Voici le suite du réveillon de Noël, où j'espère ne pas avoir fait dans l'excès de guimauve ;)
BBitch, merci pour ta review. Oui, vous êtes plusieurs à avoir apprécié que je commence par la mort de Mary XD C'est sûr que ça ouvre certaines perspectives...
A toute un grand merci encore une fois pour vos adorables commentaires :)
ooOoo
Je m'installai à table, me sentant le cœur léger, ne doutant pas que nous allions passer une excellente soirée. Et ce fut effectivement le cas. Avec l'assistance de notre gouvernante Holmes avait mis les petits plats dans les grands. Oie rôtie, saumon fumé, pommes de terre… Tout était délicieux. Et le champagne ainsi qu'un excellent vin blanc, l'un de mes pêchers mignons je dois l'avouer, coulaient à flot, déliant les langues en même temps que l'ambiance se faisait plus chaleureuse. Je me confiai ainsi comme jamais sur mes sentiments actuels face à mon nouveau célibat, expliquant que je commençais à me sentir capable d'aller de l'avant, je parvins pourtant je ne sais trop comment à garder pour moi les drôles de sentiments que j'éprouvais pour lui. Mon ami en fut satisfait, affirmant que c'était ce qui pouvait m'arriver de mieux. Avait-il une idée derrière la tête ? Ces sentiments que je commençais à ressentir à son égard étaient-ils réciproques ? Je n'osais l'espérer. Cela me semblait autant impossible qu'effrayant.
Tandis que je savourais l'excellent Christmas pudding, Holmes, sans dire un mot, retira tranquillement sa cravate puis ouvrit les premiers boutons de sa chemise. Je suivis l'opération le plus discrètement possible, me sentant tout particulièrement émoustillé. Puis, l'air de rien, ne se préoccupant pas le moins du monde de mes réactions, mais j'étais convaincu que c'était un jeu pour lui, il reporta toute son attention sur sa part de mince pie. Pour ma part je ne pouvais détourner mon regard de lui. Outre la peau pâle dévoilée, qui me semblait tout à fait désirable, c'était plutôt l'indécence en quelque sorte de cette mise qui me troublait. Qu'il se sente à ce point à l'aise avec moi pour passer outre la bienséance la plus élémentaire était flatteur. J'aurais pu trouver cela inapproprié, mais cela avait plutôt tendance à m'exciter. Donner le change, faire semblant d'être davantage intéressé par mon dessert que mon camarade et cette maudite chemise, me faisait l'impression d'être l'épreuve ultime pour moi. Mais Holmes, dans ce petit jeu pervers qui semblait être le sien, feignait au mieux le plus parfait des détachements.
Nous terminâmes finalement ce délicieux repas puis Holmes, avant d'allumer sa pipe, me resservit du vin. Je grimaçai, la tête me tournait déjà légèrement, mais je n'osai refuser.
« Voudriez-vous me soûler Holmes ?
- Qui sait ? » lança-t-il tranquillement avec un clin d'œil qui ne fut pas pour me rassurer.
Buvant lentement, je le regardai fumer, faisant de mon mieux pour ne pas baisser les yeux vers cette chemise entrouverte qui me narguait. Et le temps sembla se figer. L'alcool aidant, je me sentais bien, terriblement détendu et certainement plus nerveux comme j'avais plutôt tendance à l'être ces derniers temps avec ces nouveaux sentiments qui me hantaient. Dans cette douce torpeur, je laissai mon esprit divaguer, me prenant à imaginer ce que serait ma vie auprès de cet homme. Connaissant ses habitudes, rien de serait simple à ses côtés, mais ces dernières semaines il avait su prouver qu'il était capable de prendre soin de moi et j'avais appris à lui faire confiance. Alors peut-être que lui et moi…
A la vérité je ne sais pas où j'en étais. Devais-je lui en parler ? Il était clair que cela pourrait me soulager mais si je me fourvoyais sur ses propres sentiments, j'en étais quitte pour la pire humiliation de ma vie. Je risquais même de perdre jusqu'à son amitié. Non, je devais maintenir le statut-quo, quoi qu'il m'en coûte.
