J'ai ajusté les âges : Minerva et Alastor sont en septième année, comme Poppy (Pomfresh), Filius et Pomona (Chourave).

Et j'ai changé quelques détails comme d'habitude.

Minerva, Alastor, Poppy (qui sur le coup sert surtout de décor, il faut l'avouer).

« - Alastor ! Je t'ai déjà dit de ne pas te mêler de ma vie privée ! » s'écria Minerva, rouge de fureur, en lui collant un papier sous le nez.

« - Quelle vie privée ? Vous vous êtes embrassés au milieu de notre Salle Commune. » se défendit Alastor, de relative modeste foi.

« - Il m'a embrassé au milieu de la Salle Commune. » corrigea la jeune septième année brune, agacée.

« - Et tu es restée scotchée à ses lèvres pendant deux minutes. Vous vous êtes embrassés. Continuez comme ça et vous battrez des records d'apnée. » fit remarquer Alastor en lui adressant un sourire amusé.

« - Peu importe ! Tu n'envoies pas de lettres de menace aux gens qui me côtoient. » s'énerva son amie.

« - Il a fait un peu plus que te côtoyer, si je peux me permettre. » toussota le jeune homme aux cheveux clairs.

« - Justement, tu ne peux pas. » rétorqua Minerva.

« - Elle a raison, Al. Greg trouve que tu n'as rien à faire pour lui envoyer des lettres deux fois par jour depuis qu'on est ensemble. Ecoute, je sais que tu veux nous protéger depuis ce qui est arrivé à Sara... Que tu ne supporterais pas de nous perdre. Mais tout va bien, O.K ? Je suis avec Greg depuis six mois maintenant, et même toi tu l'appréciais avant qu'on ne sorte ensemble. Fais un effort. » dit Poppy, prenant la défense de la jeune Gryffondor.

L'évocation du spectre de Sara fit planer un lourd silence entre eux. Demain serait le quatrième anniversaire de sa mort. Inconsciemment, ils se rapprochèrent les uns des autres. C'était Alastor qui avait trouvé le corps, avait donné l'alerte et essayé de la ranimer. Minerva n'oublierait jamais son regard hagard quand il était entré dans la Salle Commune des Gryffondor, où elle lisait, seule. Sa chemise était trempe de sang, comme ses mains. Elle avait poussé un cri, son livre avait glissé de ses genoux pour tomber lourdement sur le sol et il avait levé la tête vers elle et dit « elle est...morte. ». Minerva s'était levée, avait vérifié qu'Alastor n'était pas blessé et l'avait entrainé dans le couloir, baguette à la main. Ils avaient croisé un professeur, celui qui était accouru aux cris d'Alastor dans le couloir et veillait sur le corps. Sara gisait toujours sur le plancher. Minerva se sentit mal, et Alastor s'éloigna pour vomir. Le professeur posait plein de questions, mais aucun des deux ne semblait les comprendre. L'enquête avait duré des mois, avant d'être abandonnée. Une élève avait été poignardée à l'arme blanche en plein Poudlard, dans la nuit, alors qu'elle était censée être dans son dortoir, endormie. Un garçon insomniaque qui était sorti après le couvre-feu l'avait découverte. C'était tout ce qu'on savait.

« - Tu ne comprends pas, Poppy. »

« - C'est toi qui ne comprend pas, Al. Pour moi, c'est gênant, mais pour Pomona et Minerva, c'est inconvenant. Je veux dire, nous sommes cousins, et je n'ai pas de frère, on peut comprendre que tu fasses attention à moi et les garçons avec qui je suis sortie ne t'en ont jamais tenu rigueur. Mais pour les filles, c'est différent. On peut facilement croire que vous êtes sortis ensemble et que ça s'est mal passé. Ou qu'elles t'intéressent. Au niveau de leurs réputations et de la tienne, c'est embêtant. »

Minerva hésita entre remercier Poppy et lever les yeux au ciel. La rumeur voulait qu'Alastor et elle soient sortis ensemble et que ce se soit mal passé. Ce qui n'était pas faux, mais son amie n'avait pas besoin de le savoir. D'ailleurs Alastor lui adressa un rictus amusé. Idiot, pensa-t-elle.

