Disclamer : ces personnages ne sont pas à moi.
Notes : merci pour toutes vos reviews ^^ J'espère que ce chapitre ne vous traumatisera pas trop. Je les bouscule un peu mais c'est voulu.
..
..
Chapitre 17 : Epreuve
..
..
« Ce sera tout Monsieur ? »
La jeune pharmacienne lui offrit un grand sourire, sans doute sous le charme de ce beau brun. Le village était plutôt petit, les touristes étaient rares et comme toute nouvelle tête, celle-ci attirait son attention. Sans compter qu'il était plutôt beau garçon, et cela ne gâchait rien.
« Auriez-vous des calmants pour enfant ? Quelque chose qui assomme ? »
Elle écarquilla les yeux, un peu déstabilisée par une telle question.
« Et bien... Des... des calmants vous dites ? »
« Oui, voyez-vous ma sœur est venue avec son fils, mais il semblerait qu'il se sente mal en voiture, et ça m'ennuie de le laisser souffrir pendant tout le trajet. Si je pouvais lui donner quelque chose qui le fasse dormir... »
« Oh je vois. » reprit-elle aussitôt, comme soulagée. « Cependant, il vous faudra une ordonnance pour cela, j'en ai peur. Par contre, nous avons un excellent traitement contre le mal des transports, si vous voulez ! »
Il esquissa un sourire et secoua la tête :
« On va se débrouiller. Merci quand même. »
Elle le fit payer, ferma son sachet et le lui tendit, toujours sous le charme. Aussi ne put-elle s'empêcher d'ajouter alors qu'il rangeait son porte-monnaie dans sa poche :
« Vous restez longtemps ici ? Enfin, si vous êtes libre ce soir, je... »
« Ca aurait été avec plaisir ma Belle, mais ma sœur veut repartir dés cette après-midi. »
Un dernier sourire, et il sortit de la boutique, disparaissant avec ses espoirs.
...
...
La furie chinoise qui traversa le couloir bouscula tout le monde sur son passage, et les cris retentirent longtemps après son passage. Cela aurait dû alerter Yuy, et pourtant il fut le premier surpris de voir Wufei débarquer dans son bureau, qui, sous le coup d'une colère violente, arracha presque la porte de ses gonds. Ce fut un miracle qu'elle tienne, surtout que les bâtiments où ils avaient atterri n'étaient pas de toute première jeunesse.
Cependant, loin de se retourner, Heero resta concentré sur son écran, visiblement peu enclin à entamer la conversation avec son collègue. Une attitude un peu trop répétitive ces derniers temps mais qui ne découragea nullement le chinois.
« Yuy ! »
Seul le son des pianotements sur son clavier retentit : visiblement, le soldat parfait se doutait de ce que Wufei venait lui dire, et n'avait nulle envie de l'entendre. A croire que jouer à l'autruche était devenu le passe-temps préféré du japonais : tous ceux qui le côtoyaient avaient l'impression d'en être revenu au stade premier, quand Heero n'était encore qu'un robot à apparence humaine. Non pas qu'il se montre désagréable ou importun, bien au contraire : il se conduisait comme un bon soldat. Et tout ce qui sortait des ordres de mission ou du vocabulaire de l'armée était ostensiblement mis de côté et ignoré. Un soldat... parfait... de glace.
Seulement, cela allait un temps. Et si Wufei était de plus en plus excédé par sa façon d'imposer de la distance avec eux tous, il était surtout irrité par l'attitude qu'il avait envers Trowa. Chaque jour, le français demandait des nouvelles d'Heero : s'il ne prononçait pas les mots qui lui brûlaient la gorge, Wufei et Quatre n'avaient aucune peine à les deviner. Il ne comprenait pas pourquoi l'homme qu'il aimait ne venait pas le voir dans sa chambre à l'infirmerie qu'ils avaient installé. Il se sentait déboussolé, perdu et surtout, abandonné.
