Note de l'auteur : Après tant de temps, voilà enfin le dernier chapitre de ma fic. Je sais il a mis du temps à venir mais après une tendinite cet été, j'ai eu du mal à me remettre à cette fic. Je suis passé par une période « Vampire Diaries » où je lisais et écrivais sur cette série et maintenant je suis dans ma période « Merlin ». Mais je ne pouvais pas laisser ma fic non achevée. Voici donc le dernier chapitre. Il restera juste après l'épilogue.


Je reportai pour la énième fois mon regard sur l'horloge, mais seulement dix minutes s'étaient écoulées depuis mon dernier coup d'œil. Jamais une journée ne m'avait paru aussi longue. J'attendais avec impatience le moment où Sirius franchirait les portes de la librairie pour que nous passions la soirée ensemble. Il s'agissait seulement d'une sortie entre amis qui ne s'étaient pas revu depuis cinq ans mais j'avais l'impression d'être une adolescente quelques heures avant son premier rendez-vous.

Et les foutus aiguilles de l'horloge ne voulaient pas aller plus vite, me rapprochant ainsi du moment où je retrouverais Sirius. L'attente était insupportable et le silence qui régnait dans la boutique ne permettait pas de calmer mon impatience.

- Bonjour Remus.

Je quittai l'horloge pour reporter mon regard sur l'entrée de la boutique et souris à mon amie.

- Bonjour Emily, la saluai-je.

Elle entra dans la librairie et s'accouda au comptoir, me faisant face.

- On sort ce soir, me proposa-t-elle de bonne humeur. Le groupe est super à ce qu'il parait.

Je réalisai alors que nous étions jeudi. Nous sortions souvent avec Emily ce jour-là car des nouveaux groupes venaient jouer au Pub que nous fréquentions.

- Je suis désolé, m'excusai-je d'un sourire mais je ne peux pas ce soir.

- Aurais-tu un autre rendez-vous ? Me demanda-t-elle sur le ton de la curiosité, en roulant des yeux.

C'était tout Emily. Depuis notre rupture et malgré mon amour impossible pour Sirius, elle avait sans cesse cherché à me caser. Je me souvins des nombreuses situations causasses dans lesquelles je mettais retrouvé. Il lui arrivait très souvent de me laisser soudainement seul en compagnie d'une jeune femme qu'elle venait de me présenter. Je restais ainsi face à cette inconnue sans savoir quoi dire ou quoi faire. Je ne cherchais pas de relations, je n'avais donc aucune n'envie de faire connaissance avec ces filles en leur faisant croire que j'étais intéressé.

Mais le moment le plus embarrassant de ma vie fut quand Emily m'entraina sans me prévenir dans une boite de nuit gay. Une fois sur place, elle m'avait expliqué que puisque j'aimais Sirius, je devais surement être gay. Chose que je trouvais absurde, vu que Sirius était le seul homme qui ne m'ait jamais attiré. Elle m'avait rapidement laissé seul au milieu d'un tas d'hommes me lançant des regards à la dérobée. Je me souvenais encore des corps transpirants qui se collaient à moi en se mouvant au gré de la musique alors que je tentais d'atteindre le bar où loin d'être à l'abri j'avais attiré l'attention d'un type aux cheveux blonds et à la forte musculature. Me sentant traqué, je n'avais même pas osé commander et j'avais quitté en toute hâte les lieux, faisant un très copieux sermon à Emily quand je la retrouvais à l'entrée.

Après cette horrible expérience, j'avais fait promettre à mon amie de ne plus essayer de me trouver quelqu'un. Mon célibat me convenait. Quitte à ne pouvoir avoir la personne que j'aimais, je préférais rester seul. C'était triste certes mais je restais fidèle à mes sentiments.

- Je dois juste passer la soirée avec Sirius, lui répondis-je rapidement, coupant court à toutes suggestions.

- Sirius ! S'étonna-t-elle, ses yeux s'écarquillant. Le Sirius ?

Je lui répondis d'un simple hochement de tête, sachant que ce n'était que le début de l'interrogatoire d'Emily.

- Comment est-ce possible ? Quand ? Comment ? Tu l'as revu ? Me questionna-t-elle aussitôt. Raconte-moi tout !

Comme je m'en doutais, Emily ne me laisserait pas tant qu'elle n'aurait pas tous les détails.

- Il est passé chez moi hier soir, commençai-je sur un ton détaché alors que je revivais pour la énième fois les événements de la veille dans ma tête. L'odeur de Sirius dans le couloir, sa silhouette sur la pas de ma porte, ses yeux, son sourire, sa façon de m'appeler Moony.

