C'est enfin l'heure des révélations ;) J'espère que vous ne trouverez pas cela trop tiré par les cheveux, j'avoue que je commence à avoir des doutes.

Pour la fin de ce chapitre, je sens que certaines vont m'en vouloir de les stopper en si bon chemin. mais dites vous que c'est bon signe pour le suite XD

Toutes vos reviews m'ont une nouvelle fois enchantée, la raison pour laquelle je m'accroche, je peine parfois, pour vous en offrir toujours plus :) Alors merci à vous!

ooOoo

Comme Holmes l'avait prédit, les Outbridge furent arrêtés à peine vingt-quatre après que les autorités n'aient découverts la vérité sur leur compte. Pourtant tout ne se passa pas exactement comme prévu. De leur arrestation je ne sus que ce que je pus lire dans la presse, or les articles étaient souvent contradictoires dans leurs détails. Mais un fait était certain, Elizabeth Outbridge ne fut jamais prise vivante. Apparemment, horrifiée que sa vraie nature ne soit découverte, elle choisit de se donner la mort plutôt qu'affronter la disgrâce d'un procès. C'est là que les faits divergent. Pour certains elle se jeta par la fenêtre de sa chambre d'hôtel, où les deux fugitifs s'étaient réfugiés, pour d'autres elle se jeta sous les roues d'une voiture lancée à pleine vitesse. Un mélange des deux je suppose. Les journaux, avides de sensations fortes, faisaient bien peu cas de la vérité dans leur guerre aux scoops, mais à la vérité cela m'était égal. Cette femme n'était plus, l'essentiel était là. Son frère, anéantit suite au drame, se laissa arrêter sans le moindre mal. Ramener à Portsmouth, désormais seul, il ne vit plus aucune raison de se taire et fit nombre de révélations toutes plus terrifiantes les unes que les autres.

Holmes avaient quelques questions à lui poser et la police, lui devant une fière chandelle, ne lui fit aucun problème. Bien sûr je l'accompagnai, pourtant pas vraiment ravi de me retrouver auprès de celui que je définissais comme le mal incarné. A proximité de cet être qui n'avait plus rien à perdre nous en apprîmes bien plus que je n'aurais voulu.

Peter Outbridge était totalement dévoué à sa sœur, et ce depuis leur plus tendre enfance. Et le côté malsain de leur relation n'eut de cesse de grandir en même temps qu'eux tandis qu'Elizabeth devenait toujours plus arrogante et imbue d'elle-même. Lorsque je les avais rencontrés j'avais pensé que Peter menait la danse, sa sœur s'était avérée bien pire que lui en fait, ayant réussi peu à peu à l'avoir tout entier sous sa coupe. Je passe ici les histoires d'inceste, trop écœuré personnellement d'imaginer deux êtres unis par le sang capables de telles relations… contre-natures. Aussi malsain que cela puisse être, Outbridge était bel et bien amoureux de sa sœur et celle-ci avait toujours fait ce qu'il fallait pour s'assurer sa suprématie sur lui. Puis à mesure qu'elle vieillissait, elle avait développé un autre trait de caractère. Une jalousie, devenant peu à peu de la haine, pour les filles bien plus jeunes, plus fraîches et séduisantes qu'elle croisait. Craignant de finir par perdre ce pouvoir que sa beauté lui donnait sur la gent masculine, elle voyait en elles des rivales potentielles et les détestaient pour cela.

Il était clair qu'elle n'avait jamais été très équilibrée, mais son amertume la fit corps et bien sombrer dans la folie. Elle commit son premier meurtre sans l'aide de son frère. Il s'agissait de la fille d'un partenaire en affaires de la famille. Seize ans, d'une beauté ravageuse d'autant plus frappante qu'elle en était inconsciente. Elizabeth n'avait pu supporter de la voir attirer sur elle le regard des hommes au cours d'un dîner mondain. Le soir même, l'attirant chez elle sous un faux prétexte, elle passa à l'acte. Selon Outbridge ce drame n'avait pas été prémédité, ce que je n'avais aucune raison de croire. Elle avait alors perdu toute conscience et était occupée, le regard fou, à boire le sang de sa jeune victime lorsque son cadet l'avait trouvée. Trop attaché à elle pour envisager un seul instant de la dénoncer, Peter avait au contraire dissimulé sans le moindre état d'âme son crime, se débarrassant du corps dans le lac qui jouxtait leur propriété.

