Suite à cette annonce inattendue, un silence de mort s'installa dans le salon.
"-Ah mais ne vous inquiétez pas, on s'amuse bien avec moi aussi !, les rassura-t-il avec un grand sourire.
-Mais il revient quand Derek ?, demanda Scott.
-J'en sais rien moi ! -s'impatienta Peter.- Je vous offre une version améliorée de votre alpha et vous n'êtes pas contents ?
Les adolescents se jetèrent un regard qui voulait tout dire et leur alpha siffla entre ses dents en levant les yeux au ciel. Stiles quitta le repaire sans un mot, et Allison demanda ce qu'il avait.
-Il s'est disputé avec Derek je crois, répondit Scott au haussant les épaules.
-Ah bon, pourquoi ?, s'étonna Erica.
-Je sais pas ..., avoua le brun.
-J'espère que ça va s'arranger ... Il n'a pas l'air bien, fit remarquer Danny."
Ils se séparèrent tous un peu inquiets pour leur ami et leur ancien alpha qui avait disparu sans laisser de trace. Pendant ce temps, Stiles était en train de ruminer, étalé sur son lit. Pourquoi l'alpha avait-il fait ça ? Ce n'était pas le genre à s'enfuir comme une gamine dès qu'il se disputait avec quelqu'un. Il était plutôt du genre à se battre pour imposer son point de vue. Peut-être que l'adolescent avait été trop loin en lui disant toutes ses choses ? Peut-être qu'il aurait dû croire ce que lui disait son ex ? "Son ex" ; c'était difficile pour lui d'imaginer qu'il n'était plus en couple avec le lycanthrope. Il voulait qu'il le prenne dans ses bras, qu'il le réconforte comme il avait l'habitude de le faire et qu'il lui dise qu'il l'aime. Il ferma les yeux, en pensant très fort à Derek. Peut-être qu'il viendrait s'il le faisait ? L'adolescent s'endormit rapidement, tiré par la maladie et la fatigue vers le sommeil réparateur.
Stiles essaya de cacher sa peine à ses amis, le lendemain, mais ils n'étaient pas bêtes. Chacun tenta de lui remonter le moral. Allison lui dit que Derek avait surement besoin de réfléchir un peu, Danny et Boyd racontèrent des blagues, Isaac plongea la tête de Jackson dans sa purée et ce dernier se servit du T-shirt du loup-garou pour s'essuyer, ce qui eut un effet comique pour leurs amis, mais l'humain resta patraque. Lydia lui fit un câlin et un sourire rassurant, et Erica fit tourner un petit sixième en bourrique près des casiers. Stiles se sentait toujours fautif de la fuite de l'alpha, et se sentait mal de plomber le moral de ses compagnons. Après les cours, son meilleur ami vint lui parler.
"-Ecoutes Stiles, tu peux pas rester comme ça ... On s'inquiète tous pour toi ... Derek devait juste pas être le bon, hasarda-t-il.
-Bin si Scott ... C'était le bon ... Et moi je lui ai dit de dégager ..., souffla Stiles en regardant par terre.
-Comment tu peux être sûr que c'était lui le bon Stiles ? On peut pas savoir enfin !, s'indigna le loup-garou.
-Et toi alors ? Comment tu peux savoir qu'avec Allison ça va durer toute la vie ?, lui demanda-t-il avec un air de défi.
Devant son regard vaincu, il ajouta.
-Ouais voilà, je l'ai su comme ça aussi.
-Mais c'est différent pour elle et moi, se défendit le garçon.
-Pourquoi ? Parce que c'est une fille ? Je te signale que ça marche pareil avec les garçons Scott, je savais que je l'aimais et c'est tout.
-Mais il n'a pas arrêté de te rabaisser ...
-Allison a eu une mauvaise période aussi, je te rappelle.
A court d'argument, le fils de l'infirmière souffla. Il reprit après une pause.
-Vous vous êtes disputés pour quoi ?
-J'ai cru découvrir qu'il avait une liaison avec un autre, répondit-il tristement en haussant les épaules.
-Quoi ?! Mais alors tu devrais le détester ! Pas t'en faire pour lui !, s'indigna le lycanthrope.
-Je lui ai dit des choses horribles, Scott ... Je m'en veux ... Je voudrais qu'il revienne, moi ..., lui dit-il avec les yeux brillants et rouges.
-Oh non, non Stiles, tu ne dois pas te mettre comme ça pour lui ! -essaya de le calmer Scott.- Il n'a que ce qu'il mérite, je t'assure."
