Pendant que la pleine lune faisait des ravages sur ses amis, Stiles pestait contre Derek, seul dans sa chambre, sans lumière. Il lui en voudrait probablement toute sa vie de l'avoir excité avec ses caresses délicieuses, pour ensuite le laisser à moitié nu et être allé vagabonder dans la ville sans un mot. Après que son loup-garou se soit enfui dans la nuit, l'hyperactif était allé soigner sa blessure superficielle, bien que son T-shirt soit déjà tâché de sang ; même s'il avait été épargné par le liquide à l'odeur métallique, il aurait dû le jeter puisqu'il était en lambeaux ; Derek n'avait pas vraiment été tendre avec lui. Il sortit de la salle de bain, regagna sa chambre et jeta son T-shirt abimé négligemment au pied de son lit ; il observa le bout de tissu beige que l'alpha avait laissé dans la pièce avant de déguerpir. Il se paya le culot de l'enfiler ; après tout, Derek n'avait qu'à pas l'oublier ici après avoir tenté de le manger. Le garçon se passa une main sur le visage et essaya de chasser ce moment humiliant de sa mémoire.
Il était maintenant étendu sur son lit, n'arrivant pas à trouver le sommeil. Quelqu'un frappa à la porte d'entrée, et il se releva d'un seul coup pour voir qui venait chez lui à une heure pareille. Il faisait sombre à l'extérieur, et quand il jeta un regard par la fenêtre il ne vit pas grand-chose. Il s'approcha encore un peu plus, et le faible lampadaire situé en bout de propriété, qui éclairait timidement la rue, lui permit de distinguer un blouson en cuir. Le visiteur nocturne avait une capuche sur la tête, aussi ne put-il pas dire qui était devant sa porte ; il pensa que c'était Derek, qui venait probablement s'excuser d'être un total abruti en toutes circonstances. Il descendit les escaliers, après avoir enfilé un bas de jogging pour se couvrir un peu. Il ouvrit la porte, et constata que ce n'était pas Derek qui était là; une jeune fille se retourna vers lui, l'air inquiète.

"-Danielle ?, demanda Stiles, étonné de la trouver là.
-Oh Stiles, j'ai un problème avec ma voiture, tu veux pas m'aider ?, l'implora-t-elle en faisant battre ses cils de façon adorable.
-Beuh ... Je ... J'ai pas trop de compétences en la matière en fait, justifia le garçon en haussant les épaules.
-Ah ... -souffla-t-elle, les yeux prêts à déverser une cascade de larmes. - C'est pas grave ... Je vais me débrouiller seule...

Elle tourna les talons, piteusement, et Stiles soupira.

-Attends -l'arrêta-t-il en lui agrippant l'épaule.- Je vais t'aider ...

Il ferma la porte de sa maison après avoir enfilé des chaussures, et suivit la jeune fille d'un pas rapide. Elle lui montra le chemin jusqu'à sa voiture. Cette dernière avait arrêté de fonctionner dans une rue où la lumière des lampadaires ne marchait plus. Stiles sentit un frisson parcourir son échine ; cette situation n'était pas rassurante. Il regarda le moteur de la voiture, mais ne constata rien d'anormal.

-J'vois pas vraiment ce qui cloche, lui annonça le garçon.
-Je pense que c'est parce qu'il n'y a rien qui cloche avec ma voiture, lui répondit la jeune fille en pouffant."

Stiles se retourna et la vit sourire. Il n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit d'autre avant de se faire frapper au visage, et de tomber sur la route froide. Danielle se dépêcha de fourrer l'adolescent dans la voiture, éclairée par les rayons de la lune. Alors qu'un enlèvement avait lieu pendant la nuit, dans la maison des Stilinski un portable vibra ; Stiles venait de recevoir un message de Derek, qui s'excusait pour son comportement.

