Chapitre 19

Nathanaël David, qui venait rendre visite à Ania, fut très surpris et pas tellement ravi de trouver Sherlock Holmes avec elle. Il n'avait apparemment pas très envie de lui parler, comme le montra sa tentative pour prendre les jambes à son cou. C'était sans compter la détermination de Sherlock, qui lui, avait la ferme intention d'engager la conversation avec le jeune homme. Alors que Nathanaël allait faire demi-tour pour s'enfuir, le détective le saisit par le bras.

« Miss Lestrade serait déçue si vous partiez si vite, dit-il en amenant le jeune homme au milieu de la pièce. »

Nathanaël n'opposa pas de résistance, acceptant en souriant de s'être fait piéger si facilement.

« Mr. Holmes, je ne m'attendais pas à vous revoir si…rapidement.

-Personnellement, je ne m'attendais pas à vous revoir du tout, répondit Holmes.

-Sherlock, je trouve Nathanaël bien présent, pour un disparu…

-Pouvons-nous en déduire que monsieur se cache ? fit Sherlock en plantant Nathanaël sur une chaise et en commençant son interrogatoire.

-Je n'ai rien à vous dire, répliqua sèchement Mr. David. Ania, je croyais pouvoir vous faire confiance…

-Sherlock m'a piégé autant que vous. Je n'avais aucune intention de dire que vous étiez venu.

-Allons, Mr. David, il va nous falloir quelques petites explications. Pourquoi vous faites-vous passer pour disparu ?

-Cela vous intéresse donc tant ?

-Nathanaël, intervint doucement Ania, des forces de police ont été mobilisées, et c'est mon père qui est chargé de l'enquête.

-Je me cache, c'est vrai, lâcha finalement le jeune homme.

-Pourquoi ? insista Sherlock.

-Je reçois des lettres de menaces.

-Depuis une semaine ?

-Oui.

-Et qui vous les adresse ? Pourquoi n'avez-vous pas demandé de protection ?

- C'est ma petite sœur qui me les envoie. »

Ania et Sherlock restèrent un instant bouche bée. Puis Ania reprit :

« Est-ce qu'elle…a des raisons pour…

-Pour me menacer ? Nathanaël éclata d'un rire nerveux. Non, je ne crois pas. Cela fait un moment que je pense qu'elle est psychologiquement malade, mais nos parents ne veulent pas la faire ausculter. Donc je l'évite. Et donc elle pense que j'ai disparu. C'est d'ailleurs elle qui a prévenu la police, n'est-ce pas, monsieur Holmes ?

-C'est exact. Mais il va falloir vous manifester, vous ne pouvez pas ignorer les avis de recherche à votre sujet plus longtemps. Trouvez donc un moyen de faire voir un médecin à votre sœur, mais ne gâchez pas mon temps !

-Sherlock ! Comment peux-tu dire des choses pareilles !

-Ne t'insurges pas, Ania, tu sais pertinemment que j'ai raison. Si j'étais vous, monsieur David, je me précipiterais à Scotland Yard et je demanderais à voir l'inspecteur Lestrade. Je lui raconterais mon histoire, et je prierais pour qu'il ne me frappe pas. C'est un conseil. J'ajouterai même qu'il faudrait que vous fassiez preuve de plus de courage face à vos sentiments. »

Sherlock fixa Nathanaël. Celui-ci soupira, puis se leva lentement.

« Je crois que vous avez raison, je vais aller à Scotland Yard. Mais pour ce qui est de mes sentiments, ne venez pas me donner de leçon là-dessus, Mr. Holmes. Je sais parfaitement que j'ai plus d'expérience que vous sur ce sujet. »

Il quitta alors la pièce, sans plus un regard pour Sherlock, ni même pour Ania qui tenta pourtant de le retenir. Le détective se tourna vers la jeune femme.

« Comment pourrait-il en savoir plus que moi ? Il me semble que …

-Non, Sherlock. Pour ce qui est des sentiments, je crois que tu es complètement imperméable à ce sujet.

-Qu'est-ce que tu en sais ?

-Si tu avais des sentiments, ne serait-ce qu'un peu, tu comprendrais ceux des autres ! s'exclama Ania en attrapant son livre et en se réfugiant derrière, signe que la conversation était terminée. »