Alors que l'adolescent se contrôlait pour ne pas fondre en larme comme une gamine de 10 ans, ses jambes commencèrent à trembler, et des points noirs et blancs vinrent brouiller sa vision. La dernière chose dont il se rappela était sa fièvre qui augmentait et lui brûlait les joues, ainsi que son meilleur ami qui criait son nom au moment où il s'écroulait par terre.
Il reprit connaissance dans un lit d'hôpital. Son père venait d'entrer dans la chambre et semblait inquiet. Il s'approcha de l'adolescent et lui posa une main bienveillante sur le front.
"-Ça va un peu mieux ?, demanda-t-il en s'efforçant de sourire.
-Il s'est passé quoi ?, répondit-il, encore dans le cirage.
-T'as fait une chute de tension. Les médecins pensent que c'est dû au fait que tu es grippé. Va falloir te soigner correctement, hein fiston ?!
Il essayait de faire le fier, mais Stiles se doutait bien qu'il se faisait beaucoup de soucis. Il se souvenait avoir vu ce regard inquiet lorsque sa mère était mourante, et que son père faisait tout pour camoufler sa peine.
-Ouais t'inquiètes Papa, je vais prendre mon traitement, lui dit-il en feignant un sourire rassurant.
-Tu ... Tu veux que je reste avec toi ou ...?
-Nan ... Tu vas t'ennuyer là, je vais me reposer un peu, répondit le garçon.
-D'accord... Tu m'appelles si jamais y a besoin, fils."
Il sortit de la chambre d'un pas lent et Stiles posa sa tête sur son oreiller. Il ne savait pas combien de temps il devrait rester là, mais il espérait que les médecins en aient vite fini avec ses résultats d'examens, pour qu'il rentre chez lui. Il saisit son portable posé sur la table en bois à côté de lui et pianota sur son écran tactile. Juste quelques mots, mais qui contenaient toute son inquiétude :"où es-tu ?". Il ne lui répondrait surement pas, comme il l'avait fait pour les derniers 20 messages que l'adolescent lui avait envoyé pour différents motifs, mais au moins il aurait tenté son coup. Pour son plus grand bonheur il put rentrer vite chez lui, et ses résultats ne montrèrent rien de grave. C'était toujours ça de positif dans sa journée.
Stiles n'arrivait pas à trouver le sommeil ; il regardait sans arrêt son portable, toujours persuadé qu'une réponse allait tomber. Mais rien ne lui parvenait. Il repensait aux choses qu'il avait pu lui dire, et se sentait à nouveau coupable. Il entendit la fenêtre s'ouvrir dans son dos et son coeur fit un bond.
"-Derek ?!, souffla l'adolescent en se redressant et se retournant.
Une paire d'yeux gris brilla dans la nuit, et Stiles perdit son mince sourire. C'était Andrew qui venait de rentrer dans sa chambre. Uniquement Andrew.
-Tu devrais pas être là -le gronda-t-il-, tu as des chasseurs aux trousses je te signale !
-Je sais mais ... Je pouvais pas te laisser tout seul, se justifia le loup-garou en le fixant.
-Quoi ? J'ai besoin de personne, je t'assure, mentit le garçon.
Andy siffla entre ses dents et se rapprocha du lit. Stiles l'observa avec méfiance.
-Allez, tu n'as pas à avoir peur, je vais pas te manger ... Je t'ai toujours protégé, lui dit-il en plissant les yeux.
-Euh ... ouais ...
-Tu m'as aidé en m'intégrant dans ta meute, c'est à mon tour de te rendre service.
Il poussa doucement l'adolescent et s'installa dans le lit à ses côtés.
-Mais qu'est-ce que tu fais ?, s'indigna Stiles.
-Hé rassures toi, je compte pas te violer, je suis parfaitement hétéro ... C'est juste qu'avoir quelqu'un avec qui dormir te fera du bien. Beaucoup d'espèces vivant en meute le font, pour se tenir chaud et se rassurer, lui affirma-t-il."
Le fils du shérif sembla sceptique, mais finit par capituler. Il posa sa tête sur l'épaule du loup-garou et le bras de ce dernier le serra contre lui. Sa tête brune vint se caler sur celle du jeune garçon, et une fois qu'ils se trouvèrent bien installés, ils purent s'endormir tranquillement.
Le mercredi, le même rituel recommença. Stiles faisait semblant d'aller bien, et ses amis tentaient de lui remonter le moral. Jackson lui dit qu'il fallait qu'il oublie, mais Lydia le foudroya du regard en lui répliquant qu'on oubliait jamais quelqu'un qu'on aimait, ce à quoi il avait répondu qu'on oubliait jamais les chieuses non plus et ils avaient commencé à se faire la tête. Isaac en avait pris pour son grade, alors qu'il n'avait pas ouvert la bouche, et les deux garçons s'étaient encore battu.
