Mesdames, je mets un autre chapitre en ligne pour vous remercier car vous n'êtes pas restées silencieuses et avez été bonnes avec moi. De plus, puisque cette histoire est terminée, je cède la parole aux quelques thérapeutes que vous y retrouvez: Il s'agit de la loi de cause à effet, plus vous serez nombreuses à commenter, plus rapidement vous connaîtrez la suite de notre histoire... Bonne lecture. Miriamme

Huitième partie

La colère naquit, enfla, forma une boule qui enflamma son plexus solaire et se répandit dans le reste de son corps d'homme parfait. D'une main désormais tremblante, George Wickham relut pour la troisième fois la copie du rapport officiel que son psychologue avait transmis aux autorités concernées.

«Tu me le payeras William Darcy !» jura-t-il tout en songeant à l'incident qui avait déréglé ou plutôt désorganisé ce qu'il avait si habilement planifié : ce baiser qu'Élisabeth lui avait donné.

Quelques jours plus tôt…

Un étrange malaise s'était installé entre George et sa compagne pendant qu'ils se dirigeaient vers l'endroit où il avait stationné sa voiture en arrivant au salon mortuaire. Une certaine raideur caractérisait sa démarche tandis qu'il cherchait une façon d'expliquer qu'il pût connaître celui à qui sa compagne s'était heurtée alors qu'elle venait vers lui. Il se remémora tout d'abord qu'il avait délibérément utilisé le nom du psychologue en question comme prétexte pour se présenter à Élisabeth et son amie Nouchine et trouva du réconfort dans le fait qu'il savait que la jeune femme n'aurait aucun mal à admettre qu'il aurait préféré attendre un peu avant de lui révéler quelque chose d'aussi personnel que la nécessité de suivre une thérapie. Tout ce qui lui fallait pour ne pas perdre la face, et rapidement, c'était une raison valable qu'il pourrait utiliser pour justifier qu'il consultât un tel spécialiste.

Du côté de la jeune femme, c'était bien davantage l'incertitude, l'incompréhension et l'incrédulité qui se chamaillaient en elle, chacun croyant avoir préséance sur l'autre, chacun s'amplifiant au contact des autres. Arrivée devant la voiture, Élisabeth transpirait abondamment, sentait son cœur palpiter jusqu'au bout de ses doigts et craignait à tout instant que ses genoux se dérobassent sous elle tandis qu'elle repensait à tous ces instants où elle avait côtoyé William Darcy. Un détail qui lui avait échappé jusqu'à maintenant remonta à la surface au moment où elle attachait sa ceinture de sécurité. «Comment ai-je pu ne pas m'en rendre compte ? S'accusa-t-elle alors qu'elle réentendait dans sa tête, l'échange qui s'était tenu entre les deux hommes au moment où Charles Bingley arrivait dans le sentier et que William Darcy venait tout juste de lui éviter de tomber dans le vide. C'est moi, c'est moi seule qui ai associé son prénom au nom de famille prononcé par Charles à son arrivée, comprit-elle alors. J'aurai dû être plus attentive, se sermonna-t-elle, après tout, quel homme appellerait son meilleur ami par son nom de famille ?»

Repensant ensuite à l'échange qui avait suivi, et plus précisément au moment où après l'avoir remercié en utilisant ce qu'elle croyait être son nom, William avait essayé de la détromper, Élisabeth se souvint que si elle avait fait la sourde oreille à ce moment-là et avait négligé d'écouter son explication c'était tout simplement parce qu'à cet instant précis, elle était uniquement habitée par la crainte d'être touchée par Charles. Sans compter que j'étais bien trop pressée de quitter les lieux.»

La colère reprit ses droits immédiatement après, lorsqu'elle repensa à toutes ces heures passées ensuite à ses côtés, durant la nuit - et pendant lesquelles, s'il l'avait voulu, il aurait pu la détromper.

