Chapitre 12

Sherlock ordonna d'évacuer le théâtre, et une fois qu'il fut complètement vide, entra seul avec Ania à l'intérieur. Toutes les lumières étaient allumées, et on avait l'impression que les spectateurs allaient arriver d'un instant à l'autre, assister à un concert. Ania frissonna : tout était immense et mort, elle n'aimait pas cette ambiance, c'était beaucoup plus inquiétant que si le théâtre était plongé dans le noir. Brusquement un peu angoissée, Ania serra sa dague à sa ceinture et ramena son blouson sur elle.

« Tu as froid ? demanda Sherlock en lui jetant un coup d'œil.

-Je suis gelée, mais pas à cause de la température, répondit-elle. Sherlock, que cherche-t-on exactement ?

-Une des chanteuses de la comédie musicale du moment s'est écroulée sur scène hier soir. On a tout d'abord pensé à un malaise, jusqu'à ce qu'on découvre du cyanure dans sa loge.

-Je suppose que ce n'est pas un suicide ?

-Elle tenait le premier rôle.

-La pression était peut-être trop forte, elle a voulu en finir. Ou alors une de ses camarades convoitait le rôle et l'a éliminée. Mais ce n'était pas très intelligent de faire ça un soir de représentation.

-Tout ce que tu as dit est possible…

-Mais ?

-Mais tu te trompes. Ce que nous cherchons se trouve sur la scène, fit Sherlock en entrant dans la salle de représentation.

-Sur la scène ?!

-Et c'est de la taille d'une aiguille, à peine.

-Tu as vu la taille de la scène, gémit Ania.

-Bien sûr, mais il faut commencer par chercher autour de l'endroit où est tombé le corps.

-Eh bien, allons-y, soupira Ania. »

Elle monta agilement sur la scène éclairée de mille feux, fixa un moment les fauteuils vides puis se mit en quête de l'objet minuscule. Elle passa presque une demi-heure à plat ventre sur le parquet, une loupe à la main, avant de se demander ce que faisait Sherlock, qu'elle n'entendait pas. Elle se releva, s'épousseta rapidement et regarda autour d'elle. Le détective était tranquillement assis au milieu de la salle dans un des fauteuils en velours rouge, et la fixait d'un air intéressé.

« Je peux savoir ce que tu fais ? demanda Ania poliment.

-Je te regarde, répondit le détective sans se troubler.

-Qu'est-ce que tu attends pour m'aider ?!

-Tu venais de trouver, tu n'aurais pas dû te relever.

-Quoi ? »

La jeune femme s'accroupit et fouilla le sol du regard un moment, avant de saisir une aiguille très fine. Elle rejoignit Sherlock.

« Comment savais-tu ?

-J'avais prévu qu'on trouverait cet objet là. À ton avis, qu'est-ce que c'est ?

-On dirait une aiguille à quilter, sauf qu'à la place du chas il y a une fiole minuscule.

-Une aiguille à poison. Elle était couchée quand tu l'as trouvée, n'est-ce pas ?

-Oui, mais comment… ? »

Sherlock fixait Ania, qui progressivement compris ce qui s'était passé.

« Il a suffit qu'elle mette le pied dessus pour que le poison s'échappe et se répande… Mais il fallait que le meurtrier soit très sûr de lui… N'importe lequel des danseurs aurait pu marcher dessus!

-Elle est morte au tout début du spectacle. Quelqu'un avait préalablement enfoncé l'aiguille dans son chausson de danse.

-Donc c'est forcément une ou un des danseurs.

-Non ! Il y a énormément de monde en coulisses, avant un spectacle.

-Alors on ne retrouvera jamais l'assassin…

-Il est déjà arrêté et sous les verrous à Scotland Yard. Tout ce qu'il me fallait, c'était une preuve. Il va en avoir pour des années de prison. »

À peine Sherlock eut-il fini sa phrase que toutes les lumières du théâtre s'éteignirent d'un coup.

« Une panne de courant ? chuchota Ania.

-Impossible, répondit Sherlock. »