Contrairement à ce que le chapitre précédent pouvait laisser penser, le lemon ne sera pas pour tout de suite, mais dans le prochain chapitre. Ici, encore un peu de blabla ;) J'espère ne pas finir par vous lasser avec ça.

Profitant de mes vacances je pars quelques jours à Strasbourg puis à Londres (oui, que des destinations très exotiques, va falloir que je pense à m'armer d'un parapluie XD) donc je posterai pas avant une bonne semaine. Merci d'avance de me pardonner :)

Merci mille fois pour vos reviews!

BBitch, merci à toi. Oui moi aussi j'adore Esprits criminels mais c'est vrai qu'elle me met souvent mal à l'aise. J'espère que cette suite ne te décevra pas :)

ooOoo

Nous retrouvâmes notre femme de charge à la cuisine, occupée à la préparation d'un dîner qui embaumait.

« J'espérais vous voir revenir tôt afin que vous puissiez profiter de ceci. »

Je la remerciai avec un sourire. Puis elle abandonna ses casseroles pour venir se planter devant nous.

« La rumeur dit que vous avez fait arrêter les Outbridge, souffla-t-elle d'une voix incertaine.

- Votre communauté n'aura plus rien à craindre, dit Holmes d'un ton chaleureux que je ne lui connaissais pas.

- Dieu vous bénisse. »

Elle serra la main de mon compagnon entre les sienne, puis fit de même avec moi, semblant si émue que je crus un instant qu'elle allait pleurer. Elle demeura néanmoins digne, essuyant ses yeux avec un coin de son tablier avant de s'occuper de préparer deux couverts sur la table.

« J'ai une petite-fille de treize ans, reprit-elle en même temps, j'avais si peur pour elle… Ironiquement les Outbridge étaient les seuls pour lesquels ma confiance n'avait jamais failli. Elizabeth était toujours si gentille avec nous, avec les enfants qu'elle croisait… Enfin, dieu merci tout cela est derrière nous à présent. Mr. Holmes, docteur Watson, vous êtes des héros. »

Je n'étais pas certain que nous méritions une telle qualificatif, c'était pourtant tout de même terriblement agréable à entendre.

Près de moi le détective, fier, s'était redressé bombant le torse. Je savais combien il appréciait ce genre de compliment, même s'il n'était pas du genre à douter de ses capacités.

Quelques instants plus tard nous étions seuls, attablés devant des assiettes servies plus que généreusement. Alors que je nous servais deux verres d'un excellent vin, Holmes fixait le contenu de la sienne avec un air de suspicion.

« Mangez, dis-je. Cela ne vous fera certainement pas de mal. Cela n'entravera en rien vos capacités de réflexion à présent que nous en avons fini. Vous serez de toute façon au repos forcé dans les jours à venir. A moins que vous en parveniez à nous dégoter quelques nouveaux meurtriers, ce dont je vous crois tout à fait capable, rajoutai-je avec malice.

- J'ai trouvé quelques chroniques judiciaires dans la bibliothèque et ai déjà résolu deux affaires titrée pourtant comme non résolues », expliqua-t-il en jouant avec sa fourchette.

Voilà qui n'avait rien de surprenant. Et qui expliquait du même coup son soudain attrait pour la lecture, qui m'avait effectivement surpris les jours précédents.

« Pourquoi ne pas en avoir parlé à la police aujourd'hui ? Etant donné ce que vous avez fait pour eux ils n'auraient pas douté un instant de vos paroles.

- Ces affaires remontent à un siècle, je doute que quiconque s'y intéresse encore.

- Vous êtes incroyable », lançai-je avec admiration.

Il eut un sourire épanoui, s'il appréciait effectivement les compliments, il était certain que c'était les miens qui le touchaient le plus, détail que j'avais compris depuis bien des années et dont j'usais volontiers. Je fus d'autant plus satisfait en le voyant se décider à manger. Je fis de même et lorsque je me laissai gagner par les arômes sans nul pareil de ce bœuf à la bourguignonne, je fus comme envoyé à une autre époque.

C'était un plat que je mangeais parfois du temps de mon mariage, alors le retrouver justement maintenant, que j'avais tant pensé à Mary dans les heures précédentes, me fit un drôle d'effet. Ma vie d'homme marié, rangé, me manquait cruellement. Et même ce que je tentais de construire avec Holmes ne saurait remplacer ce que j'avais connu. Une part de moi s'en réjouissait, ainsi mon épouse aurait toujours une place à part dans mon cœur, mais je me sentais tout particulièrement nostalgique à cet instant.