«Mais pourquoi n'en a-t-il rien fait ?» s'interrogea-t-elle. L'explication la plus plausible mais également la plus douloureuse était liée au métier exercé par son sauveur. En tant que psychologue, sans doute avait-il été traversé par la crainte qu'en apprenant qui il était, elle aurait manifesté le désir d'être traitée par lui. À moins qu'il n'ait cru qu'en apprenant que j'étais avec le fondateur du dernier refuge, je me transformerais en une féroce intervieweuse», ironisa-t-elle avant de se rendre compte qu'elle avait besoin d'être seule pour repenser à tout ça.

-Je sais qu'on s'était entendus pour sortir après être passées au salon, mais j'aimerais mieux que tu me ramènes chez moi George, annonça-t-elle à son compagnon se préparant à l'entendre protester.

-Comme tu veux…

-Ça va George ? S'inquiéta-t-elle en jetant un œil dans sa direction.

-Pas vraiment, non, rétorqua-t-il d'un ton bourru.

-Je suis désolée, je sais que tu voulais qu'on…

-Non, la coupa-t-il aussitôt, tu fais fausse route Élisabeth. Ma mauvaise humeur n'a rien à voir avec toi. Ce qu'il y a c'est que je ne m'attendais pas à tomber sur William Darcy… pas plus que je m'attendais à ce que tu le connaisse personnellement.

-Il était à la Station Forestière quand j'y ai séjourné avec Jane pour écrire mon article, lui apprit-elle, se refusant à lui dévoiler le reste.

Un nouveau silence s'installa dans la voiture pendant lequel Élisabeth réalisa que Jane devait être au courant pour William et s'étonna de ce qu'elle ne lui en ait pas parlé.

-J'imagine que tu souhaites savoir pourquoi je vois un psychologue ? Lâcha finalement George en exhalant un profond soupir.

-Pas du tout, rétorqua-t-elle en posant sa main sur son bras. Tu n'es pas obligé de m'en parler si tu ne veux pas, le rassura-t-elle en s'installant plus confortablement.

-Mais si, au contraire… je tiens à te le dire. Après tout, on travaille dans le même milieu… et comme celui-ci est truffé de mauvaises langues… il est essentiel que tu apprennes cette histoire de ma propre bouche…

-C'est comme tu veux… l'encouragea-t-elle.

-Ce que je vais te raconter s'est produit il y a quelques mois. Au moment où un groupe de jeunes collégiennes nous ont été imposées comme stagiaires - pour une durée indéterminée, comme toujours, bougonna-t-il. Pour ma part, je me suis personnellement occupé de deux jeunes femmes. La plus jeune des deux s'est entichée de moi et faisait tout pour se retrouver seule avec moi. Comme tu peux t'en douter, dès qu'elle en a eu l'occasion, elle s'est jetée sur moi et m'a embrassé. Je l'ai aussitôt repoussée et mise à la porte. Le lendemain, quand je suis arrivé au journal, mon patron m'attendait dans mon bureau….

-Facile à deviner, elle avait porté plainte contre toi, devina Élisabeth.

-Bingo, confirma-t-il, pour harcèlement sexuel.

-Tu t'es défendu j'espère ?

-Bien entendu… et mon patron ne fut pas difficile à convaincre. Il m'a même dit qu'il avait senti venir la chose… après avoir observé le manège de la jeune femme. Toutefois, il m'a également fait comprendre que j'étais dans de beaux draps puisque le père de cette fille était le principal actionnaire du journal et que toute cette histoire le plaçait lui-même dans une position très délicate…

-Pas aussi délicate que toi quand même, protesta Élisabeth.

-C'est exactement ce que je lui ai dit. Bref, il m'a alors suggéré de le laisser négocier en mon nom avec l'homme d'affaire en question - ce que je me suis empressé d'accepter. Deux jours plus tard, mon patron me convoquait à nouveau pour m'apprendre que l'actionnaire acceptait d'enterrer l'affaire mais à une condition…

-Que tu suive une thérapie, devina Élisabeth.

