Chapitre 13
La main sur sa dague, Ania se plaça automatiquement devant Sherlock, sur le qui-vive. Mais celui-ci la pris par le bras et la guida parmi les sièges. Arrivés à la porte, ils la trouvèrent verrouillée. Sherlock saisit la dague de la jeune femme et l'introduisit dans la serrure. À peine quelques secondes plus tard, elle s'ouvrait, et tous deux se retrouvèrent dans le hall du Châtelet. Les lumières étaient aussi éteintes. Il ne fallait que quelques mètres pour atteindre la sortie, mais une ombre passa furtivement devant eux, et s'enfonça dans les ténèbres du théâtre. Sherlock se lança immédiatement à sa poursuite, et Ania, après avoir hésité un instant, le suivit. Elle vit les deux silhouettes devant elle tandis qu'elle s'efforçait de rattraper Holmes, mais à la fin du couloir, elle se retrouva seule dans la fosse d'orchestre, dans la pénombre. Allumer une des lampes de pupitres aurait été idiot, la première chose qu'elle avait apprise était de ne jamais donner sa position dans une situation de danger direct, car cela servait plus l'agresseur que soi-même. Mais où avaient-ils pu passer ? Elle jeta un coup d'œil dans la salle : elle était complètement vide. En longeant la cloison, elle arriva à l'autre entrée de la fosse. Verrouillée.
« Zut, pensa-t-elle. Il faut pourtant que je retrouve Sherlock, je suis sensée le protéger. »
Saisissant une de ses épingles à cheveux, elle entreprit de faire céder la serrure, et passa finalement la porte. Le couloir semblait interminable et n'était pas plus éclairé que la fosse d'orchestre. À un embranchement, Ania prit la direction des coulisses. Le silence lui faisait craindre qu'il soit arrivé malheur à son employeur, et elle hâtait le pas, courant presque. Elle arriva dans l'arrière-scène, chercha des yeux un boîtier électrique. Elle savait qu'il y en avait toujours un proche des rideaux. Elle le repéra enfin et s'avança pour l'activer, mais avant qu'elle ait pu l'effleurer, elle fut brusquement saisie et tirée en arrière, une main sur sa bouche pour l'empêcher de crier. Dans un moment de panique, elle tenta de se débattre, mais celui ou celle qui la tenait la plaqua fermement contre son torse, et elle entendit Sherlock lui murmurer à l'oreille :
« Tu es folle ?! Si la lumière revient, nous sommes perdus. »
Ania se détendit instantanément, et Sherlock la retourna contre lui pour la regarder dans les yeux.
« Tu n'es pas blessée ? Non ? Formidable. Viens par là. »
Sans la lâcher, il l'entraîna dans une des loges d'acteurs et verrouilla la porte. Là seulement il sembla plus tranquille, et redonna sa dague à la jeune femme.
« Et maintenant, que fait-on ? demanda-t-elle. On trouve un moyen de sortir du théâtre ou au contraire on fait une chasse à l'homme ?
-Il faut mettre la main sur cet individu, répondit Holmes aussitôt. Parce que lui nous cherche et ne sortira pas d'ici tant qu'il ne nous aura pas eu.
-Le trouver avant qu'il nous trouve. D'accord. Mais on ne se sépare pas.
-Non, ça deviendrait bien trop dangereux.
-Bon, réfléchissons. Il y a deux options. Soit il est sans cesse en mouvement dans la théâtre, soit il fait le guet dans un coin, attendant qu'on passe à côté pour nous tomber dessus. Personnellement, je préfère la deuxième option.
-Mais il y a beaucoup plus de chances qu'il ait adopté la première…
-Je sais. Allons-y. »
Ania ressortit dans le couloir, Sherlock sur ses talons. Lentement, ils progressèrent en direction de la scène, vigilants. Le moindre grincement les arrêtait, aux aguets. Il s se retrouvèrent pourtant parmi les premiers rangs des fauteuils du parterre sans aucun incident. Ania grimaça.
« On va mettre des heures à la retrouver, murmura-t-elle.
-Il va bien falloir qu'il se montre, répliqua Sherlock. »
Pas sûr, pensa la jeune femme.
