subite d'aller explorer Viking Creek maintenant.

- Et s'il n'y a pas de trésor ?

- Ce n'est pas le trésor en soi qui compte, le plus important c'est de le trouver ! lança-t-il, enthousiaste. Avant de partir on pourrait aller à Viking Creek ?

Elle regarda son air enfantin, ses yeux bleus pétillants rien qu'à l'idée qu'il puisse enfin trouver son fameux trésor. C'était cet enthousiasme et cette curiosité qu'elle aimait tant chez lui.

- Demain matin ? suggéra-t-il, presque timidement, en plongeant ses yeux dans les siens, guettant sa réaction.

- D'accord pour demain. Un instant, j'ai cru que tu allais vouloir m'embarquer ce soir dans une des aventures nocturnes dont tu as le secret !

- Non. J'ai d'autres projets pour ce soir, répondit-il dans un sourire.

- Quel genre de projets ?

- Toi et moi … et le jacuzzi.

Elle lui répondit par un sourire enchanté.


Chapitre 41

Commissariat de Brewster, 21 heures.

Le lieutenant Novak avait accompagné Violet Tudor jusqu'à la cellule de Spencer, qui se leva dès qu'il la vit arriver. Il s'approcha des barreaux, à travers lesquels, elle le regardait avec tendresse, sans rien dire pour l'instant.

- Je vous laisse quelques minutes, fit Novak, je suis désolé mais je ne peux pas faire beaucoup plus. Le règlement est …

- Merci, Lieutenant, répondit gentiment Violet. C'est déjà beaucoup.

Novak s'éloigna, tandis que Violet glissait sa main à travers les barreaux pour prendre celle de Spencer dans la sienne. Il esquissa un sourire, le temps de caresser doucement sa main du bout des doigts, avant de retrouver un air sérieux.

- La police t'a dit pour Joshua ? demanda-t-il tristement.

- Oui.

- Tu sais tout ? insista-t-il, enlaçant ses doigts aux siens.

- Oui. Mais …

- Je l'ai tué Violet. J'ai tué le fils de Philip, j'ai tué ton …, continua-t-il, la voix tremblante d'émotion.

- Non, c'est Margareth qui l'a tué. Tu as voulu bien faire, tu as fait ça pour moi.

Il n'empêche que si je n'avais pas agi ainsi, Joshua serait en vie aujourd'hui. J'ai trahi la confiance de Philip … et toi, à cause de moi, tu …

- Spencer, je sais que tu t'en veux, mais sache que moi, je ne t'en veux pas. Et mon père … il te pardonnera. Il te pardonnera, mon chéri, insista-t-elle.

Elle approcha son visage des barreaux, et pressa sa bouche sur son front, puis ses lèvres. Elle vit les larmes se mettre à couler sur ses joues, et les essuya du bout des pouces.

- Ne sois pas triste, fit-elle, s'efforçant de sourire, et de ne pas pleurer elle-aussi.

Elle ne voulait pas qu'il la voie pleurer avant d'être séparée de lui. Elle devait lui donner la force de supporter ce qui l'attendait, et lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur pour le rassurer.

- Et nous, Violet ? Je ne veux pas t'imposer de …

- Je t'attendrai, répondit-elle, plongeant son regard dans le sien. Je viendrai te voir aussi souvent que possible. On a assez attendu non ? Quelques mois en plus …

- Je t'aime, Violet, si tu savais à quel point.

- Moi-aussi, je t'aime.

Il la regarda avec des yeux emplis de tendresse.

- Ne te fais pas de souci, pour moi, pour nous, reprit-elle. Je suis là pour toi et avec toi, toujours. Rien ne changera ça, Spencer. Jamais. Ok ?

Il acquiesça d'un regard, apaisé par sa présence, son réconfort, ses quelques mots, qui, pour lui, valaient tout l'or du monde.

- Je vais voir avec mon père pour trouver un avocat, continua-t-elle.