Si Elizabeth avait retrouvé un semblant de raison le lendemain, elle ne montrait en revanche aucune culpabilité envers la vie qu'elle avait prise, semblant à l'inverse persuadée qu'elle avait agi au mieux. Elle avait alors plongé dans une spirale infernale, convaincue qu'en se repaissant de ce sang frais elle avait trouvé un moyen de contrer les effets de ce vieillissement qu'elle craignait tant. Si Peter au début n'était guère dans son avis, il n'aurait certainement pris le risque de la contrarier. Il l'aimait, cela lui suffisait pour accepter la moindre de ses lubies, aussi folles soient elles, comme il le faisait depuis leur plus tendre enfance. Rapidement, pour l'aider, pour qu'elle soit fière de lui, c'est même lui qui en venait à attirer les jeunes innocentes.

Avec le temps, tout en changeant régulièrement de villes pour ne pas risquer d'éveiller les soupçons, ils avaient peu à peu affiné leur technique. Ainsi désormais ils gardaient leurs victimes en vie quelques jours pour profiter sans restriction de leur sang, avant ensuite de prélever foie et rate, qu'Elizabeth consommait avec passion, certaine de détenir là le secret de la fontaine de Jouvence. A ce moment là je fus tout particulièrement épouvanté. S'ils gardaient leurs victimes plusieurs jours, la jeune Eleanor était alors encore en vie alors que Holmes en était venu à les soupçonner. Sans ma maladie, peut-être aurions nous pu agir à temps et la sauver. J'étais certain ne pas pouvoir me remettre de cette culpabilité. Mon ami, comprenant mon état d'esprit, se montra plus pressant concernant ce dernier meurtre et je pus finalement apprendre avec un soulagement tout relatif que ce dernier enlèvement s'était mal passé, la jeune fille se débattant plus que de raison. Outbridge s'était vu contraint de la mettre immédiatement hors d'état de nuire de façon définitive.

Lorsque Holmes et moi en sommes venus à les soupçonner, ils étaient justement en train d'envisager de changer d'endroit une nouvelle fois. La veille au soir durant ma remise en questions j'avais trouvé mon intervention bien peu utile, il apparaissait pourtant désormais clair que ces deux là n'avaient aucune intention de s'arrêter en si bon chemin. Ainsi le détective et moi avions certainement contribué à sauver plusieurs dizaines de vies.

Enfin, alors que j'étais ravi de pouvoir repartir, mon ami posa une ultime question tandis que je quittais déjà ma chaise. Il voulait un éclaircissement concernant les tombes, un choix pour dissimuler les corps qui était risqué. Cette fois encore l'explication venait simplement du choix de Miss Outbridge. Les victimes avaient effectivement été enterrées de façon à ce que les emplacements soient visibles depuis la fenêtre de la chambre d'Elizabeth, qui trouvait en ce spectacle un immense réconfort. Je soupirai de consternation. Décidément cet interrogatoire ne nous aurait rien épargnés.

Voici donc le dénouement de cette sordide aventure. Et si je n'étais pas mécontent d'en voir le bout, je me sentais pourtant passablement déprimé. Dans notre carrière nous avions eu bien rarement affaire à des femmes, celles-ci se posant plus généralement en victimes sans défense, ce qui était pour moi dans l'ordre des choses, aussi choquant que puisse paraître cet aveu. Je n'ai rien d'un misogyne comme mon camarade mais dans mon esprit j'ai toujours vu la femme comme innocente alors que l'homme a tout d'une bête. Dans ces conditions il est clair qu'à mes yeux le meurtre ne peut être qu'une affaire concernant mes homologues, pour beaucoup des brutes épaisses dénuées de la moindre once de sagesse.

