Dans la maison des Stilinski, le calme régnait. Les deux hommes s'étaient couchés dès que Stiles avait fini de manger. Même si le garçon avait tenté de lutter pour rester éveillé et parler avec son amoureux, il avait sombré dans le sommeil quelques minutes après qu'ils se soient installés sous la couette. L'adolescent dormait paisiblement sur le torse du loup-garou, bercé par sa respiration lente, et sa main était posée sur son ventre. Derek supposa que le garçon faisait des rêves agités, car sa main était secouée de temps en temps par un spasme ; à chaque fois que cela arrivait, l'adulte embrassait le haut de son crâne, et il se calmait. L'alpha essayait de rester éveillé, des fois qu'il ait à sortir précipitamment de la pièce pour X ou Y raison, seulement l'odeur de citron que dégageait Stiles, et le poids agréable de son corps sur le sien le faisait somnoler dangereusement. Il tourna la tête vers la table de chevet et soupira en voyant sur le réveil électronique qu'il n'était qu'une heure du matin. Il se réinstalla un peu mieux dans le lit, ayant le dos complètement engourdi, et essaya de ne pas réveiller le garçon. Il replaça la couverture sur leurs corps et serra le brun un peu plus contre lui.
Stiles ne sentit rien, perdu dans ses rêves. Ou plutôt, ses cauchemars. Il se voyait pourchassé dans la forêt par des chasseurs et des loups garous. Il avait beau courir comme un fou, ce qui lui donnait la sensation de voler, il n'arrivait pas à s'échapper. Ses ennemis le rattrapaient toujours. Il se fit tirer dessus à plusieurs reprises, et chuta lourdement. Il avait mal partout. Chaque parcelle de son corps le brûlait. Alors qu'un lycanthrope lui sautait à la gorge, son rêve changea de décor. Il se trouvait maintenant dans une pièce sombre et il ne voyait rien. Une musique retentit, comme celle qui sort des boites où une petite danseuse en plastique tourbillonne gaiement sur elle-même. Une lumière apparut dans la pièce, qui se trouva être carrée et grise. Il n'y avait rien d'autre qu'une fille, de dos, devant lui. Il reconnut ses cheveux noirs et courts. Il voulut l'appeler mais aucun son ne sortit de sa gorge. Elle se retourna, un sourire moqueur sur le visage. Elle parlait à Stiles, sans ouvrir la bouche, comme si ses mots résonnaient dans la tête du garçon. Elle lui disait qu'il n'était rien, et que ses amis ne viendraient jamais le chercher. Pourquoi disait-elle cela ? Ses amis étaient déjà venus, il en était persuadé. Son assurance disparue quand il vit les chaînes à ses poignets. Il était de nouveau dans le hangar, et tous ses geôliers étaient là, en train de le regarder. Et ses amis aussi. Ils se désintéressèrent tous de lui pour parler entre eux, en faisant beaucoup de bruit. Stiles n'entendait plus la mélodie de la boite à musique, ses oreilles étaient remplies du bourdonnement des voix conversant entre elles. Il tira sur ses chaines pour se boucher les oreilles, et une forme noire arriva près de lui. Derek était debout à ses côtés. "Viens me libérer", voulut-il lui dire. Mais ce fut vain ; comme la dernière fois, les sons ne sortaient pas de sa gorge. Son amoureux soupira avant de lui arracher son T-shirt du corps. Il n'avait même pas remarqué qu'il le portait, mais sentit parfaitement les griffes lui rentrer dans la peau, en même temps qu'elles coupaient le tissu. Il ferma les paupières de douleur et grimaça, pendant des larmes perlèrent aux coins de ses yeux. Pourquoi l'homme qu'il aimait lui faisait-il du mal ? Pourquoi ne le secourait-il pas ? Il avait besoin de lui pour s'en sortir, il avait besoin de lui pour vivre. À présent il haletait, les blessures sur son corps, à vif ; alors qu'il pensait ne pas pouvoir subir pire torture, il vit le blond pervers s'approcher de lui. Un sourire sadique