- Philip ne va pas …

- Bien-sûr que si, Spencer. Mon père t'adore. Il ne t'abandonnera pas, fais-moi confiance, assura-t-elle. Le lieutenant Novak dit que d'ici quelques mois tu seras libre, peut-être même avant.

Ils se regardèrent quelques secondes, sans parler, profitant simplement de ces quelques instants de douceur. Il esquissa un sourire, attendri par son sourire aimant, et glissa sa main sur sa joue pour la caresser avec tendresse. Le lieutenant Novak apparut au bout du couloir, faisant un léger signe à Violet pour lui signaler qu'elle devait partir.

- Vas-y ma chérie …, chuchota Spencer, l'embrassant une dernière fois à travers les barreaux.

A son tour, elle glissa sa main sur sa joue, pour prolonger ce dernier baiser.

- Embrasse Amy pour moi, dis-lui qu'elle me manque, murmura-t-il contre sa bouche.

- Promis. Tu lui manques aussi. Je t'aime, répondit-elle dans un sourire.

- Je t'aime, ma chérie.

Elle lâcha sa main à regret, sans quitter ses yeux du regard.

- Je viens te voir dès que c'est possible.

- A bientôt.

Il la regarda s'éloigner, et quand elle se retourna pour lui adresser un sourire, et lui envoyer un baiser de la main, il sourit à son tour, apaisé par l'amour qu'elle lui portait.


Chatham, 22 heures.

Après le dîner, ils avaient marché quelques minutes sur le sentier qui serpentait au sommet des dunes, avant de descendre vers la plage, où s'ils étaient assis sur le sable, contre la dune, à l'abri du vent. Il faisait nuit maintenant, mais le clair de lune était suffisamment lumineux pour qu'ils aperçoivent la mer qui roulait doucement sur la plage, sous forme de vaguelettes pleines d'écume. A quelques dizaines de mètres d'eux, un groupe d'amis riait joyeusement autour d'un feu de bois, faisant griller des crevettes dont l'odeur, transportée par la brise légère, se faufilait jusqu'à eux.

Il faisait froid, mais ainsi, chaudement blottie entre les jambes et les bras de Rick, elle était bien. Elle ferma les yeux quelques secondes, se laissant bercer par le clapotis des vagues, la fraîcheur des embruns, la délicieuse odeur des crevettes grillées, et la douceur de la joue de Rick contre la sienne. Ils restèrent ainsi, sans parler, se contentant de savourer l'instant. Puis Rick glissa sa main valide sous son blouson, caressant son ventre sous son pull.

- Comment va notre bébé ? demanda-t-il tendrement.

- Bébé va très bien. Je crois même qu'il est au paradis …, sourit-elle.

- Tu m'étonnes. Au chaud, nourri, logé … il ne s'en fait pas ce petit têtard ! Il ne voudra peut-être pas quitter ton ventre.

- Oui, eh bien il a intérêt de sortir d'ici un jour ! rit-elle.

- Encore six mois à patienter … tu vas réussir à attendre six mois sans savoir si c'est un garçon ou une fille ?

- Moi, oui, sans problème, affirma-t-elle. J'aime l'idée d'avoir la surprise le jour J. C'est comme pour les cadeaux de Noël … Savoir ce qui est à l'intérieur du paquet avant le matin de Noël manque de charme, non ?

- Ce n'est pas tout à fait faux, mais … moi j'aimerais bien savoir, sourit-il.

- Pourquoi ? Qu'est-ce que ça changerait ?

- Rien ou pas grand-chose. Mais au moins je saurais, je pourrais me préparer mentalement si c'est une fille.

- Te préparer mentalement ?

- Oui, une fille de plus à la maison. Bonjour le calvaire, rit-il. Je me sens déjà un peu seul parfois, mais alors là, ce serait le comble !

- Tu parles, tu es un vrai coq au milieu du poulailler ! lança Kate en riant.

Le téléphone de Rick, au fond de sa poche, sonna. Il s'étonna de recevoir un appel si tard, et répondit rapidement, après avoir constaté que l'appel émanait de sa mère.

