La nuit tombait sur la capitale Irlandaise. Je jetai un coup d'œil à ma montre alors que je baissais le rideau du magasin. La journée avait été très fructueuse avec la séance de dédicace de l'après-midi.
La librairie avait du succès et le propriétaire m'avait plusieurs fois félicité pour la qualité de mon travail. J'en étais très fier. J'avais travaillé dur depuis l'ouverture du magasin, trois années auparavant, pour arriver à ce résultat.
Mes premiers mois en Irlande n'avait pourtant pas été facile. Dans ma hâte de fuir, j'avais omis un détail important. Je me retrouvais seul les nuits de pleine lune. La première lune après mon arrivée à Cork avait été dévastatrice. Sans la présence de mes amis, je n'avais pas eu d'autres choix que d'enfermer le loup dans la grange derrière le petit cottage que j'habitais. Seul et enfermé, il s'était déchainé toute la nuit, se mordant et se jetant contre les murs sans retenue. Il n'avait pas été aussi violent depuis ma cinquième année à Hogwarts et la dernière lune passée sans les maraudeurs.
Le lendemain, je m'étais réveillé le corps en sang, parvenant tout juste à me lever pour regagner la maison. Il m'avait fallu trois jours pour récupérer et revenir à la librairie avec un visage décent. Mon patron avait heureusement été très compréhensif quand je lui avais expliqué qu'une grippe m'avait retenu au lit. Je ne pouvais pas lui parler du monstre que j'étais. Les lycanthropes étaient rejetés dans le monde des sorciers mais dans celui des moldus, ils relevaient du mythe. Mister Barnes m'aurait pris pour un fou si je lui avais révélé ma vraie nature. Depuis mon arrivée, je n'avais recours à la magie qu'en de très rares occasions. Ayant été élevé par une mère non sorcière, je n'avais aucune difficulté à vivre comme un moldu.
Les pleines lunes suivantes furent aussi sanglantes et sans l'aide du professeur Dumbledore, je n'aurais certainement pas pu garder mon emploi.
Un soir alors que je rentrais de la librairie, j'eus la surprise de retrouver mon ancien directeur devant la porte de ma modeste maison. Il voulait prendre de mes nouvelles et avait également une grande découverte à me faire partager.
Pendant que nous prenions le thé, il me parla d'une nouvelle potion, découverte récemment et destinée aux lycanthropes. Prise quelques jours avant la pleine lune, cette potion permettait de garder le contrôle de son esprit durant la transformation. Et grâce à cette avancée révolutionnaire, les nuits de pleines lunes ne demeurèrent plus un problème. La transformation gardait certes son aspect douloureux mais il me suffisait de rester sagement dans la grange en attendant le coucher de la lune. Je ne me mutilais plus et le lendemain, à l'exception des courbatures dues à la métamorphose, je me sentais mieux et pouvais me rendre à mon travail.
Le professeur Dumbledore me faisait chaque mois parvenir cette potion et ainsi mon fardeau s'en retrouvait allégé et je me plongeais sans relâche dans mon travail.
Le propriétaire de la boutique ne tarda pas à récompenser mes efforts en me proposant la direction de la librairie qu'il devait ouvrir à Dublin et c'est ainsi que j'avais aménagé dans la capitale.
En passant devant la boulangerie, je fis un petit signe de la main pour saluer Emily. Elle était pour moi une véritable amie. A mon arrivée à Dublin, nous avions rapidement sympathisé, nos deux magasins se faisant face.
Nous étions sortis ensemble quelques mois avant que je ne mette fin à notre relation pour ne pas lui donner de faux espoirs. Je ne voulais pas qu'elle s'attache à moi alors que je ne pourrais jamais l'aimer en retour.
Depuis nous étions devenus d'excellents amis. Emily m'avait confié peu de temps après notre rupture qu'elle avait toujours su que mon cœur était déjà pris mais qu'elle avait essayé en vain d'avoir son affection retourné.
