Charlie et Elena

Deux jeunes gens étaient assis dans l'herbe, observant, du coin de l'œil, au loin, un couple qui s'embrassait.

« - Qu'est-ce-que tu vas faire, Charlie ? »

« - Chercher un boulot. M'installer. Me faire d'autres amis. »

« - Charlie ! »

« - Quoi ? » demanda-t-il avec un sourire triste.

« - Tu ne peux pas me berner comme eux. Je te connais depuis trop longtemps. »

« - J'ai répondu à ta question. »

« - Qu'est-ce-que tu vas faire, pour elle ? »

« - Que veux-tu que je fasse ? »

« - Que tu lui dises. »

« - Et que je perdes mon meilleur ami ? Je sais que tu n'aimes pas Alex, mais moi si. »

« - Tu préfères être malheureux ? »

« - Tout le monde est malheureux, à un moment ou un autre. Ça passera. »

« - Tu veux que ça passe. Ça ne passera pas. »

« - Tu veux la vérité ? Je compte m'éloigner. Un petit moment. Pour travailler avec des dragons. J'hésite encore entre Johannesburg et la Roumanie. »

« - Tu n'as pas trouvé plus près ? »

« - J'ai besoin de partir quelques temps. Pour que ça guérisse. Après ça ira mieux, tu verras. »

« - Fous-toi de ma gueule. Cette fille te fait fuir loin. Tu aurais pu trouver le même emploi en Bavière, en Islande ou en Suède. Mieux rémunéré, si ça se trouve. Tu l'aimes plus que tu ne me laisses le penser, n'est-ce pas ? »

« - Et qu'est-ce-que ça change ? Elle aime Alex, et je n'essaierais ni de briser leur couple, ni de foutre en l'air une amitié longue de dix ans. »

« - Et c'est toi qui lui a présenté. »

« - Si tu savais à quel point je regrette cet instant. »

« - Je le sais, Charlie. C'est si facile de lire en toi. »

« - Tu me connais depuis trop longtemps. » dit-il en riant, mais son rire sonnait faux.

« - Maintenant, dis-moi la vérité. Tu vas partir combien de temps ? »

« - Longtemps. Quelques années, sûrement. Je reviendrais de temps en temps. Certains week-ends, les mois d'hibernation des dragons. »

« - Tu aurais pu devenir Attrapeur. »

« - J'aurais pu. Mais j'ai envie de quelque chose de nouveau. J'imagine que tu vas poursuivre ton apprentissage chez Guipure ? »

« - Oui. D'ici quelques années, j'aurais peut-être ma propre boutique. A Paris, si possible. J'aime bien Paris. » dit-elle, songeuse.

« - Tu devrais arrêter de fumer. Ta voix est rauque. » fit remarquer Charlie.

« - Elle est rauque parce que tu pars, andouille ! Je ne te reverrais pas avant plusieurs mois, et encore, si nos heures de libre coïncident. » soupira-t-elle en rangeant une mèche de cheveux rebelles derrière son oreille et en retenant ses larmes.

« - Tu vas me manquer, El. »

« - Ne fais pas trop de bêtises, sans moi. Je pourrais venir te voir, pendant les vacances ? »

« - Evidemment. Fais gaffe, Joachim va être jaloux. »

« - T'es con. »

« - Toujours un mot gentil. »

« - Oublie pas de m'écrire. Ou je t'envoie des Beuglantes. »

« - Arrête de fumer. Ou je ferais de même. »

« - T'es pas ma mère. »

« - Quel sens de l'observation ! On te l'a déjà dit ? »

« - Oh, ferme-là, Charlie Weasley ! »

« - Si tu promets de ne pas pleurer. »

« - Trop tard. » constata simplement son amie, alors que les larmes marquaient ses joues.

Il la prit dans ses bras et la berça, comme il faisait avec Ginny quand elle était triste. Sauf que Ginny avait cinq ans.

Son amie était toujours dans ses bras quand Charlotte et Alex les rejoignirent, main dans la main.

« - Un nouveau couple ? » demanda Alex d'un ton badin.

Charlie sentit le corps entier d'Elena se contracter, tandis qu'il se raidissait légèrement.

Il n'eut pas le temps de la retenir, qu'elle se relevait et donnait une claque magistrale à Alex en lui envoyant un charmant « ta gueule, pauvre con ! » au passage, avant de partir en direction du château, avec une classe qui en aurait fait pâlir plus d'un.

« - Pour qui elle se prend ? » grogna Axel, surpris.

« - Excuse-la, Al. Elle est très sensible. » répondit son ami.

« - J'ai juste demandé si vous sortiez ensemble. » s'étonna Alex.

« - La réponse est non. Nous nous connaissons trop. Et elle est en colère. Elle ne me le dira pas, parce qu'elle est triste aussi, mais je le sens. » soupira le garçon aux cheveux roux.

« - Tu n'es pas le seul à le sentir. » remarqua Alex en se touchant la joue.

« - C'est de ma faute. Je lui ai dit que j'allais partir. Loin. Pendant un moment. » lâcha Charlie.

« - Pour travailler, j'imagine. » dit Alex.

« - Oui. » répondit son meilleur ami.

« - Je devrais peut-être aller la voir. » dit alors Charlotte, qui était restée silencieuse jusque-là.

Mauvaise idée, pensa Charlie.

« - Non. Elle a besoin d'être seule. Moi aussi. Bonne nuit. » dit-il avant de partir sans se retourner, sentant son cœur se briser.

Et pensa à son amie un peu trop amoureuse de lui pour son propre bien. Mais un jour, il arrêterait de penser à Charlotte. Et peut-être qu'il regarderait Elena différemment.

Quelques années plus tard

« - Papa, papa ! » hurlait une bombe à retardement rousse qui courait dans le salon des Weasley.

Charlie souleva sa petite fille de terre.

« - Oui, Maggie ? »

« - Maman et Arthur, ils rentrent bientôt ? » demanda-t-elle.

Le jeune père n'eut pas le temps de répondre que sa femme apparaissait dans la pièce.

« - Ah, c'était la folie au chemin de traverse ! On a vu Mrs Dubois avec sa fille cadette à Fleury et Bott en faisant nos achats. Tu savais qu'elle rentrera à Poudlard cette année, comme Arthur ? »

« - Et moi, j'irais quand ? » coupa la benjamine.

« - Margaret Elena Weasley. Quel âge as-tu ? » demanda son père en la regardant dans les yeux.

« - QUATRE ! Quatre ans ! » hurla fièrement la petite, ce qui fit grimacer son frère.

« - Alors il faudra attendre encore un peu, ma puce. N'est-ce-pas, Elena ? » répondit son père en l'embrassant sur le front.

Sa femme lui sourit et il l'enlaça de son bras libre, en faisant signe à son fils d'approcher. Vraiment, pouvait-on rêver d'une meilleure vie ?