-Tout juste… six mois de rencontres, au terme desquelles je devrais montrer patte blanche à mon patron ou si tu aimes mieux, lui présenter un bilan psychologique positif.

-Et pour ce soir, aucun de nous deux ne pouvait savoir que la mère de la jeune défunte serait également une patiente de monsieur Darcy, allongea Élisabeth d'un ton plutôt hargneux.

-Tout juste. Le monde est petit, c'est le moins que l'on puisse dire, déplora Wickham en s'arrêtant devant l'immeuble d'Élisabeth.

-Dans un cas comme celui-là, je dirais plutôt qu'il n'est pas assez grand, maugréa la jeune femme avant de ramasser le sac à main qu'elle avait déposé sur le siège arrière.

-Élisabeth, l'arrêta George au moment où elle allongeait le bras pour ouvrir la portière. J'espère que ce que je t'ai raconté ne changera rien entre nous. Que tu auras toujours confiance en moi, bégaya-t-il dans un excès de timidité qui fit fondre le cœur déjà troublé de sa compagne.

-Ne t'en fais pas George. Ça ne changera rien du tout. Je te remercie de m'en avoir parlé, l'encouragea-t-elle, comprenant du coup que pour sa part, elle n'était pas encore prête à en faire autant et à lui parler de sa souffrance.

Dans un geste aussi spontané que surprenant, Élisabeth franchit la distance qui la séparait du visage de George et posa ses lèvres sur les siennes. Quelques secondes plus tard, avant qu'il ne puisse même songer à profiter de la situation puisqu'il flottait encore dans l'agréable vapeur de la surprise, la jeune femme mit fin à son baiser, le salua à voix basse puis s'extirpa de la voiture. Après avoir jeté un dernier regard dans sa direction pour lui envoyer la main, elle pénétra dans l'immeuble où elle demeurait avec sa sœur Jane puis s'engouffra dans l'ascenseur, extrêmement soulagée de ne croiser personne.

Tandis que l'étroit habitacle en mouvance tanguait jusqu'au quinzième étage, elle s'accota le dos contre le mur du fond et se mit à réciter ce merveilleux poème d'Émile Nelligan dont la seule évocation lui permettait de se rebrancher à ses émotions. Le seul aussi qui convenait à son état actuel et qui lui offrait un exutoire instantané à sa souffrance. Car la grande et vieille douleur s'était malheureusement réveillée au moment où elle l'avait revu, lui. Sans compter qu'elle s'était même accrue à l'instant où il était tombé de son piédestal, l'entraînant avec elle puisque malgré tout, malgré elle surtout, elle s'était accrochée à lui.

La perte de ses illusions, ne fut pas moins douloureuse que la perte de son innocence.

C'était un grand Vaisseau taillé dans l'or massif :

Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues ;

La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,

S'étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil

Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,

Et le naufrage horrible inclina sa carène

Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d'Or, dont les flancs diaphanes

Révélaient des trésors que les marins profanes,

Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?

Qu'est devenu mon cœur, navire déserté ?

Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve !

Allongée dans son lit, œuvrant à sonder cet abîme dans la noirceur de sa chambre, Élisabeth se contraignit à rester éveillée déterminée à attendre le retour de sa sœur afin d'avoir avec elle, une franche et longue conversation. Il lui tardait de savoir jusqu'à quel point sa sœur aînée et Charles avaient été impliqués et surtout pour quel motif ils avaient accepté de ne rien lui dire.

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-William ? Quelle bonne surprise. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Le salua sa collègue psychologue Jessica Morin en recevant son appel.

-Deux choses en fait… j'ai une information à te communiquer… et puis j'ai également besoin de conseils, lui apprit-il d'entrée de jeu.

-Très bien, je t'écoute, rétorqua-t-elle tout en se dirigeant vers un fauteuil pour s'asseoir.

-J'ai une importante révélation à te faire concernant l'homme qui est venu en aide à Élisabeth Bennet, lâcha-t-il d'un seul souffle et d'un ton légèrement anxieux.