- Richard ! s'écria la voix de Martha à l'autre bout du fil.

- Mère, es-tu obligée de me hurler dans les oreilles ? s'offusqua-t-il, en guise de bonjour.

- Je me faisais un sang d'encre ! Katherine est avec toi ? demanda Martha d'une voix inquiète.

- Non, non. Elle m'a quittée pour un jeune surfeur beau et bronzé, fit Rick, sarcastique.

Kate tourna son visage vers lui, pour le regarder sévèrement, exaspérée qu'une fois de plus il raconte des bêtises à sa chère mère.

- Quelle andouille tu fais ! s'exclama Martha sur le ton du reproche.

- Oui, Mère, reprit-il gentiment. Kate est avec moi. Dans mes bras, si tu veux tout savoir, et …

- Epargne-moi les détails, ça ira ! Vous ne deviez pas rentrer aujourd'hui ? s'étonna Martha.

- Si. Mais on ne rentre que demain, répondit Rick.

- Tu aurais pu me prévenir. Tout va bien au moins ? s'enquit-elle.

- Désolé, on était un peu surbooké vois-tu. Mais maintenant tout va bien, oui.

- Comment ça « maintenant tout va bien » ? fit-elle, inquiète de ses sous-entendus.

- On te racontera ça demain. Ne te fais pas de soucis, la rassura Rick.

- Richard, tu n'as pas fait de bêtise au moins ?

- Mais non, Mère. Que veux-tu que je fasse comme bêtise ?

- Tout est possible avec toi. Je sais bien que Katherine te surveille, mais je me méfie.

- Au fait, la soirée de lancement de mon livre aura lieu samedi, annonça Rick, changeant de sujet de conversation.

- Samedi ? Comme samedi après demain ?

- Celui-là même.

- Diable, mais je n'ai rien à me mettre ! s'écria Martha, l'air complètement paniquée.

- Tu n'es pas obligée de venir ! lança Rick, volontairement taquin.

- Oh Richard ! Je n'ai jamais manqué une soirée de lancement !

- Embrasse Alexis pour nous, répondit Rick en souriant.

- Oui, oui. Je vous embrasse. A demain.

- A demain, Mère.

Il raccrocha, gigota pour ranger son téléphone, avant, de nouveau, de se blottir contre sa femme.

- Même loin d'elle, tu ne peux pas t'empêcher d'exaspérer ta mère, fit-elle remarquer.

- Ce n'est pas drôle sinon. Elle s'inquiétait qu'on ne soit pas rentrés.

- Oui, c'est vrai qu'avec tout ça, on a oublié de la prévenir.

- Quand elle va savoir ce qui nous est arrivé …, elle va faire une attaque.

- Ce n'est peut-être pas la peine de tout lui dire. On devrait éviter de lui parler de notre agression, suggéra Kate.

- Elle va bien voir mon bras, fit-il remarquer.

- Tu lui diras que tu as glissé sous la douche… Ce ne serait pas la première fois, ajouta-t-elle moqueuse.

- Je n'ai glissé qu'une fois sous la douche, et c'était à cause de toi, je te rappelle.

- A cause de moi ? C'est la meilleure ! Qui m'avait sauté dessus ? s'offusqua-t-elle en riant.

- Oui, c'est bien ce que je dis, encore une fois où tu avais usé des pouvoirs de ton corps pour me charmer. Il n'y a pas idée d'être aussi belle et sexy ! lança-t-il en lui déposant un baiser sur la joue.

- Ce n'est pas pour ça que c'est de ma faute ! Je n'y peux rien si tu es trop faible pour résister, constata-t-elle, rieuse.

- Aucun homme ne résisterait. Mais tu es à moi, chuchota-t-il tendrement, en resserrant l'étreinte de son bras autour d'elle, déposant un baiser sur sa tempe.