Pendant que Stiles était assommé dans l'automobile, Peter surveillait la maison de Lydia. Caché entre des buissons, invisible aux yeux de tous, il observait la jeune blonde vénitienne qui était en train de danser devant sa fenêtre. Il ne pouvait s'empêcher de sourire en la voyant se trémousser, insouciante et heureuse. Son admiration pour l'adolescente fut stoppée nette, quand il vit quelqu'un s'approcher de la porte d'entrée de la maison de la mère de Lydia. Il fronça les sourcils, sortit de sa cachette et empoigna le bras de la jeune fille en face de lui, alors qu'elle allait sonner. Il remarqua ses jolies yeux bleus, qui s'accordaient avec ses cheveux bouclés, châtains ; elle portait une veste en jean, qui sentait le métal rouillé ce qui agressait le nez de l'ancien alpha.

"-Bonsoir, je peux t'aider ? Tu lui veux quoi à Lydia ?, questionna-t-il d'une voix douce, mais ferme.

La jeune adulte, de petite taille, fronça les sourcils et dégagea son bras avec force.

-Ça te regarde pas, répondit-elle en bougonnant.
-Lydia tu lui fous la paix, et tu t'en va, lui conseilla Peter en imposant sa carrure."

Son interlocutrice cracha avant de partir, les mains le long du corps. L'oncle de Derek nota que sa force, quand elle avait récupéré son bras, venait surement du fait qu'elle était loup-garou. Une odeur de chien mouillé émanait de ses vêtements abimés.
Peter allait retourner dans son buisson épargné par le gel de l'hiver, lorsque Lydia l'aperçut dans son jardin. Elle se colla à la fenêtre, envoyant de la buée sur la vitre à chacune de ses respirations. Quand elle passa la main sur le carreau pour mieux voir, la forme sombre avait disparue de sa vue. Peter s'était sentit observé et avait filé dans la nuit.

Deux heures plus tard, Stiles remontait à la surface, dans le monde réel. Il était assis sur quelque chose de froid, qui lui engourdissait les jambes et le postérieur. C'était visiblement un sol dur, en béton peut-être. Une odeur familière montait jusqu'au nez du garçon, mais il n'arrivait pas à analyser ce que c'était. Sa tête lui faisait encore mal, et il ne voyait rien dans la pièce où il se trouvait. Le T-shirt de Derek venait frotter sur sa plaie au ventre, et il commençait à ressentir des picotements désagréables.

"-Hé ho, y a quelqu'un ?, hasarda-t-il en clignant des yeux.

Il n'eut pour réponse qu'un grognement, et alors qu'il voulut se reculer, il constata enfin qu'il était attaché par les mains à un tuyau. D'un seul coup, une grande lumière éclaira son lieu de détention. Il ferma les yeux, complètement aveuglé ; il essaya de les rouvrir quand il entendit des bruits de pas derrière lui, mais n'arrivait pas encore à distinguer quoi que ce soit.

-Danielle ?, questionna-t-il à nouveau.
-Tais-toi, Stiles, sinon je trouve le moyen de te réduire au silence, grommela la jeune brune.

Ses yeux voyaient enfin quelques formes floues, des petites, et des gigantesques. Plus les minutes passaient, plus sa vision s'améliorait, et il finit par reconnaitre l'endroit où il était retenu. Il était dans le vieux hangar ; il avait passé assez de temps dedans, et pensait ne plus jamais y remettre les pieds. Il avait visiblement tort, et n'aurait jamais imaginé y retourner en tant que prisonnier d'une folle. Il soupira, il en avait marre des folles ; d'abord Katherine Argent, ensuite Casty du clan Crinewhets, et à présent Danielle, dont il ne connaissait même pas le nom de famille.
Maintenant qu'il avait reconnu la pièce froide, il put voir les trois autres jeunes attachés comme lui, contre le mur opposé. Leurs yeux révulsés et jaunes, leurs dents souhaitant mordre la chair fraiche humaine, et leurs griffes qui feraient pâlir un ours brun, Stiles les connaissait bien ; ils avaient la panoplie du parfait loup-garou.

-C'est marrant, tu côtoies des loups garous toute la journée, tu as une odeur de loup-garou, mais tu n'as pas réussi à deviner que j'en étais une -lui dit-elle en riant.- C'est pathétique...

Stiles haussa les épaules en signe d'indifférence ; il avait juste froid et voulait rentrer chez lui, retrouver son lit et peut-être Derek, s'il se décidait enfin à lui faire un câlin. Un des loups garous enchaînés grogna très fort, et essaya de mordre l'un de ses amis à côté de lui. Danielle fit signe à une grande rousse d'aller calmer le lycanthrope, et elle s'exécuta. La fille au blouson en cuir se retourna vers son prisonnier.

