Auteure : Tch0upi.

Titre : Wearing Gold

Disclamer : Tous les petits personnages présents dans cette fanfiction appartiennent à Masashi Kishimoto.

Rating : K+

Couples : Naru/Sasu.

Note de l'auteure : Joyeuse St-Valentin! Voici la deuxième partie! :)


Wearing Gold

Part III.


- Tu n'as pas fait ça, dit-elle pour la huitième fois au moins.

- Oui, c'est ce que je viens de dire, dis-je en roulant mes yeux.

Je pose sur la table basse le plateau que je viens de ramener de la cuisine. Des jus, des biscuits, et autres friandises que ma mère nous a préparés. Tout pour nous motiver à finir ce foutu projet. Un mois s'est écoulé et le compte à rebours approche de sa fin, il faut rendre le travail ce vendredi. Et ce vendredi, c'est également la soirée organisée par le lycée pour célébrer la Saint-Valentin. Qui aurait cru que cette année mon cœur se mettrait à battre pour une autre personne ? Je ne me voyais pas tomber amoureux, pas si tôt, pas si brusquement, pas avec celui qui m'a blessé si souvent. Mais… c'est juste arrivé. Et c'est exactement ce que je dis à mes trois amis alors que je reprends ma place sur mon lit après m'être choisi un biscuit.

- C'est juste arrivé… comme ça.

- C'est juste arrivé ? répète Suigetsu. Vous étiez en train de parler de hockey ou de technique de patins et boum, vous vous êtes retrouvés l'un sur l'autre ?

- Non, idiot, dis-je en secouant la tête mais ne pouvant m'empêcher de rigoler. C'est pas exactement ça. On parlait… Il parlait de… Il s'est confié à moi. Et puis… En fait, oui. Tout d'un coup, comme ça, il m'embrassait.

Suigetsu a l'air étonné et je me rappelle sa mise en garde. Il m'a fait promettre de ne pas tomber amoureux d'un gars comme Naruto, mais qu'est-ce qu'il connaît de lui ? Juugo est assis à côté de moi sur mon lit. Il s'est penché pour attraper un jus de pommes et s'est réinstallé. Il me regarde simplement comme d'habitude. D'une façon protective.

- Eh bien, c'est ta vie, dit-il. Mais si l'imbécile te fait souffrir, tu sauras qui est le volontaire pour l'embrocher le premier.

Je ris.

- T'inquiète, Juugo, je suis un grand garçon.

- Ouais, mais il est plus grand que toi ! lance Suigetsu. Oh, et plus baraqué !

- Est-ce que c'est vraiment nécessaire ?

Je roule des yeux à nouveau et c'est là que je vois Karin, bien silencieuse sur la chaise de mon bureau de travail. Elle est assise jambes écartées contre le dossier, appuyée dessus, et me regarde avec un air rêveur et stupide scotché sur le visage. Je fronce les sourcils, de même que Suigetsu et Juugo qui l'aperçoivent à leur tour.

- Tu nous fais quoi là, fille ? se moque Suigetsu en lui lançant une gomme à effacer sur le crâne.

Elle se reprend et repositionne ses lunettes tout en sautant comme une tigresse sur le jeune homme. Juugo et moi, aussitôt, éclatons de rire à cette vision. Suigetsu rigole alors qu'elle le secoue comme une folle.

- C'est bon, dit-il, pas de quoi grimper aux rideaux !

- Lancer des objets à la tête d'une fille, non mais tu n'as aucune manière dis donc !

- Hé ! C'est pas toi qui as balancé une tablette de chocolat sur la tête de Sasu l'autre jour ?

À l'entente de mon nom, elle se calme et replace son haut. Elle reprend sa place sur la chaise et pousse ses cheveux derrière son épaule. Puis elle me regarde.

- Désolée, Sasuke. Je me suis juste laissée emporter…

- C'est pas vrai, dis donc, poursuit Suigetsu ne tenant réellement pas à la vie.

Je vois le visage de Karin se tordre à nouveau mais il continue.

- Tu fantasmes sur deux mecs ensembles ! Espèce de perverse, non mais tu as vraiment un esprit tordu, toi !

Il se met à crier tout en riant quand elle le plaque au sol à nouveau. Vraiment, ces deux là, quels gamins… Je les observe avec un doux sourire tout en grignotant mon biscuit. À mes côtés, Juugo se concentre alors sur moi, laissant les deux imbéciles se chamailler.

- Vraiment, Sasuke, demande-t-il et je peux sentir l'inquiétude dans sa voix. Avec Uzumaki, est-ce que c'est… sérieux ?

Je plonge dans son regard et sens mon cœur rater un battement. Juugo est un garçon réellement adorable. Il est grand, c'est un colosse, il a de gros bras, de grosses mains, il a la force physique de prendre Naruto comme un ourson en peluche et le balancer au loin. Il est vraiment imposant comme gars, mais il a aussi le cœur le plus tendre que je connaisse. Il déteste la violence, il est très calme et protège les personnes qu'il aime quel qu'en soit le prix. Il a toujours été là pour moi depuis qu'on se connaît, et me considère comme un frère. Je peux toujours compter sur lui, pour veiller sur moi.

- Je n'aime pas ça, tu sais, dit-il.

- C'est rien de sérieux…

Après cette phrase, que j'ai pourtant quasiment chuchotée, Suigetsu et Karin cessent tout mouvement et me regardent, ahuris. Je les regarde à mon tour, un à un, et finis par me sentir horriblement gêné.

- Quoi ?

Je hausse les épaules et Karin est la première à parler.

- C'était rien de sérieux ? questionne-t-elle simplement.

- On s'est juste embrassés… Trois fois, marmonné-je.

- Avec la langue ? demande Suigetsu.

- Bon sang, Suigetsu, je dois vraiment répondre à ça ?

- Hé, tête de linotte, un baiser sur la joue ou un chaste petit frôlement de lèvres, c'est très différent d'un long baiser langoureux avec langue et tout ce qui va avec. Qu'est-ce que c'était ?

Un chaste frôlement de lèvres… Je me répète ces mots et ne peux m'empêcher de rougir. Surtout sous les trois pairs d'yeux rivés sur moi. Oh non. Ce qu'on a fait dans sa chambre était loin d'être chaste. Je me souviens de son corps qui a basculé le mien contre le lit, moi qui s'enfonçais dans ses draps et sa main qui s'est faufilé sous mon t-shirt. Et ma question sans réponse qui a flotté dans mon esprit… Aurions-nous continué si ma mère n'avait pas téléphoné ? Jusqu'où aurions-nous été ?

Je secoue la tête.

- Euh… Le premier baiser était… raisonnable, si je puis le dire ainsi. Le deuxième… était sage. Le troisième… Eh bien, il m'a allongé sur le lit et c'est le téléphone qui nous a arrêté.

Mes trois amis me fixent, scandalisés. Karin rougit jusqu'aux oreilles. Suigetsu a l'air presque dégoûté, et Juugo serre la mâchoire. OK. Peut-être que c'était sérieux. Peut-être que c'est sérieux, entre nous deux. Mais comment le savoir ? Alors que j'ai la sensation que Naruto ne faisait que suivre ses envies ? Après tout, il a bien dit avoir de l'attirance. Pas une fois il n'a dit avoir le béguin. Et le physique, c'est une chose. De mon côté, ce sont des sentiments. Et ça me rend vulnérable face à lui. Faible et démuni. Désarmé.

- Et est-ce que… tu aurais… commence Karin et j'ai peur de savoir où elle se dirige avec cette question.

Elle ravale sa salive et vient s'assoir près de moi.

- Est-ce que tu crois que tu l'aurais fait… ? Si rien ne vous en avait empêché ?

J'écarquille quand même les yeux. Mes amis attendent ma réponse et je me rends compte que je ne la connais pas, cette réponse. Au lieu de ça, de rester là comme un idiot à rougir et à écouter mon cœur battre la chamade, je marmonne n'importe quoi juste pour me tirer d'affaire :

- N-Non ! Sûrement pas. On n'est pas… Il… Je veux dire que…

- Oui, bien sûr ! s'esclaffe Karin, embarrassée. Pardonne-moi, c'était déplacé comme question.

Elle se lève et propose que l'on termine notre travail. Suigetsu déclare qu'il veut jouer à la console alors qu'on n'a intérêt à vite terminer. Je remercie intérieurement ma meilleure amie. Je sais qu'elle a senti mon trouble et qu'elle a changé de sujet aussitôt. Je suis troublé, cela dit. Parce que je visualise la scène dans ma tête et me rends de plus en plus compte que rien ne m'aurait fait le repousser si aucune sonnerie ne nous avait séparé. Je l'aurais sûrement laissé faire…

Je me penche pour reprendre mon cahier, que j'avais déposé de côté quand je suis descendu chercher des trucs à manger et à boire. En me redressant, je croise le regard de Juugo. Il est suspicieux.

- Promets-moi de ne rien faire de stupide et d'irréfléchi, Sasuke, me dit-il tout bas. OK ?

- OK, fais-je sans comprendre.

Mais peut-être qu'au fond de moi, je sais ce qu'il veut dire.


Je suis profondément plongé dans mes pensées alors que je m'appuie sur la bande. L'air est frais et doux. C'est mercredi matin, et nous avons un match cette après-midi. Le ciel est bleu, c'est une belle journée.

