A que coucou ! Ca ne fait qu'une semaine depuis le précédent chapitre mais DEVINEZ QUOI ? J'ai enfin terminé cette fiction ! CHAMPAAAAAGNE ! Alors du coup je posterai toutes les semaines. C'est promis.

Pour fêter l'événement, c'est double-dose aujourd'hui. En fait, pour vous dire la vérité, j'aurais bien voulu couper ce chapitre en deux, mais c'était un peu ridicule : un chapitre plat et l'autre tumultueux. Alors bon, j'envoie tout d'un coup. Ca vous fera de la lecture !

Voilà, je vous souhaite une bonne lecture.

PS : Jeremy Cross est toujours à moi, bien que sa seule existence me foute en boule, et je tiens évidemment à préciser que, quoi qu'il se passe dans ce chapitre, ca ne reflète en rien la réalité. Je ne SAIS PAS si Richard Armitage a quelqu'un dans sa vie mais, si c'est le cas, je prie de toute mon âme pour ce quelqu'un n'ait rien de commun avec Jeremy Cross.

PS2 : Si quelqu'un dans l'assistance a le moindre problème concernant les violences conjugales (voilà, vous êtes au courant), je lui demanderais de fermer cette page. De mon point de vue, j'ai vu et lu pire, mais je sais que tout le monde n'a pas mon degré de tolérance à la violence. Aussi, mieux vaut partir. Maintenant.


AMORTENTIA

Don't you know that ? Hearts are breakable.


Chapitre 6 : Heathrow


Le brouhaha de Heathrow lui faisait plaisir. Il avait passé les deux derniers mois, depuis la Première Parisienne du troisième volet du Hobbit, à visiter sa famille dispercée de-ci de-là en Angleterre. Si les revoir lui avait fait du bien et lui avait permis de se ressourcer, il avait maintenant hâte de retourner chez lui à Los Angeles et de reprendre le cours de sa vie ordinaire. En attendant qu'un nouveau job aussi doré que celui que lui avait offert Peter Jackson lui tombe dessus. On pouvait toujours rêver, non ? Le calme et l'harmonie de l'Angleterre lui avait permis de se recentrer sur lui-même mais maintenant, il avait besoin d'action et de bruit. Heathrow, pour ce second cas, semblait un cadeau tombé du ciel.

Luke vérifia l'heure sur sa montre et, jugeant qu'il avait encore largement assez de temps, rangea ses billets dans sa sacoche avant de se trouver un café quelconque pour passer le temps devant un bon thé bien chaud. Il en dénicha rapidement un parmi la multitude qui se proposait à lui et se dirigea vers le fond de la salle pour s'asseoir dans un coin tranquille, à l'abri des regards indiscrets qui pouvaient éventuellement le reconnaître. Il fourra son sac de voyage sous sa chaise et ramassa un journal abandonné sur une table voisine. Il en était à la deuxième page quand la serveuse vint le trouver pour lui demander sa consommation. Et à la quatrième lorsqu'elle revint la lui apporter. Evidemment, le thé était brûlant, et il s'incinéra la langue quand il tenta de le boire. Il reposa sa tasse dans sa soucoupe et décida sagement de finir son journal avant de boire le breuvage odorant. Mais, après deux pages supplémentaires de lecture, il se trouva lassé de lire les nouvelles et lança le papier sur la table où il l'avait trouvé. Il ouvrit sa sacoche et en sortit sa tablette, sur laquelle il pianota afin de rejoindre twitter et voir ce qu'il s'y disait. Ne notant rien d'important, il éteignit l'application et se mit à jouer à Angry Birds, sans trop de motivation. L'ennui le gagna rapidement, mais son thé n'était pas encore buvable. Ses doigts pianotèrent sur la surface vitrée de la table alors que son regard gris se perdait par-delà la foule de visages qui se pressaient dans l'immense aéroport. Ses pensées, bientôt, vagabondèrent.

Il avait plutôt mal vécu la fuite de Richard. Il l'avait laissé partir, bien sûr. Il avait tout de même encore assez de moralité et de respect, tant pour lui-même que pour Richard, pour ne pas avoir envie de s'insérer dans son couple. Néanmoins, il n'avait pas pu se résoudre à culpabiliser. Il n'était responsable de rien, lui. Il ignorait parfaitement que son amant d'une nuit était déjà en main, et depuis tant de temps, comme la majorité du monde vu le secret que cultivait Richard quant à sa vie privée. Non, il estimait ne pas avoir à culpabiliser. Dans leur petite histoire, c'était Richard le connard. Pas lui. C'était Richard qui s'était tapée la journaliste psychopathe avant de le laisser le baiser toute la nuit durant. Et ce, malgré son mec, et malgré les années qu'il avait passé avec lui. Peut-être même que ce genre de situation n'était pas inhabituelle. Peut-être qu'il avait l'habitude de tromper ce Jeremy, et lui n'aurait alors été "qu'un parmi tant d'autres". C'était une possibilité non négligeable, même si elle lui donnait envie de vomir. Alors non, il ne culpabilisait pas. En revanche, il lui en voulait beaucoup, et ne parvenait pas à se débarrasser de ce goût amer qui emplissait sa bouche à chaque fois que ses pensées volaient vers Richard - ce qui leur arrivait trop souvent à son goût. Les deux derniers mois ne lui avaient pas permis d'oublier la Première et la nuit qui l'avait suivie, ni d'effacer de sa mémoire le plaisir sans bornes qu'il avait pris entre les bras de son amant. Ni d'annihiler son envie de lui.

