Il était environ six heures du matin lorsque Stiles ouvrit les yeux. Il faisait quasiment noir dans le hangar, car seules quelques petites lumières accrochées aux murs brillaient. Le jeune homme bailla et s'étira avant de se rappeler que Derek était à côté de lui et que s'il avait le malheur de lui mettre sa main dans la figure, il le regretterait amèrement. Mais à sa grande surprise, une fois que ses yeux furent habitués à la luminosité faible, il constata qu'il n'y avait personne à ses côtés. Il regarda discrètement au fond du bus, mais là encore il ne le vit pas.
"-Je suis si impossible la nuit qu'il a décidé de partir ?, se questionna mentalement le jeune homme."
Comme il était bien au chaud sous la couverture, il décida d'en profiter encore un peu, avant de chercher le chef de meute. Il se remémora les évènements de la nuit.
***
Suite à sa question, l'alpha avait haussé les sourcils, ne comprenant absolument pas ce que des mandarines venaient faire dans la conversation. Il avait soupiré et ordonné à Stiles de dormir.
Cependant, l'hyper actif était très mal installé, à côté de sa vitre cassée, et il avait un peu peur de se prendre un bout de verre isolé, qui aurait survécu à la destruction de sa structure, s'il posait ses deux bras sur le rebord, et l'idée de se mettre de l'autre côté du siège, vers Derek, semblait être encore pire. Il décida donc de passer sa main, protégée de sa manche de sweat-shirt, sur le bord de la fenêtre, pour s'assurer que rien ne pourrait le blesser pendant la nuit. Une fois qu'il eut retiré les petits bouts de verre restants et fut rassuré, il remit la couverture en place sur lui pour avoir plus chaud ; cependant, il la tira un peu trop fort et une main vint s'abattre sur son crâne, avec violence.
"-Tire pas le drap, imbécile, je gèle moi !, chuchota avec fureur l'homme assis à côté de lui.
-Pardon, pardon ! J'l'ai pas fait exprès !
-Parle moins fort, tu vas réveiller les autres avec ta voix de crécelle !
-Rho -répliqua-t-il en baissant d'un ton.- Tu peux pas me parler gentiment et sans me donner d'ordre pour une fois ?
Il attendait une réplique cinglante, mais il n'eut pour toute réponse qu'un soupir et il sentit le drap partir en direction de l'alpha. Il essaya de le rattraper, mais il ne put en garder qu'un tout petit bout, juste assez pour lui couvrir une jambe.
-Hé c'est pas cool ça, on est un duo je te rappelle, on fait 50/50, c'est la loi ... -Il attendit un peu, avant d'ajouter- Pas de réponse ? Très bien, je vais donc être obligé de me rapprocher de toi, et ça ne plaira à aucun d'entre nous !"
Pour confirmer ses dires, il bougea en direction de son aîné, mettant la couverture un peu plus sur lui à chaque petite avancée qu'il faisait. Il tira un peu le drap, pour voir si son "binôme" était prêt à lui céder de la couverture, mais après trois petits coups secs, il se rendit compte que ce n'était pas dans ses intentions.
-Meussieuh Haleuh, nous zafons les moyens te fous faire capituler -chuchota-t-il avec un fort accent allemand.- Et ça va pas te plaire, finit-il naturellement en grimaçant."
Il ne voyait pas grand-chose dans le noir et il aurait pu penser que le chef du groupe dormait, mais quand il annonça sa menace, il jura voir les yeux du loup-garou se tourner vers lui, luisant légèrement grâce aux faibles lumières lointaines. Il aurait presque dit qu'il voyait de l'inquiétude dedans, ce qui transparaissait rarement dans ses yeux.
Forcé de constater que le drap ne bougeait pas plus, il mit son plan à exécution, malgré l'appréhension et la peur qui l'envahissaient. Il passa ses mains sous la polaire, les dirigea vers son voisin et, soulevant son T-shirt, il plaqua ses mains gelée sur la peau chaude de Derek.
Ce dernier comprit trop tard le plan de l'humain et le contact de ses extrémités lui fit naitre un frisson désagréable qui parcourut son échine. D'un coup de main puissant, il frappa le jeune homme à l'abdomen, ce qui le renvoya vers la fenêtre, par laquelle il manqua de tomber. Il était maintenant la moitié du corps dans le vide et remerciait son subconscient de lui avoir fait vérifier qu'il n'y avait pas de bouts de verre, avant, sur le rebord. Derek le retenait par le sweat-shirt, encore sous le choc d'avoir été agressé de la sorte.
