Chapitre 14
Cela faisait maintenant deux heures qu'Ania et Sherlock arpentaient le théâtre, sans résultat. La jeune femme en avait par-dessus la tête. Elle avait envie de crier, de courir, de se défouler. À côté d'elle, Sherlock restait d'un calme exaspérant. Et puis brusquement, la lumière revint, aveuglante. Surpris, la garde du corps et la détective s'immobilisèrent. Sherlock changea aussitôt de direction, entraînant Ania. Lorsqu'ils arrivèrent dans le hall, ils tombèrent nez à nez avec un vieil homme barbu, mais dont la main qui braquait sur eux un pistolet ne tremblait pas.
« Monsieur Holmes, tellement prévisible… Mademoiselle, je n'ai pas l'honneur de vous connaître, par contre. Vous-seriez vous marié sans que je le sache, Holmes ?
-Philippe Vieunoir, je m'étonnais de ne pas avoir reçu votre faire-part de décès.
-Je n'ai pas quatre-vingt ans, c'est uniquement votre faute si je vieillis prématurément. Vous ne m'avez pas répondu : qui est cette jeune femme, Holmes ? le ton devenait menaçant.
- Mademoiselle est mon garde du corps, répondit seulement Sherlock. Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus.
-Garde du corps… Seriez-vous devenu vulnérable ?
-En aucun cas. Que voulez-vous, Vieunoir ? Dites, qu'on en finisse.
-Ma vengeance. Cela fait trois semaines que tu me traques sans relâche, démantelant tout mon réseau et me faisant presque finir sous les barreaux. Mais je vais te détruire aussi.
-Je croyais que la vengeance était un plat qui se mangeait froid.
-Mais l'occasion s'est présentée, il fallait que j'en profite ! »
Et il partit d'un rire fou, haineux. Ania, qui observait les deux hommes silencieusement se sentit soudain glacée. Vieuhoir s'approcha lentement d'elle, l'air intéressé, mais avant qu'il puisse faire quoique ce soit, Sherlock avait saisi la jeune femme par les épaules et la serrait contre lui.
« Ne vous avisez pas de la mêler à ça ! prévint-il vivement.
-Oh, quel touchant protecteur tu fais… Mais il faut qu'elle fasse son travail, qu'elle mérite son salaire. Allons, mademoiselle, vous êtes garde du corps, non ? un affreux rictus s'afficha sur son visage.
-Il a raison, Sherlock, c'est mon métier, chuchota Ania.
-Hors de question. Il est capable de tout.
-C'est vrai, je serais même capable de loger une balle de mon pistolet dans le buste de mademoiselle, fit le vieil homme.
-Vieunoir, laissez-la sortir, et ensuite nous réglerons…
-Oh non ! Non, non, non, Holmes. Si mademoiselle est ton point faible, je ne vais certainement pas t'en priver… »
Le regard se fit terrible. Sherlock saisit le poignet d'Ania, et lui glissa quelque chose dans la main.
« Tu donneras cela à ton père, lui murmura-t-il à l'oreille. Au moment où je me jetterai sur lui, coure vers la sortie. Ne t'arrête pas. Ne te retourne pas. Retrouve Mr. David et rentrez à Londres. »
Ania plongea son regard dans celui de Sherlock et acquiesça lentement. Philippe Vieunoir s'impatientait, elle l'entendit amorcer son arme.
« Allons Holmes ! Je n'ai pas toute la journée, décide –toi.
-Laissez-la partir et je suis votre homme.
-Non. »
A peine eut-il prononcé ce mot que Sherlock bondissait sur lui. Ania ne réfléchit pas et se mit à courir, la porte n'était qu'à quelques mètres. Mais elle ralentit pour saisir la poignée, et au même moment un cri la fit sursauter.
