Je vous poste ce nouveau chapitre plus tôt que prévu, mais puisqu'il est prêt et que je serai pas mal occupée en début de semaine je ne voulais pas faire ma sadique ;)
La fin voit enfin apparaître les premiers éléments de l'enquêtes qui va occuper un moment nos deux amis. J'espère que cela vous plaira.
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Les semaines suivantes se déroulèrent dans le calme. Comme prévu, quelques jours après notre arrivée je fis mes excuses à Holmes, reconnaissant qu'il avait eu raison de me forcer la main. Dans cet environnement nouveau je me sentais bien et si le souvenir de Mary était évidemment toujours bien là, au moins étais-je en train d'apprendre à vivre avec cette absence. Mon ami sembla satisfait mais n'en fit pas trop pour autant, m'épargnant un "Je vous l'avais bien dit" condescendant, que j'aurais pourtant mérité. L'amélioration de mon moral restait précaire, il en avait parfaitement conscience et se faisait un point d'honneur à demeurer patient à mon égard. Pas plus que moi il n'aurait souhaité que je fasse une rechute, ce qui demeurait toujours une possibilité.
Mes journées se succédaient tranquillement, toujours selon le même modèle. Promenade le matin, maintenant que j'étais à nouveau capable de sortir même si je n'envisageais pas encore de me mêler à la foule, après-midi dans la bibliothèque à lire l'un des nombreux ouvrages devant la cheminée, et soirée en compagnie de Holmes, à l'écouter jouer du violon, qu'il avait pris soin d'emmener avec nous, bavarder ou jouer aux échecs. De même nous prenions tous nos repas ensemble, l'air marin semblant lui donner de l'appétit. Le reste de la journée j'ignorais à quoi il occupait son temps, mais j'avais remarqué qu'il ne restait que rarement dans la maison. Je ne demandais rien, lui-même ne disait rien, aussi me prêtais-je à nombre de conjectures qui ne pouvaient être vérifiées. Parfois j'imaginais qu'il visitait quotidiennement un amant, la vraie raison pour laquelle il nous avait emmenés ici. Immanquablement, et surtout sans en comprendre la raison, cette hypothèse, quoi que profondément improbable, piquait à chaque fois ma jalousie. D'autres fois, ressassant les propos de certains des hommes de Lestrade, je l'imaginais se prêter à une série de meurtres sanguinaires, profitant qu'il n'était pas à Londres et se confrontait du même coup à une police de campagne encore moins efficace que celle de la capitale selon ses propres aveux. C'était là deux idée absurdes, qui de surcroît ne lui rendait pas justice, laissant entendre qu'il était venu là uniquement pour servir ses propres intérêts plutôt que pour moi. Il prouvait pourtant chaque jour que mes intérêts lui tenaient tout particulièrement à cœur. Alors restait l'explication la plus simple, à savoir qu'il se promène simplement en ville, dans l'espoir qu'une affaire intéressante et prometteuse ne se présente à lui. Il n'avait pas encore trouvé son bonheur mais ne s'en plaignait pourtant pas, ce dont je lui étais infiniment reconnaissant.
Un jour du début du mois de décembre, tandis que le temps se faisait de plus en plus froid, il se passa un évènement qui modifia définitivement mon amitié avec Holmes, même si je mis ensuite longtemps à m'en rendre réellement compte. Dans la matinée, tandis que je pensais Holmes sorti, plutôt que d'aller faire ma promenade quotidienne, la pluie et le vent m'avaient découragé, je décidai d'aller prendre un bain. J'avais quelques heures devant moi, autant donc en profiter.
Entrant dans la salle de bain, j'eus la surprise – à l'instant je ne sus dire si elle était bonne ou mauvaise – de découvrir qu'elle était déjà utilisée. Mon ami était étendu dans la baignoire, reposant dans une eau parfaitement claire qui ne dissimulait rien de sa personne. Je poussais un petit cri de surprise tandis que lui-même ouvrait vivement les yeux. S'il ne s'attendait certainement pas à ma venue, il fit néanmoins preuve d'un calme tout à fait malvenu pour moi étant donné les circonstances et ma propre nervosité.
« Watson, quelle bonne surprise ! J'ai néanmoins le regret de vous annoncer que la baignoire est trop petite pour nous deux.
- Je… hum… bien sûr que non », bafouillai-je lamentablement avant de réaliser que ma phrase n'avait aucun sens.
Sans comprendre la raison de mon trouble, j'étais médecin que diable, un corps nu, pas le premier que je voyais, n'aurait pas dû me faire un tel effet, j'inspirai profondément pour me forcer au calme tandis quez le regard amusé de mon ami ne me lâchait pas.
« Je ne savais pas que vous seriez là, dis-je finalement, pas peu fier d'être enfin parvenu à formuler une explication cohérente.
- Ni moi non plus, lança-t-il tranquillement en se levant, exposant son anatomie sans le moindre complexe. Je suis rentré transit de froid et bon à essorer, j'ai donc pensé qu'un bain s'imposait. Je n'ai pas vu l'utilité de vous prévenir.
