Chapitre 44
Pendant ce temps-là, dans la chambre de Rick et Kate.
Kate finissait de se préparer quand Lanie la rejoignit dans la chambre.
- Hey Lanie ! lança Kate en voyant son amie entrer.
- Comment vas-tu ma chérie ? répondit Lanie, joviale, se précipitant pour l'étreindre.
- Je vais très bien. Et toi ? Tu es radieuse ! s'exclama Kate constatant l'élégance de la robe de soirée de son amie.
- Merci … et toi, tu es juste … à tomber ! lança Lanie, la tenant par les mains pour la contempler.
- Tu es gentille.
- Je ne dis pas ça par gentillesse ! Tu es magnifique !
- Ce n'est pas trop ? s'inquiéta Kate.
- Trop ? Tu rigoles ? J'en connais un qui va être fier comme un coq ce soir de t'avoir à son bras.
Kate sourit à l'idée du regard admiratif que Rick allait porter sur elle.
- Et ton ventre, c'est absolument adorable, sourit Lanie.
- Ça se voit tant que ça ? fit Kate en passant la main sur son ventre, bien arrondi et tendu sous le tissu de sa robe, comme pour vérifier.
Elle s'étonnait toujours qu'on puisse remarquer sa grossesse, n'ayant pas l'impression d'avoir tant changé durant ces trois mois.
- Si tu croyais que ça passerait inaperçu, c'est raté ! Alors l'échographie ?
- Tout va très bien.
- Oui, je sais ça. Mais toi, c'était émouvant non de voir ce petit bout ?
Kate la regarda avec un sourire.
- C'était …, il n'y a pas de mot. Juste merveilleux. Je crois que ça m'a fait prendre conscience de beaucoup de choses. Ce petit bébé est vraiment là dans mon ventre.
- Il est là et bien là, ma chérie, sourit son amie. Tu es heureuse ?
- Lanie … si tu savais c'est …, oui je suis heureuse. Je n'ai jamais été si heureuse.
- Dis-moi que tu vas faire plus attention. Parce que franchement, avec le bébé, ce n'est pas possible de continuer comme ça … Vous partez en week-end, et tu te retrouves agonisante au fond d'un tunnel secret.
- Je n'étais pas agonisante non plus. N'exagère pas, tenta de relativiser Kate.
- J'exagère à peine. J'étais morte d'inquiétude. Et les gars … enfin, voilà … ils se sont vraiment fait du souci.
- Je suis désolée, mais ça n'arrivera plus. On en a discuté avec Castle, et je vais rester au poste le plus possible le temps de la grossesse.
- En voilà une bonne nouvelle ! s'exclama Lanie enthousiaste.
- Et après la naissance du bébé, je pense prendre un congé d'un an, annonça Kate.
- Et une deuxième bonne nouvelle ! Et Castle qu'est-ce qu'il en pense ?
- Il est aux anges, répondit Kate avec un sourire.
- Tu m'étonnes !
-Il ne veut pas que je démissionne.
- Tu voulais démissionner ? s'étonna Lanie, véritablement surprise que son amie puisse avoir eu cette idée-là.
- J'y avais pensé ... Mais, non, je ne vais pas démissionner.
- Evidemment que tu ne vas pas démissionner. C'est ta vie, Kate, affirma Lanie comme une évidence.
- Tu as parlé avec Castle ou quoi ?
- Non, sourit-elle, mais il n'est pas le seul à bien te connaître. Ne te fais pas de soucis, tu seras une super maman-flic, à condition que tu fasses attention, bien plus que jusqu'à maintenant.
- Je ferai attention. J'ai eu ma dose de frayeur. Et Castle aussi …
- De toute façon, tu m'auras sur le dos tout le temps. Si j'apprends que tu as pris un risque inconsidéré, je rapplique aussitôt et tu auras affaire à moi.
- Lanie …
- Je ne rigole pas, Kate. Il n'est pas question qu'il t'arrive un jour quelque chose, et que cet enfant se retrouve sans sa mère. Alors sois flic, mais un flic prudent !
-Tu sais que tu es formidable ?
- Il paraît oui, sourit Lanie. Tu es prête ?
- Oui, allons-y.
- Tu vas voir Javi avec son nœud-pape ! Il est trop mignon ! s'exclama-t-elle avec enthousiasme.
Elles rirent aux éclats tout en rejoignant le salon.
- Hey Beckett ! lança Esposito.
- Salut les gars !
- Oh ! Mais dis-moi, ça pousse ce bébé ! s'exclama Ryan en regardant son ventre, bien arrondi sous sa robe.
- Je ne suis même pas partie huit jours, il ne peut pas y avoir une telle différence, fit remarquer Kate.
- Soit c'est le bébé, soit tu as trop mangé de homard et de soupe de palourdes ! lança Esposito, avec sarcasme.