Elle aimait cette possessivité qu'il exprimait de temps en temps. Elle aimait être sienne, totalement. L'idée d'appartenir à quelqu'un allait pourtant à l'encontre de tout ce qu'elle était depuis toujours. Elle était libre, indépendante, depuis très jeune, menant sa vie comme elle l'entendait, ne dépendant de personne, surtout pas d'un homme. Mais avec Rick, c'était différent. Ça l'avait toujours été.


Manoir Tudor, aux alentours de vingt-trois heures.

En passant la porte d'entrée du manoir, ils eurent l'impression de pénétrer un décor silencieux et sans vie, tant la vieille demeure était plongée dans le silence le plus profond, comme si elle avait été vidée de ses habitants. Ils aperçurent dans le grand salon, Philip, assis seul dans un fauteuil, un verre de scotch à la main. La pièce était plongée dans la pénombre, et seul le feu de cheminée apportait une faible lumière.

- Je vais aller lui parler deux minutes, chuchota Rick, je crois qu'il a besoin d'un peu de réconfort.

- Oui, tu as raison. Je monte.

- Ne t'endors pas. J'arrive, sourit-il en l'attirant à lui par la taille, pour l'embrasser avec volupté.

- Je t'attends mon cœur, répondit-elle d'un air coquin, en s'échappant de ses bras pour rejoindre l'escalier et sa chambre.

Rick frappa doucement à la porte du grand salon, et Philip tourna furtivement la tête vers lui, lui faisant signe d'entrer.

- Un scotch ? proposa le lord, alors que Rick s'asseyait sur le fauteuil à ses côtés.

- Non, merci. Je … Ma femme m'attend, je voulais juste m'assurer que vous alliez bien.

- Je …, répondit Philip, la voix marquée par le chagrin. Je vis un enfer.

Rick ne répondit pas, se contentant d'adopter une attitude d'écoute, attentive, compatissante.

- Comment peut-on tuer un être humain ? lui demanda Philip, comme s'il s'attendait à recevoir une réponse claire et précise.

- Je pourrais vous donner des tas d'explications, mais aucune n'apaiserait votre chagrin, répondit gentiment Rick.

- Je suis marié depuis plus de vingt-cinq ans avec Margareth. Certes, on n'a jamais été très complices ou très proches …, par ma faute, bien-sûr, mais j'avais l'impression de la connaître un peu quand même.

- Vous savez, la souffrance, comme l'amour, peuvent faire faire des choses irraisonnées, incompréhensibles dont parfois on ne se saurait soi-même pas pensé capable.

- Mon garçon, Joshua, je n'ai pas toujours été un bon père pour lui. Je n'étais jamais là ou presque. Mais je l'aimais, vous savez, expliqua-t-il tristement.

- Je le sais. Et Joshua vous aimait aussi.

- Et Lynn … c'était l'amour de ma vie … Je … Je l'aime encore, même si elle n'est plus là. Si seulement je pouvais revenir en arrière, effacer tout ça … Même elle, je ne l'ai pas rendue heureuse comme j'aurais dû. On dit souvent qu'il faut profiter de la vie, savourer chaque instant avec les gens qu'on aime, car le temps passe, les drames surviennent, et on ne se rend compte de ce qu'on a perdu que quand il est trop tard.

- On le dit … mais on oublie parfois de le faire, malheureusement, constata Rick.

- On ne vit pas, on se laisse porter, on prend les mauvaises décisions, et un jour tout s'arrête … et on réalise qu'on a oublié l'essentiel. Vivre. Etre heureux. Aimer. Car qu'est-ce qu'il reste d'autre au final à la fin d'une vie ?

- Vous avez raison …

- Il reste la femme qu'on a aimée, les enfants qu'on a vu grandir, qu'on a chéris, et les bonheurs qu'on a pu partager avec eux. Le reste n'est que futilité. J'ai passé ma vie à faire les mauvais choix. Avec Spencer. Margareth. Lynn. Joshua … et j'en paye les conséquences. Alors je vis un enfer … mais j'en suis responsable. Que me reste-t-il à faire ? A part vivre avec cette douleur jusqu'à la fin de mes jours.