« Vous avez ce regard bien particulier quand vous pensez à elle, dit soudain mon compagnon, me faisant sortir de ma torpeur.

- Pardonnez-moi. »

J'avais horreur de me laisser aller ainsi quand j'étais à ses côtés, ne voulant en aucun cas réveiller sa jalousie.

« Nulle importance, me rassura-t-il.

- Elle me manque tout particulièrement aujourd'hui, comme si sa simple présence aurait pu m'aider à oublier les méfaits d'Elizabeth Outbridge.

- Nous pouvons en parler si vous le souhaitez, proposa-t-il.

- Pardon ?

- De Mary. Je n'étais pas pour ce mariage et ai eu du mal à accepter la place qu'elle a rapidement prise dans votre vie, mais nier votre attachement à son égard serait hypocrite. Et absurde dans la mesure où elle n'est plus là. Si cela peut vous faire du bien de parler d'elle…

- Je ne vois rien à dire de particulier si ce n'est qu'elle me manque terriblement, dis-je en reposant ma fourchette. J'aime ce qui est en train de se développer entre nous et j'espérais que cela me permettrait d'autant mieux de supporter sa perte, mais je me suis fourvoyé.

- Et c'est normal. Même sans être là physiquement elle demeure ma rivale dans votre cœur. Je l'accepte au mieux. »

A cette dernière remarque, même si mon amertume était toujours là, je parvins à esquisser un sourire quoi que las.

« Quelle preuve de sagesse de votre part, notai-je. Après avoir tenté de ruiner notre union si souvent, je ne pensais pas que vous y viendriez finalement. »

Holmes eut un haussement d'épaules tandis que son regard se faisait lointain.

« Croyez-le ou non, mais c'est ainsi que j'ai toujours vu les choses.

- Et de quoi parlez-vous ? interrogeai-je avec curiosité.

- J'ai compris à l'époque qu'il vous faudrait en passer par là, par ce mariage, pour ensuite être capable d'assumer cette relation entre nous. Je n'avais pas songé à la mort de Mary je l'avoue, plutôt à un divorce pour qu'ensuite vous me reveniez, enfin prêt à vivre avec moi. »

J'avais du mal à imaginer cela, que j'ai pu être si prévisible, mais Holmes n'avait jamais tort après tout, surtout lorsque cela me concernait. Et en étant tout à fait honnête ce n'était pas comme si je ne m'étais pas rendu compte de quelque chose moi-même. Avant de rencontrer Mary, à l'époque glorieuse de mon célibat, j'éprouvais un attachement tel pour mon colocataire que plus d'une fois je m'étais interrogé sur la nature exacte de mes sentiments à mon égard. J'avais été incapable d'y trouver la moindre réponse satisfaisante et avait choisi de faire preuve de déni. Je continuai à fréquenter des femmes, j'étais attiré par elles, néanmoins Holmes exerçait en permanence sur ma personne une bien étrange fascination. Mais, et en cela il était dans le vrai, je n'aurais jamais été capable d'assumer et surtout de mener à bien une telle relation. J'étais alors bien trop conditionné par mon éducation rigide et ne pensait qu'au mariage, à fonder une famille. Mary m'avait donné cette opportunité tout en me permettant de ne plus considérer Holmes que comme un simple ami. Dans ce mariage où je m'étais épanoui j'avais peu à peu oublié mon trouble pour mon camarade, et ne m'en portais certainement pas plus mal. Aujourd'hui pourtant tout était différent. Je me sentais enfin le courage d'assumer ce que je désirais vraiment.

C'était un soulagement d'une certaine manière, comme si j'acceptais enfin celui que j'étais réellement, sans pour autant renier mon amour pour Mary.

Apaisé, je finis mon repas en silence, lançant régulièrement des regards à Holmes, qui pour sa part ne me quittait pas des yeux. Je le trouvais anormalement serein et devinais sans mal que c'était grâce à moi, ce qui me rendait sacrément fier. Habituellement à la fin d'une enquête il était plutôt déprimé en prévision des heures d'ennui qui l'attendaient. Cette fois pourtant ma présence semblait suffire à le préserver de la mélancolie. Je sentis avec un frisson de satisfaction que notre relation était définitivement en train de changer, de s'étoffer.

Après le repas nous nous installâmes au salon. Holmes alluma sa pipe tandis que je fumais une cigarette. Nous ne parlions pas mais je pouvais néanmoins sentir cette immense complicité entre nous. C'était reposant et réconfortant.