Une fois qu'ils furent arrivés au repaire, l'ambiance fut un peu plus festive. Peter était un entraîneur beaucoup plus cool que son neveu. Si Derek aimait le combat, Peter préférait la tactique. Il proposa des énigmes à ses bêtas, ainsi que des jeux de stratégie et de réflexion. Alors qu'ils planchaient sur un problème plutôt complexe que l'alpha s'était fait un malin plaisir à concocter, Andrew se leva.
"-Ils arrivent !, les prévint-il avec horreur.
Peter fronça les sourcils et alla vérifier par la fenêtre. Il se recula et ordonna aux jeunes de se mettre derrière lui. La porte fut ouverte d'un coup de pied et Sean entra le premier avec un grand sourire.
-Coucou !, chantonna-t-il en se frottant les mains.
Les loups garous grognèrent en signe d'avertissement et Damuel rentra à son tour.
-Quel accueil, siffla le brun.
-Barrez-vous tous les deux, sinon on sort les cotillons et le champagne, les prévint l'alpha en souriant.
L'aîné des frères pouffa.
-Je l'aime bien lui -dit-il en le désignant du doigt- mais malheureusement on n'a pas le temps de bavarder. Il nous faut le petit Andrew.
-Laissez-le tranquille, il n'a rien fait de mal, et vous ne pouvez pas le tuer ! Vous allez avoir des problèmes sinon !, dit Allison d'une voix forte.
-Tu vois, je te l'avais qu'on serait encore traités comme les méchants !, s'indigna Sean en se tournant vers son petit frère.
-On n'a pas dit qu'on allait le tuer, on a dit qu'on l'emmenait avec nous -leur répondit Damuel en haussant les épaules.- Vous voyez, nos armes ne sont pas sorties, on vient en amis.
-M'emmener pour me tuer, hein !, grogna Andrew.
Les deux chasseurs soupirèrent.
-Incroyable, in-croy-able ! -s'offusqua le blondinet.- On ne fait pas que tuer tout le monde ! On a aidé tes nouveaux copains quand euh ... Quand il y a eu un petit écart de nos troupes, se remémora-t-il.
-Et on a signé ce traité un peu con avec le père de la demoiselle, ajouta le brun.
-D'où tu dis 'con' toi ? C'est quoi cette façon de parler Dammy ? On s'est invité ici, soyons au moins polis, le réprimanda Sean.
-Ne m'appelle pas ...
-Hé les deux clowns ! C'est pas bientôt fini ?, les interrompis Peter qui ne comprenait rien à ce qu'il se passait devant lui.
La meute avait repris une apparence normale et observait avec crédulité les frères se disputer.
-Vous comptez lui faire quoi, au gosse, si on vous le livre ?, demanda l'alpha.
-Peter, tu comptes quand même pas ...? , répliqua Scott en lui empoignant le bras.
-Bah quoi, je peux toujours demander, non ?, répondit-il en haussant les épaules.
Les chasseurs avaient récupéré leurs airs sérieux et calculateur.
-Vous ne le livrez pas, ce n'est pas un colis quand même, mais vous le laissez venir avec nous ..., commença Sean.
-S'il se tient correctement, nous on le protège. Et en retour il nous aide à traquer les vilains loups garous, termina Damuel.
-Ils en ont fait exprès de faire une rime, à votre avis ?, chuchota Isaac à ses amis.
-Vous nous prenez pour des tartes ? -s'offusqua Peter- Qui me dit que vous n'allez pas le tuer une fois partis loin ?
Sean siffla entre ses dents et son sourire charmeur apparut.
-On ne l'aurait jamais laissé filé si on avait voulu le voir mort, certifia le brun.
-Vous voulez une preuve, en voilà une ... C'est à ton tour d'entrer en piste ma belle !, chantonna Sean.
Une jeune fille aux longs cheveux roux cascadant sur ses épaules et aux yeux verts forêt-au-printemps apparut sur le seuil de la porte. Le chasseur bond avait posé un genou à terre et avait tendu les bras vers elle en agitant les mains, en chantonnant un 'ta-tadadaaaa' théâtral.
-Quinn !, manqua de s'étouffer le loup-garou aux yeux gris.
-Salut Andy, lui répondit-elle en souriant amicalement.
-Bon ça y est je suis largué, déclara Peter en soupirant.
Stiles regarda Andrew.