Kate lui lança des yeux sévères, mais ne put dissimuler son sourire, heureuse de retrouver les gars et leur humour taquin. Rick s'approcha d'elle, et l'enlaça par la taille, lui glissant discrètement à l'oreille combien elle était magnifique.
New-York, Scala Hôtel, 23 heures.
La salle de réception était bondée de la centaine d'invités triés sur le volet, et des quelques dizaines de fans qui avaient été conviés à la soirée de lancement de Raging Heat. S'il avait écouté Gina, Castle aurait dû inviter le tout New-York. Mais il avait voulu faire les choses un peu plus simplement que d'habitude, si tant est que cela soit possible avec elle comme organisatrice des festivités. Elle restait persuadée qu'il fallait une bonne dose de paillettes pour en mettre plein la vue aux invités.
Tout était grandiose, depuis les affiches monumentales sur les murs représentant la couverture de Raging Heat, la pyramide de romans qui accueillait magistralement les invités dès l'entrée de la salle, l'immense buffet, orné de nappes blanches, et d'une ribambelle de fleurs, et garni d'une multitude de petits fours, mignardises et autres gourmandises, délicatement posés sur des plateaux argentés à plusieurs étages. Les serveurs, tout de blanc et noir vêtus, portaient avec dextérité des plateaux chargés de flûtes de Champagne, et se glissaient presque avec grâce parmi les invités, qui, en petits groupes, discutaient, et riaient en échangeant les derniers potins.
Dès leur arrivée, Kate avait été subjuguée. La limousine les avait déposés au pied du tapis rouge, au milieu d'une nuée de fans applaudissant à tout rompre. Elle aurait préféré une arrivée plus discrète, plutôt que d'être directement projetée sous les feux des projecteurs. Mais en quelques secondes, sa peur avait disparu, peut-être parce que tous ces gens souriants et enthousiastes n'étaient là que pour montrer à Castle combien ils l'aimaient, mais surtout parce que Rick, à peine descendu de la limousine, avait glissé sa main dans la sienne, pour ne plus desserrer l'étreinte de ses doigts enlacés aux siens. Ils avaient ainsi parcouru les quelques mètres qui les séparaient de la salle de réception. Elle avait déjà assisté à de telles scènes quand elle n'était encore que la muse de Richard Castle, mais vivre cet engouement de l'intérieur avait quelque chose d'euphorisant. Elle avait du mal à réaliser que son homme déclenchât une telle liesse. Comme l'avait prédit Lanie, elle sentait toute la fierté de Rick à ses côtés. Mais elle-même ressentait une certaine émotion à évoluer ainsi près de lui, dans son univers. Elle avait tellement appréhendé ce moment, mais au final elle était si fière d'être sa femme aux yeux de tous. Rick était complètement dans son élément, répondant aux fans qui le hélaient, souvent avec humour, s'avançant vers eux pour les photos ou les autographes qu'ils lui réclamaient. Kate aurait voulu se contenter de jouer les observatrices, savourant simplement le bonheur de Rick, mais on lui demanda à elle-aussi des autographes, ce qui ne manqua pas de faire sourire son mari. Elle se rendit néanmoins vite compte que la plupart des fans ne s'adressaient pas à elle en tant que Kate Beckett, ni même en tant que Madame Castle. C'est à Nikki Heat qu'ils s'adressaient, mélangeant totalement fiction et réalité. Pour une fois, elle ne s'en offusqua pas, et signa avec plaisir « Nikki » à l'intérieur des livres qu'on lui tendait, pour le plus grand bonheur des fans.
Une fois, dans la salle de réception, Rick et Kate déambulèrent un long moment parmi les invités, passant de groupe en groupe, discutant avec les uns et les autres. Martha se chargea, quant à elle, d'escorter les gars et Lanie parmi le gratin new-yorkais, s'occupant de faire les présentations, et veillant à ce que leurs coupes de Champagne soient toujours bien remplies.