J'essaie de ne penser à rien, tout en grattant mes lames sur la glace machinalement. J'essaie. Mais c'est difficile d'oublier ce moment intime passé dans la chambre de Naruto l'autre soir, quelques jours auparavant. Difficile de continuer ma vie normalement comme si on ne s'était jamais embrassés aussi chaudement. Le weekend s'est écoulé comme une éternité et Naruto ne m'a pas contacté. À l'école, lundi et mardi, on s'est croisés, mais il ne m'a pas dit un mot. Je me sens un peu stupide, peut-être qu'il est dans le même état que moi parce que moi non plus je ne l'ai ni appelé ni abordé dans le couloir. Peut-être qu'il se pose les mêmes questions… Que signifiait ce baiser ? Que ressent-il pour moi ? Que sommes-nous désormais l'un pour l'autre ?

Je me suis remis en question tout le weekend. Et il n'y a rien de nouveau qui surgit dans mon esprit. Je suis amoureux. Je ne pense qu'à lui. Je ne pense qu'à ce baiser, qui repasse sans cesse dans ma tête. Je me demande si je suis prêt à être en relation. Je me demande ce qu'il se passera si Naruto décide de venir me parler. Que me dira-t-il ? Qu'il m'aime et veut être mon petit ami ? Et moi ? Est-ce bien ce que je veux ? Je n'ai jamais eu de relation amoureuse, c'est la première fois que je ressens ça. L'envie d'être avec lui, qu'on s'embrasse ou qu'on parle, même qu'on patine ! Je ne veux que ça, être avec lui. C'est effrayant, tout en étant excitant à la fois. Un plaisir immense m'envahit à l'idée de le voir. Mais la crainte est présente aussi. La probabilité qu'il me dise de l'oublier parce qu'il ne veut pas de relation, qu'il ne veut rien mettre en travers de sa carrière est présente et très forte…

Mes pensées sont soudainement interrompues quand leur sujet central apparaît à côté de moi. Il a son bâton dans les mains, ses gants, son bonnet, les joues roses et il est visiblement aussi prêt que moi à s'entraîner avant le grand match.

- Hey.

Je lâche la bande si brusquement que je tombe presque à la renverse. Je le regarde et souris comme un idiot.

- Salut !

Il me regarde un moment, sérieux. Je sens mon cœur se mettre à battre comme un fou. J'ai peur. Que va-t-il me dire ? Est-ce que je me suis excité trop vite en songeant qu'il veut bien de moi ? Après tout, un baiser ne veut pas dire qu'on veut sortir avec la personne… Je me console en songeant à ce que Suigetsu a dit… Un frôlement chaste n'a rien à voir avec trois baisers profonds et langoureux… Mais j'ai quand même peur et la nervosité me bouffe comme une sangsue et j'ai l'impression que tout mon sang s'est évaporé de ma tête. Je me sens étourdi et pourtant je suis sûr que je rougis comme un imbécile…

Finalement, il sourit légèrement, timidement.

- Détends-toi, Sasu…

Sasu ? Tiens, c'est nouveau. J'obéis et souffle un bon coup.

- Tu… tu vas bien ? demandé-je.

- Ça va. Et toi ?

- Hm, dis-je en hochant la tête.

Ça y est. Ce que je redoutais le plus. Cette foutue conversation gênée et ce malaise légendaire que j'appréhendais… Je prends mon bâton que j'avais laissé sur la glace en acérant mes patins. Je me redresse ensuite et décide de prendre les choses en mains.

- Euh... Sinon, est-ce que tu as…

Est-ce que tu as réfléchi à l'autre soir ?

Je réalise que je n'ai pas pu terminer ma phrase. Kiba est arrivé à toute vitesse, bousculant l'épaule de Naruto au passage. Il fait un grand cercle en riant à gorge déployée et revient vers nous.

- Oh Uzumaki ! s'exclame-t-il mais il me regarde moi. Qu'est-ce que tu fous avec le ringard qui joue les Casse-noisette ?

Voilà. À nouveau cette rage qui bouille en moi. Je fronce les sourcils et les poings et me tourne vers Kiba. Je n'ai le temps de rien faire que Naruto ouvre la bouche le premier.

- On parle, dit-il. Le ringard a une excellente technique de patinage, j'essaie d'en apprendre un peu.

Le ringard ? Je me sens soudainement blessé, pendant de brèves secondes, avant que le regard bleu du blond croise le mien et je comprends aussitôt. Sa couverture ! Un genre de double-agent, si on veut, non ?

- Doué ou pas, continue Kiba. Je peux toujours faire ça !

Sans prévenir, il me pousse violemment et repart en rigolant. Mon derrière prend toute la force de la chute et je gémis de douleur. Je respire profondément et essaie de garder mon calme mais ma colère commence à monter et bientôt elle sortira en hurlement.

Naruto se penche et me tends une main. Je le regarde, méfiant, tout d'un coup. Mais je finis par prendre sa main.

- Il est pas… si mal, me dit-il en m'aidant à me relever.

- Ah non ? grogné-je.

- J'essaierai de lui parler. Lui dire qu'on est amis maintenant.

- Amis ? répété-je, alors que les couleurs s'évanouissent de sur mon visage.

Il me regarde et se pince les lèvres, avant de me faire glisser doucement jusqu'à la bande pour me faire face tout en tournant le dos aux autres gars sur la patinoire.

- Écoute, je ne peux pas… risquer de me dévoiler. Ç'a été horrible auparavant. Toutes les insultes et les rejets… Je ne pouvais pas jouer au hockey et être accepté des autres.

- Mais tu viens de dire que Kiba n'est pas si mal. Si c'est ton ami alors il comprendrait…

- Tu vois comment il te traite ? Et il ne sait même pas que tu…

Il s'interrompt.

- Tu peux le dire Naruto. Je suis gay. Je n'ai pas peur de l'avouer au grand jour, plus maintenant du moins. Et puis, Kiba est un imbécile qui aime avoir l'attention et blaguer. Si tu arrêtes de rire de ses blagues sur moi il se retrouvera tout seul à rigoler. Et il pourrait mûrir un peu, devenir plus mature.

Il baisse la tête en la secouant. Un trait s'est formé entre ses deux sourcils et je peux voir l'inquiétude, la peur envahir son visage.

- Non. Je ne peux pas vivre de nouveau cet enfer.

- Je le vis bien à tous les jours, moi.

- Justement, me dit-il en me regardant. Si j'arrive à les convaincre qu'on est amis désormais ils te ficheront la paix.

- Tu le ferais pour moi mais pas pour toi ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu ferais tout pour que je puisse vivre en paix ma passion pour le patin mais toi…

Ma voix meurt dans ma gorge. Je me ressaisis et dis les vraies choses, celles qui me pèsent sur la poitrine.

- Est-ce que tu m'aimes ?

Il ne peut cacher sa surprise. Je l'ai coincé.

Il me regarde, comme piégé.

- Sasuke…

- Essaie d'oublier ton passé, essaie d'oublier les jugements et tout ça… Est-ce que tu m'aimes ?

Il n'arrive pas à me répondre et je me sens plus que jamais blessé, comme si une plaie béante avait été ouverte au creux de ma poitrine. Je serre les lèvres et veux le dépasser pour aller poursuivre l'entraînement mais sa poigne forte attrape mon poignet et me ramène vers lui. D'un seul mouvement mes pieds glissent sur la patinoire et je me retrouve à nouveau au fond de l'océan de ses yeux.

- Les gens me lançaient des insultes durant les matchs. Dans les couloirs à l'école. Tapette, pédé, tout ce que tu veux. On m'a dit d'abandonner le hockey, que c'était pour les vrais hommes. On m'a dit d'abandonner la vie tout simplement parce que j'étais une erreur de la nature. Que des gens comme moi avaient juste été ratés… Un de mes amis, à qui j'avais tout confié depuis l'enfance, m'a même dit une fois que c'était sûrement pour ça que ma mère était morte à ma naissance, qu'il y avait un truc de pas normal chez moi. Peu importe le nombre de fois que j'ai bien voulu leur dire que ce n'était pas une maladie, ni une anomalie, que c'était juste… une orientation, une préférence… Ils se sont mis à plusieurs, un soir, et m'ont tabassés…

Je ne respire plus. Les horreurs qu'il me débite à voix très basse me font frissonner et je sens mon cœur se serrer. Depuis combien de temps garde-t-il tout cela en lui ? La douleur dans ses perles azures me fait de la peine. Sûrement depuis la mort de son parrain…

- Mon père me disait, avant cette période de ma vie, qu'il ne voulait pas que je joue au hockey. Qu'il ne voulait pas que je me blesse. Il disait que c'était un sport de brute, un sport barbare et idiot. Il voulait me voir dans un cabinet ou quelque chose du genre, que je devienne un homme. Ses paroles ont toujours joué et rejoué dans ma tête parce qu'à douze ans, je commençais à peine à me rendre compte que j'étais différent. Après la mort de mon père, et plus tard. À treize, quatorze ans, je savais déjà que je n'aimais pas les filles. Et tous ces gars qui ont détruit ma vie dans mon ancien lycée. Qui me disaient que le hockey c'était pour les vrais hommes. Et longtemps je me suis questionné sur ce qu'était un vrai homme. J'ai souffert et je n'ai pas encore vraiment guéri de cette période de ma vie… Et d'une façon étrange, tu me fais du bien. Je veux être avec toi, mais j'ai peur, tu comprends ?

J'ai cru qu'il allait m'embrasser après ça mais on est là, dehors, devant tout le monde alors évidemment que non. Il a l'air si triste et moi je suis en colère. J'ignore pourquoi. Mais je suis en colère.

J'acquiesce de la tête, ma voix disparue quelque part dans un pays lointain.

OK. Soyons amis en apparence. Faisons semblant d'être qui on n'est pas. Parce que je ne veux pas être son ami. Nous ne sommes pas des amis.


