Allez, en avant pour le chapitre 2 !

Je signale à nouveau que rien du tout ne m'appartient, ni l'univers, ni les personnages ni même le scénario.

Je remercie évidemment BattyNora pour m'avoir autorisé à traduire et Eponyme Anonyme pour sa bêta-lecture et vous avoir éviter quelques grosses expressions bien boiteuses.

Bonne Lecture!


Chapitre 2 :

Le soleil couchant jetait une teinte orange sur la scène devant lui. Regardant par la fenêtre arrière, Rick garda ses yeux rivés sur la forme debout sur l'un des camions renversés. Il ne quitta pas des yeux l'homme qui se balançait d'un pied sur l'autre, oscillant ostensiblement dans une soirée sans vent. Il pouvait voir que Daryl n'avait plus son arbalète, l'ayant perdue dans le chaos des douzaines de rôdeurs, et sa silhouette semblait tellement plus petite sans elle. Il semblait tellement moins confiant sans elle. Rick pouvait distinguer les bras de Daryl qui pendaient mollement à ses côtés, tapant doucement l'extérieur de ses cuisses alors qu'il tournait lentement sur lui-même pour regarder la masse gémissante qui l'encerclait.

Rick réalisa soudain que le tapotement, comme il l'avait compris ces deux dernières années, signifiait que Daryl était nerveux. Visiblement, même l'homme en apparence immobile qui avait fait face à tant de démons, à la fois avant et après que les morts commencent à se relever, devenait nerveux face à la mort. Rick sentit la honte couler sur lui et des larmes piquèrent à nouveau ses yeux alors que la réalisation de ce qu'il venait de faire tombait sur lui il avait laissé son meilleur ami mourir pour sauver sa propre peau. Il avait autorisé Daryl à mettre la vie de Rick avant la sienne, et n'avait même pas essayé de le faire changer d'avis. Pas vraiment. Il connaissait l'homme, plus que n'importe qui dans toute sa vie, il savait combien Daryl se rabaissait mais il avait abandonné avant qu'il ait même essayé de soutenir l'importance du chasseur.

Famille. C'était ça. C'était ce que Daryl avait utilisé comme argument final. Un seul mot pour résumer pourquoi Daryl devrait être autorisé à mourir et Rick l'avait laissé s'en aller en se servant de son talon d'Achille comme joker. Pourquoi Rick n'avait-il pas utilisé ce mot afin de le convaincre, que c'était exactement pourquoi il ne devait pas jeter sa propre vie si spontanément ? N'avait-il pas réalisé qu'en sauvant sa famille il avait aussi déchiré leur cœur ?

Rick baissa les yeux une seconde pour frotter ses paupières avec le dos de ses mains pour tenter d'ébranler l'élancement derrière ses yeux, juste pour une seconde, et quand il regarda à nouveau, Daryl avait disparu de la scène toujours plus petite. Son cœur bondit dans sa poitrine alors qu'il se redressait légèrement, se déplaçant jusqu'à ce que son nez soit presque contre la vitre. Tirant sur ses yeux pour voir à une telle distance, il chercha frénétiquement un signe du chasseur, mais il ne put rien trouver. Il n'y avait pas de mouvements dans le troupeau de mort-vivants, tous continuant de pousser le véhicule de tous les côtés avec frénésie il n'y avait pas de soudain déplacement dans une seule direction qui indiquerait que son plus proche ami aurait réussi à s'en sortir. Il sentit la bile remonter et il porta sa main à sa bouche alors qu'il tentait de la ravaler. Il avait disparu. Daryl avait disparu. La dernière lueur d'espoir qu'ils puissent d'une façon ou d'une autre tous sortir de là s'évapora aussi rapidement que Daryl.

