Chapitre 2

Trois coups furent frappés à la porte. Ania resurgit et alla ouvrir en traînant les pieds.

« Je dois voir Mr. Sherlock Holmes, fit une voix claire et décidée.

-Je ne connais personne de ce nom là, monsieur, je suis désolée, répondit la jeune fille sur le même ton. Vous avez dû vous tromper d'adresse, je crois.

-Non, je ne crois pas, insista l'homme qu'elle commençait à juger importun. Vous êtes bien mademoiselle Ania Lestrade ?

-En effet, c'est mon nom. Mais je vous le répète, je n'ai jamais rencontré de monsieur Holmes, monsieur.

-Je suis, en fait, monsieur Holmes. Et je vous prie de me laisser voir Sherlock.

-Mais, enfin, si vous me dites que vous êtes Sherlock Holmes…

-Non. Je suis Mycroft Holmes, mademoiselle, et ce que je dois dire à mon frère est de la plus grande urgence. Je vous prierais donc…

-C'est bon, on a compris. Entre, dit Sherlock qui venait de se placer derrière Ania. Mais débranche ton téléphone portable, et aussi celui de service. »

Mycroft Holmes s'exécuta de mauvaise grâce pendant qu'Ania s'en prenait à Sherlock.

« Tu aurais pu me dire que tu avais un frère tout de même ! Un an et demi que tu crèches là et pas un mot sur ton frère ! C'est un comble !

-Il serait bienvenu que vous nous laissiez, mademoiselle. Ce que j'ai à annoncer à Sherlock est extrêmement secret. »

Ania, coupée dans son élan, resta bouche-bée. Mais avant qu'elle ait pu formuler à voix haute la moitié de ce qu'elle pensait d'être impunément écartée de toute discussion, après tant de sacrifices, ça, monsieur… Son pensionnaire avait mis une main sur son épaule et elle entendit Sherlock Holmes déclarer tout net à son frère qu'il était simplement hors de question qu'Ania quitte la pièce.

« Et ce n'est pas négociable, rajouta-t-il d'un air féroce.

-Je ne crois pas qu'elle soit indispensable, déclara Mycroft en toisant la jeune femme dont les yeux se mirent à briller de colère.

-Tu te trompes profondément. Mademoiselle Lestrade ici présente est la première et unique personne vitale pour ma sécurité. Maintenant, Mycroft, venons en au fait parce que je n'ai que très peu de temps à t'accorder. »

Tous trois s'installèrent alors, Mycroft dans le fauteuil en face de la fenêtre, Sherlock en tailleur dans l'autre… et Ania par terre, prenant comme dossier l'accoudoir du fauteuil de Sherlock et se faisant la réflexion qu'un fauteuil de plus n'aurait pas été du luxe. En fait de très peu de temps, la conversation des deux frères, très technique, dura plus de cinq heures. Ania qui n'y comprenait rien et qui avait suivi des cours toute la journée se sentit de plus en plus fatiguée, mais ne bougeait pas, ne voulant pas couper la discussion. Peu à peu, ses yeux se fermèrent et sa tête vint s'appuyer contre le genou de Sherlock. Mycroft la fixa un moment.

« Elle s'endort, fit-il enfin à Sherlock en désignant la jeune femme d'un signe de tête.

-Je sais, répondit son frère sans même jeter un coup d'œil. Mais tu me dois encore quelques précisions à propos de cette affaire, et trois heures pour que je puisse finir de la résoudre. »

Pourtant, au grand étonnement de l'aîné, Sherlock saisit le patchwork qui pendait sur l'accoudoir du fauteuil, et l'étendit sur Ania. Puis lorsqu'il reprit la conversation, il baissa légèrement la voix et veilla à ne pas trop bouger afin que la jeune femme soit le mieux calée possible. Mycroft, peu habitué à ce que son frère ait un comportement attentif vis-à-vis de quelqu'un, lui fit remarquer, mais Sherlock, perdu dans ses pensées, ne répondit pas.