était plaqué sur son visage grossier et il avançait à quatre pattes. Il plaqua son front sur la tempe de l'adolescent et respira fort. Stiles sentait son souffle contre sa peau, ce qui aurait pu être agréable s'il n'avait pas en mémoire ses yeux fourbes le regardant pendant la nuit. Alors qu'il se sentait perdu, Derek revint vers eux et arracha le blond à sa contemplation. "Enfin !" pensa le prisonnier, très fort. Sa victoire fut de courte durée ; au lieu d'envoyer le psychopathe loin de lui, il le plaqua contre le mur où se trouvait Stiles, et l'embrassa avec fougue. Le garçon n'en revenait pas. Son amant et son pire ennemi se pressaient l'un contre l'autre avec envie. Leurs soupirs résonnaient dans son crâne, et bien qu'il essaye de fermer les yeux ou de tourner la tête, il ne put rien faire. Il était obligé par son subconscient à les regarder s'échanger des caresses excitantes. Stiles sentit la rage s'emparer de lui. Il voyait maintenant son loup-garou mordiller le cou de son partenaire blond avec plaisir, pendant que ce dernier brisait la barrière que formaient le pantalon et le boxer de l'alpha, en laissant sa main s'aventurer derrière les vêtements noirs de Derek, et glisser sur sa peau. Les gémissements qu'ils poussèrent furent le déclic à la rage de Stiles. Pris d'une fureur noire, il brisa ses liens et fonça vers les deux amants. Il se jeta sur le blond, qui tomba lourdement sur le dos, et le frappa au visage avec force. "Il est à moi !", réussit-il à hurler. Son cri résonna dans la pièce en écho. Il attrapa le bras de son adversaire et le serra de toutes ses forces. Il sentit ses doigts s'enfoncer dans la chair et crut toucher l'os, mais continua de serrer. L'autre main du blond vint se poser sur la sienne, voulant se dégager rapidement.
Le garçon se réveilla en sursaut, se sentant tomber. Il avait la tête contre de ventre de Derek, qui soufflait avec difficulté des mots qu'il ne comprenait pas vraiment.
"-Stiles c'est bon, calme toi, dit-il les dents serrées.
Le bras de Derek quitta son dos et alluma à tâtons la lumière de la lampe de chevet pendant que Stiles n'arrivait plus à respirer. Il vit d'un seul coup toute sa chambre ; il n'était plus dans le hangar froid ; il était simplement contre son amoureux qui s'était redressé contre le mur. Il respira à nouveau, en prenant une grande inspiration qui lui brûla les poumons, et se rendit compte que Derek tenait sa main. En fait, il ne la tenait pas, il essayait plutôt de desserrer la main du garçon. Stiles prit conscience qu'il l'avait crispée pendant son sommeil, et qu'elle s'était refermée comme une piège à ours sur le ventre de l'alpha, qui grimaçait en sentant les ongles lui rentrer dans la peau.
-Allez Stiles, c'est fini. C'était juste un mauvais rêve, détend-toi, répéta-t-il pour le rassurer.
Son ton calme était surprenant étant-donné qu'il était en train de se faire griffer au sang par un humain. Stiles retira enfin sa main tremblante de l'abdomen du loup-garou; ses doigts avaient percé le T-shirt qu'il portait et ses yeux redoutaient ce qu'ils voyaient.
-C'est rien, regarde ça cicatrise ... Non regarde pas en fait, je veux pas que tu t'évanouisses ... Stiles ça va, je t'assure, je vais bien, continua de le raisonner Derek.
L'alpha lui prit le visage entre ses doigts et le força à le regarder dans les yeux.
-Je-vais-bien, articula-t-il.
Il embrassa l'adolescent sur la joue pour le calmer avant de regarder la porte avec insistance.
-Ohoh ... Je crois que ton père revient ...
Il se décolla de Stiles et sortit du lit en grimaçant. Sa blessure lui faisait plus mal qu'il ne voulait l'avouer, mais bougea normalement.
-Stiles, cache ta main sous le drap et ne la sort pas, d'accord ?
-Reste avec moi !, lui demanda le garçon d'une voix plaintive.