Ils avaient cependant distillé dans son coeur un désir de vengeance qu'il ignorait pouvoir ressentir un jour.

Il porta sa tasse à ses lèvres et avala une gorgée de thé chaude et bienfaisante. Ce n'était pas du thé au jasmin, peut-être, mais le thé vert lui faisait toujours autant de bien. Il avait bu déjà la moitié du breuvage quand la porte du café s'ouvrit. Machinalement, il leva les yeux du vide qu'il fixait vaguement pour observer rapidement le nouvel arrivant. Les nouveaux arrivants. Deux hommes. Son coeur cessa de battre.


OoOoO


Richard enleva ses lunettes de soleil, bien utiles par le soleil radieux qui régnait au dehors malgré le froid de Février, et tourna immédiatement les yeux vers l'homme qui l'accompagnait, un sourire étirant déjà ses lèvres. Luke eut l'impression que son coeur arrêté se fissurait dans sa poitrine. Il vola en éclats quand l'inconnu passa une main tendre dans les cheveux noirs de son amant - le sien, foutre Dieu ! - avant de poser un doux baiser sur ses lèvres. Richard lui frappa l'épaule en lui marmonnant quelque chose qui fit rire l'inconnu avant de s'en aller s'asseoir à une table. Son homme, puisqu'il lui semblait clair qu'il s'agissait de ce fameux Jeremy avec qui il vivait depuis cinq putains d'années, rejoignit le comptoir d'un pas rapide, un sourire éclatant ornant son visage, pour commander deux cafés - alors que Richard préfère le thé, connard. Même lui le savait. Tout le monde le savait. Ce mec partageait-il sa vie depuis cinq ans ? Vraiment ? Alors qu'il le connaissait si mal ? C'était presque ridicule... L'inconnu se faufila entre les gens et les tables pour rejoindre Richard et déposa devant lui un gobelet de café fumant.

- "Tu sais bien que je préfère le thé..." soupira l'anglais aux yeux bleus d'un ton las.

- "Oui, mais le café c'est mieux."

Oui, mais le café c'est mieux, gna gna gna... abruti. Si Luke avait encore tenu le journal dans ses mains, il serait réduit en miettes. Mais il n'avait que sa tasse de thé. Et c'était plus dur à déchirer, fatalement. Richard soupira et secoua la tête, abandonnant sans même combattre un débat qui semblait s'être déjà répété mille fois. Luke pianota sèchement sur sa table alors qu'ils discutaient de choses et d'autres en buvant leur café, son ancien collègue faisant la grimace à chaque gorgée. Ce n'était pas tant de le voir se forcer à faire quelque chose qu'il ne voulait pas - ici, boire ce foutu café - qui lui retournait l'estomac au point d'avoir envie de vomir. C'était les espèces de petits attouchements que l'autre con se permettait qui le mettait dans cet état nauséeux. Entremêler leurs doigts, serrer sa main, caresser son bras, embrasser ses lèvres, décoiffer ses cheveux en y glissant ses doigts, enlever la crème du café qui maquillait de blanc sa bouche fine avant de sucer tranquillement son pouce. Ils donnaient l'impression d'être seuls au monde des bisounours, enfermés dans leur petite bulle de bonheur toute rose. Luke avait l'envie pressante de la faire éclater.

Alors, tranquillement, il passa la bandoulière de sa sacoche par-dessus sa tête pour la positionner correctement sur son épaule, ramassa son sac de voyage et jeta un billet de 20£ sur la table avant de se diriger l'air de rien vers la sortie, contournant la salle pour arriver dans le dos de Richard. Son ancien collègue sortit son portable au moment où une serveuse passait près de lui. Luke, voyant une occasion, fit un mouvement pour éviter la jeune femme pressée et, se faisant, bouscula malencontreusement Richard, qui lâcha le portable. D'un mouvement rapide, faisant montre de réflexes forgés par l'expérience, Luke le rattrapa avant qu'il ne s'écrase au sol - ce qui aurait été fatal pour le large écran tactile de l'IPhone, connu pour leur fragilité. Il peignit un air désolé sur son visage avant de se retourner pour rendre son portable à Richard. Il marqua un temps d'arrêt, comme s'il était sincèrement surpris de le trouver là.

- "Richard ?" demanda-t-il. "Mince alors, c'est dingue ca !"

Le visage déjà naturellement pâle de son amant d'une nuit blémit un peu plus alors que ses grands yeux bleus s'écarquillaient sous le coup du choc. Luke prit bien soin de ne pas adresser le moindre regard à ce Jeremy, comme s'il n'avait même pas noté sa présence. Il était simplement trop obnubilé par Richard pour s'apercevoir que la Terre continuait de tourner. Ce n'était pas totalement faux, du reste.