-Je suis désolée, on a des nouvelles recrues, et la pleine lune est encore difficile pour elles ..., lui expliqua-t-elle en souriant vaguement.

Elle continua son récit, mais Stiles ne l'écoutait plus, son esprit était ailleurs. Il avait oublié la pleine lune ; c'était donc pour ça que Derek l'avait laissé seul ; il était tellement excité à l'idée d'entamer une relation sérieuse avec l'alpha qu'il n'avait pas fait le rapprochement. Pendant qu'il pestait contre lui, son loup-garou devait être en train de surveiller ses troupes, et peut-être même de s'en vouloir à mort pour ce qu'il avait fait.

-Hé tu m'écoutes ?!, s'écria sa ravisseuse en levant un sourcil.

Le garçon releva des yeux perdus devant elle, il venait de reprendre ses esprits au son de sa voix.

-Euh ... Non, déclara-t-il avec nonchalance, comme si c'était évident.

La réponse ne parut pas plaire à son interlocutrice, qui se jeta sur lui, les yeux devenus rouge, les griffes et les dents sorties. Elle lui asséna son poing contre la joue droite, saisit sa mâchoire entre son pouce et son index, ce qui lui valut une petite entaille sur sa peau fragile, et approcha son visage du sien.

-Pourtant tu devrais -souffla-t-elle avec fureur-, parce que ce sont les derniers mots que tu vas entendre !
-Dan', laisse le ! Si on le tue ils ne viendront pas !"

Derrière elle, une voix d'homme se fit entendre. Un garçon d'à peu près son âge lui posa une main sur l'épaule et l'avait forcée à se calmer. La brune était sortie s'aérer l'esprit sur ses conseils ; après ça, le sauveur de Stiles partit vers les bus abandonnés. L'adolescent put constater, au son des voix venant des carcasses usées, que quelques loups garous se trouvaient déjà dedans, avant que les lumières ne s'éteignent en plongeant le garçon dans le noir.

Il n'arriva pas à trouver un sommeil complet ; à chaque fois qu'il rejoignait Morphée, il rêvait de Derek. Il s'imaginait être assis à côté de lui sur un banc et se réveillait, il rêvait qu'ils se baladaient main dans la main, et Derek riait à une de ses blagues. Stiles contemplait ses dents blanches et ses fossettes creusées, qui n'étaient visibles que lorsque l'homme souriait. Gêné d'être observé ainsi, l'alpha donna un coup d'épaule à son amoureux, qui se réveilla à nouveau en sursaut. Son troisième rêve resta le plus douloureux; il était dans son lit, allongé à côté de quelqu'un. Il sentait un bras chaud qui entourait sa taille, et finit par l'attirer encore plus contre lui. En face de lui, Derek le regardait avec envie ; leurs yeux se mêlaient amoureusement, sans que l'un ou l'autre ne veuille briser leur contact. L'alpha l'embrassa avec fougue, pendant qu'il ferma les yeux. Il voulait profiter de ce moment volé avec son amant. Une main ferme lui caressa le torse et descendit sur son ventre ; les paupières toujours closes, une sensation de bien-être se faisait ressentir sur chaque zone effleurée par les doigts du loup-garou. Sa main se crispa doucement sur les draps ; Derek vint se placer au-dessus de lui et commença à l'embrasser dans le cou, laissant ses dents trainer sensuellement sur sa chair. La tête de l'adolescent partit en arrière, pour laisser plus de surface à embrasser pour l'alpha. "Je t'aime" souffla le garçon en se tordant de plaisir. Au lieu de lui répondre tendrement, il sentit des crocs acérés s'enfoncer dans sa gorge. Il rouvrit les yeux d'un seul coup, mais ne vit rien ; S'il était atteint de cécité à ce moment précis, il sentait encore très bien les griffes s'enfoncer dans la peau de son abdomen. Le corps au-dessus de lui n'avait plus un poids agréable, il était en train de l'écraser, et il étouffait. Sa vision revint d'un seul coup et au lieu de croiser les yeux de Derek, qui faisait chavirer son coeur, il croisa ceux de Danielle. Ils avaient beau avoir une couleur similaire, les pupilles de la fille avaient des reflets de cruauté qui circulaient entre les pigments bleus et verts. Il ne pouvait plus respirer, et il sentit une nouvelle fois la mâchoire de son agresseur s'enfoncer dans son cou. Il se réveilla en sursaut dans le hangar, retenant un cri. La chaleur de Derek était remplacée par le froid mordant du sol en béton, son sentiment de bien-être était remplacé par la peur, et maintenant son coeur ne battait plus la chamade parce qu'il passait un délicieux moment, mais parce qu'il était terrifié.