Ce soir-là, je mettais confié à elle. Je lui avais parlé de Sirius, de cet amour impossible que je nourrissais, des raisons pour lesquelles j'avais quitté l'Angleterre en omettant évidemment tout ce qui avait attrait à la magie. Emily m'avait écouté sans m'interrompre et à la fin de ma confession alors que je fondais en larmes, elle m'avait serré dans ses bras et bercé comme l'aurait fait une mère.
Cinq ans s'étaient écoulés depuis ma fuite et mes sentiments étaient toujours aussi fort.
Je franchis la porte de mon immeuble situé à quelques rues seulement de la boutique quand une odeur familière chatouilla mes narines. A mesure que je montais les escaliers pour rejoindre mon appartement situé au second, elle se faisait plus forte. Je connaissais ce parfum mais pourtant c'était impossible. Mon cœur se serra à cette pensée.
Je franchis les dernières marches, les sens en alerte. L'odeur emplissait tout l'étage et me replongeait des années en arrière. Je ne pouvais y croire. Et pourtant, mes sens de loup garou ne pouvaient me tromper.
Chaque être humain a une odeur qui lui est propre, évidemment un humain ne le remarque pas mais par ma condition de lycanthrope je pouvais suivre une personne grâce à mon odorat.
Mais si je ne me trompais pas, que pouvait-il bien faire ici ?
J'arrivai à mon étage et me figeai quand je découvris une silhouette sur le pas de ma porte. Mon cœur s'emballa. C'était lui. Comment était-ce possible ?
Ma première envie était de me jeter dans ses bras mais je ne pouvais pas. Que devais-je faire ? Comment réagir quand l'homme que vous aimez et que vous n'avez pas revu depuis cinq ans se trouve sur votre paillasson ?
J'avançai à petit pas, retardant le moment où nous nous ferions face après tant d'années. Tant de questions se bousculaient dans ma tête et tant d'émotions me submergeaient.
- Bonjour Remus, me salua Sirius alors que j'arrivais devant ma porte. Ça fait longtemps.
Je posai mon regard sur mon ami, n'osant toujours pas y croire. Sirius était là face à moi. Il était comme dans mon souvenir. Les mêmes yeux océans dans lesquels j'aimais m'y noyer, les petites mèches de cheveux noirs qui lui tombaient devant les yeux, le même sourire pour lequel j'étais prêt à me damner. Je remarquai sous son T-shirt qu'il avait cependant développé sa musculature et que son visage était plus adulte. La petite barbe naissante lui donnait un air des plus rebelles. Il était si beau. J'aurais pu rester là à le regarder pendant des heures.
- Bonjour Sirius, réussis-je finalement à dire en me soustrayant à ma contemplation.
- Je suis content de te revoir Moony, me sourit-il.
Je n'avais pas entendu ce surnom depuis si longtemps que je sentis mon cœur se réchauffer. C'était si bon de l'entendre de la bouche de Sirius.
Je le regardai de nouveau sans savoir quoi dire. Mais que pouvais-je bien lui dire. J'avais fui car mon amour pour lui m'anéantissait un peu plus chaque jour. J'étais évidemment heureux de le revoir mais rien ne changeait.
- Tu ne dis rien, s'étonna-t-il de mon mutisme.
- Je .. je suis juste surpris, articulais-je difficilement. Je ne m'attendais pas à te voir.
- Normal, vu que tu ne m'as jamais donné ton adresse.
Je le regardai surpris. J'avais coupé tout contact avec les maraudeurs à mon arrivée en Irlande. Ça avait été très dur pour moi de me séparer de mes amis mais il le fallait.
- Heureusement, j'ai fini par convaincre Lily de me la donner, m'expliqua Sirius.
En effet, Lily était la seule avec qui je correspondais. Elle connaissait les raisons de ma fuite et avait tenté à plusieurs reprises de me faire revenir sur ma décision. Mais je ne pouvais pas. Elle me donnait des nouvelles de sa famille et c'est ainsi que j'avais appris la naissance du petit Harry. D'un commun accord, nous ne parlions pas de Sirius dans nos lettres. Je ne voulais aucune nouvelle de mon ami. Il était heureux avec Hélène et je n'avais pas besoin d'en savoir plus.
