Oh là là, j'ai des palpitations à la seule idée d'appuyer sur le bouton qui lancera la publication de ce dernier chapitre. Je me sens tellement triste à l'idée de perdre ce lien avec vous. Je me dois donc de remercier à nouveau mes cinq premières lectrices sans qui je ne serais pas arrivée à traiter d'un thème aussi délicat. Chacune a su apporter sa couleur personnelle. Merci donc à mes amies Calazzi, Vahni, Clémence-W, Mimija, Poupouneflore et Juliette. Et que dire de toutes ces autres qui m'ont encouragée à grand coup de commentaires: Gridailles, LiSe74, Laurence, France-ena, Angela, Laura, Thays Azelyne, Libra10, Lolelie, Anneaux Nym, Overfast, Youk, Louise, Jenny et quelques autres qui sont passées par là et ont laissé leurs traces. Sur ce, je vous cède toute la place et vous souhaite bonne lecture. Miriamme.

Douzième partie

Une heure plus tard, une fois que l'enquêteur eut plié bagage et fut reparti avec la déposition d'Élisabeth de même qu'avec une copie du rapport psychologique complété par William, les trois adultes encore éveillés se consultèrent afin de déterminer les meilleures dispositions à prendre pour la nuit et convinrent qu'il valait mieux laisser Élisabeth exactement là où elle était en s'assurant qu'une personne resterait auprès d'elle afin de s'assurer qu'elle ne se réveillerait pas en plein milieu de la nuit.

Ils évaluèrent tous les trois que William était le mieux placé pour jouer ce rôle puisqu'entre autre avantage, il connaissait les lieux et pourrait donc lui fournir tout ce qu'elle pourrait réclamer en s'éveillant.

Les deux fiancés quittèrent donc William quelques minutes plus tard, mais uniquement après avoir convaincu Jane de la nécessité de prévenir ses parents à la première heure le lendemain et après avoir évoqué la participation de Caroline dans toute cette affaire. Pragmatique et résolu, Charles leur confirma qu'une fois qu'il aurait prévenu sa belle-mère (qui vivait toujours en Angleterre) pour l'informer de la situation, il avait la certitude que l'avocat chargé du dossier de la jeune femme, prendrait la décision qui s'imposait. Il y avait donc fort à parier que Caroline perdrait son permis de séjour et qu'elle n'obtiendrait pas de sitôt la permission de revenir au Canada. N'avait-elle pas été prévenue des conditions liées à son séjour à Montréal au moment où Charles avait accepté de se porter garant pour elle ? Non seulement sa thérapie aurait dû porter fruits, mais son comportement aurait également dû être exemplaire. À la lumière des derniers événements, Charles se devait de sévir car bien que sa kleptomanie puisse être sous contrôle, sa participation dans l'affaire Wickham rendait leur entente caduque.

Le lendemain matin, Élisabeth fut la première à ouvrir les yeux et s'étonna de se trouver au même endroit que la veille, c'est-à-dire allongée sur le divan qu'il y avait dans l'appartement de William Darcy. Tournant la tête vers le fauteuil qu'occupait William au moment où elle s'était assoupie, elle fut soulagée puis franchement attendrie de le découvrir au même endroit, mais toujours endormi. Comme s'il avait pu sentir son regard, ce dernier s'éveilla une minute plus tard, se frotta les yeux, se racla la gorge, puis se mit à lui poser une série de questions qui trahissaient à la fois sa nervosité et son désir de veiller à son bien-être.

-Détendez-vous William, l'arrêta-t-elle avec un rire dans la voix, tout ce que vous me proposez m'a l'air bien alléchant, mais je vous assure que je n'ai pas faim pour l'instant. Le voyant hausser les sourcils, elle s'empressa d'ajouter, mais si vous avez faim ne vous gênez pas pour moi car en ce qui me concerne, je n'ai jamais faim tout de suite en me levant…

-Vous ne voulez même pas un verre de jus d'orange? Lui offrit-il ensuite tout en retirant la couverture de laine dont il s'était servi pour se couvrir.

-Sans façon, confirma-t-elle avant de l'imiter en se redressant. J'aimerais mieux que nous discutions, si ça ne vous dérange pas… mentionna-t-elle en lui faisant signe de venir s'asseoir tout près d'elle sur le grand divan.