Après ce cauchemar, qu'il avait au début cru réel, il ne dormit plus de la nuit. Ce n'est qu'après plusieurs heures, pendant lesquelles il entendit les lycanthropes en face de lui grogner et gémir, que Danielle sortit de son bus. Elle alla délivrer ses bêtas sans prononcer un mot pour le garçon prisonnier.
Alors qu'elle détachait le dernier membre de sa meute, quelqu'un ouvrit la porte métallique de l'entrée, qui grinça comme à son habitude. Malgré la pénombre de la pièce, Stiles s'était habitué à la situation, et voyait quasiment bien ce qu'il se passait dans le hangar. Il vit les deux bêtas libérés passer devant lui, et si le premier ne lui accorda pas un regard, un petit blond à l'air teigneux, qui le suivait, lui décocha un coup de pied dans la jambe en montrant ses dents pointues avant de repartir avec son copain de lune blanche.

"-Complètement con celui-là ..., pensa Stiles en se recroquevillant encore plus sur lui-même, pour frotter la zone touchée.

Il se concentra sur les deux filles qui discutaient non loin de lui. La nouvelle arrivée était assez petite, et ses cheveux châtains bouclaient sur ses épaules. La discussion semblait agitée.

-... Du coup tu l'as pas ramenée ?, souffla Danielle, exaspérée.
-Non, je te dis qu'il y avait un taré avec un grand manteau qui m'en a empêché. Je suis sûre que si j'avais forcé un peu plus, je serais pas rentrée ...
-Ça t'aurait pas fait de mal, bougonna l'alpha avant d'ôter les dernières chaînes de la seule bêta encore attachée."

La petite louve baissa les yeux au sol, et ressortit en traînant des pieds. La grande brune resta seule un moment, et bien qu'elle soit retournée, l'adolescent savait qu'elle avait les yeux fermés, et qu'elle réfléchissait à la situation dans laquelle elle se trouvait.

Midi arriva vite, et Stiles commençait à mourir de faim. Il avait vu passer des lycanthropes toute la matinée, et les avait entendu petit-déjeuner. La meute de la brune au blouson de cuir devait être composée d'une dizaine de membres, avait compté Stiles. Certains avaient l'air un peu agréables, mais le blondinet qui l'avait tapé à la jambe semblait être le plus méchant. Il ne cessait de lui jeter des regards mauvais, et à chaque fois, Stiles haussait un sourcil. Une fois que tous les loups garous eurent fini de manger, ils retournèrent à leurs occupations. L'alpha entraîna ses nouveaux bêtas dehors, et Stiles ne les revit plus de l'après-midi.
Le jeune homme qui avait empêché Danielle de blesser la veille s'approcha de lui. Il avait un sourire désolé sur le visage, et lui apportait un morceau de pain. Le garçon se jeta dessus sans ménagement, trop affamé.

"-Merci, chuchota-t-il la bouche pleine."

Son protecteur s'en alla sans lui adresser un mot ; il aurait surement été puni s'il avait dialogué avec le prisonnier.
Il passa le reste de la journée contre le mur, ignoré par tout le monde dans l'ancien repaire de la meute de Derek, ce qui lui allait très bien. Vers vingt heures, les loups garous revinrent ; Danielle avait un sourire à la fois radieux et étonné.