Derek soupira. Il n'avait plus beaucoup de temps avant que le shérif n'arrive, il devait se dépêcher de trouver où se cacher. Il décida d'aller derrière la porte, et réussit à atteindre le mur au moment où M. Stilinski entrait dans la pièce. Le loup-garou se colla le plus possible contre le mur, et la porte arriva près de son visage. Il se mit à respirer doucement, pour éviter que son beau-père ne s'aperçoive de sa présence.
-Je te réveille pas fiston ?, demanda le chef de famille en s'approchant du garçon.
-N... Non c'est bon ..., bafouilla l'adolescent en cachant toujours sa main.
-Bon ... Je vais faire vite pour que tu puisses dormir -déclara-t-il pour le plus grand bonheur de Derek qui avait très envie de taper dans cette porte qui le coinçait contre le mur.- Je vais te laisser te reposer demain matin, mais je vais prendre mon après-midi pour t'emmener à l'hôpital ... Et au poste de police, ajouta-t-il d'un ton plus fort alors que son fils allait protester.
-Je te jure qu'il n'y a pas besoin de faire tout ça ...
-Stiles ... C'est pour toi que je fais ça ...
"Abrège, bordel" pensa Derek qui avait de plus en plus de mal à rester sans bouger.
-Allez, je vais te laisser mon grand, repose toi bien.
Il sortit de la pièce, en fermant la porte, qui laissa apparaître un Derek qui s'était grandi pour être le moins gros possible, et qui avait de grands yeux effrayés par la main qu'il avait vu chercher à tâtons la poignée près de lui. Une fois qu'il fût sûr que son futur beau-père était parti se coucher il se rapprocha sur la pointe des pieds vers le lit. Stiles se leva au même moment et se jeta dans les bras du loup-garou. Ce dernier l'enlaça sans comprendre cette preuve d'affection soudaine.
-Qu'est-ce qu'il y a ?, lui demanda-t-il doucement en caressant son dos.
-Je t'aime, murmura le garçon.
L'alpha sourit et repoussa le garçon, avant de l'embrasser. Stiles en profita pour passer ses mains sous le T-shirt de son aîné et se coller à lui, mais ce dernier n'adhéra pas à ses caresses et se délia de l'étreinte.
-Tu dois te reposer mon ... Euh Stiles, dit-il en se rattrapant.
Les yeux de l'adolescent brillèrent dans la nuit.
-T'allais m'appeler comment ?, demanda-t-il en souriant.
-Quoi ? J'ai juste dit que tu devais dormir ..., maugréa le loup-garou.
Il poussa doucement le garçon vers le lit pour qu'il aille se recoucher, mais il prit un chemin différent. Il se dirigea vers la porte en baissant les yeux.
-Je vais nettoyer ton sang de sur ma main, avant ..., lui expliqua-t-il en voyant son air surpris.
Derek soupira en regardant l'adolescent refermer la porte, et jeta un coup d'oeil par la fenêtre. Son regard balaya le jardin et la rue ; il voulait s'assurer que personne de malveillant ne s'en prendrait au garçon pendant la nuit ; ou même pire : que son oncle ne vienne prendre de photos d'eux deux en train de dormir l'un contre l'autre. Il soupira de désespoir, il était en train de penser comme Stiles. Il fut sorti de ses pensées par l'adolescent qui venait de rentrer dans la chambre et de s'affaler dans son lit, sur le ventre, en position de l'étoile. Derek fronça les sourcils et sourit en s'accroupissant à côté de lui, les bras posés sur le rebord en bois.
-Stiles, je dors comment moi ? -le réprimanda-t-il en lui caressant les cheveux.- Laisse-moi de la place.
-Non -répondit son interlocuteur d'une voix étouffée à cause de son oreiller.- Je vais dormir tout seul, comme ça je pourrais pas te faire de mal ...
La remarque amusa Derek, qui découvrit ses dents blanches. Il posa sa main sur la nuque de l'adolescent et lui parla doucement.