« - Et puis tu sais, il y a des rumeurs sur Min et toi... » insinua Poppy en lui jetant un coup d'œil discret.

« - Il y a aussi des rumeurs sur de les éléphants roses et les dragons sans ailes. » répliqua Minerva.

« - C'est ce que j'allais dire. On passe trop de nuits ensemble, toi et moi. »

« - Alas, arrête de jouer au con, on sait que c'est toi le plus fort. » soupira la brune, à bout de nerfs.

« - Arrête, tu vas me faire pleurer. C'est sérieux, entre Rufus et toi ? » demanda-t-il d'un ton intéressé.

« - Ça Ne Te Regarde Pas. » articula lentement Minerva d'un air féroce, espérant que les mots s'ancrent dans le crâne du garçon.

« - Ce qui veut dire non, sinon tu aurais dit oui pour que je ne te prenne pas la tête. Tu l'aimes ? » continua Alastor, imperturbable.

« - Quelle réponse dois-je fournir pour que tu ne me prennes pas la tête ? » rétorqua Minerva, acerbe.

« - Tu as dit non. Hum... Tu es enceinte ? » demanda-t-il avec curiosité.

« - Qu... quoi ? » balbutia Minerva, avec l'expression de quelqu'un qui vient d'avaler un citron.

« - Non plus. Alors, aurais-tu l'obligeance de m'expliquer pourquoi tu es encore avec Rufus ? » demanda-t-il, jouant la surprise.

« - Alas, je fais ce que je veux de ma vie, c'est clair ? » dit-elle en le regardant dans les yeux sans ciller.

Peu d'élèves étaient capables d'en faire autant.

« - Si tu comptes te suicider, je te le dis tout de suite : je suis contre. » lança Alastor en riant.

Excédée, Minerva se jeta sur lui. Avec la ferme intention de lui crever les yeux grâce à ses ongles.

« - Tant de passion... Tu m'inquiètes, Min. »

Ils roulèrent dans l'herbe.

« - Pas les cheveux, Min, quand même ! » s'écria Alastor.

Ils disparurent dans les hautes herbes. Minerva mit les deux mains autour du cou d'Alastor.

« - Tu comptes m'embrasser ou m'étrangler ? Parce que dans le premier cas, tu pourrais être plus douce, et dans le second, si tu ne serres pas plus fort tu ne risques pas d'y arriver. »

« - Alas, sincèrement, qu'est-ce-qui ne va pas chez toi ? »

« - Offre-moi une vue moins plongeante de ton décolleté si tu espères une réponse sérieuse. Et laisse-moi m'asseoir. »

Minerva piqua un fard avant de céder à ses exigences.

« - Ce qui ne va pas chez moi... La liste est longue. Mes relations conflictuelles avec ma mère et mon frère, l'absence de mon père, le fait que je ne sais pas comment t'expliquer tant de choses, mes crises de claustrophobie depuis ce qui est arrivé à Sara, ces foutus cauchemars où je vous vois tous, un à un, prendre son rôle de cadavre gisant dans mes bras, ceux où vous mourrez tous d'une chose quelconque, ceux où je me retrouve seul, mon arrogance travaillée qui me sert de façade, ce désir de sauver tout le monde envers et contre tout, de pouvoir un jour avoir une vraie famille, le fait que je ne fasse confiance à personne, que parfois je me sens l'ombre de moi-même, que je n'ai pas le courage de t'avouer que Filius et moi on a fait un pacte après ce soir cent fois maudit qui implique que vous ayez notre protection, que... »

« - Pardon ? Vous avez fait quoi ? » l'interrompit Minerva.