-C'est qui ?, lui souffla-t-il.
-Je t'avais parlé d'une louve qui avait combattu contre Danielle, et qui avait été chassée. Et bien c'est elle, répondit l'intéressé en continuant de fixer la nouvelle venue.
-Je vais bien -dit-elle d'une voix claire.- Après qu'elle m'ait battue, les Crinewhets m'ont soignée et protégée, je suis avec eux maintenant.
Sean, qui s'était relevé, se retint de lâcher un 'BIM !' tonitruant devant la confession.
-J'aimerais bien que tu viennes avec moi, lui demanda-t-elle en souriant.
-Allez, suis-nous Andrew, on te protègera bien, le rassura Sean avec son sourire angélique.
Le jeune homme sembla hésiter, et Isaac le poussa gentiment dans le dos.
-Allez vas-y mon vieux, on se doutait bien que tu resterais pas toute ta vie avec des adolescents, lui dit-il.
La dénommée Quinn tendit la main vers son ami et il la saisit. Il s'approcha du petit groupe et Damuel prit la parole en frappant dans ses mains.
-Bon, on va y aller nous, on va pas s'attarder plus longtemps, on a de la route à faire.
Les trois premiers chasseurs s'en allèrent, et Andrew se retourna une dernière fois pour saluer ses anciens camarades.
-J'essaierais de venir vous voir, leur promit-il avant de disparaitre dans la rue.
Un silence attristé se fit ressentir, et Peter remotiva ses troupes.
-On ne va pas se laisser abattre hein, les jeunes ? Je propose qu'on fasse un tournoi d'échec ! Qui est partant !
-J'vais pas jouer avec vous, vous trichez, lui répondit Danny."
La remarque fit rire l'assemblée, sauf l'alpha qui sembla outré. Stiles recommença à trouver le sourire, même s'il voyait à nouveau quelqu'un qu'il appréciait s'en aller.
Lorsque toute la bande se sépara, Stiles resta seul avec Peter. Il s'approcha innocemment du leader.
"-Oui ?, questionna l'alpha.
-Bin ... Je me demandais ... Vous avez des nouvelles de Derek ?, demanda-t-il timidement.
Peter soupira et fixa l'adolescent.
-Non. Et je n'en aurais pas. Stiles écoutes moi ... Il ne va pas revenir... Il est parti, essaya-t-il de lui expliquer.
-Il ... Il va peut-être changer d'avis, espéra le garçon.
L'alpha tapota sur la table avec ses doigts.
-Non. Il fuit, alors il ne reviendra pas. Je ne sais pas ce que tu lui as dit, mais c'était visiblement assez fort pour qu'il disparaisse aussi vite. On ne dirait pas, mais Derek a toujours été fragile. J'ai bien vu depuis un moment qu'il était affaibli, et moins sûr de lui. Tu savais qu'il avait honte au plus haut point d'être gay ?, lui demanda-t-il en plissant les yeux.
-Il me l'a dit, oui, mais je pensais pas ...
-Il a toujours eu du mal à avoir une relation durable, parce qu'il a toujours vécu caché des autres-le coupa-t-il.- Ça lui a filé un sacré coup de voir sa relation avec toi exposée aux yeux de sa meute, alors qu'il n'en avait pas décidé ...
-Oui mais il va bien finir par ...
-Il ne reviendra pas Stiles ! -s'emporta Peter en frappant de ses deux mains sur la table.- Il va falloir te rentrer ça dans le crâne ! Il a vendu l'appartement qu'il avait acheté, il a délaissé le rôle d'alpha ... Il est parti et ne reviendra JA-MAIS !"
Le coeur du garçon se serra. Peter était brusque dans sa façon de parler, mais il avait raison. Et encore, il restait gentil de ne pas ajouter que c'était de sa faute. Stiles sortit du salon en toute hâte.
Jackson, qui revenait sur ses pas pour récupérer le gilet que Lydia avait oublié dans le repaire, croisa Stiles. Il allait lui faire une réflexion, mais s'abstint quand il vit ses yeux rouges et son air abattu. Il lui saisit le bras.
"-Hé Stiles, ça va ?
-Oui c'est bon, répondit sèchement le brun.
-C'était rhétorique ... Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi t'es dans cet état ?, questionna-t-il.
-Qu'est-ce que ça peut te foutre Jackson ? Depuis quand tu ne t'intéresse plus uniquement à ta petite personne ?, lui asséna-t-il.
-Depuis que Derek est mon alpha. Il m'a remis dans le droit chemin, on va dire ... C'est Peter qui t'as dit une saloperie ?