Mais avec la réserve qu'ils lui connaissaient tous, Trowa n'en parlait jamais et n'abordait aucune question personnelle. Il se contentait de leur demander, une lueur d'espoir dans les yeux, comment allait Heero. Wufei et Quatre esquissaient tant bien que mal une réponse évasive destinée à le rassurer, prétextant que le japonais était débordé et tentait par tous les moyens de contacter 02 et Gahou. Et à chaque fois, Trowa avait ce petit sourire peiné qui finissait de leur donner envie de frapper Heero jusqu'à ce qu'il cesse ce petit jeu malsain : un sourire qui n'en était plus un, mais tentait de donner le change. Trowa n'était pas idiot : il sentait que quelque chose se passait, et ce silence insupportable devenait de plus en plus lourd, surtout pour lui. Dernièrement, Sally avait noté une baisse un peu trop importante de ses globules : Trowa mangeait mal et dormait encore plus mal... Ce qui n'était pas bon pour sa convalescence.
C'était cette information qui avait jeté de l'huile sur le feu, surtout concernant Wufei. Aussi hurla-t-il une nouvelle fois, bien décidé désormais à ne rien lâcher :
« Yuy, espèce de lâche, regarde-moi ! »
Les doigts du japonais s'arrêtèrent sur son clavier et il grogna sourdement :
« Des nouvelles à propos des mouvements d'Oz ? »
C'en était trop ! Wufei se jeta littéralement sur la chaise roulante du soldat et il l'obligea à lui faire face, plantant un regard écumant de rage dans le sien :
« Non, des nouvelles de Trowa. Tu te souviens, l'homme que tu aimes, celui qui se morfond sur un lit d'hôpital en espérant que tu viendras le voir ! »
Les yeux d'Heero se glacèrent et se plissèrent alors que ses mains se crispaient sur les accoudoirs :
« Je ne t'ai rien demandé. »
« Trowa aussi n'a pas demandé à être abandonné de la sorte ! Putain Yuy, tu n'es qu'un sale con ! Il ne mange pratiquement rien, il dépérit à vue d'oeil, et plus que tout, il ne comprend pas pourquoi tu ne vas pas le voir ! »
« Tu n'as qu'à lui dire que.. »
« Oh non Yuy, sûrement pas ! » le coupa sauvagement le chinois. « Si tu as quelque chose à dire, tu vas le lui dire toi-même ! Règle tes problèmes de conscience et arrête de jouer au con ! Tu es en train de tout gâcher ! »
D'un geste sec, Heero le repoussa, libérant sa chaise, et se releva pour toiser le chinois qui lui faisait face, bien déterminé à ne rien lâcher. Ils s'affrontèrent du regard pendant de longues minutes, chacun d'eux refusant de plier face à l'autre. Et c'était d'autant éprouvant que Yuy avait une volonté d'acier, et que Wufei ne comprenait absolument pas les motivations qui poussaient son ami à agir ainsi.
« Il souffre Heero... »
Le japonais se raidit et serra les dents. Quelque chose se passa en lui, quelque chose qui arracha un frisson au chinois. Tout cela n'était pas bon : quoi que ce soit, il fallait vite l'enrayer. La situation devenait totalement absurde.
« Tout cela devient stupide, admets-le. »
« Certes. »
Sa capitulation un peu trop rapide aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Mais le japonais le dépassa sans plus lui prêter attention et sortit de la pièce, l'abandonnant là avec ses questions. Le chinois se sentit soudain comme vidé, anéanti par cette colère qui n'avait pas vraiment trouvé d'exutoire. Soudain fatigué, il se laissa tomber dans le fauteuil qu'avait occupé Heero et se prit la tête entre ses mains.
