Stiles était assis dans son bus depuis trois heures maintenant. Il commençait à avoir de plus en plus froid et la solitude lui pesait sur le coeur. Malgré son désir de retrouver les autres, il ne pouvait s'empêcher de ressasser dans sa tête toutes les choses horribles que le chef de meute lui avait dites. Cela faisait presque une heure que le jeune homme peaufinait son discours de vengeance, car il voulait absolument lui répondre autre chose, qui puisse lui faire mal à son tour. Alors qu'il réfléchissait à des rimes poétiques qui pourraient être utiles à achever son ennemi, le jeune homme entendit des bruits de pas, non loin de son lieu de retraite. Il pensa d'abord que c'était son meilleur ami qui venait lui apporter du réconfort, mais les bruits de pas étaient beaucoup trop forts pour que ce soit ceux du jeune loup. Il se précipita à la fenêtre, manquant de se prendre le rebord dans les dents, et aperçut le jeune adulte à la veste de cuir s'avancer vers son refuge. Ne s'attendant absolument pas à le voir, une expression de surprise apparut sur son visage.
"Qu'est-ce que ..., commença-t-il.
L'homme en face de lui leva les yeux au ciel, partagé entre l'agacement et la culpabilité. Il tenait dans ses mains une petite boite de nourriture toute faite, où Stiles put lire "Pastabox, sauce bolognaise ».
-Je comprends pas très bien là, tu m'insultes et ..., essaya-t-il de reprendre, avant d'être coupé par le chef de meute.
-Je viens t'apporter de quoi manger parce que ... Tu n'es pas venu et qu'il faut ... Pas que tu meurs de faim -lui dit-il, comme si il avait appris un texte compliqué et qu'il le ressortait avec le moins de naturalité possible - Et je venais aussi pour ... Mchxz ...
Stiles le regarda avec des yeux ronds et secoua la tête, n'ayant pas compris la fin de sa phrase.
-Quoi ?!
Derek soupira longuement et finit enfin par regarder l'adolescent dont il avait évité l'affrontement visuel depuis le début de la conversation. Il reprit donc, à contrecoeur, son texte bien appris.
-Je viens t'apporter de quoi manger, parce que tu n'es pas venu et qu'il faut pas que tu meurs de faim et je ... Viens ... M'ex-cu-ser ..., articula-t-il avec difficulté, avant de lever à nouveau les yeux au ciel."
Tous les plans machiavéliques et toutes les rimes cruelles qu'il avait mis trois heures à préparer s'envolèrent devant ses excuses, assez simples, qui touchèrent l'adolescent.
*****
Pendant ce temps, les autres jeunes restés à l'écart avaient fini de manger depuis un moment, sauf Lydia qui terminait à peine.
"-Plus jamais je ne mangerais de cette chose ... Je crois que c'étaient pas des épinards ..., dit-elle en refoulant un haut-de-coeur.
-Ah mais chérie, c'est toi qui voulais absolument manger des légumes pour garder la ligne et rentrer dans ta robe, personne ne t'a forcée !
-Jackson, ça arrive à tout le monde de faire des erreurs, laisse la un peu tranquille, répondit Allison pour défendre son amie.
Danny leva son portable en l'air, cherchant du réseau, en vain.
-Dan', on a essayé un tas de fois, ça n'y changera rien, y a pas de réseau, je vois pas pourquoi ça évoluerait maintenant ..., bougonna le dernier loup-garou arrivé dans la meute.
-Bin oui, mais je voulais voir ... Des fois que ..., se justifia le jeune homme, penaud.
-Des fois que quoi ? On est enfermés ici, qu'on le veuille ou non, personne viendra nous chercher !
-Hé ça va Jackson, tu le lâche maintenant ?
Une nouvelle fois, Isaac avait protégé Danny, ce qui excéda le jeune homme fortuné.
-Qu'est-ce que t'as toi, à toujours parler pour lui ? Tu peux pas lui lâcher la grappe de temps en temps ?
-Qu'est-ce qu'elle a la gravure de mode ? Elle veut se battre ?, répliqua le bêta en montrant les crocs.
-Ohoh, nan mais t'es pitoyable ... S'en est risible Isaac, honnêtement.
Boyd essaya de calmer les deux partis en leur proposant de faire une activité ensemble :
-J'ai de quoi écrire dans mon sac, on a qu'à faire ... Un jeu ? , hasarda-t-il.
-Comme quoi ... un pendu ? , répondit Scott, légèrement amusé par la demande.
-Ouais si tu veux !
-Oh nan mais je plaisantais ...
-Moi ça me va, on a qu'à faire des équipes, j'vais te faire la misère Whittemore !, le défia Isaac, qui s'était levé en le pointant du doigt."
*****
De son côté, Stiles n'arrivait toujours pas à se rendre compte de ce que lui avait dit Derek.
Après s'être excusé, l'alpha s'était approché de la fenêtre, qui d'ailleurs n'avait "fenêtre" que de nom puisqu'il n'y avait plus de verre, et avait tendu la boite à Stiles, qui l'avait mise sur le siège à côté du sien. Derek avait posé ses avant-bras le long du rebord de l'ancienne vitre et sa tête reposait maintenant sur eux ; un peu inquiet de le voir si proche, Stiles s'était reculé un peu vers le fauteuil voisin.
