Chapitre 21
Pendant une paire de jours, Ania joua le rôle de secrétaire et de standardiste pour tous les potentiels clients désespérés qui venaient demander de l'aide au détective.
Un matin, elle entra dans la chambre de Sherlock et tira énergiquement les rideaux.
« Sherlock Holmes, debout ! Il fait jour. »
Pour toute réponse, le détective se retourna dans son lit. Ania prit un malin plaisir à arracher les couvertures du lit. Sherlock, s'y étant accroché, valdingua avec.
« Ça va pas la tête ?! s'insurgea-t-il.
-Quatre jours que tu dors. Il serait temps de manger, tu ne crois pas ?
-Comment quatre jours ? Tant que ça !
-Il va être temps de te remettre au travail, tu as toute une pile de dossiers qui t'attend. Petit-déj' ?
-Euh… Oui, avec plaisir, merci. »
Sherlock s'enferma dans la salle de bains pendant qu'Ania préparait du jus d'orange. En entrant dans la cuisine, le détective eut une exclamation de stupeur.
« Que s'est-il passé ici ?
-Ben, j'ai fait le ménage, répondit tranquillement la jeune femme. Avec John, on a acheté un frigo juste pour toi, regarde. Comme ça on ne retrouvera plus de phalanges au milieu des carottes.
-Et ma culture de bactéries ? gémit Sherlock.
-En haut de cette étagère-là. Café ? »
Ania servit Sherlock, se servit un thé et apporta les paquets de notes prises pendant les quatre derniers jours. Elle en fit deux piles sur la table, et désigna la plus petite des deux.
« Là, ce sont les affaires qui me paraissent avoir un intérêt. Et à côté, ce sont les autres. Je me suis dit que tu aimerais y jeter un œil quand même. »
Sherlock la remercia, attrapa son ordinateur et commença à éplucher avec attention l'écriture fine de la jeune femme. Elle n'avait pris aucun parti, gardant un style parfaitement objectif.
Le docteur Watson fit irruption dans la cuisine.
« Sherlock ?! Tu es réveillé, enfin !
-Nuance : c'est elle qui m'a réveillé, répondit distraitement Sherlock en désignant Ania.
-Je n'en pouvais plus de jouer à la secrétaire. Il me faut de l'action !se justifia la jeune femme. »
John hocha la tête. Ils prirent leur petit-déjeuner en silence, chacun plongé dans ses pensées. Le docteur Watson fut le premier à partir à son travail. Ania sortit peu après pour faire quelques courses, laissant Sherlock dans l'appartement. Lorsqu'elle revint, elle trouva le détective allongé sur le canapé, fixant le plafond.
« Ça va ? s'informa-t-elle en rangeant les courses.
- Je n'ai plus envie, répondit simplement Sherlock.
-Je te demande pardon ?
-Les cinq affaires potentiellement intéressantes ne m'intéressent pas. Pas plus que les autres. Je n'ai pas envie de les résoudre.
-Eh bien, tu expliqueras ça à ces gens. Je m'en fiche après tout.
-Je n'ai plus envie de résoudre des affaires, je n'ai plus envie d'aller examiner les cadavres à St Bart's, je n'ai plus envie de me lever, mais je n'ai pas non plus envie de rester allongé. Je me sens vide. »
Ania poussa la tête hors de la cuisine et regarda Sherlock, les sourcils froncés.
« Tu es malade ?
-Non. Je ne veux simplement plus être détective consultant. Je ne veux plus résoudre d'enquêtes. »
Si, songea Ania. Il est malade, c'est évident.