-De quoi voulez-vous qu'on parle exactement, obtempéra William en réalisant que pour la première fois de sa vie, alors qu'il répétait cette formule tous les jours dans son cabinet, ce n'était pas le psychologue qui venait de s'exprimer, mais lui-même en tant qu'homme. Fixant Élisabeth la bouche ouverte, il eut l'impression que tout devenait clair, limpide. Il réalisa que dès leur toute première rencontre, il avait été incapable de revêtir ses habits de thérapeute. Dès le départ, elle avait éveillé chez lui des émotions qui étaient en dormance depuis si longtemps au fond de lui qu'il n'avait eu d'autre choix que de se refermer comme une huître et n'avait rien trouvé de mieux que de prendre ses distances.

-Vous avez vu un fantôme ou quoi ? L'interrogea-t-elle en le tirant de sa rêverie.

-Non… pardonnez-moi Élisabeth, revint-il en secouant sa tête de droite à gauche. Je vous écoute, vous vouliez me poser une question, je crois ?

-Ça peut attendre, affirma-t-elle en redirigeant son attention vers lui. Il n'y a pas si longtemps, vous m'avez offert de m'expliquer pourquoi vous n'aviez pas voulu que je devienne votre patiente ? Lui rappela-t-elle tandis que ses joues se teintaient légèrement.

-Oui, en effet. En fait, j'ai compris très rapidement le risque qu'il y avait que je tombe amoureux de vous, admit-il honnêtement. Et comme un psychologue ne peut…

-Pas avoir de relation avec ses patients en dehors du bureau, compléta-t-elle à sa place avant d'exhaler un profond soupir puis ajouter : vous auriez dû m'en parler William lui reprocha-t-elle en jetant un œil en direction de l'album.

-Je sais. Croyez bien que je le regrette et que si c'était à refaire…

-Ce qui m'est arrivé ce printemps ne peut être comparé à aucune autre souffrance et m'a changée à tout jamais, le coupa-t-elle d'une voix chevrotante, mais la blessure que vous m'avez infligée en me retirant votre amitié, car c'est bien de cela qu'il s'agit William. C'est exactement de cela dont vous m'avez privée en disparaissant subitement, s'emporta-t-elle. Haussant les mains jusqu'à se couvrir le visage, Élisabeth éclata en sanglots mais ne résista qu'un court instant lorsque William l'attira doucement vers lui.

-J'ai fait une grave erreur ce jour-là, répétait-il tout contre sa chevelure. Et je vous jure que je vais tout faire pour la réparer... Je vais mettre tout en œuvre pour que vous me pardonniez, s'engagea-t-il.

Évacuant tant de choses à la fois, Élisabeth se laissa bercer par William tandis qu'il lui passait la main dans les cheveux et lui murmurait des paroles apaisantes. Au bout de quelques minutes, lorsqu'elle fut presque entièrement calmée et que sa respiration fut redevenue normale, Élisabeth releva lentement la tête, découvrit son regard chargé d'empathie et d'amour, avança sa main pour couvrir la sienne et eut un choc.

Ce fut à son tour de réaliser une chose qui aurait pourtant dû lui sauter aux yeux bien avant, c'est-à-dire qu'en plus de n'avoir jamais craint son contact, elle éprouvait même un besoin viscéral de le toucher. Esquissant un mouvement de recul en prenant lentement conscience des images qui lui montaient à la tête maintenant qu'elle acceptait l'idée qu'elle avait pu désirer cet homme et que c'était nécessairement en partie à cause de cela qu'elle lui en avait voulu plus que de raison, Élisabeth comprit que contre toute attente, elle était tombée amoureuse de lui. Comment expliquer autrement la sensation exquise qui s'emparait d'elle dès qu'il était là. Sensation qu'elle avait tout d'abord associée au mot «sécurité», mais qui s'était transformée peu à peu en un désir de vengeance à cause du rejet dont il s'était rendu coupable à ses yeux. Pauvre George. Il ne faisait décidément pas le poids face à William. Il ne l'avait même jamais fait. Ne l'aurait jamais pu.