Rick se maudit silencieusement. Non seulement il avait laissé ça se produire mais il n'avait même pas été capable d'être témoin des derniers instants de Daryl sur cette Terre. Il ne pourrait pas donner aux autres la conclusion atroce de comment ça s'était passé. Avait-il posé l'arme sur sa propre tête pour s'épargner la douleur d'être déchiré en morceaux ? Un de ces monstres l'avait-il attrapé et l'avait-il trainé dans la foule grognante ? Ou Daryl avait-il lancé un dernier « va te faire foutre » puis était parti de la seule façon qu'il avait vécu : en se battant ? Un petit sourire joua sur les lèvres couvertes de barbe de Rick pendant un instant. Il savait exactement ce qui s'était passé.

Les pneus de la voiture crissèrent soudainement jusqu'à l'arrêt, causant aux trois corps à l'intérieur une embardée en avant. Le souffle de Rick était inégal alors qu'il tournait son attention de la scène derrière eux, pour voir Glenn sur le siège conducteur.

« Merde, » s'exclama Glenn, faisant courir une main dans ses cheveux humides de sueur alors qu'il pivotait dans son siège pour faire face aux autres. « Je ne peux pas faire ça, je ne peux pas le laisser. Tu peux toujours le voir ? »

Rick s'affaissa sur le siège. Les autres avaient toujours espoir. Il allait devoir leur arracher la dernière chance d'un dénouement heureux.

Glenn ne vit pas le changement chez l'homme, alors que ses yeux cherchaient derrière Rick et à travers la fenêtre derrière son épaule, essayant désespérément de voir n'importe quoi d'autres que la masse de rôdeurs.

« S'il a réussi à s'en tirer, à arriver à un endroit plus haut, on pourrait y retourner et le récupérer » La voix de Glenn était suppliante, comme si prononcer les mots à voix haute était tout ce dont il avait besoin pour les faire devenir vrais. « Il aurait réalisé qu'il avait une chance dès qu'on aurait eu la voiture. C'est Daryl, il aurait trouvé un endroit sûr. On a la voiture maintenant. On descend la clôture et on conduit à travers eux tous. Merde, je peux pas le voir. »

« Rick, tu peux le voir ? » S'enquit Maggie, allongeant son cou pour essayer de voir à travers la fenêtre. Ne semblant pas gênée de ne pas recevoir de réponse, elle se redressa sur ses genoux pour tenter désespérément d'avoir une meilleure vue au loin. « On peut l'avoir. On doit être capable de le récupérer maintenant. »

Ce fut seulement quand Rick entendit Maggie atteindre la porte et l'ouvrir pour avoir une meilleure vision qu'il s'entendit parler.

« Il est parti. » Le bloc dans sa gorge, qu'il présumait uniquement être son cœur battant, faisait sonner ses mots étranglés. Forcés.

« Quoi ? » Le corps de Maggie s'arrêta alors qu'elle stoppait son déplacement vers l'extérieur de la voiture.

« Il était là. Il était sur le camion. J'ai pu le voir. Il n'avait pas son arbalète, il n'y avait que lui. » La voix de Rick s'arrêta alors qu'il voyait deux paires d'yeux se lever, la réalisation des mots qu'il n'avait pas encore dits se faisant déjà connaitre sur leurs traits. « Il était là, juste là, mais maintenant il est parti. Les rôdeurs sont toujours là. Ils ne s'en vont pas mais Daryl est parti…il est parti. »

Un silence momentané fut brisé par un sanglot calme s'échappant des lèvres de Maggie, qu'elle essaya vaguement de garder en elle avec ses doigts qui recouvraient sa bouche. Glenn détourna ses yeux, qui auparavant espéraient, désormais figés dans un mélange de honte, colère et peine, de Rick et les tourna vers Maggie pour fermer la porte. Silencieusement, ses mains agrippèrent le volant encore une fois, devenant instantanément blanches alors que la voiture commençait à bouger. Chacun des occupants voulait que le véhicule avance aussi rapidement qu'il pouvait pour qu'ils puissent aller aussi loin que possible de cet endroit. Chacun d'entre eux avait les larmes aux yeux, pleurant silencieusement pour un homme qui n'aurait jamais cru qu'il serait digne d'une telle émotion.

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Le silence était épais dans la voiture, suspendu comme une grosse couverture qui faisait suffoquer les vivants à l'intérieur.