Kate se plia avec gentillesse et patience à toutes les discussions avec ces gens qu'elle ne connaissait pas, ou simplement de nom. Mais eux, tous, savaient qui elle était, tant il était de notoriété publique que Richard Castle avait épousé sa muse, le lieutenant Katherine Beckett. Elle ne se lassait pas d'entendre Rick la présenter aux invités, en disant simplement : « ma femme Kate ». Elle se laissait guider par sa main, et il l'entraînait de groupe en groupe, tout heureux et enjoué. De temps en temps, avant qu'il ne s'approche de nouvelles personnalités, il lui glissait à l'oreille quelques mots drôles pour l'informer à l'avance des gens auxquels ils allaient à voir affaire. Elle dut lui dire d'arrêter de la prévenir car elle arrivait devant les invités en riant, et ne cessait de penser, toute la conversation durant, aux bêtises qu'il lui avait chuchotées à l'oreille. Tous ces gens se montrèrent charmants, mais elle s'étonna que peu d'entre eux posent des questions concrètes à Rick sur son roman. Elle se demandait même s'ils lisaient ses romans d'ailleurs. La plupart des conversations s'orientèrent autour de la police, de la hausse ou non, selon les avis, du taux de criminalité à New-York, de l'arrestation du sénateur Bracken également, qui, apparemment avait marqué les esprits, et enfin de sa grossesse, que tout le monde remarqua au premier coup d'œil, comme Rick et Lanie l'avaient prédit. Elle ne comptait plus le nombre de fois où elle dût expliquer que le bébé devait naître en avril. Elle voyait le petit air mi- souriant mi- compatissant que prenait Rick à chaque fois qu'elle devait répéter la même chose aux invités. Elle savait qu'il devait se féliciter de sa patience, et des efforts qu'elle faisait pour lui. Ils pensaient avoir enfin fait le tour de la salle, et s'apprêtaient à rejoindre les gars et Lanie près du buffet, quand Gina les arrêta.
- Richard ! Je te cherche partout ! lança-t-elle, comme s'il avait disparu depuis des heures.
- Tu m'as trouvé ! fit-il, avec un grand sourire, glissant un bras aimant autour de la taille de Kate.
- Les journalistes attendent, continua-t-elle, désignant du regard une dizaine de personnes, patientant au fond de la salle, dans l'espace qui leur avait été alloué.
- Oui, j'arrive tout de suite.
- Ok. Dépêche-toi, répondit-elle en disparaissant vers le fond de la salle.
- Tu veux venir avec moi ? proposa-t-il à Kate.
- Non, non. C'est ton calvaire ça, sourit-elle. A moi la paperasse, à toi les journalistes ! Chacun son truc.
- Touché ! lança-t-il en souriant.
- Je veux bien jouer à être Nikki ce soir pour tes fans, fit-elle gentiment, mais ma part du boulot s'arrête là.
- Tu as raison. Mais …tu ne vas pas …
- Ne t'en fais pas. Je peux survivre sans toi quelques minutes.
- Ah bon ? Moi qui croyais que …, répondit-il avec un sourire, prenant un air faussement étonné.
Elle l'interrompit en venant embrasser ses lèvres, tandis qu'il glissait sa main sur sa joue pour prolonger son baiser.
- Je file, sinon dans trente secondes, Gina rapplique de nouveau.
- Oui, va donc bosser un peu !
Il s'éloigna vers le fond de la salle, tandis qu'elle rejoignait ses amis. Tous les quatre discutèrent avec plaisir tout en grignotant quelques petits fours, et Kate leur raconta plus en détail leurs mésaventures dans le tunnel secret du manoir Tudor. Puis, Esposito et Ryan s'éloignèrent, disparaissant dans la foule, pour aller remplir leurs flûtes de Champagne. Avec Lanie, elles s'amusèrent avec humour à décrypter les attitudes des invités, riant des manières des uns, des rictus des autres, dans cet univers qui était si décalé du leur. Tout en riant avec son amie, les yeux de Kate se portaient sur ceux qu'elle aimait. Martha, sa flûte à la main, évoluait tout sourire parmi les groupes d'invités. Elle était comme un poisson dans l'eau ici, radieuse. Tout le monde ou presque connaissait maintenant la mère de Richard Castle, et au grand désespoir de Rick, elle ne manquait pas une occasion de raconter une anecdote le concernant. A elle toute seule, elle était une mine d'informations intarissable pour tous les curieux qui cherchaient à percer les mystères de l'écrivain. Il avait beau lui avoir fait la leçon avant qu'ils ne partent pour la soirée, Martha était ainsi. Elle se fondait parmi les invités, joyeusement, et emportée par sa verve, livrait des informations croustillantes. Quant à Esposito et Ryan, ils sirotaient leur Champagne tout en lorgnant sur le buffet, avec gourmandise. Leur moment de gloire avait eu lieu, et ils étaient maintenant aux anges. On les avait reconnus. Deux femmes, la soixantaine bien tassée, les avaient observés un moment de l'autre côté du buffet, se chuchotant des propos inaudibles qui les amenaient à ricaner toutes deux comme des adolescentes. Finalement, elles avaient osé venir leur demander s'ils étaient bien Ochoa et Raley, les collègues de Nikki Heat. Kate et Lanie avaient vu leur visage s'éclaircir d'un large sourire, et les gars, pas peu fiers, s'étaient livrés avec plaisir à la dédicace du livre de leur ami écrivain. Elles avaient éclaté de rire quand les deux mamies les avaient embrassés goulûment sur chaque joue en les serrant dans leur bras. Les regards effarés et crispés de Ryan et Esposito valaient leur pesant d'or. Mais ils pourraient se vanter auprès de Castle d'être eux-aussi des célébrités maintenant. Rien que pour ça, ils auraient accepté les bises collantes de toutes les mamies du monde.