Durant l'entraînement, j'observe Naruto. Et Kiba. Et c'est vrai que ce dernier n'est pas si mal. Il est amical et gentil avec ses amis. C'est un gars d'équipe et il joue très bien avec tout le monde - sauf moi. Naruto, quant à lui, ressemble à tout sauf à un homme. Je repense à sa façon de se cacher et c'est tout à fait normal. Ça fait mal d'être rejeté, parce qu'on n'a pas les mêmes préférences sexuelles et physiques. C'est vraiment idiot. Nous sommes tous les mêmes au fond, c'est juste que lui sort avec une fille et moi je suis amoureux d'un garçon. Je suis toujours en colère parce que se cacher et prétendre, c'est jouer le jeu selon leurs règles. Mais après tout, je n'ai pas vraiment vécu ce que Naruto a subi. On se moque de moi, mais personne ne m'a agressé. Les poussées minables de Kiba qui me font tomber à la renverse ne sont pas suffisantes pour me briser.

Je suis en pleine forme dans le vestiaire, trois heures plus tard, avant le début de notre partie. J'ai écouté les pitreries de Kiba et de ses amis pendant l'entraînement, et croisé les regards de Naruto. J'ai mis de côté ma faiblesse pour lui et ai enfilé mon courage. Aujourd'hui, je ne me laisserai pas faire. Ce n'est plus une question d'aimer le hockey ou pas. C'est une question d'identité, de respect et d'estime. Personne ne m'empêchera d'être qui je suis et si je dois me battre pour aider Naruto à s'affirmer aussi, eh bien, qu'il en soit ainsi ! Je suis peut-être fou et imprudent, mais ma colère me rend imprévisible.

Les estrades sont à craquer quand nous sautons sur la patinoire. Nos adversaires viennent du lycée de Suna. Ils sont baraqués et très forts. Je patine en faisant des cercles alors que les joueurs des deux équipes s'échauffent. Je ne tremble pas le moins du monde, je suis calme même si une tempête gronde en moi.

J'aperçois mes parents à leur place usuelle. Ma mère me fait coucou de la main et mon père me fixe, ni trop sévère ni trop heureux. Il a toujours cet air impassible. Quelque part au fond de moi, je veux qu'il soit fier de moi et qu'il m'accepte comme je suis, mais une autre partie de moi s'en fout complètement. Je n'ai pas besoin de plaire aux autres pour être qui je veux être.

Après quelques minutes, nous retournons au banc et chaque coach envoie cinq joueurs pour débuter la partie. La mise au jeu, la rondelle lâchée sur la glace et le match commence.

La confrontation se veut très violente et il y a dès le début beaucoup de tension entre les deux équipes. Je reste discret comme je l'ai toujours été, mais comme d'habitude, ma vitesse apporte à l'équipe ce qu'il faut : revers et domination en avantage. J'évite de justesse chaque fois qu'un joueur veut me plaquer et je réceptionne des passes difficiles. La première période se déroule sans buts. La deuxième se termine à défaut d'un but.

Durant la deuxième pause, située entre la deuxième et la troisième période, le coach nous balance toutes sortes de jurons et de sermons. Il proclame le même discours que lorsque l'on est en train de perdre. Ce n'est pas comme si c'était un écart de six buts mais un but à mettre à la dernière période quand il y a autant de tension, ça peut être difficile.

Quand Kakashi disparaît dans l'autre pièce des vestiaires, allant s'affairer à ses plans et stratégies, je soupire et me penche pour attraper mon équipement. Kiba, à ce moment-là, se lève et marche jusqu'au centre de la chambre. Il réussit à attirer l'attention de tous quand il se met à gueuler :

- Si tu faisais un peu plus que te promener tout autour de la patinoire et vanter tes talents de patineur, on aurait peut-être une chance de gagner. Là, c'est comme si on jouait avec un joueur en moins. Tu fais tout sauf jouer au hockey en ce moment.

Il me faut quelques secondes de délai pour comprendre qu'il s'adresse à moi. Je réagis au quart de tour. Un bref regard à Naruto qui soupire en se massant l'arête du nez. Je fronce mes sourcils et fusille Inuzuka des yeux.

- Excuse-moi, mais nous sommes une équipe. Si je n'arrive pas à changer le cours de ce match, c'est en partie la faute de mes coéquipiers non ? Et malgré nos différents Kiba, toi et moi sommes coéquipiers.

J'essaie de garder mon calme, mais ce connard ne m'aide absolument pas.

- Arrête de te la jouer. T'es qu'un-…

- OK, ça va, ça suffit, s'exclame Naruto.

Kiba se tourne vers lui.

- Tu prends sa défense, maintenant ?

- Et si on faisait face à nos difficultés comme une équipe ? demande Suigetsu, me venant en aide. C'est ridicule les gars. On dirait une classe de maternelle.

Kiba me jette un regard de haine que je lui retourne avec une joie non contenue. Il commence à m'insupporter, si bien que je ne sais plus si je vais être capable de continuer dans cette équipe de merde jusqu'à l'année prochaine où je serai enfin libéré !

Lorsque nous sautons sur la patinoire pour le dernier vingt minutes de jeu, nous faisons face à nos adversaires avec une énergie nouvelle, celle de vouloir gagner à tout prix. Nous mettons plus de vitesse, plus de contact physique. Tout va très vite, tout est plus brutal qu'auparavant. Naruto marque un but à mi-chemin, nous ramenant dans la partie. Désormais, c'est l'égalité. Après son but, un joueur de l'équipe adverse me fait sauter les patins et je m'écroule sur la glace alors que, miraculeusement, j'allais m'échapper tout seul vers l'avant, vers le gardien de but complètement seul. J'entends des exclamations dans la foule et des plaintes du côté de mon équipe : ça aurait dû être une faute, mais l'arbitre ne l'a pas appelé. Je me relève, énervé, et Kiba passe derrière moi en grognant.

- Un peu de nerfs, Casse-noisette, nous allons passer pour la risée du quartier ! me souffle-t-il.

Et là, je fais quelque chose de complètement inattendu. Et fou, aussi. Je ne sais pas ce qui me prends. La rage, la colère est montée en moi à un point de non retour. Ma mâchoire se contracte et ça me démange beaucoup trop, il faut que je laisse tout ressortir.

Je lâche mon bâton, lâche mes gants et me jette telle une bête féroce sur Kiba. C'est pourtant mon coéquipier. Il est dans mon équipe. Mais à l'instant, je n'en peux plus. Il ne tombe pas, mais se retourne, déséquilibré et surpris de voir que c'est moi. J'entends au loin des cris de surprise, des rires venant du banc de l'autre équipe face à mon acte. C'est mon coéquipier, peut-être que c'est vrai, je suis la risée du quartier, et maintenant, nous le sommes à deux. Deux équipiers qui se battent, quelle blague ! Kiba se retourne dans ma poigne et je le frappe au visage avant de le pousser violemment. Quelqu'un, au loin, me lance un « Vas-y ! Casse lui la gueule ! ». Ça vient des gradins. Quelqu'un qui s'amuse beaucoup, on dirait. Je n'écoute que mon instinct.

Kiba tombe sur le derrière, exactement comme moi à chaque fois qu'il s'amuse à me pousser. Mon soulagement n'est pas aussi intense que ma satisfaction à le voir par terre à mes pieds avec cette stupide expression au visage. Mais j'ai surtout été inconscient. Sans le vouloir, sans même le réaliser, j'ai causé un carnage. Autour de moi, la bagarre s'est déclenchée et tout le monde se saute dessus. C'est un free-for-all, au diable les règles. Kiba se relève, mais je suis hors de moi, je suis comme une lionne en chasse. Je me rejette sur lui, tout crocs dehors. Il m'attrape les bras et se défend.

- Tu as perdu la tête ? crie-t-il, choqué et - à mon plus grand plaisir - effrayé. Qu'est-ce que tu fous, crétin ?

On entend les arbitres et les coachs crier aux adolescents de se calmer, de revenir aux bancs. Nous sommes devenus complètement fous. Et moi je me défoule sur cet idiot qui me rabaisse depuis la nuit des temps. Je réussis à le frapper à mâchoire et il réplique avec un coup de poing tout aussi fort que je reçois sur l'arcade. C'est comme si je ne sens rien, avec l'adrénaline qui course dans mes veines. Je referme mes doigts - qui ont réussi à le griffer au visage - autour de son cou tout en criant.

- Sas'ke ! se plaint-il. Mais arrête ! Tu es fou !

Puis, un bras passe autour de ma taille et me tire de ma folie.

- Hé ! Lâche-moi ! crié-je sans vraiment savoir qui vient de me prendre ainsi.

La foule est en délire. Pour un divertissement, c'en est un. Je ne regarde pas, trop déboussolé et encore dans l'adrénaline et la colère. Je me demande quelle est l'expression de mes parents. Jamais je n'ai commencé une bagarre. Ce n'est pas mon style. Naruto avait raison, l'autre jour. Je suis discret. Je ne suis pas très utile aux victoires ou aux défaites. Je ne fais que suivre la partie, ici et là, fais quelques passes et reste la plupart du temps invisible. Mais là, je viens de carrément sauter sur un joueur. En plus, il est de mon équipe.

Naruto. C'est d'ailleurs lui qui me tient dans sa poigne. Je me rends compte que nous avançons, mais que mes pieds sont dans le vide. Écoutant les cris qui sont lancés ici et là, je réalise qu'il m'emmène hors de la patinoire, m'emportant comme un sac de patates. Son épaule est renfoncée dans mon ventre. Il me fait passer par-dessus bord aussi facilement que si je pesais autant qu'un petit bébé et j'atterris dans la neige. Je n'ai pas le temps de me retourner qu'il me prend le bras et m'entraîne dans la vestiaire. Je me sens comme une bombe à retardement. Je suis en colère, j'ai envie de hurler et de retourner là-bas et tabasser quelqu'un d'autre !