- C'est incroyable, s'enthousiasma Emily. Que faisait-il ici ? Que t'a-t-il dit ?

- Du calme Emily, la calmai-je. J'ai encore du mal à y croire.

- Je comprends.

Je pris un livre posé sur le comptoir et me rendis dans les rayonnages pour le mettre en place.

- Je … Je n'arrive pas à trouver les mots pour expliquer ce que je ressens, avouai-je, dos à mon amie.

- Ses retrouvailles sont une bonne ou une mauvaise chose ?

- Je ne sais pas, lui répondis-je en repassant derrière le comptoir, tête baissée.

Il était encore trop tôt pour savoir. Pour le moment, je vivais dans l'instant présent et la perspective si agréable d'une soirée avec Sirius.

Je relevai la tête quand le tintement de la clochette de la porte retentit. Une vieille dame entra dans la librairie.

- Tu as une cliente, je te laisse, déclara Emily. Mais demain, je veux tous les détails de votre soirée, ajouta-t-elle avant de quitter le magasin.

Je savais d'avance que j'aurais le droit à une véritable inquisition dès le lendemain. Pour le moment, je saluai ma nouvelle clientèle et l'aidai à trouver son bonheur parmi les nombreux livres que nous possédions.

Je venais de rencontrer une véritable fan de Shakespeare. Nous discutâmes un long moment des différentes œuvres de cet auteur, le temps passant ainsi plus vite.

Je terminais de ranger la caisse du jour, quand un petit coup fut frapper à la porte d'entrée que j'avais verrouillé. Je sortis de l'arrière-boutique et un immense sourire se dessina sur mon visage alors que j'allais accueillir mon ami.

-Alors prêt pour une soirée de folie ? Me questionna Sirius en me donnant une tape amicale sur l'épaule.

Mes lèvres s'étirèrent dans un immense sourire. J'étais entrainé comme autrefois par la bonne humeur de Sirius.

- Ne t'attends pas au genre de soirée que nous passions à l'époque, lui répondis-je sur un ton taquin.

Quand nous étions élèves à Hogwarts, nous avions pris l'habitude de quitter le château par le passage menant à Hogsmeade et nous passions la soirée au trois balais rentrant seulement à l'aube après avoir vidé de nombreuses bouteilles de Whisky pur feu. Il nous arrivait aussi d'acheter les boissons et de les vider dans notre dortoir.

Le lendemain matin, nous nous réveillions avec une merveilleuse gueule de bois sans le moindre souvenir des bêtises que nous avions pu faire la veille.

Ce soir, je retrouvais Sirius après tant d'années et je comptais bien rester sobre – à l'exception peut-être d'un bon petit pichet de bière irlandaise – car je voulais profiter de chaque instant passé en compagnie de mon ami.

- Tu es prêt ?

- J'arrive.

Je retournais chercher ma veste et après avoir fermé la boutique et baissé le rideau nous prîmes le chemin du Pub qui se trouvait quelques rues plus loin. L'air frais de ce début de soirée était des plus agréables et nous marchions dans une ambiance détendue, toute gêne de la veille envolée.

- Tu as passé une bonne journée, le questionnai-je alors que nous attendions que le feu passe au vert pour traverser. Je suis désolé d'avoir du te laisser seul, j'espère que tu ne t'es pas trop ennuyeux.

J'aurais tellement aimé passer cette journée avec Sirius mais il m'était impossible de laisser la boutique. J'étais le seul vendeur, personne ne pouvait donc me remplacer.

- Ne t'inquiètes pas, j'en ai profité pour me détendre. J'ai regardé la télé et je suis allé me balader. Je comptais te retrouver plus tôt à la boutique mais je ne voulais pas te déranger, m'expliqua-t-il en traversant.

- Tu peux passer quand tu veux à la boutique. Tu ne me déranges pas. Le rassurai-je. Mais je sais que tu n'apprécies pas particulièrement ce genre de lieu. Tu as toujours évité soigneusement la bibliothèque à Hogwarts.

- Le temps que nous avons dû y passer pour le projet animagi et les tonnes de livres que nous avons dû lire m'ont dégouté pour toujours de la lecture, rigola-t-il.

Afin de pouvoir me tenir compagnie les nuits de pleines lunes, mes amis avaient travaillés sans relâche durant trois longues années, parcourant tous les livres sur le sujet. Je ne les remercierais jamais assez pour ça. Connaissant Sirius, je savais que cela avait dû être une torture pour lui. Il avait toujours été un élève brillant mais il n'avait jamais été très studieux.