Quant à Rick, Kate ne l'avait jamais vu si sérieux et si concentré, là-bas, faisant face aux journalistes. Elle savait qu'il en était capable, mais au poste, ces moments-là ne duraient jamais bien longtemps. D'ici, elle ne pouvait entendre ce qu'il disait, mais la discussion avait l'air sérieuse. De temps à autre, elle apercevait son sourire, et l'air enfantin qu'il prenait quand il disait des bêtises. Nul doute qu'il devait faire de l'humour et tourner en dérision ce que lui racontaient les journalistes. Ils avaient anticipé les questions qu'on lui poserait concernant leur vie privée. La plupart des journalistes conviés à l'événement étaient des critiques littéraires, du moins, ils s'en donnaient l'appellation. Mais Kate n'avait pas l'intention de faire la une des journaux. Il y avait déjà eu l'annonce du mariage, puis les quelques photos qui avaient filtré. Nul doute que sa grossesse allait aussi intéresser du monde. Si on lui posait la question, Rick, bien évidemment, informerait son public qu'ils attendaient un heureux événement, mais rien de plus.
L'interview sembla prendre fin, et Gina, comme si elle avait peur qu'il ne s'évapore de nouveau parmi la foule, entraîna immédiatement Castle vers l'estrade. Kate le vit monter et se préparer pour son discours. Elle l'observait par-delà la foule, qui ayant pressenti l'imminence du discours, s'était rapprochée de l'estrade. Là-bas, il était aux yeux de tous, Richard Castle, l'homme public, et pourtant, elle, ne voyait avec tendresse que son mari. En attendant que la salle ne se taise, elle le voyait faire des petits signes de la main aux uns et aux autres, qui, à proximité de lui, devaient le saluer. Et puis, il sembla parcourir l'assistance du regard, avant que ses yeux ne se posent sur elle. Ils se regardèrent, de loin, et se sourirent, retrouvant même à distance, leur bulle complice, comme s'ils étaient seuls dans la salle. A cet instant, elle réalisa le chemin parcouru, depuis l'époque où elle dévorait les romans de Richard Castle, il y avait plus de dix ans de cela, à aujourd'hui, où elle était là, à lire dans ses yeux tout l'amour qu'il lui portait.
Enfin Gina parvint à faire régner le silence, et Rick se concentra sur son discours. Il commença par saluer les invités et les fans qui lui faisaient l'honneur d'être présents à cette soirée. Avec humour il souligna le fait que tous n'étaient certainement pas venus pour lui, mais pour manger et boire à ses frais. Toute la salle se mit à rire de bon cœur, créant une atmosphère joyeuse. Et puis, il se lança, plus sérieusement, sous les yeux d'une assistance déjà séduite. Il présenta rapidement son roman, Raging Heat, plaisanta sur la relation qui unissait les personnages, Nikki et Rook, tout le monde faisant évidemment le parallèle avec la vie réelle de l'écrivain. Mais il n'avait pas vraiment envie d'épiloguer sur son roman, même si c'était la raison d'être de cette soirée. Il avait choisi de donner une orientation bien particulière à son discours, mais il lui fallait d'abord procéder aux sacro-saints remerciements.
- Je tiens à vous remercier, vous tous, d'être présents ce soir pour partager avec moi un peu de mon bonheur d'écrire. Je remercie mes fidèles lecteurs bien-sûr, sans lesquels je ne serais rien. J'écris pour moi, mais j'écris surtout pour vous.
La salle applaudit, et Rick attendit que le calme revienne.
- Je remercie tous mes amis présents ce soir, et tout particulièrement mes amis du 12ème District qui me supportent à longueur de journée, et grâce auxquels Raging Heat, entre autres, a pu voir le jour. Sans eux, mes romans n'existeraient pas.
Il adressa à Ryan, Lanie, et Esposito un sourire lointain, qu'ils lui renvoyèrent tous trois, avec une sincère affection.
- Je remercie le Capitaine Gates, qui n'est pas ici ce soir, d'accepter ma présence, parfois envahissante selon elle, au sein du commissariat. Et Dieu sait que c'est difficile pour elle ! Capitaine, je suis sûre, que vous devez avoir l'oreille qui siffle en ce moment même ! Ne vous inquiétez pas, ce n'est que Monsieur Castle qui pense à vous.
Tout le monde rit dans la salle.
- Je remercie ma mère, pour son soutien sans faille. Mère, j'espère que tu n'as pas trop enquiquiné les invités avec le récit de ma vie passionnante !