-Oh, alors laisse-moi aller chercher mon stylo…

-Ce n'est pas la peine… puisque tu le connais, lâcha-t-il en serrant les lèvres.

-Je le connais ? Qui est-ce alors ? L'interrogea-t-elle.

-Tu le connais même très bien… Il s'agit de moi.

-C'était toi ? Mais comment est-ce possible ? Ton nom de famille n'est pas Davis, observa-t-elle, les yeux posés sur l'une des pages du calepin dans lequel elle prenait ses notes.

-J'étais présent à Duchesnay la fin de semaine où mademoiselle Bennet s'y trouvait pour écrire son article.

-Ça alors. Quel retournement. Mais pourquoi ne pas m'avoir dit ça au restaurant ?

-Parce que…. Parce que… comme je te l'ai dit à ce moment-là… j'estimais qu'il y avait un risque de transfert affectif… et puis aussi parce que je ne pouvais pas savoir que c'est toi qui voulais t'entretenir avec lui… avec moi, déglutit-il maladroitement.

-Ce n'est pourtant pas ton genre de tergiverser, commenta-t-elle.

-Je sais… mais tu comprendras mieux quand j'en serai rendu à te demander conseil…

-Très bien… Mais avant, j'aimerais que tu m'expliques pourquoi tu n'as pas pris la peine de t'assurer que tout allait bien avec elle avant de partir?

-Oh mais je l'ai fait… pas directement je veux bien le reconnaître… mais c'est tout comme puisque je suis passé par ma sœur. C'est à elle que j'ai confié mademoiselle Bennet. À ses bons soins je veux dire. Je suis parti la conscience tranquille puisque je la savais entre de très bonnes mains…

-Je n'en doute pas une seconde. Et je me contenterai de cette explication, bien que je considère que cela ne répond qu'en partie à ma question… mais toi, personnellement, hésita-t-elle, avais-tu une raison de ne pas vouloir aller la saluer ?

-Oui et non… C'est-à-dire que j'étais quelque peu gêné… il y a eu un malentendu au moment où nous nous sommes présenté l'un à l'autre… c'est pour ça qu'elle t'a dit que l'homme en question s'appelait William Davis. C'est mon ami Charles qui est à l'origine de la méprise…

-Oh, je vois.

-Mais ce qui complique encore les choses… c'est que durant cette même fin de semaine, Charles a rencontré la sœur d'Élisabeth.

-Parles-tu de Jane Bennet ? S'informa Jessica tout en posant le doigt sur le nom en question.

-Tout juste. Charles et Jane se fréquentent officiellement depuis environ un mois.

-Donc, si j'ai bien compris, tu dis que ton meilleur ami Charles Bingley sort avec la sœur de ma patiente, proposa-t-elle.

-C'est exactement ça.

-Donc tu l'as revue ? Suggéra-t-elle.

-Oui, mais pas à cause de ce lien-là.

-Dans un autre contexte?

-Oui, justement. Je l'ai revue hier soir au moment où je suis allé offrir mes sympathies à une ancienne patiente qui vient de perdre sa fille. Je l'ignorais, mais la défunte n'était nulle autre que l'une des trois autres victimes des agresseurs d'Élisabeth.

-Je vois de qui tu parles. Je suis au courant. Mademoiselle Bennet m'avait prévenue qu'elle irait, mentionna Jessica. Nous en avons parlé il y a deux jours. Elle croyait que ça l'aiderait à progresser. Et je l'ai encouragée à le faire.

-C'est là que nous nous sommes revus… totalement par hasard… donc, elle sait maintenant qui je suis.

-Ah, bon ! Tout est bien qui finit bien alors ? Présuma-t-elle. Elle connaît maintenant la raison pour laquelle tu es parti si vite et sans aller la saluer, présuma-t-elle.