- Tu pourrais être intéressé par de bons auteurs moldus, déclarai-je.

- Le jour où tu me verras lire un livre Moony, appelle de suite un médicomage.

Nous partions tous les deux dans un immense fou rire et c'est en rigolant que nous arrivions à destination.

- Je suis sure que je vais adorer cet endroit, me confia Sirius alors que nous prenions place à une table et qu'une serveuse venait prendre notre commande.

- J'aime bien ce pub. C'est très convivial. La nourriture est excellente et de très bons groupes viennent y jouer.

Quand la serveuse nous apporta nos boissons, le groupe entamait sa première chanson et c'est dans cette bonne ambiance que nous trinquions à nos retrouvailles.

Nous passions ainsi la soirée à discuter, manger et écouter les différents morceaux de musique. Ce groupe était excellent et plusieurs personnes se levèrent pour danser.

Le groupe quitta la scène vers minuit et nous regagnions mon appartement. N'étant pas pressé de quitter Sirius pour me mettre au lit, nous nous installions au salon et poursuivions notre discussion. Il était impressionnant que Sirius ait tant de choses à me raconter, la plupart concernant Harry. Il était intarissable sur le sujet.

- Ce petit tient beaucoup de son père, commentai-je alors que Sirius venait de me raconter comment Harry avait dérobé le balai de James pour aller voler dans le jardin.

- C'est un vrai petit garnement qui ne leur laisse pas une minute de répit.

J'acquiesçais d'un signe de tête tout en étouffant un énième bâillement.

- Tu devrais aller te coucher, me conseilla Sirius. Je ne voudrais pas que par ma faute tu t'endormes demain au boulot, ajouta-t-il dans un sourire.

Pour la deuxième nuit d'affilée, je m'endormis le cœur apaisé, des images de Sirius plein la tête.

Durant le petit déjeuner, nous fîmes des projets pour le week-end. Sirius souhaitait découvrir les endroits que je préférais à Dublin. Je ne pensais pas qu'il serait intéressé étant donné nos différents gouts en matière culturel mais je me languissais déjà de ses moments passés ensemble. Nous devions également faire un tour dans la partie sorcière de la vie car Sirius voulait se rendre au magasin de Quidditch de l'équipe Irlandaise, une des meilleures équipes du monde. Depuis mon installation, je pouvais compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où je mettais rendu dans cette partie de la ville. Je ne fréquentais plus le monde de la magie depuis ma fuite.

Il ne me restait qu'une longue journée de travail et après Sirius et moi ne nous quitterions plus jusqu'au lundi, jour où il rentrerait chez lui retrouver sa femme et sa vie.

Mon moral était déjà bien redescendu quand Emily entra dans la boutique en milieu d'après-midi. Après l'euphorie des retrouvailles et la perspective d'un week-end à deux j'en avais oublié que Sirius et moi ne serions jamais véritablement ensemble. La réalité était en train de me rattraper.

- Bonjour Remus, me salua-t-elle, son joli sourire illuminant son visage.

Pourquoi ne pouvais-je pas être amoureux d'Emily ? Elle était la fille parfaite. Elle était belle et gentille, débordante de joie. Nous aurions fondé une famille et j'aurais enfin connu le bonheur. Mais malheureusement la vie n'était pas si simple.

- Je ne te dérange pas, au moins, s'enquit-elle comme à son habitude.

- La boutique est plutôt calme cette après-midi, confiai-je en sortant de derrière la caisse pour rejoindre mon amie.

- Alors tu vas avoir tout le temps de me raconter ta soirée, déclara Emily en me donnant une tape amicale sur l'épaule. Je veux tous les détails, ajouta-t-elle en prenant appui contre le comptoir.

Nous y étions. Que pouvais-je bien dire à Emily. La soirée avec Sirius avait été merveilleuse. Le groupe était excellent. Nous avions rigolé, discuté, chanté. Nous avions remonté le temps pour nous retrouver presque dix ans en arrière quand nous étions encore jeunes et insouciants.

- Oh Remus, m'interpella Emily. Je ne suis pas télépathe alors sors de tes pensées et dis-moi tout. Qu'est-ce que vous avez fait ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ? Comment était-il ?

Il y avait tellement de choses à raconter sur cette soirée que je ne savais pas par où commencer.

- Sirius est venu me chercher à la fermeture de la librairie et nous sommes allés au Pub, commençai-je. Le groupe était bien. J'avais lu de très bonnes critiques dans un magazine. Ils jouent une musique assez innovante et décalée et leurs paroles sont touchantes.