Il me plaque contre un casier - un peu comme il le fait souvent quand il veut m'intimider. Sa main toujours autour de mon bras, il se penche et je me calme quelque peu en plongeant dans ses magnifiques yeux bleus.

- Je peux savoir ce qui t'a pris, bon dieu de merde ?

Je pensais ne pas trouver mes mots pour l'expliquer, mais ils sortent de ma bouche comme une explosion atomique :

- Il m'a mis en colère ! hurlé-je.

- Ce n'est pas une raison pour lui sauter à la gorge !

- Ce n'est pas seulement maintenant ! C'est depuis toujours ! Il a juste fait déborder le vase, c'est tout ! J'en ai marre de passer pour un numéro comique ! J'en ai eu assez, voilà tout !

- Eh bien là, crois-moi, on va te respecter, dit-il et soudainement, il se met à rire.

- Arrête de rigoler !

- Et toi, respire un peu, OK ? dit-il gentiment et ses mains montent jusqu'à mes épaules.

Je me rends compte que je respire bruyamment. Mon cœur bat la chamade, je suis à court d'oxygène et ma poitrine me fait mal. Mon arcade, aussi. C'est d'ailleurs là que mes sensations me reviennent et je prends conscience de quelque chose de chaud qui coule le long de ma joue. Naruto dépose deux doigts délicats sur ma blessure.

- Tu vas avoir un de ces bleus… dit-il en se mordillant la lèvre.

- Eh bien, cet imbécile sera dans un état bien pire.

Il me regarde et ses lèvres se changent en sourire très large. Puis il éclate de rire à nouveau. Un rire sincère. Innocent. Pur. Il rigole devant moi, mais ce n'est pas de la moquerie. Il est juste vraiment amusé.

- Quoi ? fais-je aussitôt, vexé et agacé.

- Tu es incroyable, Sasu. Juste incroyable. Il n'y en a pas deux comme toi. Vraiment.

Je veux répliquer, ajouter quelque chose, mais on m'en empêche. En fait, c'est Naruto qui m'en empêche. Parce qu'il m'embrasse. Cet idiot ose me faire taire ! J'essaie de me débattre, car je n'ai pas fini, mais la colère se dissolve dans mon corps comme quelques grains de sel dans un grand verre d'eau. Je me détends contre le mur et fonds totalement dans ses bras. Il m'embrasse doucement, tendrement. Je me fiche complètement que quelqu'un puisse entrer dans le vestiaire et nous voir. Je m'en fiche tant. Mes yeux se ferment et je divague dans un monde meilleur.

- C'était génial, au fait, murmure-t-il quand il s'arrête - et j'ouvre les yeux avec un délai de quelques longues secondes. Tu as juste… pris ta place. Comme ça. Tu as revendiqué ta place, qui tu es, tu les as obligés à te respecter, par la force, puisqu'ils n'ont jamais voulu le faire quand tu le leur demandais gentiment. J'aimerais être aussi fort que toi, Sasuke.

- C'est ainsi que tu l'as interprété ? Naruto, j'ai… sauté comme un fou furieux et déclenché une bagarre. Ça me coûtera très cher, d'ailleurs, j'en suis sûr…

- C'était plus que ça, Sasuke, s'exclame-t-il en me prenant le visage entre ses deux mains. Kiba, il t'a dit un truc, non ? Et il a fait déborder le vase, comme tu as dit. Tu ne pouvais plus le supporter. J'ai raison ?

Je réfléchis et ne peux trouver un seul inconvénient à son explication. Il a vu à travers moi. Il a tout vu.

- Oui, c'est ça, dis-je dans un souffle.

- Alors c'est ce que je disais. Tu t'es fait entendre. C'est ce dont Kiba avait besoin pour finalement te respecter, faut croire. Et cette droite que tu lui as envoyée, c'était de toute beauté.

Le coin de mes lèvres se relève et je souris.

J'espère qu'il aura un impressionnant - non, un spectaculaire - coquard en plein visage. Ça lui apprendra !

- Désolé, au fait… j'ai vraiment foutu le bordel, c'est fichu pour cette partie…

- Sasuke, m'interrompt-il.

Il me regarde droit dans les yeux sans crainte quand il m'avoue :

- Sors avec moi.


J'ai droit à un sermon qui fera sûrement son chemin dans l'histoire quand je rentre chez moi ce soir-là. Ma mère est devenue plus folle encore que moi sur la patinoire tout à l'heure. Je suis assis à la table de cuisine, les bras croisés tandis qu'elle me crie que ce ne sont pas des façons, que ça ne se fait pas, que j'aurais pu me blesser sérieusement, ou alors que j'aurais pu blesser gravement ce garçon que j'ai frappé, que toute l'équipe a payé pour mes actes irréfléchis. Mon frère se retient de rire derrière elle, et je le fusille des yeux. Mon père est derrière également, appuyé sur le comptoir les bras croisés. Son air est sérieux, impassible. Je me demande ce qu'il pense de mon petit numéro… Était-il assez viril à son goût ?

Je souris en y repensant. J'ai vraiment agi sur le coup de l'émotion. Kiba m'insupportait. Ses petits commentaires, ses moqueries incessantes. Je ne suis pas une bête de foire, il fallait qu'il comprenne que je suis un être humain au même niveau que lui et que j'ai droit d'obtenir le même respect. Je ne le déteste même pas, c'est bien le pire. Et à bien y penser, nous nous ressemblons tellement, lui et moi. La seule chose qui nous différencie, à part notre orientation, c'est qu'il préfère le hockey là où je préfère le patin artistique. Qu'est-ce qui nous change vraiment ? On est que deux gamins du même lycée qui aspire à un rêve bien précis.

Suigetsu a été très fier de moi. Il m'a tapé l'épaule en me félicitant et en riant. La scène avait été géniale, selon lui. Bon, beaucoup de joueurs nous ont trouvés pathétique, la patinoire s'est transformé en zoo sauvage pendant quelques minutes, mais tout le monde y a trouvé son compte et ça s'est terminé en fous rires. Le soulagement m'a calmé et la déclaration de Naruto m'a rendu terriblement heureux. « Sors avec moi », a-t-il simplement dit, juste avant que le coach n'entre dans le vestiaire pour nous réquisitionner. Cinq minutes de pénalité de chaque côté, et un renvoi du match pour moi. J'ai également récolté une suspension pour deux matchs et une retenue après l'école lundi prochain. Avec tout ça, j'en ai presque oublié la soirée pour la Saint-Valentin vendredi soir - et que désormais, j'ai quelqu'un, officiellement…

- Sasuke, tu m'écoutes ? se fâche ma mère.

J'ai un sourire idiot sur le visage. Mince ! Ma mère me sermonne et moi je pense à Naruto. J'ai vraiment tout faux aujourd'hui.

Je me redresse et hoche la tête.

- Oui, oui.

Elle me regarde sévèrement, puis soupire. Elle s'approche et touche du bout des doigts ma blessure à l'arcade sur laquelle j'ai mis un pansement plus tôt. Je siffle de douleur, mais ne lâche aucun véritable son. Ma mère sourit tendrement.

- Toi, soupire-t-elle. Tu fais pousser des cheveux blancs sur ma tête !

Elle m'enlace ensuite et m'embrasse sur le front. Elle sort de la cuisine en roulant des yeux devant Itachi qui fait le pitre. Je tourne la tête vers mon père qui fixe le vide les sourcils froncés. Ma mère l'appelle ensuite et il disparaît de la pièce sans m'accorder un regard. Il a l'air dans ses pensées… Je voudrais tant qu'il me sermonne lui aussi, qu'il me dise qu'il est fier de moi, mais rien.

Je baisse la tête, prêt à déprimer, mais mon frère change mes plans. Dès que mes parents sont hors de la maison, sûrement partis faire quelques courses, il bondit sur place et vient me rejoindre. Il s'assoit face à moi en étant aussi bruyant et délicat qu'un ouragan.

- Mais qu'est-ce qui va pas dans ta petite tête ? Agresser un de tes coéquipiers comme ça ! s'exclame-t-il même si son ton n'est absolument pas celui d'un reproche. Il est juste tellement diverti par ma nouvelle personnalité.

Je roule des yeux.

- Il m'a mis en colère, dis-je, la même chose que j'ai dit à Naruto. Il n'arrête pas de se moquer de moi à l'école, dans l'équipe, tout le temps, sans arrêt. J'en ai eu assez, c'est tout.

Il sourit.

- Et alors ?

- Quoi et alors ? fais-je en connaissant très bien ce petit air.

Il me bouscule l'épaule amicalement, un sourire en coin.

- Toi et le p'tit blond de ton équipe ! murmure-t-il.

Je me mets à rougir soudainement.

- Comment tu le sais hein ?

- Sasu… Y a qu'à voir comment vous vous regardez tous les deux. C'est clair comme de l'eau de roche.

Je baisse les yeux et repense à lui. J'ai envie de le voir. Tout de suite.

- Ouais… dis-je.

- Hm ? fait mon frère sans comprendre.

- Oui, c'est officiel, dis-je. Enfin, je crois. Il a dit vouloir sortir avec moi.

- Content pour toi, me dit Itachi, son sourire moqueur disparu pour laisser place à un sourire plus sincère. Mais que va dire papa ?

- Je me fiche de ce qu'il dit. Tu as bien une copine toi. Quelle différence ça fait ?

- Tu as raison. Je suis fier de toi, p'tit frère, me dit-il ensuite en m'ébouriffant les cheveux.

Puis il se lève sans me laisser le temps de comprendre ses mots.

