Un grand merci à tous pour vos adorabes reviews, je ne pensais pas que vous apprécieriez autant, ça fait plaisir :)

Voici donc le second chapitre, qui reste assez court lui, j'essaierai de faire mieux la prochaine fois.

ooOoo

Les semaines suivantes furent un véritable calvaire. Les obsèques d'abord où plus d'une fois je craignis de perdre la raisons. Puis gérer le quotidien en solitaire fut bien plus difficile que je n'aurais pu le prévoir. Ces repas pris tout seul à table, ces longues soirées avec ma détresse pour seule compagne, ces anecdotes que je voulais partager avec Mary pour finalement me heurter au silence de notre maison désormais devenue bien trop grande. M'enfonçant dans la détresse, je finis par ne plus sortir, abandonnant mes patients, mes amis, et peu à peu tout ce qui aurait pu m'aider à reprendre le dessus. Heureusement, et même s'ils ne m'étaient d'aucune aide, certains de mes proches étaient bien décidés à ne pas m'abandonner à mon sort. Ainsi Mrs. Hudson venait me voir plusieurs fois par semaine, m'emmenant systématiquement des biscuits, une tarte ou un gâteau alors même que ma cuisinière se plaignait à chaque repas de mon manque d'appétit. J'appréciais néanmoins l'attention, aussi inutile soit-elle. Lestrade vint à une ou deux reprises, tentant nerveusement de me faire la conversation alors même que je ne lui facilitais pas la tâche. Et Holmes, le même Holmes qui s'était tenu fidèle à mes côtés lors de l'enterrement, celui-là même qui était si maladroit lorsqu'il s'agissait de gérer les sentiments des autres, venait aussi souvent que ses affaires en cours le lui permettaient. Evidemment je ne l'assistais plus pour ses enquêtes et ne m'intéressais guère aux comptes-rendus qu'il me faisait fidèlement mais il eut la décence de ne jamais s'en plaindre.

Pour le reste, je survivais tant bien que mal. Je ne quittais pratiquement jamais mon fauteuil, passant des heures voire des journées entières à fixer le feu dans la cheminée, que j'insistais pour qu'on allume chaque jour alors que cette fin d'été était des plus clémentes. Mais Mary avait toujours aimé les feux, je ne pouvais donc plus m'en passer. Même la nuit je restais prostré là. La simple idée de monter dans la chambre, me coucher dans ce lit qui nous avait accueillis tous les deux lorsque tout allait bien me révulsait. Certains soirs pourtant, lorsque mon dos criait grâce je m'allongeais sur le divan. Ce n'était jamais des nuits faciles – pas que les autres fussent simples d'ailleurs – comme si le simple fait d'être allongé, de m'accorder un peu de repos dans une position confortable, était indécent. M'endormant, je sombrais dans la folie. J'imaginais ma parfaite Mary sur moi. Ses seins lourds et laiteux écrasant ma poitrine, ses cuisses fermes entourant mes hanches. Elle avait ce sourire comblé et ce regard lointain, satisfait, qui était le sien chaque que je la faisais mienne, la comblant autant qu'elle me comblait. Ses mains, aériennes, glissaient sur mon torse tandis que mes doigts gourds remettaient en place une mèche de cheveux derrière son oreille.

Systématiquement je me réveillais au beau milieu de cette extase des sens en poussant un cri de douleur. Je finissais alors la nuit en faisant les cent pas dans la petite pièce étouffante, malmenant ma jambe, comme si la douleur physique pouvait soulager celle du cœur. Et au matin je me retrouvais incapable de marcher tant je souffrais, le reste pourtant n'allait pas mieux que d'habitude.

J'en étais à un point où je souhaitais mourir. Et plus d'une fois j'avais tout retourné pour trouver mon révolver, mais une personne bien intentionnée, Holmes ou mon ancienne logeuse à n'en pas douter, avait été bien inspirée de l'emporter avec elle. Je ne dis pas que je m'en serais réellement servi, simplement en avoir la possibilité m'aurait soulagé. Alors je survivais comme je le pouvais, prenant un malin plaisir à m'apitoyer sur mon sort. C'était tellement plus facile ainsi que décider d'agir pour sortir la tête de l'eau.

Un jour durant l'une de ses visites, s'interrompant dans la lecture qu'il me faisait de sa monographie sur les résidus de poudres, Holmes émit l'idée que je retourne m'installer à Baker Street. Je rejetai cette proposition d'un geste vague. Pourquoi aurai-je changé quoi que ce soit à mon quotidien ? Végéter dans cette existence qui n'en était pas vraiment une était ce qu'il y avait de pire, or j'avais tué ma femme, qu'aurai-je pu espérer mériter d'autre ?

Néanmoins j'aurais dû savoir que fidèle à lui-même le détective n'avait pas dit cela par hasard. Il ne disait jamais rien par hasard. Ainsi son idée fit son chemin dans mon esprit durant les jours suivants. Cette maison, emplie de souvenirs, m'était devenue insupportable. Chaque pièce me rappelait une anecdote précise, une soirée particulière… Je voyais Mary dans chaque meuble qu'elle avait elle-même choisi avec soin, dans chaque objet qu'elle avait déniché dans ces brocantes qu'elle aimait tant. Je vivais dans un mausolée, qui devenait peu à peu un enfer.