- Remus, je n'en ai que faire du groupe, me coupa-t-elle, accompagnant ses mots d'un revers de la main. Je veux tout savoir sur Sirius.

- Sirius, répétai-je dans un souffle. Que pourrais-je te dire sur lui que tu ne saches déjà.

- Tu ne l'as pas vu pendant 5 ans, il a surement beaucoup changé, assura Emily.

- Physiquement, oui, lui expliquai-je. Il a perdu toute trace de l'adolescent qu'il était et ses traits sont plus marqués, plus adultes. Mais sinon, il est toujours le même. Je ne pense pas que Sirius puisse changer, concluai-je d'un sourire.

- Et votre relation ? Me demanda-t-elle pour relancer la conversation alors que j'étais de nouveau dans mes pensées.

- Je dois dire que ça a été un vrai choc de le revoir après tout ce temps. Jamais je ne me serais attendu à une telle surprise, commençai-je. Et surtout je n'aurais jamais cru que de le revoir raviverait aussi fort mes sentiments. Malgré notre longue séparation je l'aime toujours autant.

- Alors ça ne doit pas être facile d'être en sa présence.

- Au début ça a été très dur. Je ne savais plus comment me comporter avec lui. Après tout, c'est moi qui suis parti pour l'éviter, je ne pensais pas qu'il viendrait un jour me retrouver ici, surtout après tout ce temps. J'étais tellement gêné.

- Et maintenant ?

- C'est comme si on nous ne nous étions jamais quittés. Hier soir, j'avais l'impression de revenir des années en arrière. On a rigolé, parlé, tout comme à l'époque. C'était incroyable.

- Je suis contente que tu ait passé une bonne soirée. Alors qu'est ce qui ne va pas ? S'enquit-elle devant ma mine renfrognée.

- Ca ne durera pas. Sirius n'est là que pour quelques jours. Lundi, il rentrera chez lui et je me retrouverais de nouveau seul, lui confessai-je, le moment d'euphorie passé.

- Ne pense pas à lundi. Vous allez passer tout le week-end ensemble. Profite de ces moments sans penser à après, me conseilla-t-elle.

- Mais malheureusement il y a un après Emily. J'avais réussi à plus ou moins m'habituer à son absence. Mais après avoir passé ce week-end avec lui comment vais-je supporter de ne plus le revoir.

- Tu pourras toujours le revoir, vous êtes amis, me rassura-t-elle d'une voix douce.

- Mais rien n'a changé Emily. Je l'aime et lui il est marié. Je ne pourrais pas le voir avec sa femme. Je sais que je me montre égoïste mais j'ai assez souffert. Peut-être aurait-il mieux valu que je ne le revois jamais.

- Ne dis pas ça, m'arrêta mon amie en venant m'entourer de ses bras. Tu ne le penses pas. J'ai vu à quel point tu étais heureux depuis son arrivée, ajouta-t-elle en traçant des cercles dans mon dos. Ne penses pas à après, profite du moment présent Remus. Ces moments n'appartiendront qu'à vous.

Je restais ainsi dans les bras dans mon amie alors qu'elle me berçait et me réconfortait me disant qu'elle serait toujours là pour moi. Il était si bon de savoir que je pouvais compter sur elle.

Emily avait raison. Pourquoi penser maintenant à lundi alors que j'avais un week-end entier à partager avec la personne que j'aimais. J'allais le rendre inoubliable et quand Sirius partirait j'aurais ce souvenir auquel me raccrocher.

Je me détachais de mon amie avant de déposer un baiser sur sa joue.

- Merci, Emily, tu es une véritable amie, lui souris-je. Comment ferais-je si tu n'étais pas là ?

- Tu serais probablement en train de te morfondre dans ton coin.

J'allais lui répondre quand la cloche de la porte retentit à l'entrée d'une dame.

- Ca va aller ? S'enquit Emily.

J'acquiesçais d'un signe de tête et alors qu'Emily quittait la boutique après un dernier sourire j'allais accueillir ma cliente.

Quand je baissais le rideau, ce soir-là, je pensais à l'homme qui m'attendait à mon appartement et avec qui j'allais passer les deux prochains jours. Je savourerais chacune de ses minutes. Sur le chemin du retour, j'étais un peu déçu que Sirius ne soit pas venu me retrouver mais il avait surement préféré m'attendre à la maison.

Je regagnais mon petit appartement en sifflotant, me demandant où Sirius et moi pourrions passer la soirée.