-Regarde-moi Stiles ... Allez tête de mule, regarde-moi dans les yeux -ajouta-t-il devant l'obstination du garçon.- Stiles, ne m'oblige pas à te taper pour que tu me regarde, le prévint-il.
Le fils du shérif consentit enfin à tourner la tête vers lui, conscient que même s'il l'aimait, l'alpha était capable de le frapper.
-Quoiiiii ?, dit-il avec lassitude.
Cette attitude enfantine rappela à nouveau au loup-garou qu'il était avec un mineur sexuel, et il essaya de chasser cette information de sa tête.
-Je t'aime et je veux te protéger quoi qu'il arrive. Même si tu dois me labourer le ventre avec tes petits ongles humains tous les soirs. Je préfère ça que de te laisser seul avec tes cauchemars.
Il lui sourit, mais le garçon ne bougea pas, les yeux toujours fixés dans ceux de son amoureux. Derek lui donna plusieurs tapes sur le bras pour qu'il se pousse, mais il n'eut pas plus de réaction.
-Je vais finir par dormir sur toi Stiles, et ton pauvre corps ne supportera pas le choc.
Stiles lui lança un regard brillant, presque heureux, et l'adulte s'empressa d'ajouter :
-Rien de déplacé Stilinski, range tes hormones ...
L'adolescent sembla déçu et soupira.
-M'appelle pas 'Stilinski' ... Donne-moi un surnom, lui dit-il avec des yeux de biche épuisée.
-Je t'appelle déjà Stiles, ça va pas ?, demanda-t-il surpris.
-Non -répondit le garçon comme si c'était évident.- Donne-moi un surnom mignon, un truc que t'es le seul à me dire et qui me prouve que tu m'aimes !
-Euh, bah j'espère bien que je suis le seul à te dire que je t'aime, dit-il en haussant un sourcil.
-Je parle du surnom que t'es le seul à me dire, banane - il se tourna sur le dos, et l'alpha crût qu'il pourrait enfin s'allonger, mais l'adolescent continua.- Et je veux un truc qui sorte de l'ordinaire, pas des trucs bateau, genre ... 'mon roudoudou', 'mon sucre d'orge' ... en fait, tu pourras m'appeler comme ça, mais pas en publique... Tu vois ?
Derek bâilla avant d'ajouter :
-On va vraiment parler de ça Stiles ? Il est deux heures trente et j'ai vraiment envie de dormir. Et tu devrais, toi aussi ..., dit-il en soupirant.
-Bien sûr que je veux qu'on en parle, c'est important, se plaignit le garçon.
Derek soupira et se releva.
-Pas pour moi. Il faut dormir maintenant, 'mon roudoudou', se moqua-t-il.
-Hé, c'est pas cool de plaisanter sur ce sujet, c'est important je t'ai dit, s'offusqua le garçon.
-Stiles on vient à peine de se mettre ensemble et tu veux déjà que je te trouve un surnom ?, le questionna le lycanthrope en bâillant à nouveau.
-On a déjà perdu assez de temps comme ça ... On aurait pu être ensemble depuis un moment si tu avais été moins bête ...
-Okay, on va arrêter la conversation là, j'ai pas envie de t'écouter me rappeler toutes mes erreurs, le coupa Derek en bougonnant.
Stiles souffla de mécontentement, et vit son loup-garou grimper sur le lit et s'allonger sur lui.
-Ah, ça devient enfin intéressant, murmura-t-il en souriant.
-C'est pas ce que tu crois, je veux juste dormir.
Il s'allongea face contre Stiles qui, s'il avait d'abord trouvé ça agréable, avait fini par détester. L'horrible rêve qu'il avait fait lors de sa nuit de captivité lui revenait en mémoire. Le poids de Derek n'était plus doux ; il était oppressant et il étouffait littéralement. Il devait empêcher Danielle de le mordre, il devait la repousser, et vite.
Sans vraiment s'en rendre compte, il fit basculer son amant dans le vide sans un coup de semonce. Derek s'écrasa au sol avec douleur et surprise, ne s'attendant pas à être éjecté de la sorte.
-Stiles, ça va ?! , demanda le shérif depuis sa chambre.