- "Salut," finit par souffler son "ami" en détournant les yeux. "Jeremy, c'est..."

- "Luke Evans."

Le ton glacial lui fit enfin tourner les yeux vers l'autre homme, et il le détailla de haut en bas sans manifester la moindre émotion. Un pull en cachemire, une chemise, un jeans, un trench et des chaussures de ville en cuir, le tout devant être absolument hors de prix et, bien entendu, signé par quelques créateurs du genre de Hugo Boss, ou quelque chose comme ca. Des cheveux bruns et quelques fils d'acier pour les éclaircir. Rasé de près. Un visage classique de dieu grec, et des lunettes rectangulaires sur son nez un peu trop long. Sa bouche, qu'il avait vu souriante, était maintenant plissée dans une moue de colère rentrée. Et ses yeux vairons, un bleu et l'autre vert, étaient fixés sur lui, une lueur mauvaise illuminant les iris claires. Jeremy se leva, et Luke fut bien obligé d'admettre qu'il le dominait, au moins en taille. Plein de morgue, et n'aimant pas du tout la manière dont ce parfait inconnu lui parlait ou le regardait, il détourna les yeux et peignit une grimace méprisante sur son visage pour ne se concentrer plus que sur Richard, dont les yeux voyageaient, apeurés, de son homme officiel à son amant d'une nuit. Il les avait tous mis dans une situation pour le moins délicate. Mission accomplie. Il tenta un sourire doux.

- "Alors, tu vas te promener à Londres ou..."

- "Richard, on s'en va."

Les petits cheveux, à la base de sa nuque, se hérissèrent en même temps que les poils de ses bras alors que l'envie de fracasser le nez de cet arrogant personnage balayait Luke. Néanmoins, devant l'air aussi déçu que triste de son ancien collègue, il choisit de faire profil bas et de céder. Pour le moment.

- "Non, c'est bon," intervint-il alors que Richard fourrait son portable dans sa poche en saisissant sa veste de cuir. "Finis ton café, tu veux ? J'allais partir, de toute façon."

Il lui offrit un nouveau sourire et s'éloigna de deux pas avant de se rappeler pourquoi il les avait accosté. Non pas pour renouer quelques liens légèrement distendus ou pour prendre des nouvelles. Mais bien pour se venger d'exposer devant lui leur parfait petit bonheur conjugal. Alors, résolu, il se retourna d'un bloc et revint vers les deux hommes, interrompant ce cher Jeremy au beau milieu d'une diatribe enflammée qui, il en aurait mis ses mains et sa tête à couper, le concernait. Il passa près de lui sans même le voir et s'arrêta près de Richard, qui le regardait sans rien comprendre.

- "Que impoli je fais," dit-il en riant de sa propre erreur, allant jusqu'à se frapper le front d'un geste désinvolte. "J'allais partir sans même te dire au revoir !"

Les yeux de Richard s'écarquillèrent, voyant le coup venir, mais il n'eut pas le temps de réagir. Luke fit ce qui lui faisait envie depuis deux mois, et plus encore depuis que ce monstre de cruauté était entré dans ce café avec l'autre gros con, et plongea une main dans ses cheveux, savourant la douceur des mèches noires qui avaient bien poussé depuis la dernière fois qu'il s'était permis un tel geste. Il tira légèrement sa tête en arrière et fondit sur ses lèvres pour lui voler un baiser brûlant de désir difficilement contenu. Il n'entendit même pas le hoquet rageur de Jeremy qui, malgré tout, était trop stupéfait pour agir. Il ne perçut que le faible gémissement de plaisir qu'émit Richard lorsque sa langue força la barrière de ses dents pour effleurer la sienne d'une caresse érotique. Un rire de victoire naquit dans son esprit quand il sentit son amant d'une nuit réagir, rien qu'un peu, et lui rendre son baiser. Mais il s'arracha aux lèvres tentatrices, essoufflé par la brusque vague de désir qui l'avait ébranlé en l'embrassant de la sorte, et fit un pas en arrière. Il agita la main en un dernier salut, un sourire à la fois béat et revanchard étirant ses lèvres, et s'en fut.


OoOoO


Il hésitait entre rire ou se taper la tête contre le mur carrelé des toilettes, où il s'était enfermé le temps de reprendre la complète maîtrise de son esprit et de son corps. Ses mains ne cessaient pas de trembler et ses épaules étaient secouées d'un rire sec et nerveux qui faisait néanmoins l'effort d'être silencieux. Après ca, si Richard acceptait le revoir, ca tiendrait du miracle. Si l'autre n'était pas au courant qu'il s'était passé quelque chose entre eux, c'était désormais chose faite. Richard allait bien devoir lui en parler. Sûrement, l'autre con n'apprécierait pas de savoir que son homme s'était tapé une journaliste inconnue avant d'écarter les jambes pour lui toute une nuit durant. Ca allait les mener droit à la rupture. Un ricanement grinçant passa ses lèvres entrouvertes sur un souffle laborieux. Richard allait savoir ce que ca faisait de se faire poignarder dans le dos aussi cruellement. Et il ne pourrait blamer personne d'autre que lui-même. Il était fautif après tout, et pas du genre à rejeter réellement la faute sur des tiers, même si lui avait une grande part de responsabilité.