« - On s'est promis de prendre soin de vous. A l'époque, la Gazette évoquait un tueur de jeunes adolescentes brunes. Pomona a les cheveux châtains, mais on n'a pas pris le risque de la laisser sans protection quand même. J'ai dit à Filius que je pensais que les filles pourraient compter l'une sur l'autre, comme elles étaient dans la même maison. Et je lui ai dit que je m'occuperais de toi. C'est ce que j'essayais de faire. Avant que... Non, laisse tomber. »

« - C'est très mignon mais je me sens parfaitement apte à veiller sur moi-même, merci. Tu as déjà parlé de tout ça à quelqu'un ? »

« - Si tu parles d'un psy, non. Poppy connait ma situation familiale mais pas le reste, même si elle sait que je dors mal. Mais nous dormons tous mal, non ? Et oui, j'ai envoyé bouler le psy qu'on m'a assigné après la mort de Sara. Non, je ne le regrette pas. »

« - Pourquoi tu m'as ouvert ton cœur comme ça, alors ? »

« - Ce n'est qu'un quart de ce que je pourrais te montrer de mon cœur. De ce que je devrais te dire. »

« - A moi personnellement ? »

« - A toi, oui. C'est plus facile d'en parler avec toi. »

« - Je t'écoute. »

« - Tu ne vas pas aimer. Parfois, j'ai l'impression de la voir, dans une foule. Ou de l'entendre. Ou de sentir son parfum. Ça c'est dans la journée. Mais pendant la nuit... Avant, j'étais déjà insomniaque, mais depuis, je dors rarement plus de trois heures par nuit. Et encore, l'infirmière m'a prescrit une potion. Elle me hante, Min. Je revois sans cesse son visage, d'abord ensanglanté, ensuite figé. Puis le tien. Celui de Pomona. Le tien. Celui de Poppy. Le tien. C'est toujours le tien qui revient le plus. Et à chaque fois, vous hurlez de douleur avant de vous agiter de soubresauts, et de ne plus bouger. Chaque jour je me demande ce que ça aurait pu changer, si j'avais décidé de faire un tour dans le château plus tôt... Elle... »

« - Alas. Tu te serais fait tué, d'accord ? Tu ne lui aurais servi à rien. Tu avais douze ans. »

« - Et demi. »

« - Bien sûr, le demi aurait fait la différence. Ouvre les yeux, Alas : tu serais mort. Tu n'y es pour rien. »

« - La culpabilité, la peur, la paranoïa. Voilà, tu as tous les aspects de mon cœur. »

« - Tout à l'heure, tu as dit que j'en connaissais un quart. Maintenant il y en a trois. Il en reste un ? »

« - Je crois que tu le connais. C'est à la fois ce que je te cache le mieux et que je te montre le plus. »

« - Ton amitié ? » fit-elle, dubitative.

« - Min. Mon amitié, tu l'as eu jusqu'en cinquième année. Sixième peut-être. Puis j'ai fait une connerie monumentale. Je l'ai nié, pendant longtemps. Ce n'était juste pas possible. Après on est sorti ensemble. Deux jours et demi. Et puis j'ai embrassé la première fille qui est passée. Tu étais là, mais tu n'as rien dit. Tu as continué à parler avec Pomona comme si de rien était. Tu ne m'as pas demandé de comptes, mais je te les rends aujourd'hui. Pourquoi moi, qui avais dit t'aimer pourtant, avais-je succombé au sourire d'une fille que je ne connaissais pas –alors que tu sais parfaitement que je ne sors qu'avec des filles que je connais bien- ? »

« - Pourquoi, en effet ? Mais je me fous de savoir ce que tu lui trouvais, si tu comptes parler de tes ex, fais ça avec quelqu'un d'autre. » grogna Minerva, qui n'avait pas, mais alors là pas du tout, envie de ressasser cette partie de leur passé.