Un matin, après une nouvelle nuit blanche, je me décidais à agir. Sans réfléchir aux conséquences. Je pris rapidement mes dispositions pour mettre ma maison en vente et céder mon cabinet et ma clientèle à un confrère. Je voulais prendre un nouveau départ. Me consacrer pour quelques temps à l'écriture seule, activité qui commençait à devenir lucrative, et qui m'avait toujours apporté un grand plaisir.

C'est comme ça que par un après-midi pluvieux de septembre Holmes me vit débarquer au 221b. avec mes malles. S'il n'en fut pas étonné, après tout il avait semé lui-même les graines de ce renouveau, ma mise en tout cas sembla l'interpeller. Il y avait de quoi à la vérité. Entre ma mine éternellement fatiguée et mes cheveux détrempés je n'étais pas particulièrement à mon avantage. Pire, pour l'homme coquet que j'étais jusqu'à récemment, je ne m'étais pas rasé depuis des jours. En somme je pouvais rivaliser avec le logicien pour ce qui était du manque de soin.

« Eh bien Watson, vous ne vous arrangerez guère. A ce rythme vous serez bientôt plus maigre que moi. Gageons que les petits plats de Mrs. Hudson parviendront à faire quelque chose pour vous. Mrs Hudson ! »

Tandis que j'entendais les pas exaspérés de notre logeuse dans les escaliers, je laissai mon ami s'installer dans ce qui était du temps de notre glorieuse colocation mon fauteuil et me tendre un verre de brandy, que j'avalais d'un trait, appréciant la brûlure autant dans ma gorge que mon estomac.

« Mr. Holmes, je vous saurais gré de ne plus vociférer de la sorte, grogna Mrs. Hudson en entrant dans la pièce, la mine renfrognée. Je ne suis pas à votre service. Et que font ces malles au milieu de l'entrée? Puis-je espérer que vous envisagez de déménager ? »

Dieu que ces cris me firent du bien. Je me sentais tout à fait vivant pour la toute première fois depuis des semaines. La proximité de ces deux personnes que j'aimais tant et l'alcool ingurgité me fouetta le sang et j'eus un petit rire tandis que je sentais mes joues se colorer. C'était une renaissance.

« Oh, docteur Watson ! reprit la brave femme subitement calmée. Quel plaisir de vous voir sorti de chez vous. »

Elle s'approcha de moi avec un sourire maternel et serra ma main dans la sienne. Ce contact réchauffa ma misérable carcasse mieux que le plus vif des feux de cheminée.

« Comment vous sentez-vous mon petit ?

- Bien mieux depuis que je suis ici. Merci pour vos visites régulières, je les ai appréciées à leur juste valeur. Mais c'est décidément ici que je me sens le mieux.

- Vous allez vous réinstaller avec nous ?

- Ainsi les malles dont vous vous plaigniez voilà une minutes ne vous auraient pas mis sur la voie Nanny ? se moqua Holmes en nous interrompant. Le connaissant je suis certain qu'il ne dirait pas non à une tasse de thé. »

Elle fusilla son interlocuteur du regard, mais puisque j'étais concerné il ne lui fallut qu'un instant pour retrouver le sourire.

« Je vais aller vous préparer cela. Quelques-uns de mes biscuits à la cannelle vous feraient-ils plaisir ?

- Comme toujours, chère Nanny », dis-je avec gratitude.

Je n'allais pas lui signaler bien sûr que je n'avais pas faim, je n'aurais pas voulu gâcher sa joie.

L'intsant d'après j'étais à nouveau seul avec le détective, qui me couvait du regard d'un air satisfait. Une attitude que je ne lui avais jamais vue. Il tira son propre fauteuil en face du mien et se saisit de sa pipe.

« Vous noterez, reprit-il, que ces bagages la gênaient tant qu'ils étaient à moi. Découvrant qu'il s'agissait en fait les vôtres elle n'a plus trouvé à se plaindre.

- Seriez-vous jaloux ? m'amusai-je.

« Si vous saviez, répondit-il d'un ton qui indiquait son profond manque d'intérêt pour l'affaire. J'ai prévu une filature qui devrait être passionnante ce soir. Voulez-vous vous joindre à moi ? »

Cette invitation était de sa part ce qu'il avait de mieux à offrir et je fus enchanté de l'initiative. Néanmoins je me vis contraint de refuser cette proposition qui aurait autrefois été tellement alléchante. Dans mon état autant mental que physique je craignais n'être rien d'autre qu'un boulet pour lui.

« Une autre fois peut-être, conclus-je donc.

- Ainsi ce n'est pas comme au bon vieux temps, nota-t-il avec une pointe de déception.

- Rien n'est plus comme au bon vieux temps. Holmes, j'ai perdu mon épouse il n'y a pas deux mois, je ne suis pas prêt à reprendre ma vie. Je ne le serai peut-être jamais.

- Que faites-vous là alors ? Ne vous méprenez pas mon vieux, je suis ravi de cette initiative, mais si c'est pour vous complaindre dans votre malheur comme vous le faites depuis le drame, un déménagement n'était probablement pas nécessaire. »

Dans la bouche de quelqu'un d'autre de tels propos m'auraient terriblement blessé, mais venant de lui je savais qu'il n'y avait nulle méchanceté.

« Je n'en pouvais plus de rester seul. Votre présence quotidienne me manquait, avouai-je dans un souffle, surpris de ma propre audace.

- Et vous m'en voyez ravie. Cet appartement était tristement vide dans vous. C'est ici qu'est votre place, nous le savons tous les deux. »

TBC…