- Vivre, tout simplement, Philip. Vous avez une fille et une petite-fille formidables. Elles sont là, avec vous. Et il y a Rose, et le bébé qu'elle porte. Vous devez être là pour cet enfant, celui de Joshua.

- Mais Violet … et Spencer … ils …, balbutia Philip.

- Ils s'aiment, fit simplement Rick.

- Oui, mais …

- Vous avez parlé à Violet ? demanda Rick.

- Non. Pas encore. Enfin, pas de Spencer. Elle est tellement triste.

- Vous ne pouvez pas revenir en arrière, Philip, mais vous pouvez tirer des leçons du passé Je ne veux pas jouer les moralisateurs, mais il me semble que l'amour est plus important que la tradition, le respect des normes, le conformisme. Peu importe le lien qui unit Spencer et Violet, ils s'aiment. Rien d'autre ne compte.

- Ce n'est pas facile, pour moi.

- Non, ce n'est pas facile. Mais la vie est ainsi faite.

- Vous avez raison, fit-il tristement. Violet et Spencer méritent d'être heureux ensemble.

Ils restèrent encore ainsi quelques instants, sans parler. Philip semblait un peu plus serein d'avoir pu confier ce qu'il avait sur le cœur.

- Vous rentrez demain ? demanda-t-il tout à coup.

- Oui.

- Je suis désolé, vraiment, pour tout ce qui est arrivé pendant votre séjour. En plus sans vous, on n'aurait peut-être jamais su ce qui était arrivé à Joshua.

- C'est notre boulot. Enfin, celui de ma femme, sourit Rick.

- Merci pour tout, fit Philip en lui tendant la main.

Rick la serra, et Philip lui adressa un regard empli de reconnaissance.


Chambre de Rick et Kate, aux alentours de 23 h.

Quand il entra dans leur suite, il entendit immédiatement le clapotis de l'eau qui émanait de la salle de bain. Il se débarrassa de son manteau et de ses chaussures, enleva son atèle, avant de rejoindre Kate. Il sourit en constatant qu'elle était déjà dans le jacuzzi, confortablement allongée au milieu des bulles et de la mousse.

- C'est agréable ? demanda-t-il en la contemplant, en appui dans l'encadrement de la porte.

- Oui, très, répondit-elle avec un sourire, jouant doucement avec la mousse sur ses mains. Alors ? Tu as su trouver les mots pour le réconforter ?

- J'espère. On a eu une petite discussion d'homme à homme …, répondit-il sans cesser de la regarder.

Elle avait remonté ses cheveux en chignon pour ne pas les mouiller, ce qui dévoilait la peau blanche et douce de son cou, cette petite zone tendre qui la rendait folle quand il y déposait des baisers. Quelques secondes à la contempler ainsi, et il sentit le désir naître en lui.

- D'homme à homme ? Ça veut dire ? demanda-t-elle, croisant son regard, et y répondant par un sourire mutin.

- Rien qu'à ce sourire, il sut qu'elle avait lu le désir dans ses yeux, et partageait son envie.

- On a parlé de la vie, de l'amour … La nécessité de vivre pleinement, pour ne rien regretter. D'aimer sans retenue, expliqua-t-il, observant la sensualité de ses mains glissant dans la mousse.

- Tu viens ? proposa-t-elle doucement.

- Tout de suite, répondit-il, en déboutonnant son jean, et le faisant tomber à ses pieds.

- Viens par-là, je vais t'aider, fit-elle en se levant, l'eau ruisselant sur elle.

- Tu vas avoir froid …, sourit-il en s'approchant d'elle.

Sans répondre, elle s'attela à défaire un à un les boutons de sa chemise, déposant de légers baisers sur ses lèvres. Il savourait l'instant, la contemplait, n'osant poser ses mains sur elle, comme s'il avait peur de se laisser emporter immédiatement par son envie d'elle. Elle et cette sensualité qui émanait de chacun de ses gestes. La beauté de sa nudité. La jolie rondeur de ses seins, et leurs pointes dressées sous l'effet du froid. Ses lèvres qui jouaient, tendrement, furtivement avec les siennes.