Luke passa ses mains dans ses cheveux et les secoua vivement pour se réveiller un peu avant de se lever. Il posait la main sur la poignée de sa cabine pour s'en aller quand la porte des toilettes claqua violement contre le mur. Il se figea en entendant un corps heurter la ligne de vasques, juste avant qu'un "clic" caractéristique n'annonce le verrouillage de la grande porte. Il eut envie de rire. Il était enfermé dans les toilettes. Mieux valait s'annoncer, histoire d'être libéré avant que la dispute - parce qu'il y allait y avoir une dispute, il le pressentait - n'éclate entre les deux protagonistes qui venaient d'entrer aussi brutalement.

- "Jeremy..."

Merde. C'était la voix de Richard. Machine arrière, toute.

- "Ferme-la."

Pris d'une inspiration, Luke se jucha sur la cuvette des toilettes, attendant que Jeremy regarde sous les portes pour vérifier l'absence d'un tiers trop curieux. Il ne redescendit que lorsqu'il fut certain que l'autre con s'éloignait de lui et, profitant d'être dans une des cabines les plus reculées, entrebâilla très légèrement la porte pour avoir une bonne vue de ce qui allait se produire. De là où il était, il ne voyait que Richard, debout au milieu de la pièce, plus pâle encore que quelques minutes auparavant. Pas de trace de Jeremy si ce n'était l'écho de ses pas sur le carrelage. Il pouvait voir les mains de Richard, qu'il tenait bien serrées dans le creux de ses reins, trembler perceptiblement. Luke fronça les sourcils.

- "Vous aviez prévu de vous retrouver ici, n'est-ce pas ?"

La voix de Jeremy était encore plus glaciale que lorsqu'il s'était adressé à lui, ce qui lui semblait pourtant difficile alors. Fronçant encore un peu plus les sourcils, Luke se pencha en avant pour mieux entendre et essayer de mieux voir sans se faire trop repérer. Un rire sans joie emplit la salle, ricochant sinistrement sur les mur carrelé de blanc.

- "Je te jure que non... J'ai été aussi surpris que toi de le voir là... C'était un..."

- "Si tu dis le mot "hasard" je te jure, moi, que je te cogne."

La voix de Richard s'éteignit et il recula d'un pas. Jeremy reprit sa marche rythmique, et seul le bruit de ses pas fut bientôt audible. Une minute, ou deux, ou des dizaines, s'écoulèrent dans le silence glacé, avant que Richard n'ose faire un pas vers son compagnon en levant les mains devant lui, dans une vaine tentative d'apaisement. Il murmura quelque chose que Luke n'entendit pas, mais qui fit réagir Jeremy plutôt violemment.

- "Je ne te crois pas !" hurla-t-il. "Avoue le et sois honnête, pour une fois, que vous aviez prévu de vous retrouver ici, ce sale petit enculé et toi !"

Richard recula et, ses mains tremblantes toujours levées devant lui, comme une protection dérisoire, secoua la tête de gauche à droite. Jeremy redevint soudain très calme, sa crise de rage semblant s'être envolée aussi brutalement qu'elle avait commencé, et il apparut enfin à la vue de Luke. Il leva la main et caressa le visage de Richard avant de la plonger dans les cheveux noirs tandis que son autre bras s'enroulait autour de la taille fine de son compagnon, l'attirant contre lui dans une étreinte tendre. Le tremblement qui agitait encore sporadiquement les mains de Richard gagna le reste de son corps.

- "Ca fait combien de temps que ca dure ?" demanda Jeremy d'une voix extrêmement douce. "Toi et lui. Dis moi, je te promets que je ne me metterai pas en colère."

Richard murmura quelques mots sans que Luke ne les comprenne, mais il saisit néanmoins qu'il essayait de répondre au mieux et sans trop bafouiller.

- "Une nuit, c'est tout ?" dit Jeremy d'une voix encore trop douce. "Tu me le jures ?"

- "Oui, c'est promis, c'est vrai, juste une nuit, c'est promis..."

La main perdue dans les cheveux noirs glissa lentement sur la nuque, puis le dos rigide de Richard pour s'arrêter dans le creux de ses reins avant de remonter, tout aussi lentement.

- "Alors pourquoi était-il là aujourd'hui ?"

- "Mais je ne sais pas... Il doit rentrer chez lui, je présume..."

Jeremy sourit, et Luke sentit le doigt glacé de la peur courir le long de son échine, aussi lentement que la main qui caressait le dos de Richard.

- "Je ne te crois pas, mon amour..."

Le murmure transperça le silence de la salle. Figé dans sa cachette, Luke ne parvenait plus à détacher son attention de la scène qui se jouait devant lui. C'est à peu près à ce moment-là que les choses dérapèrent, autant pour lui que pour eux. A partir de cet instant, ses jambes refusèrent simplement de lui obéir, tout comme ses yeux ne purent se détourner. Jeremy se détacha de Richard, le couvant d'un regard aussi haineux que méprisant, et cela remua quelque chose dans la poitrine de Luke. Une grimace de rage tordit le beau visage qui lui faisait face et Richard recula d'un pas chaque fois que Jeremy avancait.

