Chapitre 16

Sherlock rentra doucement dans la chambre, espérant qu'Ania se serait rendormie. Mais la jeune femme avait les yeux bien ouverts, et le regard clair.

« Tu as besoin de quelque chose ? s'enquit gentiment le détective.

-Oui, que tu m'expliques, répondit Ania sur le même ton. »

Sherlock soupira, mais s'assit près d'elle sur le lit.

« C'est plutôt simple. Cet homme, Vieunoir, est un criminel que je m'efforce d'enfermer depuis un mois. Le meurtre du Châtelet était son œuvre. Je pensais ne pas prendre de risque en allant à Paris, car Scotland Yard était sur le point de le boucler. Mais il a réussi à leur échapper, j'ignore comment. Il est fort probable que le meurtre en France était un piège. Je suis désolé de t'avoir emmené là-bas.

-Que s'est-il passé après que je me sois évanouie ?

-Rien. Je t'ai ramené à Londres, enfermée ici, et j'ai demandé à John de te soigner.

-Et Vieunoir ?

-Il est en fuite. Certainement en Allemagne.

-Mais je croyais que tu le tenais, s'exclama Ania ! N'était-ce pas pour cela que tu m'as dit de partir avec monsieur David ?

-Si, mais… Même s'il n'avait pas touché un de tes organes vitaux, ta jambe était quand même salement amochée….

-Alors tu l'as laissé, et tu t'es occupé de moi ?

-Oui, fit Sherlock avec un sourire. Ton père m'aurait tué si je t'avais ramenée sans vie. »

Ania lui sourit en retour.

« Et pour ma jambe ?

-John a dit que tu ne garderais pas de séquelles. Mais j'ai peur que tu ne doives rester un mois ici, avec le moins de déplacements possibles. Interdiction de sortir, et même de descendre les escaliers.

-Donc pendant trente jours, ma vie va se résumer à votre salon, votre cuisine, ta chambre et votre salle de bains ?

-Oui.

-J'ai le droit d'aller sur le pallier, aussi ? demanda Ania avec humour. »

Le docteur Watson rentra alors dans la pièce, et parut ravi de voir la jeune Lestrade en si bonne forme.

« Le plus important, c'est le moral, déclara-t-il en vérifiant le pouls d'Ania.

-Le moral, le moral, on en reparlera dans quelques semaines. Si je ne peux pas sortir me défouler, je vais devenir ignoble, répliqua-t-elle. Et comme vous allez être obligés de faire mes courses… Vous allez souffrir…ajouta-t-elle d'un air faussement menaçant. »

Cela les fit tous rire, et Sherlock promit de prendre bien soin de la jeune femme pendant que Watson serait au travail. Et pour prouver sa bonne foi, il descendit immédiatement voir Mrs Hudson, et revint quelques minutes plus tard avec un plateau garni de biscuits et de tasses de thé. Ania soupira légèrement.

« Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pendant un mois ?

-Quand John sera absent, tu me fileras un coup de main pour les enquêtes, proposa Sherlock.

-C'est vrai que maintenant que j'ai retrouvé du travail, je vais être beaucoup moins à l'appartement.

-Engagé par un cabinet de médecins indépendant ou par un hôpital ? interrogea Ania.

-Un cabinet de médecins. Un des leurs vient de partir à la retraite, et ils sont débordés.

-Alors je deviens consultante du détective consultant, c'est ça ? plaisanta la jeune femme.

-Oui, c'est à peu près ça, répondit Sherlock en souriant. Mais tu passeras quand même une bonne partie de la journée à te reposer, John a été très clair là-dessus.

-Absolument. Surtout pas de surmenage.

-D'accord, d'accord… »