Chapitre 30
Cinq minutes que Sherlock était parti, et le silence régnait. Plusieurs heures semblaient s'être déjà écoulées. Et soudain Ania saisit le revolver de service que son père avait à la main et se dirigea droit vers le hangar.
« Ania, non ! Reviens ! »
Trop tard, son père ne réussit pas à la rattraper. Elle entra dans l'obscurité. Elle s'immobilisa un moment, mais elle n'entendait rien, pas un bruit de pas, pas une respiration. C'était une traque, une vraie. Un coup mat sur sa gauche la fit se tourner vivement, et elle amorça le pistolet de son père. Alors qu'elle vérifiait sa réserve de munitions, elle étouffa un juron : le chargeur était vide. Sentant une menace proche, elle n'hésita pas. Elle abandonna le revolver à ses pieds et saisit discrètement sa dague. Elle se sentit alors plus détendue: elle avait toujours été plus à l'aise en combat à l'arme blanche. Une ombre avançait à côté d'elle, mais elle attendit, ce pouvait être…
« Vous cherchez le jeune idiot qui est entré il y cinq minutes ? Trop tard, il doit être mort. Ou alors sévèrement blessé, pour le moins. Et je vais être obligé de vous tuer aussi… »
Ils étaient à un mètre l'un de l'autre, maintenant face à face.
« Quel dommage, vous si êtes si mignonne. Mais vous auriez dû venir armée, vous auriez fini son travail. Je crois avoir au moins trois côtes cassées. »
En effet, une tâche de sang s'étalait sur sa chemise. Encore quelques centimètres, songea Ania, et il est à moi. Lentement, le terroriste pointa son arme sur le front de la jeune femme. Au moment où il allait appuyer sur la détente, elle plongea en avant et sa dague s'enfonça juste à l'endroit où Sherlock avait déjà frappé. Le coup de feu partit, mais Ania était hors de danger. Elle se retourna et planta sa lame juste entre les omoplates de l'homme. Il s'écroula. Alors seulement elle se remit à penser.
« Sherlock ! cria-t-elle. Sherlock, où es-tu ? »
Elle cherchait entre les caisses entreposées quand on l'appela.
« Ania, il est là, tout va bien. »
Elle courut à l'endroit où le docteur Watson se tenait, agenouillé auprès d'un Sherlock Holmes inerte, mais vivant.
« Une côte cassée et la jambe fracturée, mais il n'est pas en danger. Il faut le sortir de là, cependant. »
Greg les retrouva à ce moment, aida John à faire une attelle pour la jambe du détective puis à le transporter jusqu'à la voiture.
Sherlock repris brièvement conscience sur le chemin de l'hôpital. Le docteur Watson lui expliqua d'une voix calme ce qui s'était passé, et où ils l'emmenaient, et Sherlock replongea peu à peu dans un brouillard épais.
« Vous nous avez dit qu'il était hors de danger, mais pourtant vous semblez inquiet, docteur, remarqua Ania.
-C'est sa réaction quand il se réveillera qui m'embête. Je n'ai encore jamais vu un Sherlock Holmes à l'hôpital, et je ne suis pas sûr d'en avoir envie… »
Ania hocha la tête et échangea un sourire entendu avec John. Connaissant Sherlock, il allait évidemment être excédé d'être immobilisé pendant des semaines pour une jambe cassée…