Les pensées de Rick dégringolèrent, presque aussi librement que les larmes silencieuses qui recouvraient ses joues, autour de sa tête meurtrie, le ramenant aux souvenirs qui avaient façonné sa relation avec l'homme à qui il avait appris à faire confiance plus que n'importe qui d'autre. Dès le moment où Rick avait appris que le dangereux, raciste Merle Dixon avait un frère, il s'était instantanément formé une opinion de l'homme, une qui initialement n'avait pas été déçue. Il s'était attendu à trouver un mini-Merle, irréfléchi, impétueux et violent avec une devise « agit maintenant, ne pense pas du tout ». Il y eut des moments, y compris une poignée d'écureuils morts lancée dans sa tête, où il pensa que c'était vrai, et de ce qu'il avait entendu du groupe, c'était d'autant plus vrai quand il était près de son frère ainé. Mais lentement, Daryl avait commencé à montrer une différente facette de lui-même. Au début, c'était des petites choses qui faisaient que Rick regardait à deux fois le chasseur, qui lui faisait voir qui il était vraiment.

Il y eut le respect que Rick ressentit quand il reçut le subtil feu vert de l'homme quand ils discutaient de sauver Glenn des Vatos, qui montra un sens de loyauté et d'honorer une dette qu'il sentait devoir être remboursée, qu'importe s'il était d'accord avec le plan d'action ou même s'il se souciait de ceux dans le besoin.

Il y eut le moment où il avait les avant-bras enfoncés profondément dans les intestins d'un rôdeur pour voir s'il avait dévoré une petite fille, l'instant où il se traîna dans un ravin après être tombé et s'être empalé pour le plus petit signe qu'elle était encore en vie, ou quand il tint sa mère alors que Rick tirait une balle dans la tête de l'enfant déjà mort, qui montra qu'il ferait n'importe quoi, n'importe quoi pour quelque chose, ou quelqu'un dont il se souciait.

Il y eut le moment où Rick avait pour la première fois vu les cicatrices qui couvraient son torse, et la panique dans les yeux de l'homme blessé à l'idée que les autres verraient l'horreur de son enfance, et qui fit se sentir malade Rick, ressentir un dégoût envers celui qui les avait infligées, mais aussi comprendre toute la colère, toute la méfiance, toute la distance que le chasseur portait avec lui. Rick réalisa grâce à ça que l'homme était un vrai survivant.

Il y eut ce moment où il prit l'arme de la main de Rick quand il n'était pas capable de tirer Dale de sa douleur, qui montra une capacité à l'aider à porter le fardeau qui existait dans ce monde. Il y eut tellement de moments au cours des mois pendant lesquels Daryl évolua d'une simple tête brûlée de redneck en un ami confiant, un protecteur loyal et une part importante de la vie de chacun.

Mais Rick pouvait préciser le moment exact où Daryl devint plus que ça. Il ferma les yeux et se remémora le moment où Daryl Dixon devint son bras droit, son soutien, et plus que tout son meilleur ami.

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Il s'était écoulé six semaines depuis que la ferme avait disparu et le groupe était passé d'un camp de fortune à un autre, essayant de rester hors de danger. Ils vivaient chaque jour pour simplement survivre au suivant, et ce soir frisquet ils avaient trouvé une église abandonnée à la périphérie d'une petite ville. La plupart du groupe était allongée sur les bancs entourés de couvertures ou de vestes qu'ils avaient trouvées en quête de chaleur. Une silhouette s'assit près d'un petit feu, affûtant méthodiquement la fin d'un carreau fait maison avec son couteau.

Rick approcha lentement le chasseur et s'assit à côté de lui, laissant assez de place entre les deux pour que Daryl se sente à l'aise et non pas comme si son espace personnel était menacé. Au cours des deux dernières semaines, ils avaient pris l'habitude de s'asseoir en silence autour du feu pendant que les autres dormaient, tous deux sachant qu'ils n'avaient besoin que de l'un d'entre eux à la fois pour surveiller mais ne voulant jamais laisser l'autre seul dans le noir.

