Chapitre 4
Quelques secondes plus tard, l'inspecteur Lestrade entra dans l'appartement, et prit sa fille dans ses bras.
« Je suis content de te revoir.
-Moi aussi ! Comment ça va ? Pas trop de travail ?
-Malheureusement si. Le taux de criminalité de Londres est en train de remonter en flèche, on compte un meurtre par semaine environ. Mais je ne suis pas venu pour ça… Il est bien ton studio. Très lumineux.
-Oui, c'était une caractéristique à laquelle je tenais absolument.
-Tu as déjà fini de t'installer ?
-Il me reste deux cartons. Ma théière doit être dans l'un d'eux d'ailleurs. Veux-tu du thé ? Oui ? Jasmin ça te va ? Parfait. »
Ania extirpa sa théière d'un carton et mit de l'eau à chauffer.
« Et maintenant, raconte-moi !
-Quoi ?
-Eh bien, ces affaires de meurtres ! Ca m'intéresse figure toi.
-Je ne suis pas sensé en parler en dehors du travail…
-Je ne vais pas tout raconter à la presse, ne t'inquiète pas ! plaisanta Ania. Allez, s'il-te-plaît… »
Lestrade ne se fit pas prier davantage. Sa fille était certainement ce qu'il aimait le plus au monde, portrait craché de sa femme, morte alors qu'Ania avait sept ans.
Il lui apprit que la vague de meurtres était partie du centre de Londres et s'étendait maintenant à sa banlieue. Nombre de ces assassinats étaient particulièrement affreux, mais après deux mois d'enquêtes, la police n'avait toujours pas avancé d'un pouce.
« Les gens commencent à être terrifiés.
-On les comprend ! Douze meurtres en deux mois, et aucun résultat, c'est la catastrophe !
-Oui, admit Lestrade. Si seulement…
-Seulement quoi ?
-Eh bien, je suppose qu'un cas pareil aurait intéressé Sherlock Holmes…s'il n'était pas mort, fit l'inspecteur en secouant la tête, comme pour chasser ses mauvais souvenirs. »
Au nom du détective, Ania avait senti ses joues s'enflammer, mais il commençait à faire trop sombre pour que son père remarque quoi que ce soit.
« Oui, tu m'as déjà parlé de lui.
-On ne pouvait pas ignorer Sherlock Holmes… Il était doué, très doué. »
Un silence tomba. Lestrade se leva alors, étreignit brièvement sa chère fille et prit congé. Ania, perdue dans ses pensées, alla préparer le repas. Après avoir mis de l'eau à chauffer sur la gazinière, Ania se retourna, assiettes dans les mains, pour mettre la table…et sursauta tellement fort que celles-ci lui échappèrent des mains.
« Sherlock !
-Ttt Ttt, beaucoup trop prévisible, sourit l'intéressé qui posa les assiettes intactes, sur la table.
-Tu pourrais prévenir !
-Eh bien non justement. C'était pour voir ta réaction, tu aurais dû m'entendre arriver.
-Je réfléchissais. J'imagine que tu es là depuis un moment ?
-Trois quarts d'heure.
-Tu t'intéresses depuis longtemps à cette vague de meurtres ? Quelles sont tes conclusions ?
-Je suis arrivé à trois réponses possibles. Il faudrait pour que je puisse classer l'affaire que je vois au moins une des victimes.
-Tu pourrais demander à Molly, non ? Papa a dit que c'était elle la responsable morgue de cette affaire-là.
-Molly me trahirait.
-Elle ne l'a pas fait jusque là.
-Parce qu'elle n'est pas sûre à cent pour cent que je sois en vie. Ce n'est pas elle qui s'est occupé du corps tombé dans la rue.
-Elle ne m'aurait pas demandé…
-N'insiste pas. »
Intrigués, les sourcils d'Ania s'envolèrent, mais elle ne répliqua pas. Elle en avait appris tellement peu sur Sherlock Holmes, malgré presque deux ans qu'ils vivaient ensemble. Par contre, elle savait parfaitement qu'il la connaissait par cœur. Rien ne lui échappait.