Je tournai la clé dans la serrure et ouvris la porte, le couloir de l'entrée était plongé dans l'obscurité. Mon pied cogna contre un objet qui tomba au sol. Après avoir allumé la lumière je découvris qu'il s'agissait d'une bouteille d'alcool vide. Je me penchai pour la ramasser et lire l'étiquette. Cette bouteille ne venait pas de chez moi. Il m'arrivait certes de boire un petit verre de temps en temps quand je me sentais las surtout après une nuit de pleine lune mais jamais quelque chose de si fort. Que pouvait bien faire cette bouteille vide chez moi ?

- Sirius ? Appelai-je mon ami.

Devant le manque de réponse, je pénétrai dans le salon où je restai stupéfait devant ce que je vis. Sirius était affolé dans mon canapé, une bouteille de whisky dans les mains. Mais que pouvait-il bien faire ? C'était donc lui qui avait vidé la bouteille de l'entrée. Je n'y comprenais rien.

- Sirius, répétai-je. Qu'est-ce que tu fais ?

Il releva enfin les yeux sur moi et je perçus un voile devant ses beaux yeux gris. Il avait également la mine de celui qui avait trop bu. Que lui arrivait-il ?

- Remus, tu es rentré, souffla-t-il en se redressant difficilement.

Il posa la bouteille à moitié vide sur la table basse et se releva pour me faire face.

- Tu es déjà rentré ! Constata-t-il d'un ton étonné comme quelqu'un ayant été pris en flagrant délit. Je ne pensais pas qu'il était si tard, ajouta-t-il après avoir jeté un œil à l'horloge au- dessus de la télévision.

Il semblait visiblement embarrassé de s'être fait prendre dans cet état.

- Je vais tout rangé, dit-il en arrangeant les coussins du canapé et ramassant ses chaussures jetées négligemment au milieu de la pièce.

- Sirius que se passe-t-il ? Lui demandai-je, stupéfait de retrouver mon ami ainsi.

- C'est rien Remus, je …

Mais visiblement, il n'avait pas d'explications à son comportement. Pourquoi aurait-il vidé des bouteilles de Whisky, seul dans mon appartement. Etait-il devenu d'une certaine manière dépendant de la boisson. Après tout, nous ne nous étions plus revus depuis cinq ans, les gens changent. Même Sirius qui restait la personne la plus constante que je connaissais pouvait changer. Sa vie était-elle devenue si difficile qu'il s'était mis à boire ? Peut-être la dureté de son travail en était responsable. En cet instant, je ne savais pas et je ne comprenais pas quelles raisons avaient poussés mon ami à vider des bouteilles d'alcool.

- Il y a-t-il un problème Sirius ? Le questionnai-je dorénavant inquiet alors qu'il continuait à mettre de l'ordre dans le salon et je notai la présence d'une troisième bouteille vide. Que t'arrive-t-il ?

- Je ne voulais pas que tu me retrouves dans cet état Remus, je suis désolé. Je vais m'en aller, m'assura-t-il en posant deux bouteilles sur la table basse et il s'assit pour remettre ses chaussures. De toute façon, c'était une erreur de venir. Je n'aurais pas dû.

Mais de quoi parlait-il ? J'étais dans le brouillard le plus total. Je ne reconnaissais plus mon ami. Sirius était-il devenu un autre homme ?

Il finit d'enfiler ses bottes et se leva. Contournant le canapé, il me fit face et je lis de la tristesse sur ses traits.

- Je suis désolé Remus.

Non, je ne pouvais pas le laisser partir ainsi sans aucune explication. Pendant cinq ans, j'étais resté éloigné de la personne que j'aimais le plus au monde et maintenant après nos retrouvailles et la perspective d'un week-end à passer à deux je n'allais pas le laisser filer. Je ne pouvais pas. Je voulais comprendre son étrange comportement.

- Sirius, attends, le rejoignis-je dans l'entrée alors qu'il s'apprêtait à mettre son blouson. Que se passe-t-il ? Pourquoi veux-tu partir ?

- Je n'aurais pas dû venir Remus, me répondit-il, le visage baissé évitant ainsi de croiser mon regard. C'était juste idiot. Je pensais juste que … Mais je me suis trompé.

- Sirius, insistai-je en lui prenant le bras, explique-moi.

Il releva enfin la tête et la tristesse que je perçus dans ses beaux yeux me brisa le cœur. Il grimaça, ne sachant visiblement pas comment aborder le problème qui le tracassait. Il devait pourtant savoir que je serais là pour lui et qu'il pouvait compter sur moi malgré ma fuite et mon absence à ses côtés ces dernières années.

