Chapitre 26
Sherlock, après trois semaines à Lyme Regis, finit par rentrer à Baker Street en pleine forme. Il était resté deux semaines de plus avec Ania et John, tandis que Mycroft et Molly reprenaient leur travail à Londres, ne pouvant pas s'absenter plus d'une semaine.
Le lendemain du retour, l'inspecteur Lestrade fit irruption dans le salon du 221b, alors même qu'Ania dormait encore. Sherlock dut aller demander à Mrs Hudson de la réveiller, la jeune femme ayant repris ses quartiers chez la logeuse.
Les cheveux en bataille, et en pyjama, Ania s'écroula dans le fauteuil de Sherlock et regarda son père d'un œil vague. Celui-ci était visiblement assez remonté.
« D'abord il y a eu ce David, Nathanaël, c'est ça ? Et puis maintenant qu'il ne te donne plus de nouvelles, tu t'intéresses à Fitzwilliam. Mais qu'est-ce que tu as dans la tête ?
-De quoi parles-tu ?
-Il vient d'être nommé à Scotland Yard et il y avait ton nom sur ses références ! À quoi joues-tu, ça t'amuse de pistonner les campagnards ?! »
Ania ne comprenait rien.
« Sherlock, s'il-te-plaît, Sherlock, j'ai besoin d'une tasse de thé. »
Sherlock fixa un moment sa tasse de café, puis se leva et se dirigea vers la cuisine. On l'entendit manipuler la théière. Lestrade regarda sa fille d'un air ahuri.
« Qu'est-ce qui lui arrive ?
-Il me rend service. C'est autant dans son intérêt que dans le mien. Maintenant, reprends doucement et clairement. C'est quoi cette histoire avec Nathanaël et ce Fitzwilliam ?
-L'inspecteur Luke Fitzwilliam vient d'être parachuté à Scotland Yard, et ce grâce à toi.
-Tu me reproches quelque chose que je ne savais même pas, répliqua Ania qui commençait à se réveiller. Et puis, je n'ai pas assez de contact ou d'ancienneté pour pistonner une connaissance de trois semaines.
-Le terme connaissance me paraît un peu faible, remarqua Sherlock en servant son thé à Ania. »
Agacée, elle lui fit signe de se taire. Masi le détective était de bonne humeur, et il raconta à Greg Lestrade qu'Ania et Luke passaient leur temps à s'envoyer des textos. La jeune femme lui intima de se taire, mais Sherlock prenait un malin plaisir à voir Lestrade s'énerver.
« Papa, je te jure que j'ignorais que Luke allait être muté ici !
-Je ne suis pas sûr de te croire.
-Lestrade, intervint Sherlock, à mon avis, Mr. Fitzwilliam n'a effectivement pas prévenu Ania.
-Expliquez-vous.
-C'est très simple, il veut lui faire la surprise !
-Sherlock…
-Allons Ania, tu sais que j'ai raison. Il ne rêve que d'une chose, c'est d'un rendez-vous avec toi. Il est visiblement prêt à s'installer à Londres pour cela.
-Sherlock, s'il-te-plaît. Au lieu de débiter des idioties, prépare plutôt le petit-déjeuner. »
Sherlock lança à Ania son plus beau sourire, lui ébouriffa les cheveux et sortit en sifflotant. Lestrade en resta bouche bée.
« Mais qu'est-ce qui lui prend enfin ?!
-Soit il se prend pour mon grand frère, il m'a dit que ça l'amusait, soit il essaye de te convaincre qu'il est quelqu'un de parfaitement normal. Il faut le comprendre, il n'a pas eu de nouvelle affaire depuis trois jours.
-D'habitude, dans ce cas là, il déprime…
-Bon, dis-moi franchement : pourquoi est-ce que ça te pose un problème que Luke…euh, l'inspecteur Fitzwilliam travaille à Scotland Yard ?
-Je…euh…hum, eh bien, ça ne me dérange pas exactement… Mais en fait…ton nom sur ses références…
-Papa… Je travaille, je suis majeure, je pense que tu peux accepter ne pas tout savoir de ma vie. Et puis c'est toi qui avais recommandé Sherlock à Luke, et tu savais que là où était Sherlock, j'étais aussi.
-C'est moi qui vais le former pendant deux semaines, et il travaillera dans mon équipe.
-Et alors ? C'est très bien, tu as une des meilleures équipes de Scotland Yard.
-Ça…ne te dérange pas ?
-Je ne vois pourquoi ça me gênerait. J'ai toujours mélangé travail et vie privée, répliqua Ania en riant. Tu déjeunes avec nous ? demanda-t-elle en voyant Sherlock arriver avec le plateau du petit-déjeuner.
-Non, c'est gentil, mais je dois me dépêcher. À plus tard. »
Lestrade embrassa sa fille, serra la main de Sherlock en le dévisageant, car celui-ci souriait d'un air affable et le raccompagnait jusqu'à le porte. Alors qu'il descendait les escaliers, on l'entendit murmurer :
« Complètement timbré… »
Sherlock et Ania piquèrent un fou rire en mordant dans leur toast.