Je réalisai alors que nous étions là, l'un en face de l'autre depuis dix bonnes minutes. Je sortis la clé de ma poche et l'introduisis dans la serrure.
- Entre, l'invitai-je.
Nous n'allions pas resté éternellement sur le palier. Nous avions beaucoup de choses à nous dire après tout ce temps mais je ne me sentais pas prêt à commencer.
- J'espère que je ne te dérange pas, me lança Sirius alors que je le faisais entrer dans le salon. Je peux repasser plus tard.
La situation était d'un point de vue extérieur des plus comiques. Sirius et moi étions amis depuis l'âge de onze ans, nous avions partagés tant de choses. Et à présent, cinq ans après notre dernière rencontre, nous nous faisions face, tous deux gênés, ne sachant pas comment se parler. Comment en étions nous arrivé là ?
- Tu ne me déranges absolument pas Sirius, le rassurai-je d'un sourire. Installe-toi, l'invitai-je en lui désignant le canapé. Tu veux quelque chose à boire ?
- Un thé comme toi, me sourit-il alors qu'il prenait place.
- Je vois que tu me connais toujours aussi bien, commentai-je en me rendant à la cuisine pour préparer le thé.
- Tu as l'air en forme, me dit-il quand je lui tendis une tasse.
- En effet, je n'ai pas à me plaindre, rétorquai-je en m'asseyant sur le fauteuil, lui faisant face.
- Je suis content pour toi.
Je portais ma tasse à mes lèvres pour boire une gorgée de ma boisson. Le silence s'installa alors que Sirius savourait lentement son thé. De toute évidence, il était tout aussi mal à l'aise que moi.
- Que fais-tu en Irlande ? Le questionnai-je enfin en posant ma tasse vide sur la table basse.
- Je reviens d'une mission pour le ministère, me répondit-il hésitant. Je suis donc passé te rendre une petite visite avant de rentrer.
Je m'étais une nouvelle fois fait des illusions. Evidemment qu'il était ici pour le travail. Même si j'étais parti sans un mot, ni laisser d'adresse, il n'avait pas cherché à me contacter durant toutes ces années.
- Ton travail se passe bien ?
- James et moi, on forme une bonne équipe, comme toujours, me répondit-il nerveux. Et toi, Lily m'a dit que tu travaillais dans une librairie moldue ?
- C'est exact, lui confirmai-je. Les affaires se passent bien et mon patron est un homme très bien. Et comment va Hélène ?
Je regrettai aussitôt d'avoir posé cette question mais nous ne pouvions pas éviter le sujet éternellement. Sirius était marié et sa femme faisait partie intégrante de sa vie.
- Elle va bien, elle est très prise par son travail au ministère, m'expliqua-t-il le regard baissé.
- Je vois, acquiesçai-je sans savoir quoi dire d'autre.
Je n'avais pas vraiment envie d'avoir des nouvelles de sa femme et j'avais juste posé la question par politesse. J'étais soulagé que Sirius ne parte pas dans un monologue sur ô combien il était heureux avec elle.
- J'ai appris que Dumbledore te fournissait chaque mois de la potion Tue-Loup, déclara Sirius me sortant ainsi de mes pensées. Comment se passe les pleines lunes ?
Je levais le regard vers mon ami, ravi de pouvoir changer de sujet.
- Elles sont bien plus supportables.
- Mais tu souffres encore, me coupa Sirius plongea ses yeux dans les miens.
- La transformation est douloureuse c'est vrai mais je ne me mutile plus et la récupération est plus facile, assurai-je pour apaiser l'inquiétude que je lisais dans son regard.
- Tu arrives à trouver un endroit isolé, me questionna-t-il de nouveau.
Cette conversation me replongeait dans le passé à l'époque où mes amis venaient de découvrir ma lycanthropie. Sirius avait été celui qui m'avait posé le plus de questions. Il voulait tout savoir et avait été horrifié d'apprendre que je m'enfermais dans la cabane hurlante les nuits de pleines lunes. Suite à cette discussion, il avait cherché sans relâche un moyen de m'aider et c'est lui qui avait entrainé les autres pour devenir des animagi.
Des années plus tard, je le sentais toujours aussi concerné par mes problèmes mensuels.