- "Je pose la question une dernière fois : ca fait combien de temps que ca dure ?"

- "Je te jure..."

- "JE NE TE CROIS PAS !"

Le souffle de Luke se coinça dans sa gorge quand Jeremy leva la main pour frapper Richard. Son amant recula sous l'impact et heurta la ligne de vasque. Mais il ne semblait pas choqué.

- "Ca fait combien de temps que tu couches avec cet enculé ?"

- "Jeremy..."

- "REPONDS PUTAIN !"

Il gifla Richard une deuxième fois, puis une troisième. Il s'éloigna de lui et se mit à marcher de long en large, les mains crispées dans ses courts cheveux bruns, la fureur déformant ses traits. Richard resta sagement immobile dans un coin, le mur le dissimulant à la vue de Luke, mais il pouvait quand même voir son reflet dans l'immense miroir qui surplombait les vasques. Il pouvait voir ses joues rougies des coups reçus, ses yeux bleus baissés et brillants, ses dents mordant sa lèvre, les tremblements qui agitaient sa longue silhouette.

- "Depuis que tu es parti en Nouvelle-Zélande, n'est-ce pas ? Tu l'as rencontré là-bas, et tu t'es dis que ce que j'ignorais ne pouvait pas te faire de tort. C'est ca ? C'EST CA ?"

Richard secoua la tête, le visage baissé, mais fut incapable de répondre. Jeremy revint vers lui et plongea une main dans les mèches noires pour le forcer à relever la tête. Il vrilla ses yeux haineux dans les siens, et un gémissement apeuré donna à Luke envie de vomir. Il voulut reculer et s'arracher à cette vision mais ses jambes ne bougèrent pas.

- "Ca t'a plu ? Te faire baiser par Luke Evans, ca t'a plu ?"

- "Non..."

- "MENTEUR !"

Jeremy leva la main une quatrième fois, et la referma avant de l'abattre sur Richard. Le coup de poing l'envoya contre le mur. Il leva les bras pour protéger son visage des coups qui pleuvaient sur lui. Il se laissa glisser contre le mur et se recroquevilla sur lui-même, rencogné dans le coin formé par le mur et la ligne droite des meubles blancs où scintillaient les vasques de céramique. Jeremy baissa enfin la main, le souffle court, ses yeux vairons irradiant encore de fureur. Une nouvelle nausée tordit l'estomac de Luke alors que Jeremy s'agenouillait devant Richard. Il écarta les bras dressés devant le visage meurtri de son compagnon et les plaqua méchamment contre le bois des meubles. Richard détourna la tête en se mordant encore la lèvre. Jeremy lui écarta les jambes du genou et se glissa entre elles pour lui faire face. Le sourire mauvais qui ornait son visage lui donnait, joint à ses yeux pleins de haine, un air de démon.

- "Tu n'es", murmura-t-il à l'oreille de Richard, "qu'une sale petite pute. Tu devrais me remercier à genoux de t'avoir gardé malgré tout... Au lieu de quoi, tu profites de ma gentillesse pour courir te faire baiser par ton amant... Evans ou un autre, pour ce que j'en sais. Tu écartes peut-être les jambes pour n'importe qui, tant qu'on te le demande gentiment. Ce serait bien ton genre. Pardon, mais j'ai du mal à avaler ça..."

Richard gémit encore, maintenant terrifié, alors que Jeremy lui décochait un revers qui envoya sa tête heurter durement le meuble contre lequel il était adossé. Luke porte une main à sa bouche pour s'empêcher de vomir et dévoiler, ainsi, sa présence.

- "Je répète une dernière fois... Ca t'a plu ? Réponds."

- "OUI ! PLUS QUE LES CINQ ANS PASSES DANS TON LIT ! CA TE CONVIENT, COMME REPONSE ?"

Une vague de peur balaya Luke à l'entente du cri de Richard, parce qu'il se doutait qu'il allait payer sévèrement cette rébellion, mais paradoxalement, un souffle de pur bonheur l'enveloppa. "Plus que les cinq ans passés dans ton lit"... Ce fut le silence total de la salle, seulement ponctué du souffle erratique de Richard, qui l'alerta sur le danger à venir. Il se concentra sur le long miroir, attendant la suite avec angoisse. Jeremy, d'un calme olympien, sourit avec douceur, comme satisfait de la franchise de son compagnon.

- "Tu vois, ce n'est pas dur de dire la vérité, rien qu'une fois..."

Il caressa le visage abîmé de Richard et se pencha pour embrasser ses lèvres, doucement. Luke vit les yeux de son amant s'écarquiller de terreur.

- "Je pense", commença Jeremy en murmurant contre ses lèvres, "que tu mérites une punition pour ce que tu viens de dire..."

Richard essaya de s'écarter de lui, mais les mains de son compagnon le maintinrent fermement contre le meuble, l'empêchant de bouger, alors que sa bouche descendait sur sa gorge. La peur qui imprégnait les traits de Richard était purement abjecte.