Pendant la plupart des nuits ils ne parlèrent pas, ou s'ils le firent ce fut limité à de courtes conversations à propos de leurs prochaines décisions. La plupart des nuits ils étaient tous les deux perdus dans leurs propres pensées à propos du monde dans lequel ils vivaient ou de ceux qu'ils avaient laissés derrière. Mais cette nuit était différente, et Rick ne saurait jamais pourquoi Daryl avait choisi cette nuit pour parler.

« Je ne te blâme pas, t'sais » Ce n'était pas une question. Juste un simple constat.

Le regard perplexe lancé par Rick le fit continuer :

« Pour tout ça. » Daryl s'éclaircit la gorge, doucement, « Sophia, Shane…Merle. Tout ce que t'as fait pour tout ça c'est ton mieux pour nous tous. »

Un rire grogné, presque un sarcasme mais sans conviction quitta les lèvres de Rick alors qu'il restait à surplomber Daryl « Mon mieux ne semble pas très bien à présent. »

« Tu peux arrêter tes conneries ! Ouais, on a perdu des gens mais ce groupe-là, » Daryl pointa avec sa flèche non finie les silhouettes dormant près du feu, « On est tous en vie et je dis que nous devons te r'mercier pour ça. »

« Comment tu peux dire ça ? » La voix de Rick était calme mais indubitablement forte. « J'ai perdu cette petite fille. J'ai tué mon meilleur ami. J'ai laissé ton frère menotté sur un toit et j'ai fui un bâtiment infesté de rôdeurs ! »

Le carreau quitta les mains de Daryl quand il la jeta sur le sol alors qu'il se levait pour faire face au shérif. Regardant rapidement les autres pour être sûr qu'aucun n'ait été réveillé, il fixa Rick, gardant le contact visuel ininterrompu pour la première fois depuis que Rick le connaissait. Il n'avait jamais réalisé que ses yeux étaient si émotifs avant cet instant.

« Ah, bordel. » La voix de Daryl était plus faible qu'un murmure alors qu'il continuait, « Sophia était une gosse, elle ne savait pas ce qu'elle faisait. Elle était effrayée et elle a couru, mais tu l'as suivie. T'as tué deux rôdeurs pour la protéger mais elle s'est juste perdue sur le chemin pour nous retrouver. C'est horrible ce qu'il lui est arrivé, mais tu pouvais pas faire plus. »

« Et Shane… » Daryl brisa enfin le contact visuel, ne sachant pas comment exprimer sa prochaine pensée, mais releva ses yeux bleus avant qu'il ne recommence à parler, « Tu sais j'suis d'accord avec lui pour beaucoup de choses, mais pas sur comment il a fait les choses. Je crois qu'il pensait faire les choses correctement, tu sais, je crois qu'il pensait qu'il était le gentil faisant seulement ce qu'il devait faire pour garder en sécurité ce qui lui tenait à cœur. Mais ce n'était pas à lui de s'en charger. Ce gars était un complet trou du cul et il ne t'a pas donné d'autres choix. T'as fait c'que tu devais faire. Lui aussi. C'était lui ou toi. Lui ou ta famille. Celui qui t'en voudra pour ça est un idiot. »

Le regard de Daryl vacillait brièvement dans la direction de Lori et Rick ne le manqua pas. Le chasseur revint à sa position près du feu et sélectionna la flèche encore une fois, continuant son travail. Quelques autres secondes et Rick était à nouveau assis près de lui, posant son Colt Phython dans ses mains et le laissant reposer lourdement dans sa paume.

« Pour Merle… » La poitrine de Rick s'abaissa alors qu'il laissait sortir un souffle tant attendu.

« Jésus. Non. » Daryl leva une main rapidement pour stopper Rick. « Merle a mérité tout ce qu'il a eu. T'as pas besoin de m'dire qu'il était difficile, je sais à quel point il pouvait être dangereux. J'ai compris dès qu'tu m'as dit que des mesures désespérées étaient nécessaires avec lui pour garder le reste des gens en sécurité. C'est sûr que je voulais te tuer à ce moment là, j'étais en colère, mais j'ai compris. Et puis, il n'est pas mort. Il est trop têtu pour mourir. »

Rick sourit rapidement à la conviction de l'autre homme avant de retourner son attention vers les pensées qui pesaient lourdement dans son esprit.