- Sans importance. Je… Mais que faites-vous ? marmonnai-je, mes yeux s'égarant sur son corps fin sans que je ne puisse rien faire pour l'en empêcher.
- Je vous laisse la place. L'eau est encore suffisamment chaude. »
Toujours occupé à rassembler mes esprits, je le regardais déambuler dans la pièce, prenant tout son temps pour attraper une serviette. Lui semblait trouver cette situation parfaitement normale, pour ma part, je ne savais pas quoi faire. Je me sentais troublé au plus haut point, mal à l'aise et ne comprenais pas mes réactions physiques. Cette chaleur qui s'était répandue en moi, mon cœur battant la chamade, tout cela m'apparaissait comme parfaitement inapproprié.
« Vous n'avez pas à être gêné Watson, bien au contraire.
- Mais je…
- Non, ne dites rien. Votre trouble ne nous a échappé ni à l'un ni à l'autre, je pense que pour l'instant il est bien inutile de rajouter quoi que ce soit. »
Prenant tout son temps, il passa une serviette autour de ses épaules, ce qui le dissimulait bien trop selon moi et quitta enfin la pièce, non sans me lancer un regard intense, brûlant d'une passion que je ne lui voyais que rarement.
Désormais seul, il me fallut un moment pour reprendre contenance. Je me dévêtis rapidement pour constater que mes mains tremblaient, puis entrai finalement dans l'eau, dont la température était effectivement encore plus que satisfaisante.
Le calme ambiant rajouté à l'atmosphère surchauffée de la petite pièce m'aida à me détendre. Pourtant, en songeant subitement à la personne qui barbotait dans cette même eau seulement quelques minutes auparavant, mon trouble refit surface avec plus de force que précédemment. Je revoyais sans fin le corps sans défaut de mon ami, qu'il m'avait exposé sans la moindre pudeur. Mes joues s'échauffaient en songeant à ses fesses fermes, ses cuisses puissantes, ses hanches fines… sa chute de rein affolante que j'avais eu la plus grande difficulté à quitter des yeux… et surtout ce sexe épais… Honteux de pareilles pensées, je m'interrompis vivement en poussant un petit cri. Fermant les yeux, je ne pus m'empêcher cette fois de nous imaginer installés tous les deux dans cette baignoire, nos deux corps mêlés… Je trouvais cette idées terriblement attirante, trop justement aussi me forçai-je à repousser autant que possible cette pensée absurde et tellement inappropriée. A présent que je commençais véritablement mon travail de deuil je me sentais si seul que j'en venais à éprouver des envies perturbantes. J'étais pathétique !
Je flânai encore un moment dans mon bain me forçant cette fois à penser à des choses agréables puis allai ensuite m'enfermer dans la bibliothèque, pas pressé de revoir Holmes et devoir gérer du même coup les conséquences inévitables de notre rencontre fortuite. S'il n'avait tenu qu'à moi, j'aurais tout fait par la suite pour rester le moins possible en sa compagnie, mais c'était sans compter sur lui.
Effectivement, suite à l'incident de la salle de bain, comme je m'étais pris à l'appeler, il sembla tout faire pour rester coller à moi. Quand j'allais me promener il m'accompagnait, quand j'étais au salon il y était aussi… Il restait pourtant silencieux la plupart du temps, comme s'il se contentait simplement de ma présence. Pour ma part cette soudaine proximité me laissait perplexe. Pourquoi diable n'était-il pas mal à l'aise après ce fameux indicent ? Après tout je l'avais vu nu, mais lui semblait s'en moquer royalement. Dans ces conditions, si c'était aussi anecdotique que lui semblait le laissait entendre, pourquoi n'étais-je parvenu à passer outre ? Seul avantage à cette situation, je pensais moins à Mary, ayant d'autres préoccupations. Comme je m'arrêtais sur ce détail, je remarquais que c'était comme un retour à la vie. J'envisageai enfin le futur, même si mon présent célibat et les pensées qui l'accompagnaient me terrifiaient.
Un jour que nous étions tous les deux dans la bibliothèque, Holmes lisant un livre reprenant les différents crimes de la région durant le dernier siècle, moi tentant de me concentrer sur un roman d'aventure, je décidai de l'interroger. Son manque de stimulation intellectuelle, et le fait surtout qu'il le prenne aussi bien, me laissait pantois, je ne pouvais m'en expliquer la raison.
« Comme vous le préconisiez depuis que nous nous connaissons j'ai enfin décidé de m'accorder un peu de repos, répondit-il avec un haussement d'épaules. Ce n'est pas aussi désagréable que je le craignais, mais je suppose que votre présence à mes côtés y est pour beaucoup.
- Cela vous correspond si peu, dis-je en éludant volontairement la fin de sa réponse.