-Euh ... J... Oui, oui... Je suis juste tombé, c'est rien !, bégaya le garçon.
-D'accord... Essaye de dormir un peu fiston, répondit son père.
Stiles le rassura en lui disant qu'il se rendormait tout de suite, avant de se pencher sur le sol.
-Derek, tu vas bien ? Je t'ai pas fait mal ?, chuchota-t-il inquiet.
-Oui... Par contre je pensais pas que cette histoire de surnom te tenait autant à coeur. T'avais pas besoin de m'éjecter, tu sais ..., répondit-il avec lassitude, toujours au sol.
Stiles se mordit les lèvres, gêné.
-Non c'est ... C'est pas pour ça -essaya-t-il de lui expliquer-, c'est complètement bête ... Laisse tomber ... Viens près de moi.
Il se recoucha et tapota sur sa couette pour inviter l'alpha à le rejoindre. Ce dernier se glissa rapidement sous les draps, et se colla dans le dos de son amant. Il passa un bras autour de sa taille pour le serrer contre lui, et l'autre serpenta sous l'oreiller de l'adolescent. Son front se perdit dans ses cheveux bruns, à présent secs, et son nez chatouilla la nuque de Stiles ; chacune de ses expirations passait sous son T-shirt et réchauffait son dos délicieusement.
-Tu veux m'en parler ?, chuchota-t-il dans son cou, en fermant les yeux.
-Non ..., répondit Stiles avec une voix coupée, comme si le fait d'y repenser était douloureux.
Son bras vint se placer sur celui qui entourait sa taille et il entrelaça leurs doigts pour rassurer son amoureux. Plusieurs minutes passèrent sans qu'il y ait un bruit dans la chambre. Le cerveau de Stiles bouillonnait, comme d'habitude, ce qui l'empêchait de dormir. Pourquoi ne disait-il pas à son copain ce qui le tracassait ? Il comprendrait sûrement. Il avait bien compris, quand le garçon avait eu besoin d'intimité pour se changer. À ce propos, Stiles s'en voulait amèrement. Peut-être que les deux hommes seraient passés à la vitesse supérieure dans leur relation s'il s'était déshabillé devant lui. Même si ils n'étaient ensemble que depuis quelques temps, l'adolescent avait envie de faire plus que d'embrasser son amoureux. Cela avait failli arriver plus d'une fois, mais il y avait toujours eu quelque chose pour les en empêcher. Et maintenant il avait peur de ne plus être capable de faire quoi que ce soit, puisque à un moment ou un autre, Derek finirait par être sur lui, l'écrasant doucement, et il suffoquerait. À moins qu'il ne dise tout à Derek, et qu'il accepte de se laisser dominer lors de leurs exploits sexuels. L'adolescent tenait une idée brillante, et allait l'exposer à son copain.
-Derek, en fait je veux bien en parler, chuchota-t-il.
Il n'eut aucune réponse et répéta un peu plus fort.
-Derek ?"
L'homme à côté de lui ne lâcha pas un mot, et Stiles soupira, avant de recaler sa tête dans le coude du loup-garou. Il passa le reste de la nuit les yeux ouverts. Il n'arrivait pas à trouver le sommeil, inquiet de faire un nouveau cauchemar.
La matinée était avancée, et Stiles commençait à être totalement engourdi mais n'osait pas bouger. De toute façon l'alpha avait resserré son bras autour de lui, et le garçon n'était pas sûr de pouvoir se retourner. Il sépara leurs doigts du mieux qu'il put, et les secoua un peu. Il regarda l'heure à sa montre ; la lumière du soleil lui permit de constater qu'il était neuf heures. Cela faisait une heure que son père était partit travailler, laissant son fils dormir pour qu'il se remette de ses émotions. Stiles se souvint qu'il allait l'emmener à l'hôpital dans l'après-midi, puis au poste de police. Il allait falloir qu'il peaufine son mensonge. Il souffla longuement devant la journée qui l'attendait. Son amoureux bougea dans son dos et sembla chercher les doigts de Stiles qui n'étaient plus entre les siens. Il embrassa le cou de l'adolescent, ce qui le fit tressaillir.