- Je suis venu te rejoindre à la boutique dans l'après-midi, commença-t-il sans quitter mes yeux. Je pensais t'attendre et ainsi nous serions sortis quelque part. Mais c'était juste une idée stupide. J'aurais dû savoir …

- Mais je ne t'ai pas vu, le coupai-je étonné de ses paroles.

- Je t'ai vu à travers la vitrine avec cette femme, cette jolie brune, précisa-t-elle. Je suis content que tu es trouvé quelqu'un Remus. Pourquoi en aurait-il été autrement d'ailleurs ?

Mais de quoi donc parlait Sirius ? Il ne m'avait jamais rejoint à la librairie et je n'avais personne dans ma vie.

- Je n'ai pas de copine, m'entendis-je lui répondre alors que mon esprit cogitait pour comprendre le sens des paroles de mon ami. Emily, réalisai-je enfin. Tu m'as vu avec Emily.

C'était au tour de Sirius de me regarder sans comprendre.

- Emily n'est pas ma fiancée, elle est juste une amie.

Ses traits semblèrent se détendre à ma réponse avant qu'il ne baisse de nouveau le regard. En quoi la présence d'Emily dans la librairie et notre relation pouvait l'affecter et provoquer un tel comportement ?

- De toute façon, ça ne change rien. Je suis un idiot, je n'aurais pas dû venir te voir, répéta-t-il en avançant vers la porte. C'était évident que tu aurais tourné la page. Je suis juste un idiot.

Les paroles de Sirius n'avaient aucun sens. Il avait trop abusé de la boisson et il ne savait surement plus ce qu'il disait.

- Sirius, tu es ivre, l'arrêtai-je de nouveau à posant une main sur son épaule. Viens t'asseoir.

- Il est trop tard Remus, me regarda-t-il, son regard voilé braqué sur moi.

- Trop tard pour quoi ? Le questionnai-je incrédule.

- Pour nous, souffla-t-il d'une faible voix.

Si depuis mon retour à mon appartement, le comportement et les paroles de Sirius m'avaient laissées interdit, je restais juste stupéfait après cette dernière réponse. De quoi parlait-il ? Il n'y avait et n'aurait jamais de nous. Je le savais que trop bien.

- Il est trop tard, répéta-t-il.

- Sirius.

- Je n'ai compris que bien trop tard Remus, poursuivit-il sans me regarder.

- Mais bon sang Sirius, de quoi parles-tu, m'emportai-je devant ses paroles qui n'avaient aucun sens pour moi.

- De mes sentiments pour toi, me répondit-il dans un murmure.

Non, je devais avoir mal entendu. J'avais l'impression que le sol se dérobait sous mes pieds. Sirius n'avait pas de sentiments pour moi. De l'amitié oui, mais rien d'autre. Tant d'années j'avais espéré mais j'avais dû me rendre à l'évidence. Mon amour ne serait jamais partagé. Alors pourquoi Sirius me disait de telles choses.

- Sirius, fut le seul mot qui sortit de mes lèvres.

- J'étais un idiot, répéta encore mon ami. Ce jour-là, dans le dortoir, je ne savais pas. Je n'avais pas réalisé.

Ce jour-là ? Je me revis alors des années en arrière, triturant mes mains alors que je m'apprêtais à révéler mon amour à mon meilleur ami, le cœur rempli de doute et la peur du rejet qui enserrait mon estomac. Sirius ne m'avait pas rejeté mais il m'avait affirmé ne pouvoir retourner mon affection.

- Comment n'ai-je pas pu réaliser, ajouta-t-il alors que mes souvenirs emplissaient mon esprit. J'étais jeune, je ne croyais pas en l'amour. Et pourtant …

- Sirius, pourquoi me dis-tu de telles choses ? Le questionnai-je, les larmes aux yeux. Tout cela était trop pour moi.

- Parce que j'ai tout gâché ce jour-là, m'avoua-t-il d'une voix rauque. Notre relation a toujours été particulière mais pour moi, il s'agissait juste d'une amitié différente de celle que j'avais pour James. Il était mon frère, tu étais mon ami, mon protégé. Je n'avais juste pas compris à quel point je tenais à toi. Mais maintenant c'est trop tard. Je pensais qu'en venant te voir, peut être … Mais pour toi c'est du passé … Tu m'as oublié ... Tu as refait ta vie loin de moi.