-Et bien, malheureusement non. Je n'ai pas vraiment eu le temps de discuter de ça avec elle… Il s'est passé autre chose au salon et j'aurais bien besoin de ton avis, mentionna William après avoir exhalé un profond soupir.

-Très bien, je t'écoute William. Tu as toute mon attention.

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Il était minuit lorsque Jane rentra chez elle après avoir passé une soirée de rêve avec Charles. Ses lèvres étaient encore gonflées à force d'avoir été mordillées, embrassées et même léchées par celles de son amant. Elle vacillait légèrement, fruit de l'ivresse amoureuse.

«Si Élisabeth est encore éveillée, je lui apprend la bonne nouvelle, se promit-elle en jetant un œil émerveillé sur la bague qu'elle portait au doigt et qui brillait de mille feux en pénétrant dans la lumière au moment où elle déverrouillait la porte. Jetant son sac et sa veste sur la petite table qu'il y avait dans l'entrée, elle découvrit avec stupeur, le mot que sa sœur avait collé dans le miroir qui était au-dessus de la table et se demanda, l'espace d'une seconde, si celle-ci n'était pas déjà au courant.

«Jane, viens me voir en arrivant. Si je dors, réveille-moi»

Poussant la porte de la chambre d'Élisabeth une minute plus tard, elle ne fut pas surprise de la découvrir profondément endormie. Après l'avoir secouée à trois reprises sans succès, Jane ramassa le stylo que sa sœur avait utilisé pour rédiger son message puis lui écrivit qu'après avoir tenté de l'éveiller à trois reprises, elle avait renoncé et était allée se coucher.

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-Mademoiselle Bennet, l'invita Jessica en ouvrant la porte de son bureau.

-Madame Morin, l'imita la jeune femme en prenant place sur le banc du patient.

-Alors, vous devez bien vous demander pourquoi j'ai souhaité que nous devancions votre rendez-vous ?

-C'est le moins que l'on puisse dire, soupira Élisabeth.

-Et bien, pour tout vous dire, j'avais hâte d'avoir des nouvelles de votre visite au salon funéraire, lâcha-t-elle.

-Oh, ça. À vrai dire, ça s'est plutôt bien passé, rétorqua Élisabeth d'une voix légèrement hésitante.

-Parlez m'en davantage, l'invita Jessica.

-Et bien… j'y ai fait deux rencontres intéressantes, mais intéressantes, chacune pour des raisons différentes, commença la jeune femme.

Pendant qu'Élisabeth lui parlait de l'impact positif qu'avait eu sur son moral, sa rencontre avec l'autre victime, Jessica continuait à surveiller de près le langage non verbal de sa patiente, satisfaite de l'énergie qui se dégageait de ses mouvements qu'elle sentait moins calculés, plus spontanés.

-Clémence était là pour les mêmes raisons que moi et nous allons nous revoir. J'ai rendez-vous avec elle lundi prochain, lui apprit-elle lui offrant son premier vrai sourire.

-Vous voir ainsi me comble de joie mademoiselle Bennet, lui exprima-t-elle ouvertement avant de l'interroger : et cette autre rencontre dont vous me parliez, s'agirait-il de mon collègue William Darcy par hasard ?

-Vous êtes déjà au courant… comprit Élisabeth en se raidissant sur son fauteuil.

-Oui. Il m'a téléphoné le lendemain de votre rencontre. Il était très inquiet pour vous…

-Mieux vaut tard que jamais, blagua-t-elle avant de rouler des yeux et plaquer un sourire de convenance sur son visage. Pardon, je n'ai pas le droit de dire ça.

-Il m'a demandé de vous remettre ses coordonnées, lui apprit Jessica en lui tendant un papier plié en deux.

Haussant les épaules, Élisabeth exhala un profond soupir, étira le bras jusqu'à saisir l'étroite feuille de papier puis la mit dans la poche de sa veste en s'abstenant d'y jeter un œil.