"-T'es réveillé ?, demanda l'adulte d'une voix ensommeillée.
-Ouais ... Dis tu veux pas me lâcher un peu ?, chuchota-t-il.
-Pardon ?!, lui répondit-t-il sans comprendre ce qu'il venait d'entendre.
-Nan mais, j'veux pas que tu dégages, c'est juste que je dois absolument aller aux toilettes, ajouta-t-il un peu gêné.
-Charmant ..., lâcha Derek après quelques secondes, une fois que l'information eut atteint son cerveau.
Il se retourna en grognant, et Stiles se dépêcha de sortir de sous ses draps. Il découvrit Derek, qui grogna une fois de plus en remettant la couverture sur lui, et le dérangea en l'escaladant pour sortir du lit.
-Mon dos Stiles ...! , râla-t-il dans son oreiller.
-Désolé !, s'excusa le garçon en s'extirpant de la pièce.
L'alpha soupira ; tout en sortant de sa léthargie, il pensait à la journée que le garçon allait passer. Il allait devoir se débrouiller seul, et cela ne plaisait pas vraiment au lycanthrope. Il n'aimait pas laisser ses bêtas régler les problèmes seuls, et encore moins Stiles ; il faisait toujours des bêtises. Mais c'était ce qui faisait son charme.
Stiles revint dans la chambre au moment où Derek se penchait pour regarder son portable, posé sur la table de chevet. L'adolescent prit appuis sur le bas du lit et sauta sur le matelas ; les remous firent chavirer l'alpha qui tomba au sol. Il ne lui restait plus qu'une jambe et un bras sur le lit, et ils étaient à moitié enfouis sous la couette.
-Stiles !, bougonna Derek qui venait de corriger mentalement le fait qu'il trouvait le Stiles maladroit charmant.
-Désolé, s'excusa encore le garçon avant de bâiller.
Le loup-garou remonta en se frottant la tête et en grimaçant.
-Cette chambre ne m'aime pas ... Ou alors je suis maudit, annonça-t-il entre ses dents.
Stiles se colla à lui et embrassa son front, qui s'était écrasé contre le meuble de chevet.
-C'est surement à cause du fait que tu corromps un mineur dans la maison d'un shérif, ça doit jouer sur ton karma, lui assura le garçon d'un ton moqueur.
-Comment ça je te corromps ? Tu te corromps tout seul ; c'est toi qui me saute dessus à chaque fois, s'offusqua Derek.
-Bah dis, t'es jamais contre un câlin toi non plus ! C'est toi le plus âgé, tu devrais être celui qui contrôle tout, répliqua malicieusement Stiles.
Derek manqua de s'étouffer devant cette affirmation, et maintenant qu'il était réveillé parfaitement, il se retourna vers l'adolescent et s'installa sur lui. Les bras posés de chaque côté de son corps jeune, sur lesquels il prenait appuis pour ne pas l'écraser, le bassin collé contre le sien et un regard avide de tendresse, il rapprocha ses lèvres de celles de son amoureux.
-C'est moi qui contrôle tout, hein ? Parfait alors, on va bien s'amuser !, lui souffla-t-il doucement.
Le coeur de l'adolescent fit un bond. "S'amuser" ? C'était ce qu'il attendait depuis un moment. Il posa ses lèvres sur celles de l'alpha, et ses mains vinrent trouver refuge sur le torse musclé de son copain. Avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit, le loup-garou brisa leur baiser et ajouta d'un air moqueur :
-Ah non, c'est dommage, il fait jour et je n'ai pas le droit de voir ... Ton zizi, ajouta-t-il en éclatant de rire.
Il roula contre le mur, ne pouvant s'empêcher de s'esclaffer. Stiles fit semblant de s'offusquer, en frappant Derek sur l'épaule avec son bras non blessé et en essayant de l'étouffer avec son oreiller pour qu'il arrête de se moquer de lui, mais au fond, il ne lui en voulait pas ; il souriait pour la première fois de la journée et cela illuminait réellement la vie du garçon.