Le fils du shérif tentait de retenir ses larmes, mais rien n'y fit. Il s'effondra en baissant la tête.
-Il m'a dit que ... Derek ne reviendrait ... Jamais ..., lui dit-il en hoquetant.
Le blond fut pris au dépourvu. Il passa une main dans le dos de Stiles, avant de le serrer dans ses bras avec une petite grimace.
-Maiiis, on s'en fiche de lui, hein. Si toi tu veux croire que Derek reviendra, crois-le. Lui il pense le contraire ... Bon bah dommage ... T'as essayé de le contacter ?
-Oui ... Mais il répond ... Pas, sanglota-t-il.
-Laisse lui le temps -déclara Jackson en levant les yeux au ciel.- Il a peut-être besoin de réfléchir ...
Stiles se redressa, sécha ses larmes, et jeta un coup d'oeil à l'ancien kanima qui regardait ailleurs, gêné.
-Merci ..., souffla-t-il.
-Ouais bon bah ... Ne t'avise pas de le répéter, lui dit-il de mauvaise grâce, avant de tourner les talons et de passer la porte du salon."
Stiles rentra chez lui en se sentant légèrement mieux, même si l'absence de son amoureux lui pesait sur le coeur.
Cette absence lui pesait tellement, qu'il n'écouta absolument rien en cours de Chimie, le lendemain. Sur sa feuille où il prenait des notes, il écrivit distraitement ce qu'il voudrait dire à Derek quand il le reverrait, si jamais cela se produisait. Le radar à papillonnage de son professeur tyrannique s'activa, et il chercha dans la salle qui ne l'écoutait pas. Il se frotta les mains avec sadisme quand il repéra sa victime. Il s'approcha de lui et vit Scott donner un petit coup de coude à son voisin. Harris arracha la feuille de sous le stylo de Stiles et sourit cruellement.
"-Trop tard M. McCall. Voyons, voyons, qu'avons-nous là ? Oooh des petits mots doux. M. Stilinski, et si nous les lisions tous ensemble ?
-N...Non !, bégaya l'adolescent en se mordant la langue.
-J'ai décidé que si, peut-être que la honte vous rendra enfin un peu attentif ?, siffla-t-il.
-Excusez-moi M. Harris, même si j'aimerais bien savoir ce qu'il y a d'écrit sur cette feuille, je ne pense pas qu'on ait le privilège de perdre plus de temps sur le cours. Le programme est assez chargé, et on n'a pas besoin d'être ralenti par Stilinski.
Stiles n'en revenait pas. Jackson Whittemore, l'élève le plus con de tout le lycée, le plus prétentieux et le plus imbu de sa personne, venait de prendre sa défense et de demander de façon détournée à Adrian Harris de se taire. Et en plus, ça marchait. Le professeur lui tendit le papier avec un sourire froid.
-Tenez, amusez-vous bien M. Whittemore.
Il repartit derrière son bureau, et continua son cours.
A la sortie de classe, Stiles se dirigea vers les casiers, pour trouver Jackson et récupérer sa feuille quand Danny l'interpella.
-Stiles, tu devineras jamais !, lui dit-il en souriant.
-Euh oui bah là j'ai pas trop envie de jouer aux devinettes, répondit-il en essayant de passer.
-Nan mais ça devrait te faire plaisir, lui assura-t-il.
-Non, stop, je m'en contrebalance. Vous avez tous été adorables d'essayer de me remonter le moral, mais j'en ai marre ! Je ne veux pas parler avec vous, je ne veux pas vous voir vous disputer. Je n'ai pas envie de rire à des blagues, je veux juste qu'on me laisse tranquille !
Il se rendit compte que Danny semblait peiné, mais décida de continuer son chemin. Il trouva Jackson pendu à son casier, qui venait de voir la scène.
-Ah Jackson, ça tombe bien, je te cherchais.
Le blond lui tendit sa feuille avec un air maussade.
-Est-ce que tu ..., demanda Stiles avec un sourire gêné.
-Non, je l'ai pas lu, répondit-il sèchement.
-D'accord -répliqua l'adolescent sans vraiment comprend pourquoi il était en colère.- Encore merci, pour avoir détourné l'attention de Harris ...
-Oh mais je l'ai pas fait pour toi. Je l'ai fait parce que j'écrivais un SMS et que je voulais qu'il me voit et me confisque mon téléphone, cracha-t-il d'un air hautain.
-J'ai fait quelque chose de mal ?, finit par demander le fils du shérif.
Jackson le fixa comme si il venait d'une autre planète.