De nouveau, des rires s'élevèrent tandis que Martha, habitué à ses taquineries, envoyait un baiser fictif à son fils.
- Et, je remercie de tout mon cœur, Kate, ma muse, ma femme.
Il lui adressa un sourire aimant par-delà l'assistance. Quelques regards se tournèrent vers elle, si bien qu'elle sourit timidement.
- Sans toi, Nikki ne serait qu'un personnage fade et insipide. Tu lui as donné son essence, ton cœur, ton âme.
Il sembla hésiter quelques secondes, un peu ému.
- Kate, merci d'être ma fan numéro un. Merci d'être là, chaque jour à mes côtés. Merci simplement pour ton amour et le bonheur que tu me donnes.
Toute la salle applaudit, et les gars s'amusèrent à siffler bruyamment, ce qui n'arrangea rien à la gêne de Kate. Elle sentit le rouge lui monter aux joues, mais elle était touchée et émue, que Rick se livre ainsi publiquement sur ses sentiments envers elle.
- Pour finir, et avant de vous laisser vous jeter sur le buffet, je tenais à vous parler de quelque chose qui me tient à cœur. Je ne vous cache pas que je manquais d'idées pour ce discours. On cherche toujours à faire original. Car, après-tout, qu'est-ce qu'un discours sinon un long monologue soporifique ? N'est-ce pas Monsieur le Maire ?
Des rires bruyants s'élevèrent de la salle, et quelques visages se tournèrent vers le maire qui leur renvoya un sourire content. Rick se baissa, se saisit d'un objet posé à ses pieds, et reprit la parole.
- J'ai trouvé ce trésor hier, avec Kate, à Cape Cod.
Il leva dans sa main la petite boîte rouillée, et quelques rires se firent entendre.
- Ne riez pas, sourit-il. C'est un vrai trésor. Cette petite boîte que vous voyez-là, a été cachée à Cape Cod par William Brewster, qui fut l'un des pères pèlerins il y a quatre cent ans.
Il l'ouvrit prudemment, sous les regards curieux de l'assistance.
- Elle contenait plusieurs petits objets : ces pièces, ces osselets, ces anneaux de mariage, ces pages déchirées d'un livre, et cette lettre, expliqua-t-il en montrant un à un les objets avant de les reposer au fond du coffret.
- Vous allez me dire : quel piètre trésor ! Mais, je vais vous lire ce qu'a écrit William Brewster. Et vous allez comprendre pourquoi ce trésor est si important.
Kate sourit, repensant à leur journée d'hier, au contenu bouleversant de cette lettre, qui était un hymne à l'amour et à la vie. Une lettre qui correspondait finalement beaucoup à Rick. Elle ne s'étonnait pas qu'il ait eu l'idée de partager ce trésor lors de cette soirée. Elle en était encore plus admirative, si tant est que cela soit possible.
Rick déplia minutieusement le morceau de papier jauni, et lut, posément, dans une salle suspendue au moindre de ses mots. Puis il replia la lettre, dans un silence assourdissant qui reflétait l'émotion qu'avaient ressentie bon nombre de personnes ici.
- J'avais envie de partager cette lettre avec vous, pour qu'en repartant de cette soirée, au lieu de commenter la saveur des petits fours et la qualité du Champagne, chacun puisse se demander : et moi ? Si je devais remplir une petite boîte des quelques objets qui résument ce qu'ont été les bonheurs de ma vie, qu'est-ce que j'y mettrais ?
La salle, toujours étonnamment silencieuse, écoutait avec une attention religieuse.
- Moi, je sais ce que j'y mettrais. Mais je ne vous le dirai pas, sourit-il. Parce que c'est mon trésor, et qu'il est encore bien trop tôt pour le partager avec vous.
Des sourires éclairèrent les visages de toute l'assistance.
- N'oubliez pas pour autant de dire partout autour de vous combien Raging Heat est génial ! Maintenant vous pouvez vous ruer sur le buffet ! Merci à tous ! lança-t-il, tout sourire, en levant la main pour saluer la salle.
Des applaudissements retentissants se firent entendre pendant de longues secondes tant les invités avaient été subjugués par son discours. Il fallut plusieurs minutes pour qu'il ne parvienne à traverser la foule pour rejoindre Kate. Il s'approcha d'elle, souriant.
- Viens, fit-il aussitôt, en l'attrapant par la main, l'entraînant avec lui à travers les invités.
- Où tu m'emmènes Castle ? s'étonna-t-elle, en le suivant malgré tout, sans lâcher sa main.
Il ne répondit pas, se contentant de la guider vers l'extrémité de la salle, là où d'immenses tentures couleur lie de vin faisaient office de parois. Ils se faufilèrent tout deux discrètement derrière les tentures, se retrouvant dans une petite salle vide, d'où ne leur parvenait plus que le murmure de l'agitation qui régnait dans la salle de réception.