Elle fit tomber sa chemise dans son dos, embrassant doucement le creux de son épaule, posa les deux mains à plats sur son torse, puis les fit glisser jusque sa taille pour le débarrasser de son boxer. Elle le prit par la main, et l'entraîna dans le bain. Il entra prudemment dans l'eau chaude, et s'adossa contre la paroi du bassin. Immédiatement, Kate vint s'assoir sur ses cuisses, enlaçant ses bras autour de son cou, et le regardant avec cette intensité qui dévoilait ses envies les plus profondes. Il glissa un bras dans son dos pour la serrer contre lui, plongeant ses yeux dans les siens. Ils restèrent ainsi, enlacés, savourant la chaleur de l'eau qui les enveloppait, le bouillonnement caressant des bulles sur leur peau, et attisant leur désir du simple contact de leurs corps, et de leurs regards.

- Comment va ton épaule ? chuchota-t-elle, la caressant doucement du bout des doigts. Tu as mal ?

- Un petit peu …, mais ça ne m'empêchera pas de te faire l'amour …, murmura-t-il dans un sourire.

- Ah oui ? fit-elle, mutine.

- Tu en meurs d'envie.

- Tu crois ? sourit-elle, jouant à faire glisser légèrement son bassin contre le sien.

Il la contemplait, les mains simplement posées dans son dos, la regardant œuvrer à faire monter leur désir, frémissant d'envie à chaque glissement de son sexe contre le sien.

- Oui, j'en meurs d'envie, chuchota-t-elle, avant de se jeter sur sa bouche avec gourmandise.

Elle s'empara de ses lèvres, y glissant avec sensualité sa langue, qu'il accueillit passionnément. Elle était irrésistible et terriblement excitante, quand elle prenait l'initiative ainsi, et qu'il pouvait sentir, rien qu'à la caresse de sa bouche, son envie de lui. Il glissa sa main sur sa gorge, dans son cou, dans sa nuque pour attirer son visage plus près du sien encore, et l'embrasser avec fougue, emporté par le désir incontrôlable qu'elle déclenchait en lui. Très vite, leur étreinte s'enflamma. Leurs mains caressèrent avec avidité la moindre parcelle de leur peau, leurs corps, enlacés, réclamant le besoin impétueux de s'unir. Les mains de Rick, sous ses fesses, pressèrent un peu plus fort son bassin contre le sien, et sentir son sexe contre son bas ventre la rendit folle de désir. Elle avait envie de lui, terriblement.

- Rick …

Sa voix chaude et sensuelle, et son regard brûlant d'envie le firent fondre de désir. Impatients, ils n'avaient pas besoin de davantage de caresses. Il attrapa sa taille, et d'un mouvement de bassin, la pénétra doucement, sans la quitter des yeux. Ils gémirent tous les deux, tandis que les bras enroulés autour de son cou, elle ondulait sur son sexe. Elle ne le lâchait pas des yeux, son plaisir se nourrissant du sien, intimant un rythme de plus en plus impétueux à leur étreinte. Il se pencha contre elle, happant ses lèvres avec passion. Elle gémissait contre sa bouche, dévorant ses lèvres, presque sauvagement, caressant sa langue furieusement, agrippant ses cheveux. Il adorait l'amante qu'elle était, tendre et passionnée, sauvage et gourmande. Ce soir, c'était elle qui lui faisait l'amour. Et il adorait ça. Entre ses cuisses, et dans ses bras, il s'abandonna complètement, savourant la sensualité avec laquelle elle le faisait jouir. Ce n'est que quand il sentit le corps de sa muse se cambrer, tous ses muscles se tendre sous ses mains, et que dans un souffle impatient, elle prononça son nom, qu'il joignit ses mouvements aux siens pour amplifier l'intensité de son orgasme. Ses gémissements, les soubresauts de son corps contre lui, eurent raison du désir qu'il tentait de maîtriser, et il se libéra enfin de cette envie furieuse, en s'enfonçant au plus profond d'elle, dans un long râle de plaisir.