"-Alors ça c'est trop drôle ! On a fait un peu le tour de la ville, et -crois-le ou non- personne ne te cherche -pouffa-t-elle.- Stiles, absolument aucun de tes amis ne se fait de soucis pour toi ! Personne ne te cherche, répéta-t-elle avant de retourner dans son bus. "

Stiles était dévasté. Il se confrontait à la dure réalité. Personne ne le cherchait, pas même Derek ou Scott. Ils se fichaient tant que ça de lui ? Il n'était rien pour eux ? Est-ce que Danielle ne mentait pas ? Le doute plana sur le garçon pendant le reste de la nuit, et il se retint de pleurer.
Complètement épuisé, il s'endormit très tard et fit des cauchemars plus réels les uns que les autres. Il se réveilla en sursaut vers quatre heures du matin ; il venait d'imaginer ses amis le laissant seul, mourir dans le hangar. Alors qu'il se passait une main du mieux qu'il put sur le visage, il vit deux points briller à deux mètres de lui. Des yeux, c'étaient des yeux qui l'observaient. Il recula jusqu'à ce que ses chaînes soient tendues et hurla comme un fou. Le brun qui ne faisait que de le sauver, arriva en courant et alluma la lumière. Les néons du plafond grésillèrent et s'éclairèrent un à un. Le fils du shérif pouvait maintenant voir qui était celui ou celle qui l'avait regardé fixement. C'était une fois de plus le blond aux sourires mauvais qui était là. Il ressemblait à un total psychopathe, et Stiles crû mourir d'une crise cardiaque quand il approcha une main vers lui. Le jeune adulte brun saisit la nouvelle recrue par le col et le traîna avec lui au fond de la pièce en grognant. Quelqu'un finit par éteindre la lumière, mais Stiles réussit à voir avant, des yeux le fixer derrière les fenêtres du bus. Après cet incident, l'adolescent décida de ne pas dormir, tant pis si il mourait à cause du manque de sommeil, au moins il ne serait pas touché sans son consentement pas les tarés du coin.
Il regretta son geste le lendemain. Il ressemblait à un zombie : il avait faim, il avait froid, il était fatigué, et avait très envie d'aller aux toilettes. Il était absolument hors de question qu'il demande quoi que ce soit à ses geôliers, il allait attendre que le brun passe pour lui adresser la parole. Mais le jeune adulte ne passa pas avant un moment. Stiles était prêt à exploser, il n'avait plus de force, et le blond dérangé mentalement continuait de lui faire peur. Comble de malheur, il ne pouvait pas parler. Il était trop fatigué pour penser, ce qui lui faisait déjà un poids en moins, mais il sentait que sa gorge s'asséchait de minutes en minutes. Jeune-adulte-brun, comme l'appelait Stiles, apparu enfin, et il l'interpella.

"-Eh mec, y a moyen que j'ai quelque chose à manger ? Et surtout, je peux aller genre ... Aux toilettes ?, demanda-t-il d'une voix enrouée.

Le garçon soupira et attrapa une bouteille d'eau posée sur une caisse, derrière lui. Sans un mot, il se dirigea vers les bus, et revint avec un nouveau morceau de pain.

-Dieu te bénisse mon frère, s'exclama Stiles en mangeant et buvant à toute vitesse, de peur qu'on lui retire ce privilège.
-Je peux pas t'aider pour ta dernière requête, désolé, lâcha son interlocuteur en baissant les yeux.
-Oh c'est pas grave, je vais ... Je vais me faire dessus, je suis plus à ça près ..., répondit l'adolescent ironiquement."