- Il y a une usine désaffectée pas loin d'ici, lui expliquai-je. Je m'y rends avant le coucher du soleil et grâce à la potion je n'ai plus qu'à attendre que la lune se couche. Une bonne douche chaude me permet de détendre mes muscles.
- Mais tu es tout seul, déclara Sirius dans un souffle.
- Je n'ai pas le choix.
- Je suis désolé Remus.
- Tu n'y es pour rien Sirius, le rassurai-je en me levant. Tu veux une autre tasse de thé, lui proposai-je pour couper court à cette conversation pleine de regrets.
- Non, merci, je ne vais pas te déranger plus longtemps, me dit-il, se levant à son tour.
- Tu ne me déranges pas, lui sourit-je, ne voulant pas le voir partir si vite. Tu peux rester pour le diner. Tu ne vas pas refuser un bon repas, ajoutai-je pour l'encourager à rester.
- D'accord, mais je te donne un coup de main, insista-t-il en saisissant les deux verres sur la table basse.
- Pas trop si tu veux qu'on puisse manger quelque chose, rigolai-je le précédent dans la cuisine.
Je lui indiquai l'évier où déposer les verres et entrepris de sortir les ingrédients nécessaires à la confection du repas. Appuyé contre le comptoir, Sirius me regardait tout en inspectant les lieux.
- Tu n'utilises pas la magie, s'étonna-t-il alors que je cassais les œufs dans un plat.
- Pas souvent, admis-je.
- Vivre comme un moldu, c'est bien toi, commenta-t-il en souriant.
Je lui rendis son sourire et m'afférai à préparer le diner. La proximité de Sirius me rendait nerveux mais je devais me ressaisir et ne rien laissé paraitre. Nous étions juste deux amis qui après une séparation de cinq ans cuisinaient ensemble. Enfin, cuisiner, c'était vite dit pour Sirius. Connaissant ses faibles capacités culinaires, je lui donnais des taches simples à réaliser mais c'était tout de même agréable de partager ce moment avec lui. Ça me rappelait les cours de potions où nous étions en binôme.
Après une heure en cuisine et quelques incidents évités de justesse – ne jamais laisser Sirius dans une cuisine avec des appareils moldus – nous nous mettions à table.
L'atmosphère était plus détendue après ces instants de complicité mais un certain malaise demeurait entre nous, qui venait principalement de moi, Sirius n'ayant aucune raison d'être gêné. Il n'était pas celui qui vouait un amour impossible pour son meilleur ami depuis presque dix ans.
- Tu aurais dû voir la tête de Maugrey quand nous sommes rentrés, rigola Sirius qui m'expliquait à quel point James et lui faisait tourner en bourrique leur supérieur.
C'était tellement agréable de l'écouter parler. James et lui étaient toujours aussi proches et Maugrey Fol'œil avait de quoi faire avec une telle équipe. Il me raconta ainsi nombres de leurs missions et arrestations. Je me serais presque cru dans une de ses séries policières que les moldus affectionnaient tant.
Je buvais les paroles de Sirius. Sa voix m'avait tant manqué. Je l'écoutais sans l'interrompre durant tout le repas, riant sans retenue.
- Il serait tant que j'y aille, déclara Sirius alors qu'il m'aidait à débarrasser la table.
- Tu peux rester, m'empressai-je de lui proposer sans réfléchir.
Je venais enfin de retrouver Sirius et je n'avais aucune envie de le voir partir. Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis longtemps.
- Tu peux prendre ma chambre, ajoutai-je.
- Je ne vais pas te déranger Remus, il vaut mieux que je parte.
- Non, l'arrêtai-je d'une voix un peu trop désespérée. Il est tard et tu dois être fatigué.
Je me sentais pathétique d'être là à supplier mon meilleur ami pour ne pas qu'il s'en aille. Mais Sirius désirait rentrer chez lui et retrouver sa femme. Qu'avais-je espéré ?
- D'accord, concéda-t-il alors que je croyais déjà l'avoir perdu. Mais je prends le canapé.