- "Si ca ne tenait qu'à moi", continua Jeremy en mordillant tendrement la peau pâle de sa nuque, "je te ferais regretter ces paroles dès maintenant, mais... Le lieu ne me semble pas très approprié pour ce que j'ai en tête... Alors je crois qu'on va attendre d'être à la maison."

Les tremblements de Richard s'accentuèrent alors que Jeremy l'embrassait à pleine bouche, sans aucune douceur et pas la moindre tendresse. Dans un sursaut de courage, son compagnon terrifié s'arracha à son baiser et le repoussa brutalement. Avec un cri de rage, Jeremy le gifla encore, et encore, et encore, et encore, jusqu'à ce que Richard le supplie d'arrêter, la voix pleine de sanglots. Il continua encore, sans se soucier des suppliques désespérées de son compagnon, étanchant sa fureur. A bout de souffle, il baissa la main et tenta de reprendre une respiration normale alors que Richard pleurait devant lui. Il se leva et recula de trois pas, le dégoût inscrit sur ses traits, puis se détourna pour rejoindre la sortie. Il déverrouilla la porte et l'ouvrit de quelques centimètres.

- "Tu as cinq minutes pour me rejoindre à la porte d'embarquement. Ne traîne pas, je ne suis pas d'humeur à t'attendre. Compris ?"

Luke vit Richard hocher la tête, sans rien dire. Un sourire étira les lèvres de Jeremy.

- "J'espère sincèrement que tu as bien profité de Luke Evans, parce que je peux te jurer que tu regretteras amérement d'avoir un jour croisé sa route si jamais tu lui parles encore, ou même si tu reposes seulement les yeux sur lui. Compris ?"

Richard hocha encore une fois la tête, toujours sans mot dire. Le sourire de Jeremy se fit plus doux alors que ses yeux se teintaient de tendresse.

- "Je t'aime", dit-il tout bas.

Il s'en fut, abandonnant Richard derrière lui.


OoOoO


Le premier réflexe de Luke fut de le rejoindre. Mais ses jambes refusant de bouger, il ne put faire le plus petit mouvement pour exécuter les ordres hurlés par son cerveau. Marcher vers lui, s'agenouiller, le prendre dans ses bras, l'embrasser, le sortir d'ici et l'éloigner de ce malade. Toutes les sonnettes d'alarme que son esprit avaient pu mettre en place tout au long de sa vie fonctionnaient à plein régime mais ses jambes refusaient, tout simplement, de bouger. Sa conscience se lamentait de la situation en se flagellant, persuadée d'être l'unique responsable des tourments de Richard. Puis une partie de lui, plus mesquine et fourbe, se mit à susurrer à son oreille que tout était plutôt de la faute de Richard. Aussi bien la fureur de Jeremy que son propre refus, même inconscient, d'aller l'aider. Après tout... Qui ne réagirait pas de manière violente après ce qui s'était passé ? Visiblement, à ce qu'il lui semblait, Richard avait tout raconté à son homme de la nuit qu'ils avaient passé ensemble. Et Jeremy, vu le comportement qui avait été le sien avant que lui ne fasse éclater leur petite bulle de bonheur, lui avait pardonné ses errements. Sûrement, il n'aurait pas réagi aussi brutalement si Richard n'avait pas répondu au baiser provoquant qu'il lui avait donné au café. S'il s'était contenté de le repousser, voir même de lui en coller une, Jeremy aurait été satisfait. Rien d'autre ne serait arrivé.

Mais Richard lui avait rendu son baiser, sur une impulsion qui lui avait coûté très cher. N'importe qui, en voyant son homme agir d'une telle manière, sans respect ni pudeur, aurait grillé un fusible. Et beaucoup d'hommes se seraient laissés emporter par leur colère au point de lever la main sur leur compagnon. Et puis, ajouta la voix mesquine de son esprit, il l'avait bien mérité. Une petite raclée, ce n'était rien comparé à son coeur brisé, et à celui de Jeremy. A trop jouer avec les sentiments des autres, on finit par se prendre le boomerang en pleine tête, pour reprendre une expression de sa bien-aimée maman.

Non, vraiment, c'était bien fait pour lui.

Luke ouvrit la porte et sortit enfin de sa cachette sans que Richard ne réagisse. Les bras croisés sur ses genoux pliés et sa tête enfouies entre ses mains, il restait parfaitement immobile. Pas le moindre frémissement n'agitait son corps. On aurait presque pu le croire mort s'il n'essayait pas de calmer ses pleurs et ses sanglots en reniflant de temps en temps. Aussitôt, la petite voix mesquine fut violemment écartée, soufflée par la culpabilité écrasante de sa conscience. Enfin, ses jambes se mirent en marche et, tandis que sa conscience et sa méchanceté se battaient comme des sauvages pour dominer son esprit, il rejoignit Richard, toujours prostré, et s'agenouilla devant lui. Il ne savait ni quoi dire ni quoi faire, et s'était rarement senti aussi impuissant de toute sa vie. Lentement, presque timidement, il leva la main et la posa, tout doucement, sur la tête de Richard pour caresser ses cheveux noirs ébouriffés. Il vit chacun de ses muscles se tendre subitement.