Elle vint se caler contre son épaule, et la serrant dans ses bras, il la sentit frissonner quelques secondes encore. Ils restèrent ainsi, essoufflés, leur cœur battant la chamade, reprenant peu à peu conscience de la chaleur de l'eau, du bouillonnement des bulles.


Le lendemain matin

Les quelques rayons de lumière qui pointaient derrière les rideaux la tirèrent de son sommeil. Elle s'étira en baillant, jeta un œil à Rick, qui lui tournait le dos, profondément endormi. Elle regarda rapidement l'heure sur son téléphone, et s'enfouit de nouveau sous la couette, désireuse de rester encore un peu au lit. Elle était heureuse de rentrer aujourd'hui, avec l'espoir de pouvoir enfin profiter d'un vrai repos. Heureuse, aussi, tout simplement, de la soirée délicieuse qu'ils avaient passée la veille. Le romantisme du restaurant et de leur balade sur la plage, leurs étreintes passionnées, tantôt furieuses, tantôt tendres, à deux reprises, avant qu'ils ne s'endorment épuisés et repus de plaisir. A chaque fois, c'était le même déluge de sensations, une extase qu'elle n'avait connue qu'avec lui. Parce qu'il était un merveilleux amant, attentionné et fougueux, mais aussi, parce qu'au plaisir charnel, se mêlait toujours cette émotion intense qui la bouleversait.

Elle resta encore ainsi quelques minutes, rêveuse, avant de se décider à se lever, sans faire de bruit, pour ne pas le réveiller. Elle traversa la chambre sur la pointe des pieds pour rejoindre directement la salle de bain, et prendre sa douche. Elle se lava les cheveux délicatement, constatant que sa blessure à l'arrière de la tête ne lui faisait quasiment plus mal, même quand elle y pressait ses doigts. En savonnant son ventre, caressant sa rondeur évidente, elle pensa à l'échographie, à leur bébé qui grandissait en elle, et qu'elle devait protéger. Elle décida de profiter des jours de repos qu'il leur restait avant la reprise du boulot lundi matin pour discuter avec Rick, posément. Il fallait qu'ils envisagent concrètement la suite. Le travail. La grossesse. Leur famille. Et comment concilier tout ça.

Quand elle rejoignit la chambre, Rick dormait toujours paisiblement. Elle s'assit à la table et déplia la carte de Cape Cod pour y localiser Viking Creek. Elle n'eut pas de mal à trouver l'endroit, au nord de Chatham, au bord de la côte rocheuse. Elle réfléchit quelques secondes à ce qui pouvait bien avoir amené William Brewster à cacher un trésor là-bas. L'isolement ou la difficulté d'accès de l'endroit peut-être. D'après la carte, il n'y avait qu'un chemin menant de la route à Viking Creek. Elle trouva le livre de Violet sur la table, et le feuilleta à la recherche de quelque information plus précise sur le lien qu'il pourrait y avoir entre cette crique et William Brewster.

Elle lisait depuis un moment déjà, quand Rick commença à bouger et à s'éveiller. Elle le vit s'étirer, puis se redresser pour jeter des yeux encore pleins de sommeil vers elle.

- Hey ! lui lança-t-elle, souriante.

- Bonjour, toi, répondit-il doucement.

- Bien dormi ?

-Hum … oui … je ne pouvais que bien dormir après cette soirée divine…, répondit-il dans un sourire.

Elle se leva pour aller s'asseoir au bord du lit, lui déposant un baiser sur les lèvres.

- Tu es déjà prête, constata-t-il.

- Je suis réveillée depuis un moment.

Il se redressa pour s'asseoir dans le lit, et grimaça, sa douleur à l'épaule se rappelant à lui.

- Tu as mal ? s'inquiéta-t-elle.

- Un peu …

- Je t'avais bien dit hier soir de ne pas t'appuyer sur ton bras …, le sermonna-t-elle doucement.

