Chapitre 17

(Trois semaines plus tard)

Sherlock entra dans la chambre et contempla en silence Ania, plongée dans sa lecture. Celle-ci releva la tête.

« Quelque chose ne va pas ? s'informa-t-elle. »

Puis elle aperçut la lueur de découragement dans les yeux du détective. Sans rien dire, elle lui fit de la place à côté d'elle. Il s'assit, le regard un peu vague.

« Ce n'est pas grand-chose, juste un maillon qui manque pour boucler la chaîne, dit-il, plus pour lui-même que pour Ania.

-Explique-moi, demanda-t-elle doucement.

-Ton père travaille depuis une semaine et demie sur l'affaire de l'université.

-L'étudiant disparut en plein jour, au milieu de tout le monde ?

-Oui. De nombreux témoignages affirment l'avoir vu à son cours de langue, mais dix minutes après, il n'était pas à son cours de géographie.

-A-t-il quitté la salle de langue ?

-C'est une certitude. En fait, en recoupant les témoignages, il a disparut entre 10h08 et 10h13. C'est avant d'entrer dans la salle de géographie que ses amis se rendent compte qu'il n'est plus avec eux.

-Bon. Et on ne l'a pas revu depuis. Et alors ? Qu'est-ce qui te manque ?

-Pourquoi sa petite amie ment-elle lorsqu'elle affirme ne pas être allée au cours de langue avec lui ?

-Elle y est vraiment allée ?

-Oui. Sa meilleure maie est formelle, elle était placée juste devant eux et s'est retournée plusieurs fois. Les amis du disparu déclarent la même chose, mais elle s'obstine à dire qu'elle n'y était pas.

-Comment s'appelle-t-il, au fait ?

-Qui ?

-Le disparu.

-Oh, ça n'a aucune importance.

-Tu peux bien me le dire dans ce cas.

-Je ne m'en rappelle pas.

-Menteur. Pourquoi papa et toi refusez-vous de me dire son nom ? Est-ce une de mes connaissances ?

-…

-Sherlock. Son nom.

-David…

-Nathanaël ?

-Tu l'appelles par son prénom ?

-Et pourquoi pas ?

-Tu le connais à peine, tu ne l'as vu que deux fois.

-Faux ! Il est à Londres depuis deux semaines, et est souvent passé prendre de mes nouvelles.

- La dernière fois, c'était… ?

-Est-ce que ça te regarde ?

-Quel jour ?

-Lundi, répliqua Ania en croisant les bras. Je ne vois pas pourquoi tu t'énerves comme ça.

-Ania, bon Dieu ! Lundi, c'était il y a deux jours !

-Et alors ? Il vient quand il veut. »

Sherlock prit Ania par les épaules et se retint pour ne pas la secouer comme un prunier.

« Deux jours ! Il est censé avoir disparu depuis une semaine, ton Nathanaël, cria-t-il. »

Ania comprit, du coup.

« Ah ! Mais c'est bizarre ça. Mais ce n'est pas mon Nathanaël, reprocha-t-elle à Sherlock.

-Pourquoi ne m'as-tu pas dit avant qu'il était venu ?

-Je n'étais pas au courant de sa disparition, répondit-elle avec un sourire angélique. »

Sherlock commençait à être exaspéré.

« Je vais te faire passer par la fenêtre, si tu ne te dépêches pas de me donner plus de détails, prévint-il.

-Tu t'en voudrais, j'en aurais pour au moins deux mois d'immobilité forcée en plus. C'est bon, ne t'énerves pas. Pourquoi il se fait passer pour disparu, je n'en sais rien. En deux semaines, il est venu cinq fois.

-Combien de temps restait-il ?

-Je ne sais pas… Ça dépendait…Une paire d'heures généralement.

-Vous vous disiez beaucoup de choses pour qu'il reste aussi longtemps, jeta Sherlock légèrement.

-Il me racontait la vie en France, sourit Ania.

-C'est tout ?!

-Oui. Moi, je lui racontais la vie en Angleterre.

-Tu te fiches de moi, fit Sherlock, incrédule.

-Absolument pas. Il est très gentil, tu sais. »

Sherlock allait répliquer qu'il ne voulait pas le savoir, quand Mrs Hudson, précédée d'une théière, fit irruption.