« J'aimerais que les autres puissent le voir comme ça. Je peux le voir dans leurs yeux, ils ne me font pas confiance. Ils ont peur de moi. Tout ce que j'ai jamais fait c'est essayer d'aider pour survivre, ensemble. »

« Donne-leur du temps. Il le f'ront. » Daryl fit une pause momentanément. « J'te l'accorde, le discours Ricktateur les a peut-être effrayés un peu, mais ils reviendront ».

« Vraiment ? » La voix de Rick s'éleva alors que l'incrédulité tachait chaque mot, « Ma femme, qui est enceinte de mon enfant ou de celui de mon meilleur ami, ne me parle pas. Mon fils, qui a été forcé de tirer sur quelqu'un qu'il aimait, peut à peine me regarder. Carol me reproche d'avoir perdu sa fille, je peux le voir à la façon qu'elle a de me regarder à présent. Et après le CDC, après Shane, je peux les voir me questionner. Tout le monde sauf toi. Je n'ai jamais demandé ça. Je ne peux pas diriger un groupe qui me hait, qui ne me fait pas confiance. Je ne peux pas faire ça seul. »

Sa respiration était lourde et son regard ne quitta jamais le scintillement des flammes en face de lui. C'était si bon de dire ses angoisses à voix haute. Il avait été tellement occupé à essayer d'être le leader du groupe qu'il n'avait pas été capable d'exprimer les pensées qui le rongeaient par peur de paraitre faible, par peur qu'ils pensent qu'il n'était pas capable d'être fort pour eux tous. Tout ce temps il s'était senti comme s'il n'était pas capable de laisser la garde retomber et la culpabilité, l'inquiétude, la honte avaient lentement rampé jusqu'à son cou, comme s'il l'étouffait progressivement jusqu'à ce qu'il soit trop tard et qu'il ne soit pas capable de crier pour appeler à l'aide. Il pouvait doucement sentir la poigne autour de son cou se desserrer et il prit une profonde inspiration pour garder sa respiration stable.

Une main forte prit doucement son épaule et Rick fut surpris de voir qu'elle appartenait à Daryl. L'homme ne touchait pas s'il pouvait faire autrement. Le regard de Rick rencontra les yeux bleus une fois de plus et il sentit immédiatement une force qui l'avait laissé depuis longtemps déferler à travers son corps.

« Tu n'es plus seul.» Et aussi vite qu'il l'avait placée la main chuta loin de l'épaule de Rick pour revenir à son travail encore une fois.

Ils restèrent assis en silence pendant quelques minutes, Rick acceptant tout ce qui venait d'être dit et se trouvant en train de regarder le chasseur avec une affection nouvelle.

« Tu sais, je crois que c'est le maximum que j'ai entendu de toi depuis que je t'ai rencontré. » Rick le regarda en biais.

« Je parle quand quelque chose doit être dit. T'avais b'soin de parler. » Cette fois il ne regarda pas l'autre homme, comme si le précédent abaissement de ses barrières émotionnelles ne s'était jamais produit. « Tout ce broyage de noir me faisait chier. »

Il y eut un autre moment de silence avant qu'un petit rire flottât dans l'air nocturne.

« Ricktateur ? » Gloussa Rick calmement.

« T'aimes ? » Un sourire éclaira le visage de Daryl, mis en lumière par les flammes en face d'eux. « Ça m'est venu tout seul. »

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Une bosse sur la route et un changement de vitesse tirèrent Rick loin de sa mémoire. Il regarda devant pour voir les ombres menaçantes de la prison se profiler devant eux et il fit claquer sa langue contre sa bouche sèche comme du papier. Glenn avait ralenti la voiture alors qu'il hésitait à les amener à leur destination. Ils savaient tous ce qui allait se passer, quelles nouvelles ils avaient à délivrer au reste du groupe et ils savaient tous la douleur que la famille allait ressentir. C'était la même douleur qui s'asseyait lourdement, de façon écrasante, sur leurs propres poitrines.