« - Il ne faut pas que tu te demandes ce qu'elle avait de plus que toi mais ce que tu avais de moins d'elle. » rétorqua Alastor, peu soucieux de l'intervention de son amie.

« - C'est gentil mais je pense qu'il vaut mieux clore la conversation. » répliqua Minerva, fusillant son ami du regard.

« - La légèreté. C'était la légèreté qu'elle pouvait m'apporter. » lança brusquement le jeune homme, après quelques secondes de silence.

« - Je ne sais pas si tu cherches à insinuer que je suis lourde, que ce soit au sens propre ou au sens figuré, ou barbante, mais je ne tiens pas à ce que tu approfondisses. » répondit Minerva, d'apparence calme, même si ces doigts étaient enroulés autour d'une touffe d'herbe qu'elle ne cessait de serrer ou de desserrer et que ses yeux brillaient d'un éclat étrange.

« - Je ne pensais pas que ce serait si compliqué de t'en parler. Ce que je veux dire, c'est qu'elle me permettait de prendre une relation à la légère. Que ce n'était pas sérieux, qu'elle le savait et que je le savait. Je ne pouvais pas prendre cette liberté avec toi. » tenta d'expliquer Alastor, assez maladroitement.

D'habitude, il savait s'y prendre avec les filles, mais avec elle, ce n'était jamais facile. Parce qu'elle n'est pas juste une fille, pensa-t-il.

« - Parce que tu penses que j'ai eu une seule relation sérieuse ? Ou que tu risquais de briser notre amitié ? » répliqua Minerva, serrant les poings de colère.

« - Je m'inquiétais un peu pour notre amitié, en effet. Mais ce que j'essayais de te faire comprendre, c'est que pour moi, ça devenait sérieux. » soupira le futur Auror, las.

« - Hein ? » lança très à propos la jeune femme.

« - Deux. Tu es la seule à qui je l'ai déjà dit, et c'était également sincère la première fois. »

« - De quoi tu parles ? » demanda sa compagne sans le quitter des yeux.

« - Ne me fais pas croire que tu es idiote. Je t'aime, Minerva. Plus que quiconque n'a pu l'imaginer. »

« - Tu m'as brisé le cœur la dernière fois. » dit-elle, et un mélange de douleur et de tristesse se peignit sur son visage, l'espace de quelques instants, et elle laissa couler les larmes qu'elle retenait.

« - Je ne le savais pas. Peut-être que ça peut se réparer ? » dit-il en lui caressant la joue, effaçant ses larmes.

« - Rufus. Je ne peux pas faire ça dans son dos. » répondit nerveusement Minerva dans un souci d'intégrité, repoussant sa main et séchant elle-même ses larmes.

Bien qu'elle se moquât éperdument de ce que pouvait penser ou ressentir Rufus en cet instant.

« - Cet idiot était collé à la batteuse de Serdaigle ce matin, tu sais, la cruche, alors oublie-le. » répliqua Alastor en levant les yeux au ciel devant tant d'honnêteté.

« - On dirait que tous mes problèmes sont réglés, alors. » dit Minerva en souriant.

Et elle colla ses lèvres à celles d'Alastor, sentant son cœur s'accélérer tandis qu'il la prenait dans ses bras. Et pour une fois, ce n'était pas un cadavre issu de ces rêves tortueux qu'il tenait contre lui. Non. Ce qu'il serrait si fort dans ses bras, c'était le plus beau des trésors.

Après quatre ans d'une relation plus ou moins secrète, ils se séparèrent, Alastor étant inquiet pour la protection de Minerva –et légèrement paranoïaque, il faut dire, donc insupportable- depuis l'arrestation, qu'il avait mené en partie malgré son jeune âge, de certains Mangemorts. Ils restèrent cependant proches jusqu'à la mort de ce dernier. Rufus –Scrimgeour- épousa 'la batteuse de Serdaigle totalement cruche' des années plus tard.