Je jetai ensuite mon mégot dans la cheminée et me tournai vers mon ami, qui me fixait. Nos regards s'accrochèrent et je réalisai subitement combien je l'aimais. Non je n'oubliais nullement mon épouse, pas davantage que les difficultés qui ne manqueraient pas de se présenter à nous, mais je l'aimais. Je m'apprêtais, quel qu'en soit les conséquences, à le lui dire mais il prit la parole avant moi, avec un sujet que nous n'avions jamais abordé dans une sorte d'accord tacite.

« John, il y a une question que je voudrais vous poser. J'ai toujours estimé ne pas avoir le droit de le faire, mais ces derniers temps j'y pense souvent.

- Eh bien faites donc », dis-je avec curiosité.

Je fus surpris de le voir tout à coup comme… gêné. Impossible, cela ne lui ressemblait pas. Et pourtant à le voir détourner ainsi les yeux… Lorsqu'il reprit la parole s'en était fait de cette belle assurance qui ne le quittait pourtant jamais.

« Comment avez-vous vécu la période où vous m'avez cru mort ? »

Je me figeai à cette demande, comme si je revivais du même coup ma souffrance de l'époque. J'aurais dû lui en vouloir de se montrer ainsi indiscret sur un sujet tellement sensible, mais étant donné ce qui se passait entre nous ce n'était peut-être pas plus mal de jouer cartes sur table.

« Eh bien, commençai-je d'une voix douloureuse, j'ai été anéanti. Cet ultime regard que vous m'avez lancé sur cette terrasse avant de… Bref, il m'a hanté pendant ces trois ans. Bien souvent j'ai souhaité mourir tant je ne me sentais plus la force de rien… Je n'aurais jamais pensé réagir de cette façon, mais j'ai découvert en réapprenant lentement à vivre combien vous étiez important pour moi, tellement plus que je ne pouvais l'imaginer. »

Replongeant dans ces mauvais souvenirs, les nerfs à fleur de peau, je sentais les larmes me monter aux yeux. Pudiquement je me détournais pour aller plutôt faire face à la cheminée, trouvant un certain réconfort dans les flammes.

« Pendant des mois j'ai cru que je ne m'en remettrais pas, conclu-je en secouant la tête.

- Je suis désolé John.

- Je sais. Je ne vous en veux plus. Dieu sait pourtant si je vous en ai voulu pour cette mascarade lorsque vous êtes revenu. Mais mon soulagement était tel… »

Sans que je ne l'entende, Holmes s'était rapproché de moi, portant la main à ma joue, qu'il caressa amoureusement. Reconnaissant pour ce geste, je me laissai aller contre lui, appréciant de sentir ses lèvres dans mes cheveux.

« Je ne vous abandonnerai plus jamais », souffla-t-il à mon oreille.

Je hochai la tête avec gratitude, pourtant conscient certainement autant que lui que c'était une promesse absurde. Elle nous fit néanmoins le plus grand bien. Et je réalisai soudain qu'une autre personne, pour me réconforter tandis que je pleurais mon meilleur ami, m'avait déjà affirmé rester toujours présente pour moi. Mary, lors d'une soirée à l'atmosphère pas si différente de celle-ci, alors que je me lamentais et sombrais dans ma peine, m'avait fait la même promesse dans l'espoir de me remonter le moral. Mary qui m'avait soutenu lorsque j'avais perdu Holmes. Holmes qui me soutenait depuis la mort de Mary. Ainsi la boucle était bouclée. D'une certaine manière je pouvais m'estimer chanceux de cette seconde chance qui s'offrait à moi et me sentais surtout enfin prêt à en profiter.

Cette nuit-là, après avoir quitté mon compagnon sur un dernier baiser tout particulièrement intense, j'eus le plus grand mal à dormir. A peine somnolai-je que dans mon esprit se bousculaient les images des petits corps que j'avais eu à examiner, auxquels se mêlaient ceux, atrocement mutilés, de Mary et Holmes. Je me réveillai dans un cri, en sueur, le cœur battant la chamade et mis bien longtemps pour me calmer.

Je fus tenté d'aller retrouver le détective dans sa chambre. Bavarder avec lui pour me changer les idées, l'embrasser pour ne plus penser à rien… Je résistai pourtant tant bien que mal, je m'étais montré suffisamment vulnérable. Je ne désirais rien de moins qu'il ait pitié de moi. Mieux valait que nous soyons sur un pied d'égalité pour nous lancer dans cette relation, que je ne me montre pas systématiquement dépendant de lui. Alors je me forçai au calme et me rallongeai finalement, la peur au ventre.

TBC…