Fermant les yeux un instant afin de mieux profiter de sa douce présence, Élisabeth se projeta dans l'avenir et se vit marchant main dans la main avec lui dans les rues du centre-ville de Montréal. Dans ces rues où les piétons exaspèrent sciemment les automobilistes en les empêchant de «tourner en rond». Elle l'imagina sortir d'une cabine d'essayage où il serait entré puis ressorti pour lui montrer comment tombait ce nouveau pantalon qu'il comptait acquérir, ou encore simplement pour vérifier si la couleur de celui-ci convenait à la chemise qu'il aurait essayé en même temps.

Elle se vit ensuite se jeter sur lui en rentrant de cette exténuante expédition dans le monde de la consommation, pour explorer à l'aide de ses mains, chacune des parties de son corps qu'avaient dévoilées ces vêtements qu'il n'aurait finalement même pas achetés.

Rien ne lui parut plus merveilleux que cet avenir tout simple qu'elle imagina le temps d'un battement de cils. William lui convenait tel qu'il était, avec ses qualités et en dépit de ses défauts.

Elle savait également qu'avec lui, ou plutôt grâce à lui, elle pourrait apprivoiser peu à peu, à son rythme, les joies de l'amour physique. Elle ne doutait pas qu'il serait patient et que mieux encore, il se laisserait conduire par elle. Il ne pouvait en être autrement. Leur amour serait à leur image. Et il suivrait son cours à sa manière, en évoluant à son propre rythme. Pour l'instant, il leur offrait à chacun un merveilleux refuge.

Un lieu commun de guérison et de résurrection….

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Épilogue

-Monsieur Darcy. Et bien, il n'y a pas à dire, ça fait longtemps. Comment vous portez-vous ? L'interrogea Jacques Robitaille une fois qu'il fut assis dans son bureau.

-Je vais bien… vraiment très bien en réalité, lâcha-t-il en s'asseyant à son tour.

-J'ai entendu dire que vous alliez vous marier ?

-Dans un mois jour pour jour, lui confirma William.

-Compte tenu de vos antécédents avec les femmes… je m'explique difficilement que vous soyez prêt à vous marier quelques semaines seulement après avoir emménagé avec cette journaliste dont j'ai oublié le nom ?

-C'est que c'est la bonne, tout simplement, affirma-t-il, en repensant à ce fameux jour où il avait tant protesté lorsque son ami Charles lui avait affirmé la même chose concernant Jane Bennet.

-Et vos rêves ? L'orage ?

-Oh, il y a bien longtemps que c'est terminé. Mais vous me faites penser que j'avais oublié de vous parler d'un autre rêve que j'ai fait il y a assez longtemps. Avant de rencontrer ma fiancée en fait. À quelques reprises, juste avant de m'éveiller en sortant d'un rêve quelconque, il m'est arrivé de sentir la présence d'une femme. D'en voir la silhouette sans être capable de distinguer ses traits. Et bien, tout récemment, ça m'est arrivé à nouveau, mais là, je l'ai enfin reconnue. Il s'agissait de ma mère. Et ce rêve m'a fait un bien immense.

-Votre mère ? Vous êtes certain qu'il s'agissait d'elle ? S'étonna Jacques en le fixant avec une moue dubitative.

-Oui, c'était bien elle. Qui d'autre aurait pu me prendre dans ses bras ensuite et me souffler à l'oreille….. Je suis fière de toi mon fils…

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-É-LI-SA-B-ETH ! Hurla Jackie au moment où la jeune femme passait devant la porte de son bureau.

-JACKIE MICHAUD, lui répondit Élisabeth sur le même ton et avec la même intensité.

Surprise au-delà de toute expression, l'éditrice en Chef du Journal LA PRESSE tomba de sa chaise à roulette, laissant échapper le stylo dont elle avait depuis longtemps arraché le bout à force d'appuyer dessus puis éclata d'un rire aussi franc que sonore.

Pénétrant dans son bureau pour lui tendre la main, Élisabeth souriait de toutes ses dents, suivie de près par pas moins d'une quinzaine de journalistes qui voulaient profiter du spectacle.

Lorsqu'elle fut enfin en mesure de placer un mot, Jackie renvoya tous ceux qui n'étaient pas concernés d'un geste de la main autoritaire puis ferma la porte pour s'entretenir avec Élisabeth.

-À quelle heure faut-il que je me rende à la Mairie ce soir ?

-Nos invités doivent arriver vers 19h00. Et tu as intérêt à te faire belle Jackie, car il y a un homme que j'aimerais bien te présenter.