Le jeune adulte tourna les talons et Stiles sembla effrayé qu'il l'ait cru.
Les heures passaient encore, inlassablement, et le prisonnier n'espérait plus voir ses amis débarquer pour le sauver. Il allait mourir ici, après avoir été tripoté par un blond pervers, et s'être fait dessus. Il n'avait pas eu une vie extraordinaire, mais sa mort allait être encore pire. Et il ne pouvait s'empêcher de penser à Derek, qui avait osé l'abandonner de la sorte. Ses poignets commençaient à le brûler, les chaînes étaient trop serrées autour d'eux, et des marques rouges étaient apparues. L'adolescent colla sa tête contre le mur, et s'imagina s'étrangler avec ses liens.
Alors qu'il était en train de se dire que l'eau qu'il avait bue avait un goût douteux, et qu'il ne faudrait jamais qu'il prenne la même marque, s'il sortait de là, il entendit un bruit lointain. Quelqu'un hurlait. "J'espère que quelqu'un a marché sur le pied du blond..." pensa Stiles ; mais il se rendit bien vite compte que ce n'était pas lui. Le cri était puissant, presque plaintif. Le loup-garou qui le poussait cherchait quelque chose. Il s'arrêta, puis d'autres hurlements parvinrent aux oreilles du garçon. Il ne réussit pas à tous les compter, mais il était persuadé que c'étaient ses amis ... Sa meute. Ils étaient en train de le chercher, sa meute l'appelait. Il remplit ses poumons d'air et relâcha tout d'un coup. Son hurlement était surement pitoyable, comme celui qu'avait poussé Scott la première fois, mais il voulait juste qu'on l'entende ; tout ce qui importait, c'était qu'il soit puissant et assez long pour qu'on le repère. Danielle ne l'entendit pas de cette oreille et sortit de son bus, le plus loin dans la rangée, et cria après ses bêtas.

"-Mais arrêtez-le ! Il va tout faire foirer !, s'emporta-t-elle."

Le plus rapide à se jeter sur lui fut le blond, au plus grand regret de l'adolescent. Il le frappa si fort au visage que le garçon tomba dans les pommes.
Quand il reprit connaissance, environ quarante minutes plus tard, il avait mal à la tête. Il faisait très sombre dans le bunker, et il n'entendait pas très bien ce qui se passait dans la pièce.

"-...On est pas encore prêts.

Danielle venait de parler un peu fort, visiblement inquiète.

-Ne t'en fais pas, ça va aller, ils n'ont pas pu le localiser !

Au même moment, la porte extérieure grinça, et une flèche siffla dans l'air. Stiles se cacha le haut du visage par instinct et les loups garous hurlèrent, leurs yeux en train de brûler. Son cerveau marchait à toute vitesse. Était-ce Allison qui arrivait ? Avec les autres ? Quand il souleva ses paupières, Danielle avait disparue. Il tourna la tête vers les nouveaux arrivants. Ses yeux s'agrandirent quand il reconnut la silhouette de Derek dans le noir ; il la reconnaîtrait toujours, même si tous ses sens lui étaient enlevés. Il ne vit pas vraiment la lutte ; trop de choses se passaient en même temps, et ses yeux avaient du mal à suivre. Il entendit Jackson et Isaac se disputer, mais ne comprit pas la raison de leur querelle. Il se reconcentra sur son loup-garou adoré. Il était finalement venu le sauver. Derek venait de cogner deux louves l'une contre l'autre, par la tête, et Stiles eut mal pour elles. Son coeur fit un arrêt. Le blond était là, il allait attaquer Derek par derrière. Blond. Attaquer. Derek. Son sang ne fit qu'un tour, il devait prévenir son amoureux.

-Derek attention ... !"

Il n'aurait jamais le temps de se retourner ; Stiles allongea le pied quand le blond passa devant lui ; ce dernier s'étala de tout son long en grognant. Il devait l'avoir assommé, puisqu'il ne bougeait plus. Il sourit victorieusement, heureux d'avoir enfin eu sa revanche contre cet obsédé. Danielle réapparut enfin, à côté de lui. Elle brisa ses chaînes et l'attrapa par le cou, le souffle court. La louve aux cheveux châtains, qui s'était fait disputer la veille, venait de tomber au sol après que Derek l'ait frappée, quand l'alpha femelle menaça l'assistance d'exécuter Stiles s'ils faisaient encore un geste. Ses amis baissèrent les bras, et écoutèrent la louve parler ; elle expliquait leur présence à tous ici, mais Stiles n'en avait rien à faire. Danielle serra sa gorge avec force, et il ferma les yeux. Il allait mourir ; ses oreilles bourdonnèrent, ses jambes étaient faibles. Il n'entendit qu'à moitié Derek hurler à la preneuse d'otage qu'il allait faire la même chose à sa meute. L'adolescent rouvrit les yeux, il voulait voir Derek une dernière fois. Il vit qu'il avait le seul loup-garou qui l'avait aidé, entre les griffes. Il n'avait pas très envie qu'il lui fasse du mal, il était gentil.
Les évènements se suivirent rapidement. Danielle qui relâche son cou, Allison qui lance une flèche, et ce coup de génie quand Stiles lui colle son coude dans les côtes. Le garçon tomba au sol, et reprit son souffle avec difficulté. Son coeur battait à tout rompre, il venait d'échapper à la Mort, une fois de plus. Derek s'approcha de lui et le releva avec force. Il avait la vue brouillée de points blancs, et sentait ses jambes trembler, mais les mains de Derek qui parcouraient son corps pour une raison qu'il ignorait, lui permirent de tenir bon. Il alla s'enfoncer dans son torse, et pleura de soulagement. Le monde pouvait maintenant s'écrouler autour de lui, il était avec Derek, ne rêvait pas, et l'adulte l'entourait de ses bras puissants et protecteurs. Il voulait lui raconter ce qui lui était arrivé pendant ces deux jours, il voulait lui dire ce qu'il avait ressenti, mais il ne put prononcer que quelques mots.

