Chapitre 15

Ania entendit le coup partir, elle se retourna et aperçut le pistolet braqué sur elle. Elle n'eut même pas le temps de se rendre compte qu'elle tombait, juste avant que la douleur fulgurante ne l'envahisse, elle sombra dans le noir.

Dans le train qui la ramenait à Londres, elle reprit brièvement conscience, allongée sur la banquette du compartiment. Elle tourna la tête, vit Sherlock assit en face d'elle, le visage fermé, les yeux fixes. Puis la douleur remonta tout le long de son corps, et elle s'évanouit de nouveau. Brusquement, une lumière aveuglante, et une voix qui l'appelait, qui insistait. Au moment où elle ouvrit les yeux, tout son corps reprit sa consistance, et elle faillit se retrouver mal. Puis la douleur refoula, et elle eut un faible sourire en regardant autour d'elle.

Elle se trouvait dans la chambre de Sherlock, à Baker Street, le docteur Watson en train de vérifier la perfusion qui la maintenait sous anesthésiants, et Sherlock assis en tailleur sur la moquette au pied du lit, pâle comme la mort et avec une dizaine de patchs de nicotine répartis sur ses avant-bras. Il ne fit pas un geste quand Ania tendit la main vers lui, et ce fut le docteur qui attrapa son poignet, vérifiant son pouls. Il eut alors un grand sourire :

« Eh bien, on peut dire que vous avez failli y passer. Mais c'est bon, vous êtes tirée d'affaire cette fois. »

Ania le remercia d'une voix faible encore, mais chaleureuse. John lui conseilla alors de ne pas se montrer impatiente.

« Le fait que vous ayez repris définitivement conscience ne veut pas dire que vous êtes guérie. Il va vous falloir au moins un mois d'immobilité complète, et ce n'est pas négociable. Pour ce qui est des détails, Sherlock vous expliquera quand il sera un peu plus…lucide.

-Qu'est-ce qu'il a ? demanda Ania.

-Il culpabilise, répondit seulement Watson. Ça ne lui était encore jamais arrivé, alors forcément…, il jeta un coup d'œil désolé à la silhouette immobile et absente de Sherlock. Dans une petite heure, il devrait être remis, je pense. En attendant je vais vous endormir, ça aide à récupérer. Si jamais vous vous réveillez avant que je revienne, je serais dans la pièce à côté. »

Et il injecta un produit dans la perfusion. Les yeux d'Ania se fermèrent aussitôt.

Elle sentait que l'on s'activait autour d'elle, mais elle avait encore l'impression d'être allongée dans un brouillard épais. Des éclats de voix tout proche la tirèrent de sa torpeur. Sherlock était assis à côté d'elle, sur le bord du lit, tandis que l'inspecteur Lestrade arpentait la pièce, visiblement hors de lui. Trop faible pour faire un geste, Ania se contenta de les regarder. Apparemment, son père venait de passer un savon au détective pour avoir trop exposé sa fille au danger. Il n'en finissait plus de le traiter d'irresponsable, d'inconscient,… La jeune femme se força à intervenir.

« Papa, appela-t-elle doucement. Ce n'est pas la faute de Sherlock, papa, s'il-te-plaît. »

Les deux hommes se tournèrent d'un bloc vers elle. L'inspecteur Lestrade était tellement soulagé de voir sa fille en vie qu'il en aurait pleuré. Le visage de Holmes se détendit et un sourire s'esquissa sur ses lèvres.

« Ania ! Ma petite fille, comment te sens-tu ? Lestrade se pencha sur elle et l'étreignit un moment.

-Bien, très bien, ne t'en fais pas, répondit-elle tranquillement. Encore un peu fatiguée, mais ça va.

-Bon. Il jeta un regard assassin à Sherlock, qui se leva et sortit de la pièce. J'ai vu le docteur Watson en arrivant. Je voulais que tu reviennes à la maison, mais il dit qu'il faut que tu restes immobile. Alors j'ai peur que tu ne doives rester ici. Mais je t'apporterai de quoi t'occuper, et je viendrai souvent. »

Ania sourit et acquiesça. Son père se rendit compte qu'elle était encore faible, et après une demi-heure, retourna travailler, ne voulant pas la fatiguer trop longtemps.