-T'as vu comment tu viens de lui parler ?, lui dit-il en montrant l'endroit où se tenait Danny quelques minutes plus tôt.
-Je sais mais ... J'avais pas envie d'entendre une nouvelle blague ... Et fallait que je récupère ça, répondit-il en désignant sa feuille.
-Ouais bah si tu l'avais écouté un peu, ta feuille stupide tu t'en serais moins occupée !, vociféra-t-il.
-Qu'est-ce qu'il avait de si important à me dire ?
-Il avait trouvé où se trouvait Derek, grâce au GPS de son portable, et il était content de venir te l'annoncer.
Stiles manqua de s'étouffer.
-Il est où ?!
-J'en sais rien, fallait lui poser la question avant, maugréa l'ancien kanima avant de s'en aller."
Le brun pesta contre lui-même et essaya d'appeler l'hawaïen, qui ne décrocha pas. Comme tous les jeudis, les garçons avaient un entraînement de crosse, auquel Stiles ne pouvait pas participer exceptionnellement, pour cause de maladie ; le coach Finstock lui avait formellement interdit de mettre les pieds sur le terrain, parce que s'il avait le malheur de refiler sa grippe à ses joueurs, il le regretterait amèrement. C'est donc en bougonnant que l'adolescent quitta le lycée et se dirigea vers chez lui. Pendant qu'il faisait ses devoirs, une lueur d'espoir naissait dans son coeur. Il avait peut-être retrouvée la trace de son amoureux. Cependant, même s'il était heureux, les mots du nouvel alpha résonnaient dans sa tête : 'Derek ne reviendra jamais'. Sans savoir pourquoi, cette réalité lui revint comme un boomerang en pleine tête. Il soupira tristement et décida d'aller se coucher, puisque son exercice de chimie ne voulait pas se résoudre tout seul. La température montait une fois de plus en lui, et c'est fiévreux qu'il se glissa sous les couvertures. Il tremblait légèrement, et repensa à Andrew qui devait être loin avec sa copine rousse et les deux chasseurs. Danny finit enfin par lui répondre, et la nouvelle fut dure à encaisser pour l'adolescent. Derek était à New-York, d'après les dires de son ami. Il se trouvait à l'autre bout du pays. Il était parti dans la côte opposée, pour fuir Stiles. Alors qu'il allait s'endormir en imaginant Derek faire la fête à New-York, loin de lui, la fenêtre de sa chambre s'ouvrit, en laissant un courant d'air glacé rentrer dans la pièce. Stiles sourit, finalement, Andrew venait bien lui dire au revoir. Il se retourna et lança d'une voix fatiguée :
"-Andy, t'es pas encore parti ?
Ses yeux s'agrandirent, son coeur tambourina un bon coup contre ses côtes, et son sang se glaça. Devant lui, ce n'était pas Andrew aux yeux gris qui se tenait debout. C'était un regard dur et triste à la fois, qu'il avait en face de lui, faisant luire ces iris où le bleu et le vert se mélangent amoureusement, rendant impossible la détermination de la couleur exacte de l'oeil. La grande forme vêtue d'un blouson de cuir le fixait, les poings fermés. Si la mâchoire de Stiles avait pu se décrocher et tomber au sol, elle l'aurait fait.
-Comment ça, 'Andy' ?, sembla s'offusquer l'intrus.
-Es... Espèce de ... De petit ... Connard !, réussit à articuler l'adolescent.
Il se leva de son lit, poussé par la rage et la fièvre, saisit son oreiller et frappa son visiteur nocturne plusieurs fois. Ce dernier se protégea de son bras.
-Je te déteste, je te déteste, je te déteste !, répéta le brun.
-J'ai compris Stiles ..., souffla-t-il.
-Tu ... Je ... On s'est ... Donner des nouvelles, tu sais faire ?! J'étais mort d'inquiétude ! J'ai cru que tu reviendrais jamais ! J'ai pleuré devant Jackson !, s'indigna-t-il.
Le loup-garou rit doucement.
-Il s'en est passé des choses pendant que j'étais pas là ..., murmura-t-il.
-'Pas là' ? 'Pas là' ?! Tu veux plutôt dire 'quand je me suis enfui comme un lâche' ! T'es qu'un salaud !, s'énerva Stiles en le frappant à nouveau avec son oreiller.
-Tu m'avais dit que tu voulais plus me voir ..., se défendit calmement le lycanthrope.
-Maiiiis, mes mots ont dépassé ma pensé ! Je venais de me prendre une méga gifle !
-Tu l'avais cherché, répliqua-t-il doucement.
-Mais-arrête-d'être-aussi-calme, merde !, hurla-t-il en le frappant entre chaque mot.