- "Hey..." murmura-t-il d'un ton aussi apaisant que possible.

Richard releva la tête, juste assez pour que seuls ses yeux soient visibles.

- "Qu'est-ce que tu fais là ?" demanda-t-il d'une voix basse, faible et angoissée. "Tu es là depuis quand ?"

- "Depuis le début... Je m'étais planqué là pour... bref."

- "Va-t'en."

Richard replongea sa tête dans ses bras, se désintéressant de lui pour se focaliser sur son malheur. L'agacement titilla Luke, qui pinça les lèvres et fronça les sourcils. Il se rappela à l'ordre, retenant des paroles peut-être un peu trop sèches, et décida de passer outre la réaction de Richard. Il pouvait comprendre, après tout. Il venait juste de lui avouer qu'il avait assisté à toute la scène. A son humiliation. Il n'aurait lui-même pas réagi autrement.

- "Tu es blessé ?" demanda-t-il à voix basse sans savoir pourquoi.

- "Va t'en..."

- "Richard..." souffla-t-il en essayant d'écarter ses bras repliés.

- "CASSE TOI !"

Les mains de Richard se posèrent sur ses épaules et, d'une forte pression, le repoussèrent brutalement. Surpris et déséquilibré dans ses appuis, Luke tomba sur les fesses et glissa sur deux bons mètres. Les yeux écarquillés, bouche bée, il regarda un éclair de culpabilité traverser les yeux bleus avant que la honte ne balaye toute autre émotion. Les dommages n'étaient pas si graves que ça. Jeremy avait pris soin de ne donner que des gifles, hormis un seul coup de poing, dont les ravages étaient cependant visibles bien que moindres. Sa lèvre inférieure était fendue, à la commissure, mais ne saignait déjà plus. Ses joues étaient rougies des claques bien senties qu'il avait reçu, et des brûlures y tracaient des sillons pâles en suivant le chemin de ses larmes acides. De l'eau froide et quelques minutes de calme seraient suffisantes pour qu'il reprenne contenance et que s'effacent les traces physiques de son humiliation. Non, seul son ego avait vraiment souffert de cet épisode. Richard était plutôt quelqu'un de gentil, et d'effacé. Sa timidité naturelle et son humilité le rendaient adorable, et ce n'était pas quelqu'un de fier. Néanmoins, personne ne supportait de se faire battre ainsi par son compagnon sans que son ego, aussi faible soit-il, n'en soit mortellement blessé. Lui-même n'accepterait jamais que quiconque lève la main sur lui. Néanmoins, Richard encaissait et ne disait rien. Il se contentait de pleurer quelques instants sur son sort avant de tourner la page et de repartir. En temps normal. Mais là, il y avait eu un témoin.

- "Ca fait combien de temps que ca dure ?" demanda-t-il en reprenant inconsciemment les mots employés par Jeremy plus tôt.

- "Ca ne te regarde pas", dit Richard d'une voix glacée, le visage baissé.

- "Ca a commencé à me regarder à l'instant où je l'ai vu te frapper."

Richard déglutit difficilement, et Luke devina qu'il retenait un sanglot. Toute son irritation s'évapora comme neige au soleil devant ce spectacle aussi désolant que charmant. Il n'avait plus qu'une seule envie, désormais : le prendre dans ses bras et lui faire oublier jusqu'à l'existence de Jeremy. Il revint vers lui en glissant sur ses genoux et, sans lui demander son avis, le serra contre lui avec force. Richard, trop surpris, resta amorphe quelques secondes avant de se débattre. Riant doucement, Luke accepta de le laisser respirer, mais ne s'éloigna pas plus. Les yeux bleus levés vers lui scintillaient encore des quelques larmes qui refusaient de couler sur ses joues, les rendant plus clairs encore qu'ils ne l'étaient naturellement. Luke le trouva adorable, avec ses joues rouges, ses yeux brillants et son air penaud. Par le Christ, ce n'était pas normal d'être aussi ridiculement mignon à quarante ans passés. La seule chose qui le perturbait, c'était le pli maussade et triste de sa bouche. Réunissant toute la tendresse qu'il pouvait encore ressentir à son égard malgré les différents coups de fourbes qu'ils s'étaient infligés l'un à l'autre, il essuya de ses pouces les larmes qui glissaient silencieusement sur ses joues, un sourire doux jouant sur ses lèvres, avant de caresser ses lèvres, muselant comme il pouvait son désir de les embrasser.

Un éclair de douleur passa dans le regard de ciel quand ses doigts effleurèrent la faille sanglante de sa lèvre, mais elle disparut presque instantanément. Les yeux de Luke quittèrent les iris claires pour glisser jusqu'à la bouche malmenée et se fermèrent à demi alors qu'il penchait la tête. La pointe de sa langue lécha doucement la blessure avant de courir sur la lèvre inférieure avec langueur. Inconsciemment, Richard entrouvrit les lèvres et, y voyant une invitation muette, Luke combla les quelques millimètres qui les séparaient encore. Une main de feu se referma sur son coeur alors que sa langue dansait avec celle de Richard une valse lente et langoureuse. Sa conscience lui rappela inopinément que c'était ce genre de chose qui avait valu à son amant d'une nuit de se prendre une raclée par son compagnon officiel et, la culpabilité le balayant soudain, il rompit rapidement leur baiser.