Gahou lui manquait. Il se faisait énormément de souci pour lui. Le japonais avait à peine parlé de l'appel de Duo, et encore moins de ce qui allait suivre. Tout ce qu'ils savaient, c'était que Gahou était lié à l'irruption d'Oz dans leur planque. Un traceur... Bordel, qui aurait pu s'en douter ? Le pauvre gamin était livré à lui-même, abandonné dans cette geôle infecte, promis à une mort certaine... Comment deviner qu'il porterait dans sa chair de quoi tous les anéantir ? Oz était-il démoniaque à ce point ? Faire de la vie de cet enfant un enfer, et ne jamais lui laisser la liberté de s'en sortir ?
L'image du sourire de Gahou traversa son esprit et il soupira. Le savoir loin de lui, à découvert et exposé au danger lui donnait envie de hurler. Mieux valait que ce genre de pensées le traverse ici, et non devant Quatre : il savait que son blondinet était un peu trop réceptif à la douleur des autres, et la sienne lui aurait blessé le cœur. Ce qu'il ne désirait absolument pas.
Il prit quelques minutes pour se ressaisir, retrouver une sérénité toute contrôlée avant de sortir du bureau de Yuy et aller retrouver Quatre.
Ce dernier passait quelques examens complémentaires avant d'être déclaré totalement apte à reprendre du service. Son état était pratiquement stabilisé et c'était au moins une bonne nouvelle dans toute cette tragédie.
Il poussa la porte de la chambre où il attendait les résultats... et le trouva assis sur le lit. Le visage inondé de larmes.
…
…
Il avait inondé la lame du couteau de désinfectant, avant de changer d'avis et de la plonger directement dans le petit feu qu'il avait allumé. Posée sur les braises, la lame serait ainsi débarrassée de tout microbe d'une manière bien plus efficace.
Gahou l'avait regardé avec curiosité, peut-être gagné lui aussi par la tension qui habitait le G-boy. Il tentait vainement de la cacher, mais l'enfant n'était pas vraiment dupe... et lui non plus. Ses mains tremblaient : elles qui étaient capable d'égorger n'importe quel ozzie qui se serait mis en travers de sa route, voilà qu'elles étaient maintenant incapables d'agir avec efficacité.
Il fallait croire que le Dieu de la Mort n'était doué que pour une seule chose... Et pourtant, il ne lâcherait pas. Il ne pouvait pas se permettre d'abandonner cette fois-ci : l'enjeu était trop important.
Mal à l'aise, il s'épongea le front d'un revers de manche et continua de préparer son matériel : des bandes, du coton, une crème cicatrisante... Et une bouteille de whisky, achetée dans une petite épicerie sur le bord de la route.
Il avait conscience que le temps leur était compté : il s'était dépêché mais les ozzies avaient dû remarquer qu'ils tournaient en rond dans les villages environnants depuis plusieurs heures. Une cible qui reste trop longtemps au même endroit était une cible facilement atteignable. Tout au plus avait-il encore une heure avant de voir débarquer la cavalerie.
Débouchant la bouteille d'alcool, il sortit un verre en plastique et en remplit le fond, avant de le remplir entièrement de lait. Un mélange parfait pour un gamin de quatre ou cinq ans... Avec un sourire qui se voulait confiant, même si ses yeux le trahissaient un peu, il le tendit à Gahou en disant :
« Tu bois tout, hein ? Absolument tout. »
Etant donné qu'ils n'avaient rien avalé depuis la veille, ce que Duo avait sciemment calculé, le gamin se jeta sur l'aubaine et attrapa le verre pour en boire une grande gorgée... Sans trop se méfier. Duo le regarda faire avec tellement d'appréhension que Gahou fronça subitement les sourcils. Il baissa le verre, à moitié rempli, et pencha la tête comme pour comprendre ce qui se passait.
Le natté soupira alors qu'il faisait mine de lui tendre le verre, d'un air de dire « tu n'en veux pas toi ? ». il repoussa gentiment l'offre et lui fit mine de boire, secouant la tête :
« Non Gahou, c'est pour toi. Allez, bois. S'il te plaît. »
Le gamin obtempéra, un peu méfiant. Et Duo croisa les doigts pour que le médicament fasse effet assez vite. Cela dit, il ne ferait jamais effet assez rapidement pour le peu de temps qu'il avait devant lui. Combien d'heure avant qu'Oz débarque ? Combien de minutes ? Peut-être s'étaient-ils déjà regroupés, prêts à lui bondir dessus ?