- Ce n'est pas que je veux te laisser tout seul dans cette grande maison, mais j'ai une copine à aller voir !

Je lui souris gentiment et il disparaît quelques longues minutes à l'étage. Quand il descend, il m'explique rapidement qu'il l'emmène au restaurant, que c'est exactement leur troisième sortie ensembles. Il me dit, moqueur, de ne pas faire de bêtises et surtout de lui préparer une collation pour quand il rentrera - requête à laquelle je réponds par un « Rêve toujours ! » et il éclate de rire avant de sortir sous la neige.

En revenant vers le salon, où j'avais l'intention de me jeter sur le canapé et passer la soirée à regarder la télé, un déclic se fait dans ma tête. Le cœur battant, je file à l'étage pour récupérer mon portable. Je cherche le numéro de Naruto et l'appelle ensuite en retournant m'étaler sur le canapé. Il répond à la quatrième sonnerie.

- Hey ! fait-il, joyeusement.

- Quoi ? dis-je en souriant doucement. Pourquoi es-tu si… de bonne humeur ?

- Pour rien. J'ai juste… vu ton nom sur l'afficheur.

- Arrête ça, on dirait un mauvais film romantique, marmonné-je.

- J'y peux rien si tu me rends heureux, répond-t-il, franchement.

Je reste silencieux, mon cœur battant la chamade comme à son habitude depuis des semaines. C'est arrivé si vite. Avec le recul je me rends compte que ça ne fait que quelques semaines que Naruto et moi nous sommes rapprochés. Je n'aurais jamais cru pouvoir tomber amoureux de lui, lui que je détestais tant avant. En apprenant à le connaître, j'ai été séduit par sa personnalité, par sa tendresse, par son bon cœur et par sa force. Celle de ne jamais avoir abandonné son rêve malgré les difficultés et les dures épreuves que la vie a mis sur son chemin.

- Tu m'appelais pour entendre ma voix, c'est tout ? demande-t-il après un moment.

- Non, idiot. J'ai juste…

Je m'arrête et mon regard se perd sur la pendule accrochée au mur juste au-dessus de la télé. Ma main glisse à mes côtés et j'attrape la télécommande, tout en me mordillant la lèvre du bas. Je ne sais pas pourquoi, mais mon cœur se met soudain à danser la samba.

J'hésite beaucoup, Naruto doit sûrement le sentir…

- Eh bien, tu as perdu ta voix ? dit-il, moqueur.

- Non… dis-je, souriant. Est-ce que tu voudrais… venir ? Maintenant ?

- Chez toi ?

- Il n'y a personne, je suis tout seul, ajouté-je bêtement.

Et je me frappe le front par la suite, réalisant ma phrase et comment elle sonne. Je me sens rougir soudainement, mais qu'est-ce que je suis con ! Il va sûrement aller s'imaginer pleins de choses…

- J-Je veux dire que je m'ennuie et on pourrait… parler ou… faire quelque chose, des jeux vidéos, ou autre…

Je m'arrête en me rendant compte que je ne fais que m'enfoncer. Je dois ressembler à une tomate.

J'entends le rire de Naruto au bout du fil. Son rire doux, sincère, celui que j'aime entendre et qui me donne des frissons.

- J'ai compris, ça va, s'esclaffe-t-il. Tu me donnes vingt minutes ?

C'est le temps qu'il faut entre sa maison et la mienne.

- OK, soufflé-je, ma main moite autour du combiné.

- À toute.

Je raccroche et reste assis là, devant la télé que je n'ai pas allumé. La télécommande est pourtant dans mon autre main, mais je l'ai sûrement prise seulement par nervosité, pour m'occuper la main, plus que par envie de regarder une émission quelconque.

Naruto chez moi, tout seul. Je me sens si nerveux, si stressé, la même sensation qui m'a envahie l'autre soir, avant de me rendre compte que je n'avais pas ma clé et que je ne pourrais pas rentrer. M'imaginer avec lui, seuls. À ce moment-là, nous n'étions pas encore… Et aujourd'hui, nous sommes ensembles, officiellement. Du moins, je le crois.

C'est alors que je me souviens que je n'ai pas réellement répondu à sa requête. Lui m'a demandé de sortir avec lui, moi je n'ai rien dit. C'est vrai que Kakashi est entré par la suite et nous a ramenés à l'extérieur. Après la partie, je n'ai pas non plus eu le temps de placer deux mots à Naruto que mes parents m'ont traîné (j'exagère à peine en disant qu'il s'en est fallu de peu à ma mère de me tirer par les oreilles) à la maison, après avoir été faire quelques courses - auxquelles j'ai été contraint de suivre.

C'est mon père qui a cuisiné le souper pendant que ma mère préparait son sermon. J'ai été obligé de rester assis sur le canapé, télé éteinte bien sûr, pour « réfléchir » à mes actes, selon ma mère. Facile et surtout très divertissant de subir sa peine avec un frère qui rigole à ses côtés. Il a beau étudier en droits et avoir beaucoup de travaux, il se relaxe beaucoup de cette façon. Je suis sa pilule anti stress faut croire. Mais j'ai beau parler, j'adore mon frère. Il est toujours là pour moi même si c'est pas facile avec ses cours. Je ne lui ai pas beaucoup parlé au sujet du patin artistique, que j'avais continué malgré tout durant les quelques dernières années. Mais je sais qu'il m'encouragerait.

Alors voilà, Naruto sera là dans quelques minutes, et que fera-t-on ? Je ne sais pas du tout ce que font deux personnes quand elles décident de sortir ensembles. Je n'ai jamais eu de petite amie, ni de petit ami, ni rien qui ressemble à ce genre de relation. Je ne suis pas bon avec les gens, tout court. C'est différent avec Karin. Je la connais depuis aussi longtemps que je peux me rappeler, et ç'a toujours été naturel avec elle, nous étions comme deux jumeaux depuis tout petits, agissant de pair, meilleurs amis depuis toujours. Suigetsu s'est joint à nous et il fait le social pour deux. Juugo est plus réservé, mais c'est pour ça qu'on s'entend si bien aussi. On se comprend sans avoir à parler. Et puis, que dit-on à son petit ami ? Est-ce que l'on continue à se parler comme avant ? Je ne sais rien de l'amour, mais ça doit, sans doute, partir sur une base d'amitié ? Je me sens si nerveux. Je me rappelle nos baisers, dans sa chambre, l'autre soir.

Peut-être va-t-il encore m'embrasser… L'excitation m'envahit parce que j'ai adoré ce contact avec lui. Mais elle est mixée avec une certaine angoisse et le tout me rend… presque malade.

Quand la sonnette retentit, je bondis sur le canapé et cours jusqu'à la porte.

Il est là, avec son bonnet sur la tête et une jolie écharpe autour du cou. Un peu de neige dessus, ainsi que sur ses épaules. Je regarde derrière lui et aperçois les flocons qui tombent avec lenteur. Je ramène mon regard sur les yeux bleus face à moi. Un sourire naît sur mes lèvres, et Naruto m'imite aussitôt. Il est mignon, avec ses joues roses dû au froid.

- Salut.

- Hey, dit-il.

Je le laisse entrer, et il enlève manteaux, bottes et bonnet. Déjà frigorifié, je m'empresse de refermer la porte, après avoir laissé trop longtemps le courant d'air s'infiltrer dans ma maison. C'est la première fois qu'il vient chez moi, et un doux sourire s'affiche sur son visage alors qu'il fait quelques pas vers le salon. En simple chaussettes, débarrassé de ses lourds vêtements d'hiver, il a une allure assez… belle. Je le dévisage de haut en bas, avec intérêt. Il porte un pantalon noir plutôt classe et un gilet à longues manches de la même couleur que son écharpe : un rouge sombre.

Je le suis alors qu'il touche le sofa d'une main.

- On peut… On peut s'assoir, tu sais, dis-je. Tu veux à boire ?

Mais pourquoi je suis aussi gêné ? On ne va pas recommencer avec les conversations emplies de malaises stupides et qui ne mènent à rien ! Il me regarde.

- Oui, je veux bien. Un verre d'eau, ça suffira.

- C'est noté.

Je me réfugie à la cuisine comme une effarouchée et verse de l'eau dans un verre directement de l'évier. Je réagis comme une fillette… Je suis si nerveux, mes mains tremblent alors que je retourne au salon. Ce n'est pas comme s'il allait me violer ou quoique ce soit.

Et stupidement, je me mets à angoisser à ce sujet : le sexe. Et cela répond à une autre question que je me suis posée un peu plus tôt. Que font deux personnes qui sont ensembles ? Je m'assois, droit comme un piquet sur le canapé, luttant pour avoir une apparence détachée et surtout impassible. Je souris alors qu'il me dit merci et boit une grande gorgée. Je le regarde, sentant soudainement mon cœur s'emballer. N'empêche, il est… vraiment beau.

Puis, oubliant ma nervosité pour un moment, les mots trouvent leur chemin naturellement jusqu'à mes lèvres.

- Je voulais te dire que je veux bien, moi aussi.

Il fronce les sourcils, reposant le verre à moitié vide sur la table du salon.

- Je veux bien sortir avec toi, dis-je.

- C'est super, répond-t-il.

Pendant un instant, je me dis que rien ne change véritablement des moments que l'on a passés ensembles avant d'être « officiellement » un couple. Alors que le mot « couple » fait son chemin dans mon esprit, me donnant des frissons, faisant aller des petits papillons dans mon estomac, je réalise que, non, en fait, ce n'est plus pareil. Naruto s'approche, son corps venant se coller à la chaleur du mien. Mes yeux se ferment d'eux-mêmes alors qu'il se penche et m'embrasse tendrement.