Dans la panique d'être éjecté comme cela, Stiles avait hurlé, et quasiment tout le bus était réveillé à présent.
"-Que vous vous amusiez, et fassiez des trucs un peu louches, ça me dérange pas, mais en silence s'il-vous-plait, y en a qui dorment ..., leur expliqua calmement Jackson, sans prendre la peine de se retourner pour leur parler en face.
-Stiles, qu'est-ce que tu fous ? Ça va ?, demanda Scott qui se retourna du mieux qu'il put pour ne pas réveiller Allison, qui dormait toujours, miraculeusement.
-Euh je règle un..., commença-t-il.
-Il rêvait qu'il pouvait voler, heureusement que j'étais là, sinon il finissait en crêpe notre pauvre Stiles, termina Derek, souriant de toutes ses dents.
-Taisez-vous sérieux, déjà que je suis coincé ici, si en plus je dois passer une sale nuit, ça va pas le faire, ajouta Jackson, toujours avec un calme surprenant.
-Hé, moi aussi j'ai passé une nuit merdique hier et j'en suis pas mort !
Isaac, détachant son bras des épaules de Danny qui dormait contre lui, répondit à Stiles en lui montrant son majeur et Derek rentra le reste du corps du jeune garçon dans le bus.
-Maintenant tu te tiens tranquille, tu te tais et tu arrêtes de me donner des coups de pieds !, maugréa l'alpha, en lui laissant plus de couverture que précédemment.
-Pas trop tôt, chuchota Stiles, content que son plan ait marché sans trop d'accrocs."
Malgré les interdictions du meneur, il ne put s'empêcher de se tourner et de se retourner, faisant face un coup à la fenêtre, un coup à Derek. Il décida de s'allonger sur son siège, tête contre la fenêtre, seulement ses grandes jambes risquaient de gêner un personnage important de son plan ... Son voisin ! Il décida d'enlever ses chaussures, pour être plus à l'aise et ne manqua pas de découvrir une nouvelle fois l'alpha qui soupira avant de remettre la polaire sur lui. Stiles se replaça correctement, le crâne vers la fenêtre, les pieds coincés entre les deux sièges, de ce fait, il ne pourrait pas toucher Derek. Mais son pied droit n'en fit qu'à sa tête et dérapa, visiblement mal calé, frappant la cuisse voisine au passage. Derek expira bruyamment, se contenant avec difficulté pour ne pas étrangler sur place l'adolescent.
Stiles prononça un petit "Désolé" étouffé, pour tenter de le calmer, mais son aîné lui attrapa les deux jambes, les déplia, et les posa sur les siennes, en les bloquant avec ses bras.
"-Tu te tais et tu ne bouges plus, répéta-t-il en articulant bien, pour que l'adolescent comprenne, cette fois-ci."
Le petit brun soupira, agacé de ne pas pouvoir bouger librement, en tant qu'hyper actif qui se respecte. Au cours de la nuit, il avait tenté plusieurs fois de se retourner vers le fauteuil car il était dans une position inconfortable, mais à chaque fois la poigne de l'alpha était plus forte que sa volonté de bouger.
***
Étant maintenant dans une position semi-allongée, le jeune homme se dit qu'il avait dû réussir à bouger à un moment donné. Il se frotta les yeux et bailla une nouvelle fois avant de se lever, la polaire sur les épaules. Il marcha dans le couloir du bus, descendit les petites marches et parti en direction de la "cuisine". Il passa la tête par l'ouverture, mais il ne vit personne ; il reprit donc le chemin vers la pièce principale et aperçut une forme noire, éclairée par les petites lumières. Il s'en approcha, sa couverture toujours sur ses épaules et vit que l'homme était sur une caisse appuyée contre un mur.
"-Tu dors pas ? C'est à cause de moi ? , questionna le jeune homme timidement avant de s'assoir à côté de lui.
-Non, je ne dors pas ... Non ce n'est pas à cause de toi, c'est juste que j'ai pas sommeil.
Stiles allait lui répondre qu'il avait des cernes sous les yeux, mais il préféra s'abstenir. Ils restèrent un moment sans rien dire, puis le jeune garçon enleva la polaire de sur lui et la drapa autour des épaules de Derek. Ce dernier regarda son voisin avec un air interrogateur.
