Et nous voici déjà avec le dernier chapitre. ça fait toujours bizarre quand une fic prend tellement de temps. Mais bon ça permettra de faire autre chose ;) Reste tout de même encore un petit épilogue qui arrivera dans quelques jours.

Comme toujours un immense merci pour vos adorables commentaires et votre fidélité :)

BBitch, oui ils ont bien mérité un peu de tendresse ;) Et puis ça leur va si bien. Oui Londres c'était très bien, mais sinon pas croisé ni Benedict ni Martin, quel dommage! Pourtant c'est pas faute d'avoir cherché XD Je te remercie pour ta review!

ooOoo

Nous quittâmes Southampton le deux janvier. Une nouvelle année pleine de promesses s'ouvrait à moi et j'étais impatient de me jeter dedans à corps perdu, mille et un projets à l'esprit. Me refaire une clientèle, écrire une chronique sur l'affaire Outbridge, une façon d'exorciser ces démons qui venaient régulièrement me hanter depuis les macabres découvertes, et par-dessus tout me donner corps et âme à ce couple que je formais désormais avec le détective. Lui pour sa part ne parlait que de visites à Scotland Yard et d'expériences farfelues qu'il avait hâte de mener. Une fois n'est pas coutume, nous étions en osmose, ce qui n'était pas peu agréable.

Le lendemain de notre retour dans ce cher appartement de Baker Street qui m'avait tant manqué, je buvais un thé en compagnie de Mrs. Hudson. Celle-ci, ravie de nous avoir retrouvés, quoi qu'elle se soit montrée moins enthousiaste concernant le détective, avait tenu à ma présence dans sa cuisine en cet après-midi agréablement ensoleillé. J'avais répondu à l'invitation sans hésitation, appréciant comme toujours sa compagnie. Holmes ne s'était pas joint à nous et c'était une bonne chose. Je n'avais en effet aucun doute quant à la réaction qui aurait été la sienne tandis que notre logeuse me détaillait avec force de commérages tout ce qui s'était passé dans le quartier durant notre absence. Des inepties qui ne m'intéressaient guère pour la grande majorité, mais je me prêtais à l'exercice avec bienveillance, n'ignorant pas combien cela lui tenait à cœur. Elle aborda ensuite un sujet qui ne me surprit nullement dans la mesure où c'était justement celui-là même qui nous réunissait la plupart du temps par le passé.

« Tout s'est-il bien passé avec votre colocataire ?

- Merveilleusement bien, dis-je avec un sourire qui disait plus long que je n'aurais voulu. Il a fait bien des efforts pour moi.

- Oui, cela m'a surprise moi-même. Quitter Londres, ses affaires, pour s'occuper de quelqu'un d'autre que lui… Il doit sacrément tenir à vous. »

Je piquai un fard, soupçonnant quoi que sans pouvoir en être certain une touche d'ambigüité dans ses propos. Avait-elle deviné la façon dont les choses avaient évolué entre nous ? Connaissant sa perspicacité c'était probable. Cela dit je n'avais aucunement à craindre son jugement. Elle était la tolérance incarnée, sa façon de supporter les frasques quotidiennes de Holmes en était le meilleur des exemples.

« J'étais convaincue dès le début que lui seul saurait vous redonner goût à la vie. »

Je hochai la tête avec conviction. Bien sûr je l'avais moi-même toujours su. Avec ce lien qui nous unissait, lui était le mieux placé et il avait su mettre cet avantage à profit.

« Vous avez bien de la chance docteur, il n'y a qu'avec vous qu'il se montre sous son meilleur jour.

- Et pourtant il tient bien à vous, plaidai-je.

- Je suis bien loin d'avoir la même place que vous dans sa vie. Je m'en fais la réflexion depuis que vous avez emménagé ici ensemble, votre lien est spécial. La raison pour laquelle je n'étais guère inquiète de vous savoir entre ses mains ces derniers mois. Et je suis ravie à l'idée qu'il ne sera plus question d'un prochain mariage vous poussant à quitter une nouvelle fois cette maison. »

Elle prononça ces mots avec un sourire terriblement bienveillant, qui ne laissa cette fois aucun doute quant à ce qu'elle savait. De même que ce qu'elle en pensait. Avec elle nous ne serions jamais jugés. D'ailleurs pourquoi l'aurait-elle fait ? Sous ses dehors bourrus elle tenait à Holmes autant que s'il était son propre enfant et ne pouvait qu'espérer le voir heureux, ce qui n'était pas aisé étant donné sa personnalité pour le moins particulière. Alors si je pouvais contribuer à ce petit miracle, le rendre heureux, ce n'était certainement pas cette brave femme qui allait émettre une quelconque objection.