- Mais…
- Il n'y a pas de mais, j'arrive à l'improviste et tu m'héberges, je ne vais pas prendre ton lit, affirma-t-il sur un ton joyeux. Et puis tu oublies mes talents en métamorphose. Je vais faire de ce fauteuil un lit des plus douillets.
Sirius ne s'était pas vanté. Quand je sortis de la salle de bain, je découvris un grand lit à la place de mon vieux canapé.
- Qui c'est le meilleur, gloussa Sirius en désignant le meuble.
- C'est toujours toi, Paddy, lui souris-je en retour.
Le soleil filtrant à travers les rideaux se posa sur mon visage et j'ouvris les yeux. Je m'étirais avant de porter mon regard sur mon radioréveil. Il était temps de se lever, je devais ouvrir le magasin pour dix heures.
Après une bonne douche, j'étais rasé, habillé et prêt pour la journée. En passant dans le salon pour gagner la cuisine, je m'arrêtai. Sirius était là, endormi dans le lit qu'il avait métamorphosé la vieille.
Je restais un moment à contempler le doux visage de mon ami. Une mèche de cheveux lui couvrait une partie du visage. Il était en plein milieu du lit, empêtré dans les draps qui lui arrivaient au niveau de l'abdomen. J'eus ainsi tout le loisir d'admirer son corps bien dessiné. Je ne pouvais résister à cette vue. Pourquoi avait-il fallu qu'il soit si beau ? Sirius était déjà quelqu'un d'exceptionnel avec tant de qualités mais à cela s'ajoutait un physique de rêve. Comment ne pas tomber amoureux de cet apollon ?
Il remua dans son sommeil et craignant d'être pris en flagrant délit de voyeurisme, je m'arrachai bien malgré moi à cette somptueuse vue pour aller préparer le petit déjeuner.
Je finissais de faire griller le pain quand un bâillement se fit entendre dans mon dos. Je me retournai pour découvrir un Sirius débraillé et échevelé dans l'embrassure de la porte, telle une apparition divine.
- Bonjour Moony, me salua-t-il et il couvrit sa bouche, étouffant un nouveau bâillement.
Je restai là immobile, le regard rivé sur lui, subjugué par cette apparition. Comment pouvait-il être aussi beau au réveil ? Quel dieu avais-je contrarié pour subir ce supplice ?
- Remus ! M'interpella-t-il de nouveau me sortant de ma torpeur.
- Bonjour Sirius, le saluai-je enfin, reprenant peu à peu mes esprits en détournant mon regard de ce dieu vivant pour le reporter sur les toasts. Tu as bien dormi ?
- Très bien, me sourit-il.
- J'ai préparé le petit déjeuner, je pense que tu dois être affamé, déclarai-je en lui désignant la table et une chaise.
- Tu me connais trop bien mon Moony, rétorqua-t-il en prenant place. C'est bien pour ça que je t'adore.
La tête dans le réfrigérateur pour sortir le beurre et la confiture, j'étais heureux que Sirius ne puisse pas me voir après cette affirmation. Mais je me repris bien vite car il ne s'agissait que de paroles lancées en l'air, elles n'avaient aucune signification. Sirius m'avait déjà plusieurs fois dit ce genre de chose quand nous étions à Hogwarts.
Posant les derniers aliments sur la table, je pris place face à mon ami et lui servis une tasse de café.
- Tu dois aller travailler ? Me demanda Sirius entre deux bouchées. C'est dommage qu'on ne puisse pas passer plus de temps ensemble, ajouta-t-il avec regret après que la bouche pleine je lui ai répondu d'un signe de tête.
- Dois-tu repartir aujourd'hui ? Le questionnai-je, connaissant d'avance la réponse.
- Pas forcement, confia-t-il après avoir pris une gorgée de café.
A sa réponse, je faillis m'étouffer avec un morceau de toast.
- Mais tu es occupé et je ne voudrais pas te déranger davantage, compléta-t-il avant de vider sa tasse.
Comment pouvait-il croire une telle chose ? Mon cœur s'était de nouveau emballé. Sirius n'avait visiblement aucune obligation de rentrer sous peu à Londres. Cette pensée me réjouit. Il était hors de question que nous nous quittions maintenant alors que nous venions juste de nous retrouver.