-Pourquoi je te crierais dessus ?-dit-il en haussant les épaules- C'est à toi d'être en colère. Moi je suis celui qui est parti et qui t'as cogné, dit-il piteusement.
Les yeux de l'adolescent commencèrent à rougir et une boule de forma dans sa gorge.
-Pourquoi tu m'as abandonné ?
-Je ne t'ai pas abandonné, je suis là, regarde.
Il lui souleva le menton avec un doigt et lui sourit doucement.
-Pourquoi on en est arrivé là ?, demanda-t-il en reniflant.
-Parce que je voulais te faire une surprise, et que je suis prêt à tout pour mener à bien mes surprises, lui répondit-t-il en écrasant les larmes de l'adolescent avec ses pouces.
-Une surprise ? Tu appelles toute cette histoire une surprise toi ?, s'insurgea le garçon.
-Ouvre la boite, lui dit simplement l'ancien alpha.
-Quoi ? Quelle boite ?
Il tourna la tête et vit une grande caisse bleue posée par terre. Il était quasiment sûr qu'elle n'était pas là avant.
-C'est quoi ? demanda-t-il en reniflant.
-Bin ouvre, andouille, pouffa le loup-garou.
L'adolescent s'agenouilla et toucha le couvercle ; il était froid. Derek alluma la lampe de chevet pour que Stiles voie mieux son cadeau. Lorsqu'il souleva le couvercle, il fit les yeux ronds. La boite se trouva être une glacière, et dedans, plusieurs pots de glace étaient rangés soigneusement. Le garçon leva les yeux vers son amoureux, perdu.
-C'était bien ça, le parfum que tu voulais ?, questionna-t-il avec un sourire, connaissant déjà la réponse.
-O..oui, vanille avec ...Un ...Coulis de caramel et ...Des morceaux ...De cookies, dit-il en sanglotant.
Il se releva en fonça dans les bras du lycanthrope. Il le serra fort et se mit à pleurer, ce qui fit de la peine à Derek. Il l'entoura et embrassa le haut de son front, seule partie de son visage qui n'était pas enfouie dans son torse.
-Pourquoi tu pleures, mon Stiles ? Ça ne te plait pas comme cadeau ?, lui demanda-t-il avec une boule dans la gorge.
-Si, mais moi je t'ai dit des choses horribles alors que tu voulais me faire plaisir !, cria-t-il dans son torse en pleurant de plus belle.
-C'est rien Stiles, c'est rien ... Je suis là maintenant. Je ne te quitte plus désormais. On a fait des erreurs tous les deux, mais c'est réglé, essaya-t-il de le rassurer.
Le garçon resta scotché contre lui et Derek soupira.
-C'est un T-shirt tout neuf Stiles, et je comptais te le donner pour que tu gardes mon odeur quand je m'absente, mais si tu te mouche dedans ...
Stiles releva la tête et ses yeux papillonnèrent. Il resta fermement accroché au T-shirt de son amoureux, de peur qu'il s'en aille, et attrapa d'une main le mouchoir que Derek avait saisi derrière lui. Après qu'il se soit mouché, leurs yeux se rencontrèrent et Derek lui sourit. Il approcha son visage mal rasé de celui imberbe du garçon, mais ce dernier se recula un peu. Le loup-garou leva un sourcil.
-C'était des glaces qu'il parlait l'autre, dans son message ?, supposa-t-il.
-Oui, Ethan parlait de ça, et je voulais pas que tu lises les autres messages parce qu'on parlait en langage moins ... codé.
-Pourquoi il t'a appelé 'mon Trésor' alors ?
-Parce que c'est mon ex, et qu'il est toujours un peu amoureux de moi. Et malgré ça, je lui ai demandé quelque chose pour te faire plaisir.
-Et pourquoi t'as vendu l'appartement ?
-Mais c'est quoi toutes ces questions? Tu me crois toujours pas ? Je l'ai vendu parce que tu l'aimes pas cet appartement, s'énerva-t-il.
Stiles se mordit la lèvre, et le lycanthrope ajouta.
-Non, non, ne pleure pas, je voulais pas être méchant !
Il fondit sur lui pour l'embrasser et le calmer. L'effet fut immédiat, lorsque leurs lèvres se scellèrent. Stiles se sentit revivre, son coeur était libéré de tous les tourments causés par ces derniers jours. Il reprit son souffle et murmura :
-Je ne veux plus jamais me disputer avec toi Derek ...
-Je sais -souffla-t-il- mais ça nous arrivera encore souvent je pense ...