Le baiser est différent… en même temps d'être le même. La même excitation et curiosité nous habite, chacun voulant explorer un peu plus ce nouvel acte que nous découvrons à deux. Mais cette fois-ci, la surprise de la première fois a laissé la place à de délicieuses sensations, celles de la certitude, de l'appartenance, et de l'amour qui naît, doucement, en nous. Les petits papillons sont partout en moi, je me sens engourdi, des fourmis dans les jambes, les bras. Et je me sens bien. La nervosité descend en chute libre, disparaissant comme si elle n'était jamais venue. Je me détends complètement contre Naruto, qui glisse une main sur ma mâchoire, deux doigts allant même déranger mes mèches de cheveux.

Je ne sais pas si c'est le stress qui s'évapore et le désir qui empiète, mais je suis déjà à bout de souffle, à la recherche de mon oxygène. Je m'écarte le premier, un sourire niais sur mon visage.

- C'est… nouveau, pardon, bafouillé-je.

- Je ne suis pas exactement sûr de comment procéder non plus, avoue-t-il.

- On pourrait juste commencer par… passer du temps ensembles. Faire… des trucs…

Mais qu'est-ce que je raconte ?

Je me frappe le front.

- Je… Enfin ! Je veux dire… trouver un truc à faire…

Naruto éclate de rire et la tension se brise aussitôt. Je me détends à nouveau, plongeant dans son regard.

- T'inquiète, j'ai compris, me rassure-t-il.

Je souris.

- Je suis bête. Et nul pour ce genre de chose…

- Tu t'en sors pas mal, me réconforte-t-il. Tu es génial. J'adore être à tes côtés. Hum. Sasuke… ça va te sembler bizarre, mais… Alors que j'étais pourtant celui à te ridiculiser, à te faire la vie dure et tout ça… Je t'admire énormément. Et être avec toi me rend plus fort. Ça me fait du bien.

Je ne sais pas quoi dire. Sa déclaration m'a pris au dépourvu, mais ses mots m'ont fait bien plaisir. Même si je ne comprends pas. Moi ? Il m'admire, moi ?

- Merci… ? murmuré-je.

- Tu es si simple d'esprit, dit-il en glissant un doigt le long de mon visage, l'entourant lentement puis il passe une mèche derrière mon oreille, le tout sans jamais me lâcher des yeux.

Est-ce possible de tomber encore plus pour lui ? Chaque minute qui passe semble renforcer mes sentiments…

- Tu es pur. Tu fais les choses comme tu le veux. Tu ne te demandes pas si c'est bien ou mal, tu les fais, c'est tout. Tu poursuis tes rêves, malgré les difficultés. Je ne t'ai jamais vu te morfondre sur ton sort, tu continues simplement et même si tu dois te tenir tout seul pour tes résolutions, tu te tiens. Et tant pis pour les autres. J'aimerais pouvoir être comme toi. Balayer du revers de la main ce qui me fait du mal et devenir plus fort grâce à ça, grâce aux blessures…

Je suis réduit au silence. Il se penche un peu plus et je comprends le principe d'intimité. Il est dans la mienne. Il est dans ma bulle, dans mon espace, il l'emplit entièrement et je m'en fiche. Au contraire : je veux qu'il soit encore plus près. Je veux l'inviter vers moi de tout mon être. Son odeur me possède soudainement si fort que je me retiens de me jeter dans ses bras pour l'inspirer à plein nez.

Je reste là, immobile, l'air béat et idiot alors qu'il continue.

- J'aurais cru qu'avec tout ce qu'on te fait, toutes les moqueries… tu finirais par te briser, par être détruit, mais non. Tu es plus fort chaque jour. Et je veux te protéger de ce que j'ai pu vivre dans le passé, te protéger pour que tu puisses continuer à vivre comme si rien ne t'atteignait. Et te voir heureux… Je veux te protéger mais en même temps j'ai l'impression que je n'ai pas besoin de le faire. Tu le fais très bien tout seul.

C'est vrai que les moqueries de Kiba et des autres gars de l'équipe me passent au-dessus de la tête. Ils ne m'ont jamais blessé. Kiba est un idiot et ne peut pas m'atteindre. Je suis immunisé parce que je me fous de lui. Naruto a raison.

Mais sur un autre point, il a tort. Il n'y a pas rien qui m'atteint. Je ne suis pas invincible et j'ai bien une faiblesse. Il y en a une seule. Une personne.

- Tu es le seul capable de me blesser, dis-je dans un tout petit murmure.

Sur le canapé, ma main a rejoint la sienne, sans même que je m'en rende compte. Je ne peux pas quitter les yeux du blond, je n'y arrive pas. Mais je peux sentir son toucher, ses doigts qui s'emmêlent avec les miens - ou bien est-ce les miens qui ont initié le contact ?

Naruto comprend ce que je veux dire. Je suis amoureux de lui. Je me suis ouvert à lui, il sait mes sentiments, il me connaît maintenant, plus que je ne le voudrais (son discours vient juste de me le prouver). Il a une arme contre moi qu'il tient dans sa main. Je suis vulnérable. Il est celui à posséder la capacité de me blesser sérieusement. Et il en est conscient.

Il m'embrasse le front avant de dire, tout bas :

- Je sais.

- Je t'aime, tu sais.

- Je crois que moi aussi.

- Tu crois ? dis-je, un sourire en coin.

- Peut-être que tu devrais m'embrasser pour que j'en sois sûr, me taquine-t-il.

Et je l'embrasse, passant mes bras autour de son cou et nos corps se rencontrent, nos torses se pressant l'un sur l'autre. Je sens ses mains se poser sur mon dos, me tenant collé contre lui et je m'entends penser tout haut que je ferais ça tous les jours avec lui. L'embrasser est réellement addictif, je pourrais sérieusement devenir dépendant.

- Mais sérieusement, dit-il en s'écartant après un moment dont il me serait impossible de calculer la durée. Pourquoi m'as-tu appelé ? Tu te sentais seul ?

- J'ai besoin d'une raison maintenant ? On est… ensembles, non ?

- C'est vrai, admet-il.

- Mais j'avais pensé en fait que justement… vu qu'on est ensembles, on pourrait… on devrait… sortir. Non ?

- Tu veux dire un rendez-vous ?

- Oui… soufflé-je, soulagé qu'il comprenne mon charabia.

Il sourit, réfléchissant à ma proposition, à ce que ça veut dire. Puis je vois ses yeux revenir vers les miens.

- Bien moi je suis partant, hein. C'est vrai qu'on n'a pas vraiment eu de rendez-vous…

- Les devoirs chez toi et les séances de patinage… on ne peut pas vraiment dire que ça compte.

- Pourquoi pas ? C'est un peu comme ça qu'on s'est rapprochés.

- Es-tu en train de me demander de continuer à faire nos devoirs ensembles ?

- Je suis en train de te dire que je veux passer énormément de temps avec toi. Et comme les cours et nos sports respectifs nous prennent beaucoup de temps alors… Forcément on va se retrouver à faire tout ça ensemble.

- Je n'y vois aucun inconvénient, marmonné-je, comme un robot, les déjà programmés en moi.

Il sourit. Alors que je m'approche pour l'embrasser à nouveau (je vous l'ai dit, je suis obsédé et dépendant maintenant !), il glisse ses deux mains sur mes bras et me garde à distance, délicatement.

- J'ai une idée pour un rendez-vous.

J'attends en silence. Voyant que je l'écoute, il continue :

- Vendredi. La soirée organisée pour la Saint-Valentin…

- Mais… Tu veux qu'on s'affiche ?

- Non, dit-il aussitôt, mal à l'aise et je réalise que dans ma voix il y avait un peu d'espoir. Je me mords les lèvres et me rends compte que ses mains ont rejoint les miennes à nouveau.

Il inspire et expire lentement, comme si c'était quelque chose de difficile à me dire.

- Sasuke, je ne crois pas être encore prêt pour ça. Mais on peut y aller… et montrer aux autres, au moins, que tu es mon ami.

- OK, lâché-je. Ça me va. De toute façon, Kiba ne me fera pas chier. J'en suis convaincu.

Il rit.

- Ça, j'en suis convaincu aussi.

- On pourrait y aller avec Karin et Suigetsu et Juugo. Je crois qu'ils seront emballés de te rencontrer… Euh… officiellement, hein. Tu connais déjà Suigetsu, mais pas les deux autres.

- Ce sont des meilleurs amis, non ?

- Oui.

- Ça me ferait plaisir de les rencontrer alors. Donc, pour vendredi, c'est réglé ?

- Oui. Notre premier rendez-vous, dis-je en rougissant malgré moi.

- Ouais, ajoute-t-il, dans le même état que moi et nous nous regardons longuement.

C'est un peu comme dans les livres stupides après tout. On se regarde, yeux dans les yeux, plus amoureux que jamais. Quelque part dans la soirée on finit par s'embrasser de nouveau. Je me retrouve allongé sur le canapé et je me sens naviguer au paradis. Mes mains traînent dans ses cheveux, mes coudes contre ses épaules et nous perdons ensembles la notion du temps. Quand la température monte trop vite et que l'un de nos deux estomacs nous rappelle à la réalité, on s'écarte et on se sourit, complices, avant de rigoler et de nous diriger à la cuisine.

Une ou deux heures. C'est le temps qui s'est écoulé quand, alors que l'on grignote une collation ensembles, mes parents rentrent. Mon cœur loupe un battement et j'espère que je ne rougis pas trop - j'ai l'impression soudaine que les murs ont filmé notre séance de baiser intense sur le sofa et qu'ils vont faire rejouer la scène sans arrêt pour que mes parents le voient. Je me sens à découvert alors que rien ne peut leur faire croire que Naruto est mon petit ami. Il n'y a qu'Itachi qui le sait. Et encore je ne l'ai pas confirmé.