- Comment voulais-tu que je fasse pour …, commença-t-il à expliquer, grimaçant de nouveau.

- Me laisser faire … comme dans le jacuzzi, sourit-elle.

- Oui, mais ce n'est pas drôle si je ne peux rien faire, grogna-t-il.

- Si tu te sers de ton bras, ça ne guérira jamais, expliqua-t-elle.

- Je n'avais pas mal hier …. en pleine action, répondit-il rêveur, repensant à la veille.

Après le délice du jacuzzi, ils s'étaient couchés, et au chaud sous la couette, irrésistiblement, de caresse en caresse, de baiser en baiser, ils avaient de nouveau fait l'amour, insatiables. Pris dans le tourbillon du désir, il ne s'était plus soucié de son épaule, même si la voix de la raison, par la bouche de Kate, lui avait conseillé de ne pas prendre appui sur son bras. Et puis, elle-aussi, lascive, sous son étreinte, s'était abandonnée au plaisir, et son épaule avait été le dernier de leur souci.

- Mais maintenant tu as mal …, la prochaine fois, tu dois faire attention, constata-t-elle.

- Je ne peux pas faire attention dans ces moments-là …, répondit-il avec un sourire complice.

- On peut aussi ne plus faire l'amour du tout tant que ton épaule n'est pas remise ? suggéra-t-elle provocatrice. Comme ça tu n'auras pas mal au moins, puisque tu ne veux pas écouter mes conseils.

- Pendant trois semaines ? fit-il en la regardant, incrédule.

- Pourquoi pas ? sourit-elle, taquine.

- Trois semaines ? Tu te rends compte ? Le supplice … Tu ne tiendrais pas …

- On parie ? fit-elle, joueuse.

- Non, non, pas de pari de ce genre ! s'exclama-t-il en riant. Tu es capable d'y arriver si on parie !

- Viens par-là, fit-elle en attrapant le tube de pommade.

Il s'approcha d'elle, et elle entreprit de masser doucement son épaule avec la pommade.

- Ça ne te fait pas mal ?

- Non …, merci ma chérie.

- N'oublie pas que tous ces soins ne sont pas gratuits.

- Oui, sourit-il, le gros bonus, je n'oublie pas. Ce sera un plaisir !

- Et tu sais, il y a mille et une autres positions que j'adore pour lesquelles tu n'as pas besoin de ton bras …

- Mille et une …, fit-il songeur.

On frappa à la porte.

- Je vais voir, fit Kate, en se levant.

- Moi qui pensais que maintenant que tout le monde était en prison ou éploré, on allait être tranquille, soupira Rick.

- Remonte donc la couette …

- Oui, Chef, sourit-il en s'exécutant.

Elle ouvrit, et Savannah apparut sur le palier, toute pomponnée et souriante.

- Katherine ! Bonjour ! lança la vieille dame avec enthousiasme.

- Bonjour Savannah, répondit Kate avec un sourire.

- Je suis ravie de vous voir. J'avais peur que vous soyez déjà partis.

- On ne serait pas partis sans vous dire au-revoir, sourit gentiment Kate.

- Vous descendez déjeuner ?

- Oui. On arrive d'ici quelques minutes.

- D'accord. Je vais aider la petite Rose parce qu'elle a quelques difficultés avec la cuisine. A tout de suite, fit la vieille dame en s'éloignant.

Kate referma la porte, tandis que Rick se levait.

- Tu as trouvé Viking Creek ? demanda-t-il en voyant la carte dépliée sur la table.

- Oui. Ce n'est pas très loin de Chatham.

- Ok. Je me dépêche, on déjeune et à nous le trésor ! lança-il en déposant un baiser sur sa tempe, et filant vers la salle de bain.

Pendant qu'il se préparait, Kate finit de boucler les valises, pour que tout soit fin prêt. Après le petit-déjeuner, ils feraient leurs au-revoir à toute la maisonnée, avant de prendre la route de New-York, avec au programme, un détour par Viking Creek, qui elle l'espérait, ferait le bonheur de son mari.