« Je ne me suis jamais réjouie de la mort de votre épouse, votre affliction au pire moment m'a cruellement touchée. Mais ce drame fut bénéfique au moins pour ce diable d'homme. Durant tout cette période où vous viviez loin d'ici il se laissait mourir à petit feu.

- Désormais je serai là pour lui. »

Un grand sourire illumina son visage fatigué tandis qu'elle se levait. Pour la toute première fois depuis que nous nous connaissions elle se laissa aller à baisser sa garde, m'étreignant avec une force dont je ne la soupçonnais pas. J'en fus terriblement ému, ne me doutant pas un instant d'un tel attachement pour Holmes.

Ce soir-là à l'heure du dîner, fidèle à ses vieilles habitudes, mon amant ne se montra pas. Je n'étais pas inquiet, pas même exaspéré, il avait mis sa vie en suspens pour moi si longtemps que je ne pouvais que lui laisser toute sa liberté désormais. Connaissant Lestrade, satisfait de le retrouver celui-ci n'avait certainement pu s'empêcher de le consulter sur une multitude d'affaires. C'était aussi bien ainsi. Puisque j'envisageais moi-même de reprendre mes activités de médecin, autant que lui trouve également à s'occuper. Pourtant, tandis que j'avais retrouvé mon fauteuil préféré, fumant en digérant les succulentes cailles farcies que m'avait préparé Mrs. Hudson, je fus pris d'un doute. Jusque-là la vie de Holmes à Londres était pour le moins dissolue or il ne m'avait fait aucune promesse. Peut-être était-il retourné à cette maison des plaisirs où il avait ses habitudes. L'idée de le partager avec l'un de ces professionnels me répugnait. Je savais avoir son cœur, pour autant je me refusais à ce que qui que ce soit, même pour un bref instant, ne touche encore ce corps que j'avais fait mien, qui m'appartenait. Il me faudrait mettre les choses au clair dès son retour, car je me refusais à me torturer de la sorte à chaque fois que nous serions séparés. Je savais pourtant compter pour lui, il n'en avait guère fait de mystère, mais dans cette relation hors norme je n'avais pas confiance en moi. Je doutais de son attachement, de mon pouvoir de lui plaire. C'était terrible d'en être ainsi réduit à me torturer et je craignais qu'une fois au courant Holmes ne se moque tout bonnement de moi et mes éternelles remises en questions. Comme si je ne m'estimais pas digne de lui.

Je voulais l'attendre pour le confronter, mais je ne fus pas long pourtant, porté autant par le repas copieux que la douce chaleur qui régnait dans la pièce, à sombrer dans le sommeil. Et pour la première fois depuis des jours, les corps mutilés des jeunes victimes des Outbridge revinrent me hanter. Images à peine distinctes mais parfaitement terrifiantes, qui semblaient vouloir m'entraîner dans les limbes à leur suite. Apeuré, essayant vainement de leur échapper, je hurlais et hurlais encore à pleins poumons, m'égosillant de toutes mes forces sans qu'aucun son pourtant ne sorte de ma gorge douloureuse.

Je me réveillai finalement en sursaut, tremblant de tous mes membres. Reprendre mes esprits ne me fut pas aisé tant je sentais encore la peur. Mais que m'arrivait-il ? Pourquoi étais-je ainsi à fleur de peau ? Jamais enquête, aussi horrible fut-elle, n'avait eu un tel effet néfaste sur ma personne. Toujours j'arrivais à faire la part des choses, laissant mon travail, et ses horreurs avec lui, loin du reste de ma vie. Ce n'est qu'alors que je constatais que durant toutes ces nuits passées auprès de Holmes, sans exception j'avais profité d'un sommeil serein. A croire que ces mauvais rêves ne pouvaient m'atteindre que lorsque j'étais fragile. Rendant ainsi la place de mon compagnon dans ma vie plus prépondérante que jamais.