Je lâche sa main - je n'avais pas remarqué que je la tenais encore - et cours à la porte d'entrée. Mon père entre des paquets et je l'aide à tout emmener à la cuisine. Naruto y est toujours installé et me lance un regard doux qui semble me dire « Si tu ne dis rien, je ne dirai rien ». Bizarrement, il me paraît calme et pas nerveux pour deux sous. Alors qu'il a peur de s'afficher, de dire aux gens qu'il est gay. Ce sont mes parents. Et moi-même je ne sais pas comment ils réagiront… Mais Naruto est calme et il est avec moi.

Ma mère arrive derrière mon père et ils sont tous les deux surpris de voir une tête qu'ils ne connaissent pas. Enfin, ils l'ont sûrement vu dans un de nos matchs mais de là à le reconnaître…

- Bonsoir, fait mon père en retirant son manteau.

- Salut, dit Naruto. Euh, je veux dire, bonsoir.

- Tu es dans l'équipe de Sasuke, non ? demande ma mère en s'approchant.

- Oui, répond Naruto poliment.

Je croise alors les yeux noirs de ma mère et je n'arrive pas à mettre mon masque d'impassibilité. Et comme c'est ma mère, eh bien… Elle sait, quoi. Elle me sourit malicieusement derrière mon père, me promettant silencieusement de garder sa langue, du moins jusqu'à ce que j'aie le courage de le dire à mon père.

- Naruto Uzumaki, se présente Naruto alors que mon père s'avance pour lui serrer la main.

- Eh bien Naruto Uzumaki, voudrais-tu quelque chose à boire ? Ça doit être sec ces biscuits là, dit ma mère en s'avançant vers l'armoire pour prendre un verre vide et je me demande pourquoi elle le propose à Naruto si elle va lui servir un verre peu importe sa réponse.

- Oh, merci, c'est gentil.

Mon père pose son manteau sur le dossier d'une chaise et reste là, alors que les sacs remplis de l'épicerie ne demandent qu'à être vidés et rangés. Aucun de mes deux parents ne s'activent. Ma mère complimente le blond et lui sert à boire tandis que mon père reste là… C'est comme s'ils attendaient tous deux ma déclaration. Il n'y a pas une heure, j'étais sur le canapé avec un autre garçon sur moi en train de m'embrasser. Je jette un coup d'œil vers ce même garçon et soudainement ses paroles me reviennent en mémoire.

« Ton père ne fait qu'être ton père. »

Puis…

« J'aurais cru qu'avec tout ce qu'on te fait, toutes les moqueries… tu finirais par te briser, par être détruit, mais non. Tu es plus fort chaque jour. Je veux te protéger mais en même temps j'ai l'impression que je n'ai pas besoin de le faire. »

Peut-être qu'il a raison. Sur ces deux points. À propos de mon père et à propos de moi. Qu'est-ce que ça peut bien me faire que mon père n'accepte pas mon petit ami ? C'est ma vie, pas la sienne. Je saurai m'en remettre, c'est lui que reviendra le regret ou le remord un jour. Mais d'un autre côté, Naruto a raison, mon père n'est pas si mal. Il veut sûrement juste mon bonheur et ma sécurité.

Alors, pris d'un courage soudain, j'avoue :

- Papa, maman, en réalité… Naruto est mon petit ami.

Ma mère n'est pas très surprise. Mon père, par contre, agrandit les yeux un instant, mais pas plus. Il nous regarde, l'air impassible et sérieux. Il est comme moi, difficile de déceler ses sentiments, son opinion. Mais avant que la tempête n'éclate, je plante mon regard dans celui de ma mère. Elle sait déjà. Inutile de lui faire subir cette longue conversation que je sais que j'aurai avec mon père.

- Maman, je voudrais parler avec papa… Peux-tu faire visiter la maison à Naruto pendant ce temps… ?

Elle s'apprête à dire oui, son visage s'illuminant d'un grand sourire, et Naruto se lève de sa place, prêt à obéir docilement. Mais mon père l'en empêche en levant une main en sa direction.

- Non, dit-il. C'est à moi de te parler, Sasuke. Et ton… petit ami (je sens son hésitation à utiliser ce mot et c'est certain qu'il aura besoin de temps pour se faire à l'idée que son fils cadet est gay) peut rester.

- Oui, vous avez une grande discussion qui vous attend, fait ma mère.

Elle s'approche et embrasse la joue de papa. Puis elle nous sourit.

- Je vais aller lire un peu, en attendant. Soyez sages et ne vous criez pas dessus. La communication dans le calme et le respect peut tout régler, ne vous en faites pas, et… Vous rangez l'épicerie, après, d'accord ?

Et elle disparaît à l'étage.

Je me sens nerveux tout d'un coup. Qu'est-ce que mon père va nous dire ? C'est déjà étrange qu'il ne m'ait pas crié dessus comme il l'a fait quand je lui ai dit mon intention de ne jamais abandonner le patin artistique. Et il veut que Naruto reste pour entendre ce qu'il a à me dire. Est-ce que ça doit m'inquiéter ou me rassurer ? Peut-être qu'il veut nous féliciter. Prévenir Naruto de ne pas me faire souffrir. Mais non, ça, c'est dans les livres. Et puis je ne suis pas une fille. Peut-être, alors, veut-il que Naruto reste parce qu'est à lui qu'il veut parler ? Parce que c'est lui qu'il veut renvoyer de chez moi à coups de pieds dans le derrière ?

Non, il ne ferait pas ça…

Naruto se lève quand même et vient me rejoindre. Contre toutes attentes et à ma plus grande surprise, il glisse sa main dans la mienne et enserre mes doigts. Le geste n'échappe pas à mon père qui baisse les yeux vers nos mains enlacées. Il ne laisse rien paraître et relève la tête après avoir lâché un petit soupir.

- Écoute Sasuke, je dois te dire que j'ai été… indigne. Un père indigne, rectifie-t-il. Je suis désolé. Vraiment. Tu as essayé de me parler, de me faire comprendre des choses que tu voulais que je sache, et que je sois fier de toi. Je n'ai pensé qu'à moi en te faisant jouer dans cette équipe depuis que tu es petit. Et ton aveu de l'autre soir… au sujet de ton… orientation.

Je me souviens de la façon avec laquelle je lui avais balancé ça, puis je suis sorti en claquant la porte. Je ferme les yeux en frissonnant et en essayant de chasser ces mauvais souvenirs. Je déteste m'engueuler avec une personne que j'aime…

- Et désolé de m'être emporté contre toi, marmonné-je.

- Je veux simplement que tu saches que je ne souhaite que ton bonheur, Sasuke, dit-il ensuite. Je suis fier de toi-même si tu abandonnes l'équipe. Je suis fier si tu poursuis tes rêves.

- Vraiment ? Donc… je peux patiner ?

- Oui, c'est ce que j'ai dit, confirme mon père en souriant.

Je souris largement à mon tour.

- Merci ! m'écrié-je.

- Quant à vous deux…

Je m'attends au pire, me mordant la lèvre inférieure. Naruto est auprès de moi. Ça me rassure alors que j'attends la suite avec appréhension.

Mon père nous dévisage tous les deux, longuement, comme s'il cherchait ses mots. J'ai, plus que jamais, l'impression dérangeante que les murs sont en train de tout révéler à mon père et je me sens horriblement gêné.

- Je sais ce que tu penses, Sasuke. Avec la façon à laquelle j'ai réagi la dernière fois, tu as sûrement raison de penser ainsi. Mais détrompe-toi tout de suite. Je ne suis pas dégoûté ni énervé par… ça. Tu reste mon enfant et je suis heureux si tu l'es. Et Naruto, fait mon père en tournant la tête vers lui. J'espère avoir tout le temps de te connaître dans un avenir proche.

- Euh, ouais, moi aussi, dit Naruto, aussi bouche-bée que je le suis.

- Alors ça va ? demandé-je. On peut être ensembles ?

- Bien sûr. Mais, écoute-moi jeune homme. Je ne veux pas que ça nuise à tes études. Tu peux évidemment sortir avec ton petit ami mais le couvre-feu tient toujours, tu devras donc être rentré à vingt-trois heures, comme d'habitude. Tes notes, je veux qu'elles soient irréprochables, tu m'as bien entendu ?

Eh voilà. Naruto avait raison. Voilà que mon père se met à être un père ! Et un père chiant. Je fais semblant de bien écouter alors que j'ai en tête qu'une seule chose : mes futurs rendez-vous avec Naruto. Qui seront totalement approuvés par mes parents. Je n'aurai à mentir à personne.

- Oui, oui, dis-je. Je serai parfait.

- Et une dernière chose. Bon, je n'ai pas plus envie que toi de te faire… cette leçon. Mais vous… Vous vous protégez, déclare-t-il enfin, fermement. Compris ?

Mon père est aussi embarrassé que moi après cette phrase. Même s'il se la joue cool et direct, je rougis brusquement. Je ne m'attendais pas à ça…

- Papa ! C'est bon ! O-On a des cours là-dessus au lycée, ça va ! Et puis je ne suis pas stupide.

- Je sais. Je vais rejoindre ta mère. Ne traînez pas trop tard, il y a école demain matin. Oh et rangez-moi ça, d'accord ?

Je roule des yeux à entendre mon père se défiler de la tâche que ma mère lui avait elle-même refilée, mais avant qu'il ne se retourne pour monter rejoindre ma mère, je redeviens un petit garçon et me jette dans ses bras. Étant une copie conforme de mon père au sujet de sentiments, le connaissant parfaitement de ce côté-là, je me serais donc attendu à ce qu'il grogne ou soit hyper embarrassé par cette marque d'affection. Mais il enferme un bras autour de mes épaules et m'ébouriffe les cheveux.