Glenn prit une profonde inspiration, alors qu'il conduisait la voiture jusqu'aux portes, ne sourcillant même pas aux rôdeurs qui se pressaient lentement contre les fenêtres, et Carl commença à ouvrir l'entrée en bois. Glenn se tourna rapidement vers Rick et son visage était déformé par une grimace, ses lèvres tombantes et son front plissé, avant de se concentrer à nouveau pour les emmener en toute sécurité à la porte. La tête de Maggie était appuyée contre la fenêtre, les mains en boule autour du col trempé de larmes de sa veste. Sa respiration profonde était trompeuse au point qu'on pourrait presque penser qu'elle dormait, excepté les frissons fréquents qui secouaient tout son corps. Son regard était lointain et flou même alors qu'ils s'approchaient de ceux qu'ils aimaient.

Rick vit Carl regarder dans la voiture avec un sourire qui disparut rapidement dès qu'il eut croisé les yeux sur son père. Les iris du jeune garçon analysèrent les passagers de la voiture rapidement, une expression d'horreur se traçant sur ses traits, avant de tourner son attention vers la porte, et permettant à la voiture de se tirer jusqu'à l'arrêt dans la sécurité de l'enceinte. Le moteur fut coupé et les trois juste assis là, retardant l'inévitable jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus le cacher.

Alors que Rick fit précautionneusement un pas sur le terrain, ses pensées allèrent rapidement à la dernière fois où ils avaient conduit jusqu'à la prison sans Daryl. Ils pouvaient alors au moins tenir sur le fait que l'homme était encore vivant et qu'il avait choisi de rester dehors avec son frère. A l'époque, il avait eu mal, il l'avait ressenti comme une trahison, et Rick se souvint qu'il s'était retrouvé à penser alors qu'il ne pouvait imaginer que le perdre définitivement n'aurait pas été une plus grosse pilule à avaler.

Alors que ses amis, sa famille, firent tous chemin vers eux, il regarda Maggie et Glenn. Le regret était clairement gravé sur leurs visages et le mit presque à genoux mais il put y voir quelque chose d'autre. Ils le suppliaient silencieusement d'être celui qui annoncerait les nouvelles, de donner une gifle aux personnes dont il se souciait si profondément. Il s'appuya lourdement sur le capot, se stabilisant, et regarda les visages qui le fixaient. Il n'avait même pas besoin de dire quelque chose, réalisa-t-il. Les yeux errants avaient déjà recherché le quatrième membre manquant du groupe. Ils avaient déjà vu les regards sur les trois visages de retour, vu les yeux des personnes qui avaient visiblement un souvenir indésirable brûlant chaque fibre de leur être. Rick vit chacun d'entre eux réagir à leur tour. Michonne se détourna du groupe alors que les traits âgés de Hershel se creusèrent de chagrin. Il recueillit Beth dans ses bras et la mena vers Maggie et Glenn pour une embrassade Maggie tomba au sol sous le doux confort de sa famille. Les yeux de Carl chutèrent vers le sol et ses poings se serrèrent de colère avant qu'il ne décolle vers la tour de garde. Le regard de Carol tomba simplement vers une Judith endormie dans ses bras qu'elle berçait doucement, secouant la tête de gauche à droite alors que son visage s'effondrait en une masse de sanglots.

Rick réalisa avec soulagement qu'il n'avait pas prononcé les mots à voix haute et à la place baissa la tête, portant son menton à sa poitrine et gardant les yeux fermés. Autour de lui, il pouvait entendre la famille pour laquelle Daryl avait combattu si fort pour les protéger s'effondrer et ses genoux fléchirent quand il réalisa que le chasseur n'était pas mesure de les protéger de ça. Il ne pouvait plus les protéger de rien.

Non. La mort n'était pas une pilule plus facile à avaler.