-Mademoiselle Bennet, l'interpela Jessica en se penchant vers elle, je veux que vous sachiez que monsieur Darcy et moi n'avons pas discuté de votre thérapie. Tout ce qu'il m'a dit c'est qu'il vous avait rencontré au salon et que vous aviez l'air bouleversé.

-Bien sûr que je l'étais.

-Et maintenant, ça va ?

-Beaucoup mieux.

-Et avec George Wickham, vous en êtes où ?

Constatant que sa patiente rougissait, Jessica repensa à ce que William lui avait confié concernant le jeune homme quand il avait abordé cet autre sujet pour lequel il tenait à lui demander conseil.

-Je l'ai embrassé. Moi, Élisabeth Bennet, je me suis penchée vers lui et l'ai embrassé, allongea-t-elle non sans fierté.

-Comment a-t-il réagi ? S'informa Jessica, en essayant de minimiser l'importance que revêtait cette question pour elle.

-Plutôt bien. Il a rougi de façon tout à fait charmante… je crois que je l'ai étonné. Mais personne n'a été aussi étonné que moi, c'est bien certain. Je ne pensais jamais qu'un jour j'oserais faire ça, admit Élisabeth en soupirant.

-Encourageant, commenta Jessica qui décida de garder pour elle la mise en garde qu'elle s'était résignée à lui faire suite aux confidences de William Darcy. Si on parlait de votre travail maintenant ? Comment ça se passe de ce côté-là ?

-Oh, moins bien. Ma patronne Jackie m'a convoquée la semaine dernière pour m'informer que le Conseil de presse voulait me rencontrer pour me donner la chance de m'expliquer. J'ai rendez-vous jeudi prochain et devrai prendre la parole devant les cinq membres du conseil exécutif qui avaient réagi à mon article sur la grève étudiante. Je suis terrorisée.

-On dirait bien que vos défis se définissent d'eux-mêmes maintenant… le réalisez-vous ?

-En effet. Et vous avez raison, je me sens beaucoup mieux.

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-Fiancés ? Jane et toi êtes fiancés depuis quand ?

-Ça s'est passé il y a trois jours, répondit Charles avant de s'esclaffer à cause de l'air ahuri de son meilleur ami.

-Charles… tu sais à quel point j'apprécie Jane Bennet… mais franchement, tu ne trouves pas ça un peu rapide… Tu ne la connais que depuis quelques mois, se découragea William en ramassant son verre de bière.

-C'est la bonne…. J'en ai la certitude depuis le début…

-Tu dis toujours ça, mentionna William.

-Pourquoi ne peux-tu pas tout simplement te réjouir pour moi ?

-Mais je suis content pour toi Charles. Très heureux même. C'est juste que la facilité avec laquelle tu tombes amoureux me dépasse, admit William en haussant les épaules.

-Aucune n'était comme Jane, professa-t-il le visage auréolé de joie. Aucune n'avait sa candeur et sa bonté, poursuivit-il comme s'il eut souhaité être contredit.

-Et bien… je te félicite alors, sourit William en levant son verre pour porter un toast.

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-Monsieur Wickham ? Quoi de neuf cette semaine, s'enquit William aussitôt que son patient eut pris place dans son fauteuil.

-Je ne suis pas très fier de moi, bredouilla-t-il en fuyant le regard du psychologue.

-Je vous écoute, s'inquiéta William, priant pour qu'il ne s'agisse pas d'un événement impliquant sa petite amie.

-Hier soir, Élisabeth n'était pas disponible – un truc à préparer pour le conseil de presse du Québec – alors je suis sorti avec deux amis que je n'avais pas vu depuis longtemps et avec lesquels j'ai fait la tournée des bars, narra-t-il tout en se frottant les yeux à quelques reprises.

-Je ne vois à rien de répréhensible… commenta prudemment William.

-Alors expliquez-moi donc comment il se fait que je me sois réveillé ailleurs que chez moi et en charmante compagnie ? L'agressa George avant d'être terrassé par une violente quinte de toux.