Néanmoins je ne pouvais que me maudire de ma faiblesse. Ne pas agir, dissimuler mes pensées… j'avais beau me convaincre que c'était mieux ainsi, ce n'était que lâcheté de ma part. La peur d'être déçu, la crainte de ce qu'une telle relation modifierait dans mon quotidien… A l'époque où j'avais rencontré Mary pourtant je n'avais eu aucun mal à agir, lui faisant une cour assidue sans me préoccuper de quelque conséquence que ce soit. Holmes était-il si différent ? Ou alors mon veuvage m'avait-il rendu craintif à l'idée de perdre encore une fois ce que j'aimais, m'empêchant de fait de m'investir comme il le fallait ?
Holmes, s'il avait remarqué mes tourments n'en dit rien, détail qui ne me facilitait pas la tâche. Ainsi donc j'étais seul maître à bord, c'était beaucoup trop de responsabilités. Comment prendre la bonne décision si je n'avais même pas un indice concernant ses propres désirs ?
« Cessez de réfléchir autant John », dit-il tout à coup.
Sa voix, quoi que douce, me fit sursauter violement. Levant les yeux vers lui, je manquais de défaillir. Ce regard pétillant, ce sourire enjôleur… Dieu qu'il était séduisant. Un comble que je ne m'en sois pas jamais aperçu avant récemment.
« Tout viendra en temps voulu », reprit-il tranquillement.
Mais tandis que je m'interrogeais sur la signification de ces propos sibyllins, il se leva, m'invitant à faire de même. Sous son impulsion il me fut facile de remettre mes interrogations à plus tard. Puisque je ne savais guère où j'en étais, autant que je profite au moins de l'instant présent.
Sans que je ne m'en aperçoive, la soirée avait filé, minuit sonna sur l'horloge de l'entrée. Nous trinquâmes donc à ce Noël puis échangeâmes nos cadeaux. Plus que le présent lui-même, c'était surtout le fait que Holmes ait pensé à m'en faire un qui m'emplit de joie. Les autres années il était si peu enclin à cette tradition, mais aujourd'hui encore une fois il n'en finissait pas d'efforts pour me combler.
Nous nous retrouvâmes face à face, à nous remercier chaleureusement, debout au milieu de la pièce, lorsque tout changea définitivement entre nous. Il y eu des signes annonciateurs mais que j'eus bien du mal à analyser. Le regard que mon ami portait sur moi était tout à coup bien plus profond, comme s'il me fouillait, et sa voix était devenue intense, presque bestiale. Je m'en sentis frissonner, mais était bien incapable de dire pourquoi.
« John, à la vérité il y a un autre présent que je souhaiterais vous faire. Un cadeau que vous n'auriez osé demander mais que vous désirez ardemment, au moins autant que moi, même si vous n'en avez pas encore réellement conscience. »
Que de propos obscurs ! En y réfléchissant bien, leur sens était aisé à décoder, mais une part de moi s'y refusait, même si je prenais soin de ne pas refermer toutes les portes. Lui passer les rênes était sans aucun doute ce que j'avais de mieux à faire.
« Vous savez que j'ai toute confiance en vous, m'entendis-je déclarer d'une voix tout sauf assurée. Faites donc ! »
Comme dans un rêve, je le vis s'approcher de moi, bien plus près que ce que la bienséance exigeait, tandis que je lui trouvais la mine préoccupée, comme si jusqu'au bout il avait des doutes quant à la limite qu'il pouvait franchir. Un bref instant je me noyais dans ses prunelles sombres puis, submergé par l'intensité de l'instant, par peur peut-être aussi de reculer au moment critique, je fermai vivement les yeux.