Je m'étais levé pour ranimer le feu lorsque j'entendis des pas alertes dans l'escalier. Et lorsque le détective fit son entrée dans la pièce, le regard pétillant et le sourire aux lèvres, je réalisai combien je m'étais fourvoyé. Cet homme n'avait rien de fourbe, pas plus que la moindre intention de me manquer de respect par son infidélité. Pourtant mes doutes planaient encore quelque part en moi et je me sentais le besoin d'être définitivement rassuré. Il me faudrait y mettre les formes cependant, qu'il ne se vexe pas de mes insinuations.

« Oh Watson ces affaires ! Ces affaires ! » lança-t-il en se laissant tomber dans son propre fauteuil, sa pipe à la main.

Je trouvais le style un peu trop théâtral à mon goût, mais au moins avait-il le mérite d'apparaître satisfait, ce dont je ne pouvais que me réjouir. Et puis j'étais tout de même curieux de savoir de quoi il retournait.

J'allais donc m'asseoir auprès de lui, le fixant avec intérêt tandis qu'il craquait une allumette.

« Ces affaires ?

- Un tueur, deux voleurs d'œuvres d'art, une arnaque à l'assurance et un kidnapping. Quatre affaires distinctes résolues en quelques heures. Je crois pouvoir dire sans me vanter que Lestrade était on ne peut plus ravi de me retrouver. »

Son "sans me vanter" m'apparaissait en trop, mais j'eus le bon sens de garder ce détail pour moi.

Durant la demi-heure qui suivit il me fit par le menu le détail de ces enquêtes, toute apparemment d'une simplicité enfantine pour lui. Il ne se retint pas d'ailleurs de déplorer un manque de complexité alors que moi-même je demeurais horrifié d'apprendre cette affaire du beau-père assassin et cet enlèvement d'une toute jeune fille, heureusement retrouvée saine et sauve, orchestré par son propre père, qui désirait ainsi avoir accès à la fortune familiale de son épouse afin de régler des dettes de jeu. Les enfants, y compris de bonnes familles, semblaient ne plus être en sécurité dans ce monde, à plus forte raison aux côté de ceux-là même censés prendre soin d'eux. C'était rageant ! Et quelque part je ne regrettais pas ne pas avoir apporté ma propre pierre à l'édifice, projetant des petits êtres innocents dans ce monde qui semblait peu à peu perdre toute logique. Ce sujet des enfants avait été cause de bien des discordes avec Mary, qui en tant que femme se rêvait mère. J'étais satisfait de savoir qu'avec Holmes au moins la question de se poserait jamais.

A propos de Holmes, je me forçai à me concentrer à nouveau sur le fil de ses propos tandis qu'il continuait à palabrer gaiement. Après ces quelques victoires il avait finalement quitté Lestrade en lui arrachant la promesse, pas bien difficile à obtenir j'imagine, de nous faire prévenir dès lors qu'une nouvelle enquête délicate se présenterait. Et déjà il nous imaginait courir côte à côte dans les rues de la capitale à la poursuite de quelques tueurs sans scrupule, comme au bon vieux temps. J'avoue qu'une partie de moi regrettait également cette période, j'étais donc plus que content que tout semble enfin rentrer dans l'ordre.

« A présent nous pouvons aller nous coucher, dit finalement mon compagnon. Je suppose que vous ne verrez pas d'inconvénient à m'accueillir de façon définitive dans votre chambre, ainsi je pourrai m'employer dans les plus brefs délais à transformer la mienne en laboratoire. »

Toujours lier l'utile à l'agréable, notai-je avec une pointe d'amusement. Puis la perspective de ces moments d'intimité avec lui me ramena à des préoccupations plus sombres.

« Holmes, avant cela il y a un sujet que je désirerais aborder avec vous. »

Voyant ma mine sérieuse, il me fixa avec la plus grande attention en hochant la tête.

« Sachez-le, j'ai hésité à en parler, repris-je lentement, ne désirant rien de moins que me dévaloriser à vos yeux, mais cela ne me laissera aucun répit alors je préfère me jeter à l'eau. Une bonne fois pour toute.