"-Je pensais que tu ne me chercherais jamais ... J'ai cru que j'allais mourir ici ... Elle m'a dit ...
-On s'en fiche de ce qu'elle a dit, elle ne te fera plus jamais de mal Stiles. Je suis là pour te protéger maintenant, le réconforta-t-il tendrement."

Pendant que les deux hommes se retrouvaient, la meute de Derek avait perdu la trace de leurs ennemis. Ils avaient filé dans la ville, et les adolescents ne trouvaient plus leurs odeurs.

Dans la maison des Argent, Christopher recevait à nouveau une visite nocturne. Le visage fermé, Damuel se tenait devant lui sur le perron. Chris passa la tête dehors, à la recherche de quelqu'un.

"-Il est pas là l'autre ?, demanda-t-il en levant un sourcil.
-Non, mon frère n'est pas là, il règle ... Quelque chose -dit le jeune brun en souriant mystérieusement.- Mais on ne va pas parler de lui pendant des heures, allons voir cet accord de paix, Christopher, continua-t-il en rentrant dans la grande maison."

Quelque part dans la forêt, plusieurs loups garous se retrouvèrent dans une cabane abandonnée. La meute de Danielle avait fui aussi vite qu'elle avait pu. Seuls quelques-uns, restés dans le hangar ou partis ailleurs, manquaient. L'alpha avait les larmes aux yeux. Elle était si près du but qu'elle rageait ; de plus, son compagnon n'était pas là, et elle ne savait pas ce qui lui était arrivé. Ses bêtas étaient épuisés, et elle-même avait du mal à tenir debout, le bras démoli par sa collision avec le mur. La porte s'ouvrit, et un homme fit son entrée. Il passa une main dans ses cheveux blonds, et un sourire se glissa sur son visage.

"-Alors vous étiez cachés là ? Je m'en doutais un peu.

Un blanc s'installa entre eux et il finit par ajouter.

-Tonton n'est pas très fier de vous, vous deviez vous tenir tranquillement. Alors je veux bien être gentil, mais si vous faites des bêtises, je dois vous punir.

Il s'arrêta une nouvelle fois, et fixa Danielle dans les yeux. Elle savait ce qui l'attendait, mais n'avait pas la force de bouger. Même si elle s'échappait, elle ne pourrait pas fuir longtemps, Sean et Damuel finiraient pas la retrouver. Elle ferma les yeux, en attendant la sentence irrévocable.

-C'est regrettable que le chemin de ton ancien alpha ait croisé celui de Casty ... Il n'aurait jamais attaqué cette meute bien trop soudée et puissante pour être détruite, tu n'aurais pas voulu te venger, et je n'aurais pas à te tuer maintenant ... La vie réserve bien des pièges, philosopha-t-il.
-Tu n'es pas obligé de me tuer, souffla-t-elle.
-Si ... Je suis un chasseur, et tu es une lycanthrope qui s'attaque aux gens innocents... Mauvaise combinaison, lui expliqua-t-il calmement."

Puis, avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, il lui tira dessus, ainsi que sur sa meute. Il finit par sortir de la cabane, et laissa ses hommes rentrer dedans pour se débarrasser des corps. Il s'étira et lança à la cantonade :

"-J'aime bien être appelé en renfort et faire le ménage, ça détend"