Et il posa ses lèvres sur les miennes. Au début il ne s'agit que d'un simple effleurement, qui me secoua pourtant de la tête aux pieds tandis que je comprenais que j'attendais bien cela depuis des semaines sinon des mois. La pression de sa bouche se fit alors plus forte, quoi que certainement pas dénuée de tendresse, alors qu'il quémandait l'accès à la mienne. Je nouai mes bras à son cou tout en accédant à sa requête. Un gémissement m'échappa lorsque nos langues se rencontrèrent. Cet homme savait décidément y faire, alliant douceur et fermeté en un parfait dosage. Ses mains sur mes hanches m'attirèrent au plus près de lui en un geste autoritaire et je pus explorer tout à ma guise la fermeté de son corps contre le mien tandis qu'il poursuivait la découverte minutieuse de ma bouche.
S'il menait effectivement la danse, je ne demeurais pas inactif, répondant au baiser avec toute l'intensité dont j'étais capable, tirant ses cheveux, les mêlant à mes doigts comme j'avais rêvé le faire si souvent.
Lorsque nous nous séparâmes j'étais à bout de souffle. Le cœur battant la chamade, la tête me tournait plus que jamais et pourtant je me sentais délicieusement bien. Nous avions fait ce que nous avions à faire, je ne me préoccupais plus de rien, ce qui était reposant après les jours de doutes et d'interrogations que je venais de traverser.
Sûr de moi, j'initiai moi-même le second baiser, y mettant autant d'intensité que précédemment. La suite est assez floue, je n'ai qu'un vague souvenir de mes gestes et les siens, j'évoluais dans un monde où le plaisir était roi et je n'avais que peu conscience de ce qui m'entourait, tout entier concentré sur mes sensations. Lorsque je fus à nouveau maître de moi, ce fut pour constater que nous nous étions installées sur le divan, nous embrassant, nous caressant comme si nos vies en dépendaient. Mais tandis que je me sentais succomber, Holmes s'interrompit brusquement, quittant mes bras pour se lever, l'air tout à fait embarrassé.
« Sherlock ? interrogeai-je en faisant difficilement taire ma déception.
- Restons-en là pour ce soir, voulez-vous ?
- Mais c'était si… agréable.
- Pour moi aussi mon vieux, mais c'est là le problème. A ce rythme je ne vais pas pouvoir me retenir bien longtemps pour ne pas exiger bien davantage de vous. »
Davantage de moi ? De quoi pouvait-il bien parler ? C'est alors que la vérité me frappa de plein fouet. Oh ! Rougissant viollement, je baissai les yeux, pour tomber sur la bosse qui déformait le pantalon de mon compagnon à un endroit tout à fait caractéristique. C'était donc bien de cela qu'il s'agissait. Captant mon regard, Holmes éclata de rire.
« Oui, vous me faites un effet terrible mon cher John. Un peu trop à la vérité. Je ne veux pas prendre le risque de gâcher ce qu'il peut y avoir entre nous en allant trop vite. »
J'allais objecter, avant de réaliser qu'il avait raison. D'ailleurs c'était un mal pour bien, nous avions tout notre temps, alors ce soir, demain ou la semaine prochaine, c'était sans importance. Autant savourer au contraire les préludes à quelque chose de plus sérieux. Je hochai donc la tête, me forçant à relever les yeux vers son visage, où se reflétait la plus parfaite des convictions. Il avait l'air si sûr de lui que je n'eus plus aucun doute quant à ses propos. Et tant pis pour ma propre excitation.
C'est donc dans la plus parfaite des bienséances que nous regagnâmes nos chambres respectives, nous tenant simplement par la main tandis que nous montions à l'étage.
Cette nuit-là, aussi heureux me sentais-je, je dormis avec difficulté. Mes rêves étaient peuplés d'images de Mary se mêlant à celles de Holmes. Une seconde je tenais mon épouse dans mes bras, flattant son corps, l'honorant avec tout l'amour du monde, jouissant de ses courbes parfaites l'instant d'après c'était le détective que je possédais, admirant son visage au fait du plaisir, plongeant sans fin dans des abîmes de délices… Le plaisir était le même à chaque fois et n'avait d'égal que ma frustration lorsque j'émergeais ensuite dans ce lit vide, pour mieux replonger et me perdre à nouveau dans une folle décadence.