-Je t'ai pourrie ta nuit et j'ai pas arrêté de te voler la couverture, c'est normal que ce soit ton tour maintenant -argumenta-t-il en haussant les épaules.- Et puis tu sais, moi aussi je t'aime bien au fond ... Même si tu me frappes ... Souvent. Et puis, je t'en veux plus non plus pour ... Ce que tu m'as dit hier, je sais que c'était dans le feu de l'action et tout. Et je m'excuse de t'avoir dérangé cette nuit, de t'avoir donné un coup de pied, totalement involontaire, je te promet ... Et aussi d'avoir mis ma main gelée sur toi, c'était pas très gentil mais bon en même temps, tu l'as bien cherché ! Et aussi ... Derek ?
Le chef de meute s'était endormi sur l'épaule de Stiles, fatigué de n'avoir pas fermé l'oeil depuis un certain temps. Au fur et à mesure que l'adolescent avait parlé, il avait glissé lentement vers lui, contre sa volonté, pris d'un accès de sommeil fulgurant. Muni d'une source de chaleur et d'un oreiller parfait, il sommeillait tranquillement.
-Euh Derek ... Tu ... Euh ... Enfin ... Oh génial, pourquoi ça tombe toujours sur moi ... ?
Ils restèrent dans cette position pendant une vingtaine de minutes, puis l'alpha se réveilla en sursaut, prenant conscience qu'il venait de s'endormir sur la personne à qui il aurait le moins voulu que cela arrive.
-Pas sommeil, hm ?, ironisa le garçon, avec un sourire en coin.
-La ferme Stiles, répliqua son voisin en se passant une main sur le visage."
Le reste de la meute ne tarda pas à se lever ; tous avaient envie de sortir le plus vite possible. Après avoir fini les Pitch adorés d'Erica, qui bouda de plus belle, Jackson et Scott allèrent taper l'un après l'autre dans la porte. Cette dernière céda sous le coup d'épaule du brun, fier d'avoir battu son adversaire.
"-Y a-t-il seulement une chose pour laquelle tu es doué Jackson ? -le taquina Isaac- Et en plus, c'est toujours à cause de Scott que tu passes pour un nul !
-La ferme ..., bougonna le blond."
L'air était toujours glacé, aussi les jeunes frissonnèrent quand ils sortirent enfin de leur prison. Ils se saisirent de leurs portables pour prévenir leur famille que tout allait bien.
"-Je pense que mon père va me tuer, se plaignit Allison.
Scott la réconforta en l'embrassant sur le front.
-Je te parie que ça sera pas pire que ma mère !
-Hé Danny ... T'as besoin que je te raccompagne jusqu'à chez toi ou ...? Enfin, j'sais pas, demanda timidement Isaac après avoir attiré l'humain un peu à l'écart.
-Bin ... -commença-t-il en souriant- Je veux bien, on sait jamais des fois que je me fasse attaquer !"
Le coeur d'Isaac fit cinq tours sur lui-même avant de retomber avec fracas dans sa cage thoracique ; le jeune homme lui sourit à son tour et ils partirent côte à côte dans le brouillard.
Jackson, qui avait pris sa voiture malgré la neige infranchissable, constata avec regret qu'elle était complètement enneigée et il commença à la dégager, aidé moralement par Lydia qui refusait catégoriquement de mettre les mains frêles dedans. Le père d'Allison avait prévenu qu'il viendrait la chercher et avait accepté avec amertume de ramener Scott aussi. Il ne restait plus que Stiles, assis sur sa caisse aux côtés de Derek qui n'avait pas dit un mot depuis un moment. Le plus jeune des deux se leva et s'épousseta le jean, pas vraiment sale. Il s'adressa à son aîné sans savoir trop quoi dire :
"-Bon bin ... l'heure des "au revoir" a sonné, Stiles va repartir chez lui et laisser les loups garous pour la journée ...
-Au revoir Stiles, s'écria Boyd qui se dirigeait vers la cuisine avec Erica.
-Ouais ... Au revoir, répéta-t-il lentement."
Il commença à s'en aller devant le manque de réaction de l'alpha, mais celui-ci l'appela et lui fit signe de s'approcher. Le jeune homme hésita un peu et devant le regard insistant de son interlocuteur, il céda. Le chef de meute le saisit par le col une fois qu'il fut suffisamment près, attirant le visage du garçon proche du sien, et lui glissa quelque chose à l'oreille. Stiles se dégagea simplement et parti en direction de la sortie.
Malgré le froid mordant, malgré la neige agressive qui lui massacrait les pieds à chaque pas qu'il faisait, et malgré le fait qu'il était seul alors que tous ses amis étaient accompagnés, il ne pouvait s'empêcher de sourire. Les mots de Derek résonnaient dans sa tête, comme une chanson sans fin.
"-Non Stiles, je ne sais pas jongler avec des mandarines."