- Tu pourrais rester quelques jours ici, lui proposai-je plein d'espoir, demain soir je serais en week-end, j'aurais donc plus de temps à te consacrer. Je pourrais te faire découvrir la ville.
- Je ne voudrais pas abuser de ton hospitalité, tu …
- Combien de fois faudra-t-il que je te dise que tu ne me déranges pas, le coupai-je d'une voix agacée.
- C'est d'accord, accepta-t-il quelque peu surpris du ton brusque que j'avais employé. Je ne voudrais surtout pas te fâcher, ajouta-t-il taquin.
Regardant ma montre, je m'empressai de terminer mon petit déjeuner. Il ne fallait pas que je sois en retard pour l'ouverture de la librairie.
- Je vais devoir y aller, déclarai-je en me levant. Laisses tout comme ça, je rangerais ce soir.
- Tu finis à quelle heure ? Me demanda Sirius.
- A 19 heures.
- Je pourrais te rejoindre et nous pourrions aller quelque part, me proposa-t-il en se levant à son tour.
- Pourquoi pas, répondis-je sur un ton qui se voulait détaché alors que j'étais ravi de cette initiative. Je connais un pub très sympa dans le coin. Il y a de très bons groupes qui viennent y jouer.
- Ok, alors je te rejoins à la boutique.
Je donnai l'adresse à Sirius et quittai le cœur serein mon appartement. La perspective de passer la soirée avec lui me remplissait de joie.
Sur le chemin, je repensais à nos retrouvailles de la vieille. Mon ami s'était présenté à ma porte hier soir avec un faussé de cinq ans nous séparant et ce matin j'avais l'impression que nous nous étions jamais quitté.
Une fois le moment de gêne passé, je retrouvais le Sirius que j'aimais. J'avais encore du mal à réaliser.
Après le diner, nous nous étions installés au salon et avions passé une bonne partie de la nuit à discuter. Sirius avait tant de choses à me raconter et autant à me demander.
Il m'avait longuement parlé d'Harry, le fils de James dont il était le parrain. A travers ses mots, je ressentis l'affectation qu'il avait pour cet enfant. Des étoiles brillaient dans ces yeux alors qu'il me racontait les prouesses du gamin. J'avais déjà des nouvelles de James et de sa famille par Lily qui m'écrivait souvent.
Sirius m'avait questionné sur les nuits de pleine lune, sur mon travail. Je serais bien resté toute la nuit à échanger avec lui mais épuisé de ma journée et désirant me lever à l'heure le lendemain, je lui avais souhaité une bonne nuit vers trois heures du matin, et le cœur débordant de joie avait regagné mon lit en sachant que je le reverrais à mon réveil.
A aucun moment, Sirius ne m'avait parlé de son épouse. Si je trouvais cela étrange, sachant qu'elle était la personne qui partageait sa vie, j'en étais toutefois soulagé car il est m'aurait été très difficile de l'écouter me parler de sa vie conjugale.
Je marchais, d'un pas léger, profitant de l'air matinal. Je n'avais pas été aussi heureux depuis longtemps et j'avais hâte de retrouver Sirius ce soir.
Je savais bien que ce bonheur ne durerait que quelques jours et que Sirius finirait par rentrer chez lui. Rien n'avait changé. Il était marié, j'étais toujours amoureux de lui, je ne pouvais donc pas rester avec lui sans souffrir. Même en sachant que le départ de Sirius briserait mon cœur déjà en morceaux, je voulais profiter du temps que nous avions ensemble. Je voulais savourer chaque seconde en sa compagnie. Je ne voulais pas avoir de regrets. Je pleurerais sa perte plus tard, pour l'instant il était là et c'était tout ce qui comptait.
Note : Le quatrième chapitre est tout juste commencé. Je comptais finir cette fic avant la rentrée mais à casue d'une tendinite à l'épaule ça fait trois semaines que je n'ai pas écrit et avec la reprise du boulot j'ai moins le temps. Mais j'ai déjà toutes les idées en tête, donc j'espère arriver à vite la finir.