Au matin, le corps me donnant l'impression de porter encore la trace des mille caresses que j'avais reçues en rêve, je fus parfaitement désappointé de la façon dont Holmes me traita lorsque je l'eus rejoint. Oublier la tendresse de la veille, j'avais simplement en face de moi l'ami de toujours. Pensant m'être fourvoyé sur ses intentions ou, pire, avoir été dupé, je conservai au mieux ma dignité alors que je souffrais mille tourments à l'intérieur.
Après un rapide petit-déjeuner, je décidai d'aller me promener, me fichant bien du froid mordant. Pendant plus d'une heure je tentai de noyer ma peine dans les flocons qui tombaient dru et le vent glacial. Mais rien n'y fit. Lors que je me décidai à rentrer finalement, j'étais frigorifié mais mon cœur ne s'était pas apaisé. Le plus simple au regard de ma situation aurait été d'aller interroger Holmes, de me conduire en adulte. Mais l'idée même d'une confrontation me donnait la nausée. J'avais bien trop espéré pour avoir la force de supporter une déception.
Dans le salon, j'évitai soigneusement le canapé qui nous avait accueillis quelques heures plus tôt, ne me sentant pas capable d'en supporter la vue, et filai droit vers la cheminée, me déshabillant autant que la décence le permettait devant les flammes rougeoyantes. Lorsque Holmes me rejoignit je ne portais plus que ma chemise ouverte et mon pantalon, m'étant même débarrassé de mes chaussures et mes chaussettes, qui séchaient, disposés sur le fauteuil le plus proche, comme le reste de mes effets. Apparaissant près de moi, il me fit sursauter tant j'étais surpris de le trouver dans la même pièce que moi.
« John, me fuyez-vous ? »
Je dus le fixer avec le plus grand étonnement tellement sa voix m'apparut douloureuse. Etait-ce vraiment le même Holmes qui m'avait battu froid au réveil ? C'était à n'y plus rien comprendre.
« J'ai fais ce que je pensais devoir faire, dis-je précautionneusement.
- Je ne comprends pas.
- Ecoutez Holmes, nous sommes deux adultes, autant jouer franc jeu. Si vous regrettez ce qui s'est passé hier soir entre nous dites-le. Je saurais encaisser, j'ai survécu à pire.
- Regretter ce qui s'est passé hier soir ? Bien sûr que non. Enfin John, j'en rêvais depuis des années. J'ai patienté tout ce temps jusqu'à ce que ce soit le bon moment pour vous. Alors croyez-le, je n'ai pas agi sur un coup de tête et ne regrette certainement rien.
- Alors pourquoi avoir été si distant ce matin ?
- Pour vous préserver. Vous faire comprendre que je n'ai nulle intention de vous brusquer… Que sais-je ? »
J'eus un sourire honteux en me tournant vers lui. Quel homme bien ! Et que j'avais été sot de remettre en doute l'attachement qu'il avait à mon égard ! Depuis notre rencontre, quoi que maladroitement par son manque de pratique dans le domaine des sentiments, il avait toujours tout fait pour me montrer combien je comptais pour lui. Que j'avais été bête ! Je savais à présent ce que je devais faire. Lui montrer que ses sentiments étaient tout à fait réciproques. Et surtout rattraper le temps perdu. Je l'embrassais donc, satisfait de sentir ses bras enserrer ma taille.
Je passai le reste de la journée blotti contre lui, à me délecter de sa simple présence et du lien nouveau qui grandissait entre nous. Nous ne parlâmes guère, nous contentant de nous embrasser parfois, le reste du temps il avait ses doigts dans mes cheveux et moi ma main sur son cœur, satisfait de le sentir battre pour moi seul désormais.
Mais bien sûr ces instants de félicités ne devaient pas durer. Nous nous apprêtions à découvrir le pire de l'homme et j'en resterais marqué un bon moment. A cet instant pourtant, dans ces bras accueillants, après de lui, j'avais encore foi en l'espèce humaine.
TBC…