-Avant ou après la cérémonie ? L'agaça l'Éditrice en chef qui aimait bien cacher derrière une blague ou un hurlement, sa grande timidité.

-Après bien entendu… Il s'agit d'un cousin germain de William. Il se prénomme Fitzwilliam et est célibataire. Je crois sincèrement que tu pourrais lui plaire.

-Qui ne risque rien n'a rien, philosopha Jackie en rougissant. Qui d'autre sera là à part Nouchine et son mari ?

-Oh, j'ai invité cette jeune femme dont je t'ai déjà parlé qui a été victime des mêmes hommes que moi. Elle se nomme Clémence. Mais puisqu'elle est handicapée suite à sa paralysie, j'ai demandé à mon beau-frère Charles et à Jane d'aller la cueillir à son appartement. Tu verras, c'est une fille très chouette.

Trois petits coups frappés sur la porte attirèrent l'attention des deux femmes.

-ENTREZ, hurla Jackie avant de se racler la gorge puis répéter la même chose beaucoup plus bas.

-Lizzie, tu arrives ? La pressa son amie Charlotte en pénétrant dans la pièce. Ça fait plus de dix minutes qu'on t'attend en bas Collins et moi, la gronda-t-elle amicalement.

-Collins ? Collins comme dans William Collins… l'informateur ?

-Celui-là même. Charlotte et lui sortent ensemble depuis quelques semaines, expliqua Élisabeth en se tournant vers celle qui la fixait éberluée.

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Élisabeth aurait bien aimé immortaliser l'instant. Cet instant où, le souffle définitivement coupé elle s'était retrouvée face à son époux et non plus face à William Darcy. L'examinant attentivement entre ses cils, elle réalisa qu'il ne lui semblait plus tout à fait le même, ni tout à fait différent. Se réjouissant à l'avance de le voir descendre vers sa bouche pour s'emparer de ses lèvres, Élisabeth se jura de ne jamais oublier cet instant.

Jetant un œil derrière elle une fois que William l'eut soulevée afin que ses yeux soient à la même hauteur que les siens, Élisabeth captura une image mentale de tous ceux qui étaient rassemblés pour célébrer leur union civile au palais de justice de Montréal. Elle survola les têtes de sa famille rassemblée en une grappe colorée, cautionna les larmes qui perlaient des yeux de son père, mais pas celles qui démaquillaient sa mère. Pour une fois dans sa vie, Lydia se tenait tranquille, n'ayant certainement pas encore digéré la consignation à domicile que son père avait obtenue de la cour et qui l'obligeait à respecter un couvre feu pour la première fois de sa vie. Marie et Catherine quant à elles, étaient aussi fraîches et lumineuses que les premières fleurs du printemps. William Collins et Charlotte se tenaient par la main et rayonnaient de bonheur. Clémence se tenait sagement assise à l'avant et dévisageait le cousin de William avec beaucoup d'intérêt.

«Tiens, tiens, me serais-je trompée?» s'amusa Élisabeth en tournant la tête vers Jackie Michaud étonnée de la voir en retrait, tenant à la hauteur de ses yeux un papier mouchoir usé avec lequel elle effectuait de petites pressions circulaires espérant recueillir les larmes qu'elle ne retenait même plus. Georgianna Darcy qui se tenait à ses côtés, lui tendit un vrai mouchoir en tissu allumant dans l'œil de l'éditrice en chef, une lueur qu'Élisabeth jugea très surprenante pour qui la connaissait très bien.

-William?

-Hum?

-Ta sœur, Georgianna préfère les femmes?

-Euh, oui. Tu l'ignorais? Susurra-t-il tout contre son l'oreille, parfaitement conscient de faire naître une foule de petits frissons le long de son épiderme.

-Et bien… je crois qu'elle est en bonne voie de se faire une petite amie, s'esclaffa la nouvelle mariée tout en serrant l'homme qu'elle aimait de toutes ses forces, jusqu'à ce que des cris de protestations émergent de toutes parts et que Charles lâche un cri de ralliement datant de sa période «boyscout».

Fin…

Alors voilà...

Mesdames, avant de partir, donnez-moi de vos nouvelles...

Et comme il me reste quelques idées, que voulez-vous que j'en fasse?

N'hésitez pas à m'écrire personnellement. Pour celles qui ne sont pas membres du site, mon adresse courriel figure sur mon profil.

À la prochaine!

Miriamme