- John, jamais vous ne pourrez vous dévaloriser à mes yeux. »

Je lui fus reconnaissant pour cette précision, qui me tranquillisa un tant soit peu.

« Vous aviez vos habitudes il me semble dans cette maison dont vous m'avez parlé à plusieurs reprises.

- Eh bien oui. Comme tout un chacun, et même si j'aimerais pouvoir prétendre le contraire, j'ai certains besoins…

- Que je contribue à assouvir désormais, proposai-je d'un ton incertain. Est-ce que je vous suffis ?

- John, où diable voulez-vous en venir ?

- Eh bien je vous l'ai dit, repris-je d'une voix enfin un peu plus assurée, je vous aime. Et je refuse de devoir vous partager avec qui que ce soit. Je ne veux plus que vous retourniez là-bas, que vous ayez affaire à l'un de ces hommes. »

J'ouvrais mon cœur, me montrant plus vulnérable que jamais me semblait-il, et sa seule réaction fut d'éclater de rire. Sous l'effet autant de la surprise que la déception je lâchai un juron avant de me lever pour aller me planter devant la fenêtre, lui tournant sciemment le dos. Tout pour qu'il ne voit pas ma peine. Comment avais-je bien pu croire qu'il changerait radicalement sa façon de vivre simplement pour moi ? Ce que j'étais naïf ! Dans ces conditions devais-je envisager le quitter ? Cela m'apparaissait comme le plus sage, ironiquement pourtant je m'en sentais bien incapable. J'avais dit la vérité, je l'aimais. Il avait su apprivoiser mon cœur blessé, je ne me sentais tout bonnement plus capable de vivre sans lui. Qu'allais-je donc devenir dans ces conditions ? A croire que j'étais bel et bien maudit, à ne plus avoir ainsi droit au bonheur le plus basique.

Je sursautai en sentant son souffle contre ma nuque. Dans le plus parfait des silences il m'avait rejoint, se plantant juste derrière moi pour mieux me surprendre. J'avais horreur qu'il agisse de la sorte et entendais bien le lui dire, mais sa voix apaisante sut me calmer en quelques secondes.

« Vous ne m'avez pas compris John, je ne voulais en aucun cas me moquer de vous, bien au contraire. J'ai simplement été surpris, pensant jusque-là que les choses étaient claires entre nous.

- Il va falloir m'éclairer pourtant.

- Soit. Ces hommes, ces professionnels du plaisir, que je fréquentais assidument, jusqu'à récemment je ne les voyais que pour une seule raison, tenter de me défaire de l'emprise que vous aviez sur moi. Ils n'étaient rien d'autre que des substituts calmant mes désirs primaires puisque vous n'étiez guère enclin à voir en moi autre chose qu'un ami.

- Ainsi je vous attirais déjà ?

- Depuis le tout début, mon vieux. Depuis le début. Je pensais avoir trouvé en vous le partenaire idéal pour mes enquêtes, mais je me suis retrouvé totalement démuni face à l'importance que vous avez très vite prise dans ma vie. Alors pensez bien que désormais que cet attachement est enfin réciproque je ne prendrais certainement pas le risque de tout compromettre pour quelques inepties. Vous êtes le seul homme que je désire John. »

Grisé par une telle déclaration, je me retournai enfin pour tomber sur son regard plus intense que jamais. Je le fixai un moment en silence, comme pour réaliser tout à fait ce que tout cela signifiait, intégrer toute la portée de ses propos. Il ne le disait pas clairement parce que ce n'était pas dans son caractère, mais il était certain qu'il tenait à moi autant que je tenais à lui.

Enfin totalement en phase, nous échangeâmes un doux baiser avant de finalement rejoindre ma chambre. Blottis l'un contre l'autre sous les couvertures, nous ne fîmes pourtant pas l'amour durant cette nuit. J'avais avant tout un besoin immense de tendresse et lui s'avéra tout disposé à m'en faire profiter. En soit ce fut un moment meilleur que le sexe, notre relation gagnant en intensité comme jamais auparavant. Et lorsque je m'endormis entre ses bras, je ne fis cette fois pas le moindre cauchemar.

TBC…