- Ouf ! lança Rick, l'attrapant par la taille pour la serrer contre lui.
- Qui y a-t-il ?
- Rien, je t'enlève, c'est tout, sourit-il, alors qu'elle enlaçait ses bras autour de son cou.
- Tu as le droit de t'évader comme ça ? Gina va râler …
- Je me fiche de Gina. J'avais très envie de ça …, fit-il en se penchant pour l'embrasser amoureusement, happant ses lèvres dans un baiser passionné.
Aussitôt, leurs langues se caressèrent, leurs bouches se dévorèrent, et l'un comme l'autre, sentir une pointe de désir naître au fond de leur ventre. Ils reprirent leur souffle, se regardant avec un sourire.
- Ne m'embrasse pas comme ça … ou c'est moi qui t'enlève loin d'ici ! chuchota-t-elle.
- Enlève-moi ! lança-t-il, provocateur.
- Non, sourit-elle, j'ai trop peur que Gina s'en prenne à moi si tu disparais. J'attendrais patiemment cette nuit …
- Tu as raison. L'attente fait monter le désir ! lança-t-il en riant.
Ils rirent tous les deux, tendrement enlacés.
- C'est phénoménal tous ces gens qui sont fascinés et t'adorent. J'ai épousé une vraie star ! reprit-elle, le regardant avec admiration.
- Tu en doutais ? sourit-il.
- Non …, mais vivre ça de l'intérieur, c'est un peu magique, et je suis très fière ce soir, répondit-elle, en plongeant ses yeux dans les siens.
Il sourit, attendri par la douceur de son regard.
- Par contre, j'aimerais bien moi-aussi un petit autographe du maître du macabre !
- Ah oui ? Je signe où ? fit-il en scrutant son décolleté, avec envie.
- Où tu veux. Mon corps t'appartient ! lança-t-elle rieuse.
Il la serra plus fort dans ses bras, pour l'embrasser de nouveau, goûtant avec plaisir la tendresse de ses baisers.
- Il va falloir qu'on y retourne, reprit-elle, où d'ici quelques secondes, Gina va lancer un avis de recherche à ton nom !
- Oui, ça ne m'étonne qu'on ne l'ait pas déjà vu tirer le rideau !
Après ce petit intermède amoureux, ils rejoignirent donc leurs amis près du buffet.
- Dis Castle, lança Esposito, avec Ryan on se posait une question, les petits fours c'est bien à volonté ?
- Oui, sourit Rick, espèce de rapace !
- Ça ne pose pas de problème si je rapporte des petits fours à Jenny alors ? lança à son tour Ryan.
- Je vais finir par croire que vous n'êtes venus que pour le buffet ! lança Rick avec humour.
- Pour quoi d'autre ? répondit Esposito, prenant son petit air sarcastique.
Ils rirent tous de bon cœur, savourant cette soirée qui allait se prolonger jusque tard dans la nuit.
12ème District, lundi matin, 7 h 45
En passant la porte de l'ascenseur, ils avaient tout de suite aperçu le Capitaine Gates assise dans son bureau, occupée, comme tous les lundis matins, avec la paperasse. Kate rejoignit immédiatement son poste de travail, tandis que Rick, tentait de loin, de décrypter l'humeur de Gates.
- Elle fronce le nez, c'est mauvais signe, fit-il en scrutant le Capitaine à travers la vitre.
- Elle fronce toujours le nez quand elle réfléchit, ça ne veut rien dire, répondit Kate, déjà concentrée sur les dossiers qui occupaient son bureau.
- Mais là elle n'est pas en train de réfléchir, elle signe des papiers … et ça fait peur …, je n'aimerais pas être une feuille de papier … elle a un de ces coups de stylo !
- Castle, arrête de l'épier comme ça, qu'est-ce que ça change de savoir à l'avance dans quel état d'esprit elle est ?
- C'est pour savoir quel genre d'humour je peux tenter pour détendre l'atmosphère.
- Tu veux un conseil ? Ne tente aucun humour, ajouta Kate, sans lever les yeux du document qu'elle avait entrepris de lire.
- Mince …, fit-il en se précipitant pour venir rejoindre sa place à côté du bureau de sa muse.
- Quoi ? s'étonna-t-elle, en regardant l'air ahuri qu'il avait pris.
- Elle m'a vu. Elle a enlevé ses lunettes, avec ses petits yeux terribles … c'est fichu, expliqua-t-il, l'air effrayé.
Kate ne put se retenir de sourire.
- Tu as peur à ce point-là de Gates ?
- Eh bien … euh …, balbutia Rick.