J'écoutais Sirius sans l'interrompre. Mon gorge était sèche, je me retrouvais incapable de parler. J'étais submergé par tant d'émotions. Sirius, l'homme que j'avais toujours aimé, que je n'avais jamais pu oublier malgré toutes ses années loin de lui. Mon ami que j'avais été si heureux de retrouver deux jours auparavant. L'homme qui resterait à jamais mon seul et unique amour. Pourquoi me disait-il toutes ses choses ? Ces choses que je mourrais t'entendre depuis des années. Ce n'était pas possible. Ca ne pouvait pas arriver. Il ne savait tout simplement pas ce qu'il disait.

- Sirius, je t'en prie, tu ne sais pas ce que tu dis, réussis-je à formuler d'une voix hachée. Tu as beaucoup bu.

- Je n'ai jamais été aussi clair Remus, m'assura-t-il en prenant mes mains dans les siennes.

- Ne me donne pas de faux espoirs Sirius, mon cœur ne le supporterait pas, murmurai-je alors que les larmes coulaient sur mes joues.

- Je ne ferais jamais ça Remus, me sourit-il en me caressant le visage. Je t'aime Remus.

Sur ses dernières paroles, il se pencha et posa ses lèvres sur les miennes. Je me figeai à ce contact. Je l'avais tant rêvé, tant désiré mais ça ne pouvait pas arriver. Le visage d'une jeune femme s'interposa devant mes yeux et je posai mes deux mains sur sa poitrine pour le repousser.

- Tu es marié Sirius, lui rappelai-je en reculant.

- Divorcé, m'informa-t-il en se rapprochant pour me prendre la main.

Avais-je bien entendu ? Il n'était plus avec Hélène ?

- Il n'y a jamais eu que toi Remus, me sourit-il en comblant la distance qui nous séparait. Je t'ai laissé filer une fois et je ne compte pas reproduire la même erreur.

Il attrapa mon visage en coupe et quand ses lèvres capturèrent les miennes j'enfermai mes bras autour de son cou, me laissant enivrer par son baiser. Sirius avait peut-être trop bu, il ne pensait peut-être pas ce qu'il disait. Mais à cet instant alors que la langue de mon ami s'unissait à la mienne, je n'avais plus envie de réfléchir. Je voulais juste profiter des sensations que me procurait la bouche de Sirius sur la mienne, sa main dans mes cheveux, l'autre dans le bas de mon dos remontant sous mon pull. Sans quitter ses lèvres, je me laissai entrainer dans la chambre. Plus rien d'autre ne comptait. Il s'agissait peut-être juste d'une nuit, une unique fois que mon ami, une fois ses esprits retrouvé pourrait regretter mais pour ma part, je ne voulais avoir aucun regret. Il me déshabilla et me coucha sur le lit. Je me laissai juste faire, savourant sa bouche, ses caresses, ses doigts sur ma peau, ses murmures à mes oreilles, son souffle dans mon cou, sa peau contre la mienne. Pour la première fois de ma vie je me sentais comblé et aimé.

Un rayon de soleil se posa sur ma joue et j'ouvris les yeux. Je m'étirai lentement alors que les évènements de la veille me revinrent et je tournai immédiatement la tête mais il n'y avait personne à mes côtés. Je soupirai, mes pires craintes s'étaient-elles produites ? Je soupirai en me redressant. La vie ne serait jamais clémente avec moi.

- Remus, tu es réveillé.

Je relevai la tête alors que les larmes apparaissaient au coin de mes yeux et je vis Sirius dans l'embrassure de la porte.

- Tu dormais si bien que je n'ai pas voulu te réveiller, m'expliqua mon ami et il me rejoignit sur le lit avant de se pencher pour déposer un tendre baiser sur mes lèvres.

Quand il s'écarta, il m'adressa un adorable sourire et je fondis devant cet homme que j'aimais tant.

- J'avais peur, commençai-je mais Sirius me coupa en posant un doigt sur ma bouche.

- Tu avais peur que je regrette cette nuit parce que j'avais bu, poursuivit-il à ma place.

J'acquiesçais d'un signe de tête et il se pencha pour me serrer dans ses bras.

- Je suis désolé Remus, s'excusa-t-il en me caressant les cheveux. Je pensais tout ce que je t'ai dit hier. Je sais que je te dois des explications mais je crois que ça pourra attendre après le petit déjeuner.

Il me prit la main et j'eus le temps d'enfiler un bas de survêtement avant d'être conduit dans la cuisine où la table était dressée pour le petit déjeuner. Un sourire se dessina sur mon visage. Sirius avait le don de me surprendre et je ne l'en aimais que plus. Nous nous asseyons sans échanger le moindre mot. Nous n'en avions pas besoin, nos regards parlaient pour nous.

- Par où commencer ? Me demanda Sirius alors que nous étions tous deux ainsi dans le canapé, mon tête reposant contre sa poitrine, nos doigts enlacés.