Du fait de ma propre expérience je ne pouvais m'empêcher de comparer cette froide exécutrice à ma douce Mary et la différence entre ces deux êtres me semblait d'autant plus irréelle. Dans ce contexte, je n'en regrettais que davantage mon épouse, qui aurait su me rassurer quant à ma vision du monde qui se trouvait bien sérieusement ébranlée.

Dans le fiacre qui nous ramenait chez nous après cet éprouvant interrogatoire, je pus constater avec satisfaction que Holmes semblait perturbé lui aussi, quoi que dans une moindre mesure. J'étais ravi pour une fois de ne pas avoir un monstre de froideur à mes côtés.

« A quoi pensez-vous ? interrogeai-je donc, désireux d'en savoir plus à présent qu'il me montrait ses failles.

- Je me faisais la réflexion combien cette femme était stupide. »

Je sursautai en tendant ce terme. Ce n'était pas exactement celui-ci que j'aurais utilisé pour la décrire, mais soit.

« Comme si le sang de ces jeunes filles pouvait faire quoi que ce soit pour contrer les effets du temps. Ce n'est pas cette fois encore que nous avons été confrontés à un criminel de mon niveau.

- Et c'est tout ? m'écriai-je, offusqué. Ses actes ne vous choquent pas davantage ?

- Un beau gâchis je vous l'accorde. Mais un mobile tellement absurde que je doute que cette enquête ait sa place dans vos chroniques.

- Tout de même, repris-je, pas calmé pour un sou, reconnaissez au moins l'horreur dont nous avons été témoin.

- Certes, je ne vais pas le nier. Mais là n'est pas le véritable problème mon cher. Une nouvelle fois vous ne pouvez vous empêcher de tout romancer. Pourtant tout est évident.

- Ah oui ? maugréai-je.

- Je vous l'ai dit, reprit-il avec entrain, absolument pas conscient de mon énervement manifestement. L'affaire en elle-même présentait bien peu d'intérêt. Je ne me réjouis en aucun cas de ces morts horribles, mais les tueurs eux-mêmes n'étaient pas de grande envergure. Je les ai soupçonnés en quelques jours, débusqués en à peine plus… Une enquête sur leur passé aurait facilement fait le lien entre les différents lieux présentant plusieurs disparitions dans des conditions semblables… Quant aux raisons de ces crimes… Bref, comme je l'ai dit, une affaire qui ne vaut pas que l'on revienne dessus. »

Lorsqu'il se tut je me terrai moi-même dans le silence, témoin comme souvent des différences qui existaient entre nous, pas certain qu'elles puissent être comblées par quelque sentiment amoureux que ce soit. Holmes ne fonctionnait que par l'esprit là où moi j'écoutais mon cœur, me laissais dicter par mes émotions. Je nous avais envisagés former un couple, mais comment un homme tel que lui pourrait être capable de me combler ?

« Cessez de vous torturer ainsi John. Je puis vous affirmer qu'entre nous c'est différent, que vous êtes le seul pour qui je peux laisser autre chose que ma logique prendre le dessus.

- Pourquoi ? Pourquoi serait-ce différent avec moi ? »

Ce n'était pas son genre de s'épancher pourtant il me répondit du tac au tac, comme s'il avait cette réponse à l'esprit depuis déjà longtemps.

« Parce que vous en valez la peine ! J'estime qu'aucune autre explication n'est nécessaire. »

Effectivement ! Oui nous étions différents, bien plus que la plupart des gens amenés à se fréquenter, et notre relation, depuis le tout début voilà des années, s'en trouvait pavée de difficultés, pourtant nous avions toujours tout surmonté, à chaque fois, et des exemples j'en avais quantités. Il avait très mal vécu mon mariage mais s'était finalement adapté sans que cela n'entrave notre amitié. Pour ma part, à son retour d'entre les morts quelques mois plus tôt j'avais bien cru ne jamais pouvoir lui pardonner cette supercherie, et pourtant, trop heureux de le retrouver je n'avais mis que quelques jours avant de retourner vers lui. Et ce n'était que deux détails parmi tant d'autres. Il y avait entre nous un lien si spécial, si intense, déjà du temps de notre amitié platonique, que nous pouvions surmonter chaque obstacle qui aurait pourtant séparé bien des êtres. Voilà qui avait de quoi me rassurer.