Au bout d'un moment, Derek releva la tête, légèrement inquiet.
-Mince, ton père revient ! Je dois filer !
Il se dépêcha de ramasser ses affaires, c'est à dire sa veste en cuir, ses chaussures, son portable et les gâteaux de la veille.
-Non, non, laisse ça malheureux !, protesta l'adolescent en voyant la nourriture partir.
L'alpha s'approcha de lui et l'embrassa sur le front en souriant, avant de passer par la fenêtre.
-Tu penseras à moi comme ça, lui dit-il avec un clin d'oeil.
Il disparut de son champ de vision, le laissant avec un sourire béat. Le garçon fut surpris de le revoir derrière le carreau et haussa un sourcil.
-Oublie pas de te laver, non seulement ça va enlever mon odeur de sur toi, mais en plus j'adore quand tu sens le citron - lui dit-il en souriant de toutes ses dents.- Je t'aime Tiloup, ajouta-t-il avant de disparaitre pour de bon.
-Quoi ?! , manqua de s'étouffer Stiles en entendant les derniers mots du lycanthrope.
Il se précipita vers la fenêtre, mais Derek n'était déjà plus là. Le shérif ouvrit la porte de sa chambre à ce moment-là.
-T'es déjà réveillé fiston ? Tu vas bien ?
-Oui je vais bien, t'en fais pas ..., soupira l'adolescent.
-Bon ... Donc on va passer à l'hôpital et ensuite tu iras faire ta déposition ...
-Je te dis que j'ai rien et que j'ai pas vraiment vu le type -le coupa-t-il- ... Mais je vais te suivre à l'hôpital, consentit-il.
-Enfin une sage décision, soupira son père.
-Ah mais je ne le fais pas pour me faire soigner, vu que je vais bien ; je le fais pour avoir un certificat médical, histoire qu'Harris me lâche un peu !
-Stiles, tu exagères, il n'est pas si horrible que ça ton professeur.
-Oh si ! Il dit toujours que je suis qu'une sous-merde, et là il serait capable de dire que je simule, et même que mes blessures ne sont que du maquillage !
-Bon, bon, si tu le dis ..., capitula le shérif en levant les avant-bras en l'air."
L'adolescent enfila le pantalon que Derek lui avait fourni la veille et descendit manger dans sa cuisine. Son père s'était installé devant la rediffusion d'un match de baseball, dans la pièce voisine. Stiles s'empiffra comme jamais il n'avait fait. Il avait très faim, les gâteaux de la veille n'avaient pas remplis son estomac. Quelques minutes après, il était sous la douche. Cette fois-ci ses plaies ne le brûlèrent pas ; elles commençaient à cicatriser lentement. Il se savonna deux fois pour être sûr que l'odeur de son amant disparaisse de sur sa peau. Et peut-être aussi pour que cela plaise à Derek. Alors qu'il aurait dû se concentrer sur l'énorme mensonge qu'il allait devoir sortir, il pensait à son amoureux. Une question lui vint en mémoire. Devraient-ils se protéger lorsqu'ils coucheraient ensemble ? L'adolescent n'avait pas de préservatifs dans sa chambre. Il avait arrêté d'espérer que le moment viendrait un jour ; de toute façon, ils ne seraient pas allés au loup-garou. C'était en tout cas ce que l'adolescent imaginait avec terreur. Il savait pertinemment qu'il serait dominé, et n'était pas sûr de vraiment être prêt, même s'il avait très envie de coucher avec lui. Une nouvelle question lui vint à l'esprit alors qu'il passait sa nuque sous le jet d'eau. Derek pouvait-il transmettre son gène de lycanthrope en ayant un rapport non protégé avec quelqu'un ? L'adolescent devint de plus en plus inquiet ; il faudrait qu'il pose la question discrètement à Scott.
Le shérif cogna à la porte de la salle de bain pour dire à son fils de sortir, et Stiles coupa l'eau avec regret. Plus la journée avançait, plus vite il devait inventer une histoire pour justifier ses deux jours de captivité.
"-Si seulement Derek pouvait venir avec moi ..., pensa-t-il en se séchant."