- Qu'est-ce qui se passe Castle ? lança Esposito en se plantant à côté d'eux.
- Gates va nous passer un savon. Il flippe, expliqua Kate, en souriant.
- On fait moins le malin mon pote ! s'exclama Esposito, moqueur.
- J'ai une tactique pour l'amadouer …, reprit Castle.
- Castle, je t'en prie, ne tente rien, lui fit Kate, en le fixant de son regard sévère.
- Mais c'est juste …
- Si tu tentes quelque chose, Castle, je te …, commença Kate.
- Lieutenant Beckett ! Castle ! Dans mon bureau, tout de suite ! cria la voix de Gates depuis le couloir.
Ils se levèrent d'un bond, comme par réflexe, et s'avancèrent vers le bureau du Capitaine qui avait pris son air grave, celui qu'elle se donnait quand elle se devait de réprimander ses hommes. Ils avaient beau savoir que ce n'était qu'un mauvais moment à passer, et que Gates avait bon fond, se retrouver dans son bureau à subir ses foudres avait toujours quelque chose d'inquiétant.
- Asseyez-vous, lança Gates, en les toisant de son regard sévère.
S'ils avaient pu avoir l'impression de sympathiser un peu avec le Capitaine lors de leur cohabitation à Cape Cod, en quelques secondes, leur relation avait retrouvé toute sa normalité.
- Savez-vous combien de règles vous enfreignez quand il vous vient la lubie de mener des enquêtes à l'autre bout des Etats-Unis alors que vous n'êtes pas en service ?
- Ce n'était pas si loin …, commença à répondre Castle.
Gates le dévisagea, l'air sidéré qu'il ose prendre la parole, et lui fit son regard terrifiant. Castle se tut aussitôt, prenant un air désolé.
- Lieutenant Beckett ?
- Non, Capitaine. Je l'ignore, répondit Kate, qui ne s'attendait pas à ce que la question de Gates exige une réponse claire et précise.
- Vous l'ignorez évidemment. Vous enfreignez une bonne dizaine de règles fédérales. Si les choses tournent mal, et en l'occurrence, elles ont mal tourné, je suis responsable.
- Désolée, Capitaine.
- Vous pouvez l'être en effet. Vous avez pris le risque de compromettre des preuves qui auraient pu saper l'enquête. Tout ce que vous avez fait au sein de ce manoir était illégal.
- Capitaine, il n'y avait plus d'enquête, c'est pour ça qu'on …, tenta d'expliquer Beckett.
- Je sais le pourquoi du comment, Lieutenant Beckett, asséna Gates avec autorité. C'est la façon dont vous avez agi que je réprouve. Vous avez mis en danger la vie de civils, Monsieur et Madame Monroe, en les entraînant avec vous dans cette investigation. Et s'ils s'étaient retrouvés à votre place dans cette cave ? Vous imaginez les conséquences ?
Beckett et Castle ne répondirent pas, réalisant combien le Capitaine avait raison. Ils avaient, sur le moment, minimisé les risques, en particulier pour Savannah et Wyatt. S'il leur était arrivé quelque chose, ils s'en seraient voulu toute leur vie.
- Vous avez entraîné avec vous les Lieutenants Esposito et Ryan, bien évidemment, à mener cette investigation dans mon dos. Vous croyez qu'ils n'ont que ça à faire ? Mais évidemment, plus on est de fous, plus on rit, n'est-ce pas ?!
Elle les toisait du regard, et ils se contentaient de laisser passer la tempête, sachant pertinemment que le Capitaine avait raison.
- Pour finir, vous vous êtes mis vous-même en danger. Je sais que vous faites ce que vous voulez de votre vie quand vous n'êtes pas en service, mais j'aimerais bien ne pas perdre mon meilleur lieutenant pendant ses congés parce qu'avec son mari, elle ne peut pas s'arrêter de traquer tous les criminels du monde ! lança Gates, en les dévisageant tour à tour, furieuse.
Malgré le mécontentement qu'elle exprimait, ils se rendaient bien compte que la colère du Capitaine reflétait aussi la peur qu'elle avait eue pour eux, et qu'elle exprimait aussi inconsciemment l'affection qu'elle leur portait.
- Quant à vous Monsieur Castle, combien de fois faudra-t-il vous rappeler que vous n'êtes pas flic ? Et quand Beckett n'est pas en service, vous l'êtes encore moins !
Ils optèrent tous les deux pour la stratégie de l'air dépité, qui ne trompa pas Gates.
- Epargnez-moi ces mines déconfites ! Vous avez de la chance que le lieutenant Novak soit finalement intervenu et que tout ce soit bien fini, parce que je peux vous dire que sinon …
Gates ne termina pas sa phrase, mais reprit :
- Si, une seule fois, ce genre de choses se reproduit, et je dis bien une seule fois, c'en est fini de votre partenariat. Monsieur Castle retournera à ses lignes d'écriture. Est-ce que je suis bien claire ?