À nouveau, Naruto avait raison.

J'ai de la chance d'avoir encore mes parents avec moi.


Naruto passe me prendre vers 17 h 30. La soirée pour la Saint-Valentin commence vers 18 heures. J'ai passé les deux jours précédents à vivre un petit bonheur avec Naruto. J'ai repassé et repassé dans ma tête ma conversation avec mon père. Il nous accepte. Il ne m'a pas traité de tapette ou de quoique ce soit. Il ne m'a pas jeté dehors. Mon histoire commence peu à peu à prendre la forme d'un de ces livres stupides où tout est rose et beau et parfait. Tout est parfait dans ma vie en ce moment. Je n'ai pas peur de faire ce que j'aime et d'être avec la personne que j'aime. J'ai une famille qui me soutient et j'ai un coach et un jour je serai bel et bien debout sur un podium avec l'or autour du cou. Je le sens.

Le gymnase est décoré grossièrement avec des guirlandes de cœur et il y a du rose partout. C'est à en donner des haut-le-cœur. Naruto ne tient pas ma main parce qu'il n'est pas prêt à s'afficher, pas après les traumatismes qu'il a vécus auparavant et je le comprends. J'accepte ce fait. Et puis, à quoi sert de nous afficher ? Notre bonheur ne regarde personne, et j'aime l'avoir rien que pour moi. Mais ma main n'a pas besoin d'être dans la sienne 24 heures chrono. Naruto l'a dit lui-même, je me tiens très bien tout seul.

Karin est emballée par mon visage rayonnant. Naruto l'adore déjà. Nous nous installons à une table et nous empiffrons de chocolat. La musique n'est pas très entraînante pour le moment alors nous restons là à faire connaissance. Suigetsu connaissait déjà Naruto et si les deux n'ont jamais vraiment échangé auparavant, ils découvrent qu'ils s'entendent étonnamment bien. Juugo reste près de moi et communique avec le blond tout en restant méfiant, mais il finit par se détendre avec lui à force de rencontrer mon regard persistant.

Et il y a Kiba. Je suis installé avec mes amis et Naruto depuis au moins une demi-heure quand il apparaît, avec deux de ses amis. Le trio qui m'a, souvent dans le passé, fait la vie dure. Je les vois arriver et sens mon corps se tendre légèrement, par habitude. Mais en voyant le bleu énorme sur sa mâchoire et les traces de griffures sur ses paupières, je me détends et me force pour retenir le sourire en coin qui me démange. Il s'avance et me fait face.

- Salut.

- Salut, réponds-je.

Naruto est près de moi, il le regarde tout en restant méfiant. Mes amis sont également sur le qui-vive, tous les quatre prêts à me défendre et je ne me suis jamais senti aussi invincible. Personne ne peut me faire de mal. Parce que ces égratignures sur son visage sont de ma signature. Et même si c'est mal, je me sens un peu fier. Pour d'autres raisons que celles qui sont évidentes.

Kiba a l'air d'un chiot perdu qui cherche un endroit où se cacher des grands méchants loups. Il est habillé chic et s'est coiffé un peu. Il me regarde longuement avant de lâcher le morceau.

- Je suis désolé pour toutes les fois où j'ai agi comme un…

- Un imbécile ? Un gros crétin ? Une brute ? énumère Karin.

- C'est bon, ça va, pas la peine d'en rajouter une couche, grommelle Kiba.

Et il revient vers moi.

- Désolé, Sas'ke. T'es un mec bien. Et t'es cool.

Je le regarde et lève un peu le menton face à sa déclaration. J'ai l'impression qu'il en manque encore un peu… Je souris quand il continue :

- Sas'ke, je voudrais que tu m'apprennes tes techniques de patin et le secret de cette droite du tonnerre ! s'exclame-t-il enfin. J'en aurai bien besoin dans l'avenir quand je me battrai !

Mon sourire s'élargit si bien que l'on peut voir mes dents. Il sourit, toujours incertain, et je me lève.

- OK.

- Hm… Amis ? tente-t-il.

Il me présente sa main et je la regarde quelques instants. Je la prends.

- Amis.

- Est-ce que tu vas vraiment quitter l'équipe ?

- L'an prochain, sans doute, dis-je.

- Il faudrait nous montrer une chorégraphie, Uchiha. Un de ces jours. Un vrai numéro monté, avec musique et figures officielles et tout ça. Comme on en voit à la télé.

Je suis étonné de ses paroles. Lui qui n'arrêtait pas de rire de mon sport. Ballerine. Princesse des glaces. Casse-noisette. Et il se trouve qu'en réalité, il en regarde à la télé !

- Ça ne sera pas un problème, dit Naruto. Il a un coach maintenant.

Kiba a l'air surpris en regardant Naruto. Je soupire et lui explique tout, à propos de Kakashi, qui s'est proposé pour me coacher personnellement. Kiba trouve ça « vraiment cool », dit-il, mais s'inquiète pour leur coach. Je le rassure en lui apprenant que Kakashi n'a pas l'intention d'abandonner ni l'équipe ni ma future carrière. Il saura très bien gérer les deux. Enfin, je l'espère…

La musique, qui était sur aléatoire depuis le début de la soirée, devient subitement meilleure quand le DJ arrive, celui-ci ayant été retardé dans la circulation. Karin sautille sur place, faisant balancer ses boucles d'oreilles, disant qu'elle adore cette chanson. Elle traîne de force Suigetsu vers la piste de danse - qui ne rechigne pas pour autant, depuis combien de temps, après tout, essaie-t-il de lui voler une danse ? Je les regarde partir en souriant. Juugo lance les paris à leur sujet. Kiba rit et Naruto me sourit - tendrement, pour que je sois le seul à le comprendre. On ne peut pas danser ici, mais il me promet un moment rien qu'à nous une fois que l'on sera seuls, dans ma chambre ou dans la sienne.

- Ben alors, les gars ? On passe un bon moment ou pas ? s'écrie Kiba. Allez, allons danser !

Et puis, au diable les « on ne peut pas ». J'attrape la main de Naruto et entraîne de l'autre Juugo. Kiba nous suit avec les deux autres garçons - et leurs prénoms me viennent éventuellement aux oreilles, Shikamaru et Gaara. La musique n'a rien d'un slow où les couples seulement on le droit de s'amuser. Nous lâchons notre fou, question de faire descendre le stress des examens, des matchs, le stress de tout. Naruto. Mon amour pour lui qui est arrivé de nulle part. Ma peur de l'avouer à mes parents. Mon rêve, qui par moments me semble inaccessible et impossible à réaliser. Ma dispute avec mon père qui finalement est plus que réglée. Ma relation extrêmement tendue avec Kiba qui, au final, n'est pas si mal (Naruto, une fois de plus, avait raison). La musique est comme un vent frais et ça me fait du bien de sauter et me lancer dans tous les sens.

Il est loin d'être vingt-trois heures quand Naruto et moi nous parvenons à nous échapper. Nous nous échouons dans sa chambre. Sa tutrice est on ne sait où et on s'en fiche. Naruto, entre quelques fous rires, me propose un verre d'alcool et c'est si idiot, si stupide, si irréfléchi et immature que j'accepte.

Mais on ne saoule pas. On ne prend qu'un verre, et le liquide brûlant nous rend juste un peu plus détendu et plus heureux. On danse dans son salon et on joue à des jeux vidéos. On fait semblant de patiner sur la table basse installée près du sofa. Naruto, à un moment, m'attrape par la taille et me chatouille. On se bataille avec des oreillers et on continue à être de beaux idiots pendant plus de deux heures avant qu'il ne me rappelle l'heure et mon couvre-feu.

Nous sommes dans son lit. On s'est embrassés comme des possédés pendant… je ne sais plus combien de temps. Je regarde mon portable et balance ma tête vers l'arrière, jurant contre ce foutu couvre-feu.

- Demain c'est samedi, qu'est-ce que ça fait… grommelé-je.

- Je te raccompagne ? propose-t-il.

- Non, inutile, dis-je. Tu as bu deux verres toi, tu marches drôlement. Je ne veux pas que tu t'écroules en revenant.

Et je ris devant sa tête.

Je l'embrasse sur le bout des lèvres et prends mon manteau, m'extirpant de ses bras et de sa chaleur bien malgré moi.

Quand je rentre chez moi, ce soir-là, étrangement, je repense à notre séance de baiser intensif sur son lit. Ses mains baladeuses. Les miennes qui l'étaient tout autant. Nos lèvres qui en cherchaient un peu plus, à chaque contact chaud. Comme la première fois, quelque chose nous a fait arrêter. Mais aujourd'hui, la réponse me vient d'elle-même. Je sais exactement jusqu'où nous aurions été si rien ne nous avait stoppé.

Je m'endors le sourire aux lèvres et je rêve d'une patinoire. Je patine avec joie, le cœur léger. J'ai une écharpe autour du cou. Je n'ai pas de couvre-feu. Le ciel peut être bleu pâle, ou bleu foncé, avec des étoiles ou un soleil. J'y passerai ma vie. Quand je me penche, je vois mon reflet dans la surface de porcelaine. Je me vois, grand et fier. Un ruban m'entoure la nuque et un grand médaillon en or brille contre mon torse. Je salue la foule. Non, Naruto n'est pas à mes côtés. Il est peut-être à l'autre bout du monde, dans la ville où il joue. Il est dans la grosse ligue de professionnels. Il est l'un des meilleurs de sa génération.

Non, ce n'est pas là que mon histoire se termine.

C'est à peine le début.


FIN.