"-Je fais l'effort de t'apporter à manger et t'en profite même pas ?, questionna le plus vieux des deux.
-Bin ... J'ai pas faim, en fait.
Le menteur fut démasqué, trahi par son propre estomac qui se mit à gargouiller. Il ferma les yeux, blasé, et sentit le regard amusé du témoin de la scène, qui mourait d'envie de lui dire quelque chose comme : "Pas faim, hm ?". Il prit donc la boite à contrecoeur et l'ouvrit.
-Oh bin dis-donc, y a même une petite fourchette en plastique, comme c'est mignon ! - plaisanta-t-il.- Bon bah ... Bon appétit !
Il attaqua donc le plat préparé, piquant les pâtes avec sa fourchette ; il enfourna sa nourriture avec le moins de grâce possible et recommença l'opération cinq fois de suite avant de déclarer :
-Tu vas me regarder encore longtemps comme ça ? C'est vachement flippant, je t'assure ...
Derek sortit de sa rêverie en soupirant.
-Rho ça va, je te regardais pas vraiment, j'étais ... Ailleurs.
-Tu pensais à quoi ? -continua l'adolescent, en mettant une nouvelle tournée de nourriture dégoulinante de sauce dans sa bouche.
-Je pensais à ... À des trucs, bon ça te regarde pas !
-Hé ça va, pas la peine de m'agresser, t'es pas obligé de rester si c'est pour me dire des saloperies une fois de plus !, tempêta le fils du shérif.
-J't'ai dit que j'étais désolé ! -répondit-il, mécontent que son interlocuteur ne soit pas passé à autre chose- Je suis sincèrement désolé de t'avoir offensé, je voulais juste te taquiner, je savais pas que ... Enfin que ta mère ..., ajouta-t-il en haussant légèrement les épaules.
-Ouais bin la prochaine fois tu te renseigne avant de "taquiner" les gens, ça évitera que tu les blesse."
Ils restèrent quelques minutes sans parler, puis le chef de meute reprit la parole :
"-Je cherchais pas à te blesser, je ... -il s'arrêta, pour chercher ses mots, puis regarda Stiles- Je t'aime bien comme gars ... C'est juste que ... J'ai toujours une irrésistible envie de te frapper quand je te vois ... Comme ... Le font les frères ...
Stiles avala ses pâtes et regarda l'alpha à son tour.
-Bin ... J'vais prendre ça comme une preuve d'amour bien camouflée alors, dit-il en souriant.
-D'AMITIÉ ! Une preuve d'amitié ! , répliqua Derek, gêné.
-Ouais, bien sûr, vieux, qu'est-ce que tu crois ?! Bon allez, maintenant qu'on est copains, un petit câlin ? Ça nous réchauffera en plus !
-Stiles ... je-ne-vais-pas-te-faire-un CÂLIN !, protesta l'alpha."
L'air malicieux, le jeune homme se rapprocha de son aîné et lui entoura les épaules de ses bras, enfonçant sa tête dans son cou du fait qu'il était en hauteur. Derek écarquilla les yeux et défit ses mains de sous son menton, pour les mettre sur les bras de son "agresseur", essayant de se dégager. C'est à ce moment précis qu'arriva Scott, qui cherchait son meilleur ami pour l'inviter à rejoindre le groupe.
"-Hé Stiles tu viens on va ... -Il s'arrêta en pleine action, surpris de trouver les deux hommes dans les bras l'un de l'autre- Oh pardon ! Je voulais pas ... Enfin je savais pas que vous ... Je serais pas venu sinon... Désolé !, s'excusa-t-il.
-Non non non non non non non ! C'est absolument pas ce que tu crois Scott, c'est juste lui là, qui m'a attrapé et ..., se défendit l'alpha, en repoussant le petit brun avec force.
-Juste ... Un câlin entre copain, tu vois ? , compléta Stiles.
-Ah non mais je ... J'ai rien dit ... J'ai rien vu non plus, promis Scott en levant les mains en l'air.
-Y avait rien à voir ! Et toi -menaça-t-il Stiles du doigt-, si tu racontes n'importe quoi, je te jure que j'ouvre les portes d'entrée ... avec ta tête !
Après avoir jeté un dernier regard noir au fils Stilinski, Derek s'éloigna du bus et partit en direction de la "cuisine".
-Hé bin, il est beau le frère tiens, envolés les beaux discours, merci ! -déclara l'humain- Bon tu voulais quoi ? , reprit-il en se tournant vers son ami.
-Euh ... Que ... Tu viennes faire un pendu avec nous mais si t'es occupé ...
-Eh, nan ... Nan merci, je vais finir de manger seul, dans mon coin ... En fait c'est l'horrible bonnet de Jackson qui me dérange…, dit-il en mimant une moue de dégoût.
Le loup-garou rit doucement :
-C'est vrai qu'il est moche son bonnet ... Bon si tu veux nous rejoindre, hein ..."
Il salua son meilleur ami et repartit en direction du reste du groupe, en souriant. Une fois devant eux, Allison lui demanda pourquoi il avait cette tête là, ce à quoi il répondit naturellement :
"Je crois que Derek et Stiles se faisaient un câlin plus qu'amical."