-Vous étiez au lit avec une inconnue ? L'interrogea William.

-Avec une inconnue mineure, lâcha enfin George, ne cherchant plus à camoufler le sentiment de fierté qui le caractérisait.

-Qu'avez-vous fait à votre réveil ? S'enquit William en évitant de jeter un œil à ses mains qu'il devinait tendues.

-J'ai pris la fuite, admit-il en roulant des yeux. Vous vous rendez compte s'il fallait que je me retrouve avec une autre accusation sur le dos.

-Comment expliquez-vous votre rechute ?

-C'est à cause de ma petite amie, lâcha-t-il sèchement. Oui, c'est ça. Depuis ce fameux jour où elle m'a embrassé, plus rien.

-En avez-vous parlé avec elle ? Tenta William.

-Oui… plusieurs fois, gémit-il, mais elle n'arrête pas de me dire qu'elle n'est pas prête, déplora-t-il avant d'ajouter, d'après moi il y a quelque chose qui ne va pas chez elle. Elle a vingt-quatre ans tout de même, pas dix-huit. Qu'en pensez-vous monsieur Darcy ? Je suis certain que si j'étais satisfait sexuellement…

-Monsieur Wickham, de quoi voulez-vous qu'on parle ? De ce qui s'est passé hier soir, où de votre petite amie ? Intervint William qui sentait la colère le gagner et avait beaucoup de mal à s'en tenir à son sacro saint code de déontologie.

-Est-ce que l'appellation «petite amie» convient réellement à une femme qui refuse de coucher avec nous ? S'oublia George, aussi remonté que s'il se trouvait en compagnie de ses amis et s'exprimait au nom de la complicité masculine.

-Lui avez-vous parlé de votre problème ? Le ramena William, cherchant par tous les moyens de se remettre sur les rails en même temps que son patient.

-Bof, vous savez comment sont les femmes ? S'exclama George en haussant les épaules.

-Vous esquivez la question monsieur Wickham, le piqua William avec impatience.

-Et bien puisque ça vous intéresse tant, non. Non, je n'ai pas parlé de sexe avec Élisabeth. J'ai seulement fait quelques tentatives, eu quelques gestes qui ont été repoussés, bougonna-t-il. Je n'ai eu droit qu'à ces vagues excuses : «Je ne suis pas prête George, je suis désolée».

-Je sens beaucoup de colère en vous. Peut-être que cette jeune femme n'est pas pour vous, osa suggérer William s'intéressant de près à la réaction de son patient.

-Bien que pour ma part je demeure convaincu que l'incident d'hier soir n'aurait jamais eu lieu si Élisabeth n'était pas aussi «craintive», pour le reste, c'est une jeune femme remarquable.

-Ce n'est pourtant pas elle qui est entrée dans un bar avec des amis et qui a terminé sa nuit dans un lit qui n'est pas le sien, le réprimanda William en serrant les poings sous son cahier de notes.

-Non, mais elle en est la cause, insista Wickham.

-Monsieur Wickham, intervint William après s'être propulsé hors de sa chaise, permettez-moi de vous mettre en garde contre cette association erronée de cause à effet ! Je vous rappelle que ce qui vous a mené dans ce bar hier soir, n'a rien à voir avec votre petite amie, mais tout à voir avec votre dépendance au sexe. Problème pour lequel vous avez été reconnu coupable et devez suivre une thérapie.

-Je sais, bredouilla George Wickham en baissant les yeux en signe de reddition. Vous avez parfaitement raison monsieur Darcy. Je me suis bêtement laissé emporter. Pardonnez-moi. Exhalant un profond soupir, il leva la tête vers son psychologue et s'enquit, que me suggérez-vous de faire alors ?

-Je vous retourne la question monsieur Wickham, qu'avez-vous l'intention de faire concernant l'incident d'hier soir, mais également concernant votre relation avec votre petite amie ?

À suivre….

D'après-vous, quel conseil William voulait-il obtenir de Jessica Morin?

Miriamme