- Je suis un homme plein de surprises, vous le savez mieux que quiconque. Et puis je ne suis pas inquiet, continua-t-il en désignant son ouvrage, cette région compte son lot de tueurs en séries, parricides et autres machinations machiavéliques. Tôt ou tard il se produira quelques chose d'intéressant qui balaiera ces semaines d'oisiveté. »
Je me sentis terriblement flatté par cette déclaration, c'était effectivement pour moi qu'il mettait entre parenthèse ses propres désirs, modifiant radicalement ses habitudes et le supportant plutôt bien de surcroît. Je lui adressai un sourire reconnaissant auquel il répondit avant de se replonger dans sa lecture, le signe que pour lui je n'avais rien besoin de rajouter.
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Quelques jours plus tard les évènements semblèrent lui donner raison. La propriétaire de notre cottage, qui vivait elle-même dans une propriété à proximité, vint nous rendre visite un matin. Je l'invitai immédiatement à entrer se réchauffer au salon tant le temps était froid. Elle semblait à cran et tremblait de tous ses membres, détail qui à mon avis ne venait pas uniquement des quelques minutes qu'elle venait de passer dehors. S'asseyant dans l'un des fauteuils, elle détailla un instant tout ce qui l'entourait et je me félicitai secrètement pour ma lutte constante contre les mauvaises habitudes de Holmes. Si je l'avais laissé encombrer ce salon comme l'était celui de Baker Street, il y avait fort à parier que la femme ici présente, qui semblait satisfaite de ce qu'elle voyait, nous aurait renvoyé de chez elle sans autre forme de procès. Je lui proposai à boire, mais elle déclina d'un geste nerveux tandis qu'à quelques pas Holmes la fixait avec le plus grand intérêt.
« La maison vous plaît ? demanda-t-elle. Vous avez choisi la bonne saison pour être au calme, même si le temps n'est pas clément. En été les touristes nous envahissent.
- Je doute que vous ayez bravé ce froid et pris le risque de vous rompre le cou sur le verglas simplement pour vous assurer que nous sommes bien installés, l'interrompit le détective d'un ton égal.
- Non, c'est vrai, je… J'ai besoin de vous Mr. Holmes. »
Je sursautai en comprenant que c'en était fini de notre tranquillité, et Holmes aussi, en témoignait la lueur d'excitation qui brillait dans ses yeux.
« Je vous écoute, dit-il en s'installant en face de notre visiteuse tout en allumant sa pipe.
- Il y en a une autre, marmonna la jeune femme d'une voix mal assurée.
- Une autre ? Une autre fois ? »
Holmes me fit taire d'un geste sec de la main. Et effectivement notre interlocutrice reprit rapidement.
« Depuis quelques mois plusieurs jeunes filles ont disparu sans laisser de trace. Hier il y en a eu une nouvelle. La police enquête bien sûr, comme à chaque fois, mais en vain. Et puisque vous êtes là… J'ai moi-même une sœur de seize ans et penser qu'elle pourrait être la prochaine… Je suis terrifiée. J'ai conscience qu'il y a peu de chance pour que vous les retrouviez vivantes mais si vous pouviez au moins identifier le coupable, tout le monde ici serait soulagé. C'est devenu invivable vous comprenez. »
Fixant mon compagnon, je pus voir son expression changer à mesure que notre interlocutrice s'exprimait. Au début il écoutait avec un intérêt modéré, cela n'aurait pas été la première fois en effet que l'on venait nous consulter pour des broutilles, mais son visage s'était peu à peu éclairé, ses yeux s'animant d'une lueur que je ne lui connaissais que trop bien. Il était dans son élément, de même que moi d'une certaine manière.
« Tout à fait intéressant, marmonna Holmes, pensif, après de longues minutes d'un silence que je n'osai cette fois interrompre. Vous avez bien fait de venir Mrs. Singer. Je vais aller rencontrer la famille de cette pauvre âme, afin de récolter des informations sur ses habitudes… Watson, venez-vous ? »
A cette question je me levai d'un geste autoritaire, montrant du même coup que ma motivation ne faiblissait pas.
« Bien sûr que oui.
- Fort bien, reprit le détective avec un sourire satisfait dans ma direction. Mrs. Singer, nous ne vous retenons pas. »
La jeune femme s'approcha de mon ami et lui serra chaleureusement la main. Je pus voir à son expression que Holmes semblait profondément surpris, presque choqué, d'un tel geste, lui qui en bon gentleman anglais faisait montre de réserve en toute circonstance. J'eus le plus grand mal à me retenir de rire devant cette situation incongrue. Pour ma part j'appréciais cette femme, qui m'avait fait bonne impression dès notre première rencontre. Néanmoins, et je le déplorais, je posais sur elle un regard tout à fait asexué, ne m'arrêtant à aucun moment pour détailler son physique pourtant agréable, ce que je faisais pourtant toujours habituellement, quoi qu'en tout bien tout honneur, lorsque je me trouvais avec une femme. J'étais veuf et toutes les autres femmes semblaient avoir du même coup perdu tout attrait à mes yeux. Je m'efforçais en revanche de me dissimuler à moi-même qu'un corps d'homme quelques jours plus tôt m'avait mis en émoi.
Une enquête, la première pour moi depuis si longtemps, voilà qui pourrait me détourner de mes pensées, mes tourments. J'étais donc au moins aussi ravi que mon camarade.
TBC...