-Pourquoi ?, demanda le garçon inquiet.
-Parce que t'es une véritable tête de pioche, t'écoutes jamais ce qu'on te dit, lui répliqua le plus vieux.
L'adolescent s'offusqua et bouda. Derek lui embrassa le front, avant de le toucher avec la paume de sa main.
-T'es encore malade ?, s'inquiéta-t-il.
-Bah oui, je guéris pas vite moi, je suis un simple mortel, lui dit-il en le regardant avec des yeux fatigués.
-Alors au plumard, et sans protester !, le gronda-t-il en le poussant vers le lit.
-Tu restes avec moi ?, demanda-t-il avec sa tête implorante, en étant toujours agrippé à son T-shirt noir.
-Qui a dit que je m'en allais ?, répondit-il en souriant.
Stiles s'installa sur le matelas, et Derek alla le rejoindre après avoir refermé le couvercle de la glacière et retiré sa veste en cuir, ses chaussures et son jean. Il se serra contre le garçon frissonnant et mit la couette sur eux deux. En se penchant pour éteindre la lumière, il reconnue une tasse posée sur la table de chevet.
-Tiens, t'avais bu le chocolat que je t'avais préparé ? Il était bon ?
-Bin en fait ... J'l'ai balancé dans les toilettes, parce que j'étais super en colère, avoua-t-il.
-T'as balancé mon Nesquik ?, s'indigna Derek.
-Désolé ..., s'excusa le garçon.
Le loup-garou siffla entre ses dents et appuya sur l'interrupteur de la lampe. Ses bras entourèrent l'adolescent, qui était encore collé contre son torse, et sa tête reposa sur celle de son amoureux. Une des jambes de Stiles vint s'enrouler autour de celle du lycanthrope, et sa main droite caressa distraitement son bras gauche costaud. Soudain, alors qu'il était au niveau de son poignet, il sentit quelque chose d'inhabituel. Un objet métallique se trouvait sous ses doigts. Il le saisit et posa la question fatidique.
-C'est quoi ça ?
-Un bracelet avec mon nom écrit dessus ..., soupira le loup-garou.
Un grand sourire se dessina sur les lèvres du garçon, mais avant qu'il ne dise quoi que ce soit, l'ancien alpha le coupa.
-Même pas en rêve Stiles ...
-Quoi ? J'ai rien dit !, se défendit-il.
-Pas besoin de le dire, je t'ai quasiment entendu le penser. Mais tu ne me voleras pas ma chaine pour la porter, c'est hors de question, dit-il catégoriquement.
-Maiiis ... Pourquoi ?, protesta faiblement l'hyperactif.
-Parce que t'as jeté mon Nesquik dans les toilettes, répondit-il simplement.
-Hein ?! Mais c'est nul comme punition !
-Je dors Stiles, je ne t'entends plus.
-Tu peux pas t'être endormi si vite ...
-Et je suis somnambule, alors fais attention que je ne t'étouffe pas avec un oreiller pour que tu te taises, le menaça-t-il, les yeux fermés.
-Tssk, encore de la violence ...
-Stiles ...
-C'est bon, je dors ..., capitula le garçon.
Il resta les yeux ouverts, incapable de s'endormir, trop inquiet de savoir si le loup-garou serait encore là à son réveil ou non.
-Derek, tu veux pas me parler ? Ça a bien marché l'autre fois pour que je m'endorme.
-Bah je te remercie !, s'indigna l'ancien alpha en lui donnant une petite tape sur la tête.
-Aïe, je t'ai dit de me parler, pas de ma taper !
-Toutes les techniques sont bonnes à essayer, se défendit-il en souriant.
-Tortionnaire, se lamenta l'adolescent.
-Sale gosse, répliqua l'adulte.
Stiles soupira de mécontentement et bouda.
-Derek, pourquoi t'es revenu ?, finit-il par demander.
-Quelle question, j'allais pas laisser mes bêtas sous la direction de Peter, ça aurait été de la folie !
-C'est tout ?, dit-il déçu.
-Mais non andouille, je suis revenu parce que je ne pouvais pas te laisser seul, perdu sans un câlin du soir, et pris en pitié par tout le monde."
Stiles sourit et se serra encore plus contre son oreiller en véritables poils de loup-garou. Derek lui caressa doucement le dos, et le jeune garçon commença à s'endormir lentement, les paupières de plus en plus lourdes.
"-Et parce que je t'aime, Tiloup. Moi aussi j'étais malheureux sans toi, prononça-t-il à voix basse, avant de sentir l'adolescent sombrer dans le sommeil contre lui"