Ressentant mon trouble, mon ami vint s'asseoir plus près de moi et passa son bras autour de mes épaules.

« Cessez de douter, dit-il avec un sourire. Je ne suis pas adepte des révélations pompeuses sur mes sentiments comme vous le savez, mais si je l'étais j'aurais bien des choses à vous dire, croyez-moi. »

Que voilà une déclaration qui n'avait rien de conventionnel, pourtant j'étais aux anges. Connaissant son mode de fonctionnement, de tels propos dans sa bouche valait bien un Je vous aime. Satisfait, j'attirai son visage au mien et l'embrassai langoureusement.

Nouant férocement sa langue à la mienne, il glissa les mains dans mon manteau puis sous ma chemise. Lorsque ses doigts touchèrent ma peau je me sentis frissonner de part en part. J'aimais quand il me touchait, cette emprise qu'il semblait avoir sur moi à chacune de ses caresses, comme si mon corps tout entier se destinait au sien, prêt à se donner sans la moindre restriction, y compris dans cette voiture froide qui n'avait rien de romantique. Je me serrai plus fort contre lui, mes propres mains glissant de son cou à son dos, ne sachant pas vraiment où les poser, ce que mon compagnon désirait. Finalement, tandis qu'il dévorait mon cou de baisers voraces, je le débarrassai de son manteau. Je voulais le toucher, le découvrir tout entier et me fondre en lui malgré mes craintes. Je me sentais si bien que j'étais prêt à tout.

Ouvrant maladroitement son veston puis sa chemise, mes mains s'égarèrent sur son torse fin et son ventre plat. J'étais flatté de l'entendre gémir, de le sentir se tendre. Ainsi cette dépendance que j'avais développée à son égard n'était pas à sens unique, voilà qui était rassurant. S'écartant de moi dans un grognement, Holmes s'activa à défaire les attaches de mon pantalon. Pantalon dans lequel je me sentais terriblement à l'étroit depuis quelques minutes. Malgré le voile devant mes yeux, je pus constater que mon compagnon était dans le même état d'excitation que moi. Allions nous réellement faire l'amour ici ? A mesure que mes sentiments pour lui grandissaient j'avais accepté le fait que rien ne serait jamais conventionnel entre nous, j'en prenais toute la mesure à présent. Mais au lieu de l'hésitation ou la crainte, seul mon désir de lui enfla davantage. Je m'apprêtais à le supplier d'être plus entreprenant encore lorsque notre attelage stoppa dans un soubresaut. Holmes s'éloigna de moi, bien que je pus voir dans ses yeux que ce n'était pas de gaieté de cœur, et écarta le rideau qui masquait la vitre du véhicule.

« Nous sommes arrivés », dit-il, le dépit transparaissant dans sa voix, la rendant méconnaissable.

Je lâchai un soupir de frustration tout en hochant la tête. Sans un mot, je refermai mon pantalon et réajustai mes vêtements, tentant au mieux de me défaire de l'envie qui consumait tout mon corps.

A l'extérieur, tandis que Holmes réglait la course, le froid mordant calma instantanément mes ardeurs, me laissant les idées plus claires. Je réalisai alors combien nous avions été fous, agissant tels des gamins en proie à leurs pulsions. Nous avions pourtant tout notre temps pour faire les choses bien. Si je culpabilisais tout de même pour ce changement radical dans mes pensés, Holmes sembla ne pas m'en tenir rigueur. Me prenant par la main, il m'attira à sa suite dans la maison, où il ne fit alors plus la moindre allusion à ce qui avait failli se passer.

TBC…