Il se gifla mentalement et s'ordonna de rester calme. Céder à la panique ne servirait à rien. Alors, gardant au maximum son calme, il regarde le gamin sombrer rapidement. Le ventre vide, nul doute que le médicament avait agi vite, et c'est tout juste si Gahou gardait les paupières mi-closes, pratiquement assommé.
Duo entreprit alors de lui retirer ses vêtements... et le gamin ne broncha pas, perdu au pays de Morphée. Lentement, il palpa les petits bras et les poignets, cherchant la puce. Elle devait forcément être quelque part d'atteignable. A une articulation peut-être, ou à un endroit que la croissance du gamin ne risquait pas de perturber. Pas dans un muscle, parce qu'en grandissant, la douleur aurait été trop vive pour Gahou. Mais il ne trouva rien. Serrant les dents, lâchant quelques jurons bien sentis, il continua, palpant son cou, l'articulation des épaules... Cherchant prés de sa colonne vertébrale... Puis il descendit au niveau des jambes, lui retirant son petit pantalon.
Et c'est en arrivant aux chevilles, alors qu'il commençait à désespérer, qu'il sentit enfin ce qu'il cherchait ! C'était tout petit, presque imperceptible. Une légère bosse au niveau de l'articulation, juste en-dessous.
Le natté s'obligea à prendre une grande inspiration... et à l'aide du couteau, il entailla la petite cheville, coupant la peau juste assez pour en extirper la puce. Celle-ci résista, sans doute logée là depuis des années, et Duo sentit la sueur couler sur son front.
« Bordel... Allez, viens saloperie ! »
Gahou gémit soudainement... et la main de Duo sursauta. Il pâlit, se mit à respirer rapidement alors qu'il avait l'impression que son cœur allait exploser. Lentement, sentant que la situation lui échappait, il s'obligea au calme... Il prit une grande inspiration, expira... Ralentit ses mouvements pour ne pas céder à la précipitation, malgré la souffrance que Gahou devait ressentir. Les anesthésiants n'étaient pas suffisamment efficaces, et pour cause... Avec son excuse bidon, la jeune pharmacienne lui avait donné de quoi endormir un enfant... pas l'assommer ! Et il en avait suffisamment enduré pour savoir que la douleur était un réveil malheureusement efficace.
« Ne bouge pas Gahou... Je t'en supplie... »
Lui le soldat aguerri et capable du pire, traversait en cet instant l'épreuve la plus difficile de sa vie !
La puce tomba enfin au sol... et les gémissements de Gahou s'accentuèrent. Cédant enfin à son stress, Duo se dépêcha de laver la plaie, d'y mettre une crème anesthésiante et de la bander. Ses mains tremblaient tellement qu'il sentait les larmes lui monter aux yeux.
Il aurait pu tuer un ozzie les yeux fermés, mais blesser volontairement un enfant... c'était au-dessus de ses forces ! Aussi, dés que le pansement fut fait, il s'empara du petit corps, le serra contre lui et revint vers la voiture, bien décidé à s'enfuir le plus vite possible pour mettre toute la distance possible entre eux et la puce.
Sa main passait sur les cheveux de Gahou, les caressant maladroitement, tentant de se calmer sans vraiment y arriver.
« Je suis désolé Gahou... Tellement désolé. Plus jamais, je te le promets. Ca va aller maintenant. »
Il le déposa sur le siège passager, l'attacha en tremblant et courut pour s'asseoir derrière le volant et démarrer la voiture. En laissant tout derrière lui : couteau, puce, feu, anesthésiant... Peu importait désormais, il devait juste se sauver loin de cet endroit et tout effacer de son esprit.
Et durant tout le trajet, il sentit ses larmes inonder ses joues.
…
….
A suivre...