- Que s'est-il passé avec Hélène ? L'interrogeai-je.

Il m'avait dit être divorcé la veille. Je le croyais mais ils avaient l'air si heureux quand je suis parti. Comment leur mariage avait pu finir si tôt ?

- Hélène. Ca n'aurait jamais pu marcher Remus, m'assura Sirius. Je ne le savais pas à l'époque. Je pensais l'aimer sincèrement mais je me trompais. Je ne dis pas que nous n'avions pas été heureux car ça a été le cas un moment. Mais très vite, je me suis rendu compte que quelque chose manquait. Je ne me sentais pas comblé dans mon mariage, poursuivi-il et je l'écoutais sans l'interrompre serrant davantage sa main. Mon travail me prenait du temps et le soir quand je rentrais je me sentais las et la présence de ma femme ne parvenait pas à m'apaiser. Je passais plus de temps chez James surtout depuis la naissance d'Harry et j'étais bien à leur compagnie mais dès que je rentrais chez moi, je me sentais seul. Hélène est une femme adorable et j'aurais aimé que ça marche entre nous mais dès le départ nous n'étions pas faits pour être ensemble.

Il s'arrêta un moment le temps de reprendre son souffle et me sourit. Beaucoup de choses s'étaient passées en cinq ans et mon ami me révélait enfin ce qu'il avait tai le soir de nos retrouvailles.

- Nous passions de moins en moins de temps ensemble et il y a six mois nous avons décidé de nous séparer. Elle est rentrée en France chez sa famille. Mais je me sentais toujours aussi seul et je ne parvenais pas à comprendre pourquoi ma vie me semblait si vide. J'aimais mon travail, j'avais ma famille et pourtant je n'étais pas heureux. Tu n'étais pas là, me sourit-il et il se pencha pour m'embrasser. Je l'ai compris un soir alors que je rangeais la chambre après le départ d'Hélène. Je feuilletais l'album photo de Hogwarts et je me suis arrêté sur une photo des maraudeurs prise dans la salle commune par Lily. Je riais. Mon visage était lumineux et je semblais si heureux. En suivant mon regard, je t'ai vu, tu étais assis sur le fauteuil devant la cheminée et tu me souriais. J'ai alors compris que je n'avais plus été heureux depuis le jour de ton départ. A l'époque, j'étais trop accaparé par mes études, mon mariage. Je pensais que tu avais peut être besoin de voir du pays pour quelques mois. Mais les années ont passé et tu n'es pas revenu. Je ne me rendais pas compte du vide que tu avais créé en moi. Je devais absolument te retrouver.

Les paroles de Sirius emplissaient mon cœur de joie. J'avais ressenti le même vide durant ces dernières années. Je n'étais pas complet sans lui à mes côtés. Sa main quitta mes cheveux pour se poser sur mon ventre. Je frissonnai au contact de ses doigts sur ma peau et des images de notre première nuit ensemble me revinrent.

- J'ai réussi à obtenir ton adresse par Lily, poursuivit Sirius, et me voilà maintenant, termina-t-il en me serrant plus fort contre lui.

- Oui, tu es là, lui répondis-je dans un sourire. Tu n'avais donc aucune mission dans le pays.

- Non, me confirma-t-il, je ne savais juste pas comment t'aborder après toutes ces années. Je pensais que tu aurais refait ta vie. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en venant.

- Je n'aurais pas pu refaire ma vie Sirius, lui avouai-je. Il n'y a toujours eu que toi.

Nos regards se croisèrent et attirées comme des aimants nos bouches se trouvèrent pour s'unir. Un nouveau feu s'alluma en moi alors que sa langue franchissait la barrière de mes lèvres pour aller se mêler à sa jumelle. Je plongeais dans ce baiser profitant des milliers de sensations qu'il provoquait en moi.

- Pourquoi es-tu parti Remus ? Me demanda Sirius en s'écartant, tout en gardant son regard rivé au mien.

- Je ne pouvais pas rester Sirius, lui expliquai-je. C'était trop dur te voir avec elle. J'ai essayé d'être heureux pour toi mais chaque fois que je te voyais sourire avec Hélène, mon cœur se brisait davantage.

- Je suis désolé.

- Ne le soit pas Sirius, tu es là maintenant.

- Et il est hors de question que je te laisse, affirma Sirius en se déplaçant pour me faire face. Tu rentres avec moi.


Alors qu'avez vous pensé de ce dernier chapitre ? Il ne restera plus qu'un petit épilogue pour cloturer cette histoire.