- Oui, Capitaine, répondirent-ils tous les deux.
Elle appuya volontairement sur eux son regard sévère encore quelques secondes, histoire de bien marquer le coup.
- Bien. Vous pouvez disposer, ordonna-t-elle, adoptant un ton plus posé.
- Capitaine, j'ai quelque chose pour vous, lâcha Castle.
- Castle, vous n'avez pas besoin d'acheter ma clémence !
Gates et Beckett le regardèrent avec étonnement farfouiller dans le sac qu'il avait posé près du fauteuil, et sortit un petit coffre rouillé qu'il posa, tel un trophée, sur le bureau du Capitaine avec un grand sourire.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? s'étonna Gates.
- Le trésor, répondit Rick, comme une évidence.
- Le trésor ? Il y avait vraiment un trésor ? fit-elle, esquissant un sourire.
- Oui. Le voici. Je vous le confie quelques temps. Vous allez adorer.
- J'ose espérer que ce n'est pas encore une de vos inepties, Castle ?
- Non. Capitaine. Faites-moi confiance pour une fois !
Gates, d'abord méfiante, ouvrit prudemment le petit coffret, et s'extasia, ravie devant son contenu.
Loft, 22 h.
La journée de reprise s'était écoulée de façon plutôt tranquille, même si elle avait commencé par un remontage de bretelles en bonne et due forme. Kate et Rick s'en étaient plutôt bien tirés, la réussite de leur investigation y ayant été pour beaucoup. Gates s'était enthousiasmée pour le petit coffret, comme Rick l'avait prévu. Avec le temps, il cernait un peu mieux la personnalité du Capitaine, riche d'un grand cœur, sous ses airs autoritaires. Il savait qu'elle serait sensible à l'histoire de William Brewster, et puis, elle avait, elle-aussi participé à décrypter les énigmes. Elle ne pouvait qu'être ravie que le trésor existe bel et bien. Kate s'était longuement entretenue avec elle sur les modalités d'exercice de ses fonctions pendant sa grossesse, et Gates s'était montrée très compréhensive. Beckett resterait le plus possible au bureau, et elle y veillerait personnellement. Un cadavre était venu animer cette journée, pour le plus grand bonheur de Rick, et la vie au poste avait repris son cours normal.
Kate, allongée dans le lit, confortablement enfouie sous la couette, échangeait des messages avec Lanie en vue d'organiser une soirée entre filles, quand Rick fit irruption dans la chambre une grande boîte dans les mains.
- Regarde ce que j'ai trouvé au fond du placard d'Alexis ! lança-t-il, tout excité, en déposant la boîte près d'elle sur le lit.
Kate sourit immédiatement en scrutant la boîte, alors qu'il se glissait sous la couette à ses côtés.
- Le Cluedo ! lança-t-elle.
- On joue ? fit-il, en ouvrant la boîte pour sortir avec enthousiasme les petits pions et les armes miniatures.
- Castle …, je n'ai pas très envie de jouer au Cluedo maintenant.
- Tu as peur de perdre c'est ça ! Tu sais que je suis le maître du Cluedo !
- Non, je n'ai pas peur de perdre. C'est juste que vu la semaine qu'on a passé, franchement, le Cluedo …
- Allez, tu pourras être Mademoiselle Rose ! A moins que tu ne préfères Miss Peacok ? fit-il en exhibant devant elle les personnages en plastique.
Elle le regarda mi-sidérée mi amusée.
- Moi, je serais le Colonel Mustard ! Ahahahaha ! lança-t-il prenant l'air d'un tueur fou.
Elle éclata de rire.
- Regarde cette mignonne petite corde ! Et ce chandelier ! Trop génial !
- Tu crois vraiment que je n'ai pas eu ma dose de Cluedo ? reprit-elle, rieuse.
- Tu adores le Cluedo !
- Tu sais ce que j'adorerais là maintenant ? fit-elle, avec un sourire mutin.
Il la regarda, attendant la suite, tout en devinant, rien qu'à son air coquin, ce qu'elle allait dire.
- Tu m'avais promis quelque chose …, poursuivit-elle en souriant.
- Oh, mais vos désirs sont des ordres mon amour ! s'exclama-t-il aussitôt, oubliant subitement le Cluedo.
Il l'attira contre lui fougueusement, embrassa sa bouche, tandis que les pions et les petites armes du jeu avaient roulé sur le sol, emportés par les mouvements de leurs corps amoureux. Heureuse et lascive, Kate s'abandonna entre les bras de son homme, qui la couvrait de caresses et de baisers préludes à une nuit de plaisir.
FIN