- "Je suis désolé", murmura-t-il contre ses lèvres. "C'est de ma faute..."

- "Oui", répondit Richard sur le même ton.

Luke se redressa en plissant les yeux, incapable de savoir si l'intonation discrète qu'il avait percu dans la voix grave de son ami reflétait un sérieux mortel ou un trait d'humour. Néanmoins, il le pensait sincèrement, aussi décida-t-il sagement de passer outre.

- "Richard, qu'est-ce que tu fous avec ce mec ?"

Les yeux bleus se durcirent et toute la chaleur de leur échange se mua en blizzard de glace.

- "Je vois mal en quoi ca te concerne."

- "Il te fait du mal", dit-il à voix basse sans tenir compte de ses mots. "Et ce n'est sûrement pas la première fois qu'il te frappe, vu tes réactions. Alors pourquoi ?"

Richard ne répondit pas et baissa les yeux pour cacher la honte qui s'y lisait.

- "Il est gentil, en temps normal. C'est un homme bien, tu sais. Il est juste un peu... caractériel. Et jaloux. Il dit qu'il me punira quand on sera à la maison, mais je sais très bien que ca n'arrivera pas. Il va avoir six heures de voyage pour culpabiliser et s'excuser."

Qui essayait-il de convaincre, au juste ? Luke, ou lui-même ?

- "Et toi", grinça Luke en sentant la jalousie fouailler sa poitrine, "dans ta grande mansuétude, tu vas lui pardonner. Encore."

Le sourire que lui dédia Richard suintait de lassitude et de résignation. Luke passa une main dans ses cheveux, ne comprenant pas. Pourquoi lui pardonner, s'il savait qu'il recommencerait à le frapper à la moindre contrariété ? Pourquoi rester avec un mec pareil s'il devait prendre raclée sur raclée dès qu'il adressait la parole à quelqu'un ? Bon, d'accord ils n'avaient pas fait que "s'adresser la parole" mais tout de même.

- "Je ne comprends pas", l'informa-t-il à voix basse.

- "Il n'y a rien à comprendre."

Soudain, la lumière se fit dans l'esprit de Luke alors qu'il regardait les yeux bleus baissés honteusement, le rouge de ses joues maltraitées, la morsure permanente de sa lèvre inférieure et la crispation extrême de sa nuque. Il avait peur. Richard avait simplement peur de Jeremy et de ses crises de colère. Luke devina que l'épisode auquel il avait assisté devait, et de très loin, n'être qu'une bagatelle comparé à ce que Richard avait sûrement déjà vécu.

- "Tu ne peux pas rester avec lui..." murmura-t-il d'une voix étranglée.

- "Je ne peux pas le quitter. Tu ne sais pas de quoi tu parles."

C'était de l'angoisse qu'il percevait au fond de sa voix ? Il passa ses mains dans les cheveux noirs et posa son front contre celui de son cruel amant, qui s'obstinait malgré tout à lui préférer Jeremy. Un sourire étira difficilement ses lèvres.

- "J'ai pigé", dit-il d'une voix qu'il espérait neutre.

Richard cilla et le soulagement s'imprégna sur son visage, rapidement remplacé par la panique. Il jeta un coup d'oeil à sa montre et, fébrilement, repoussa Luke pour se relever. Il ouvrit un robinet, ne tournant que la molette bleue, et plongea deux fois son visage dans ses mains pleines d'eau glacée. Effacées, les marques des gifles. Ne restait plus que la faille de sa lèvre, qui se fit invisible. Luke le regarda faire, désolé, mais ne fit rien pour le retenir ou pour l'empêcher de rejoindre son homme. Il alla même jusqu'à ouvrir la porte des toilettes pour lui et à le laisser sortir en premier.


OoOoO


C'est en le regardant s'éloigner vers la porte d'embarquement du vol à destination de New York qu'il comprit qu'il ne pouvait simplement pas faire ça. Il ne pouvait pas le laisser partir et retourner auprès de Jeremy "l'Affreux" Cross. C'était au-dessus de ses forces. Alors il courut à sa suite, ses yeux le cherchant dans la masse d'anonymes qui submergeait l'aéroport, avant de repérer ses cheveux noirs et sa haute silhouette. Il le rejoignit rapidement et lui prit le poignet pour le ramener près de lui. Richard, surpris, commença par surveiller les alentours.

- "Il n'est pas là", assura-t-il sans savoir si c'était vrai.

Richard lui jeta un regard effrayé et Luke sentit quelque chose se rompre dans sa poitrine. Il l'attira plus près, jusqu'à l'enfermer dans ses bras, et l'embrassa à perdre haleine sans se soucier des regards que les passants leur jetaient. L'abandon avec lequel Richard lui répondait ne fit que confirmer ce qu'il pensait de la situation. Luke brisa leur échange, à bout de souffle, et vrilla ses yeux gris dans ceux, désorientés, de son amant.

- "Il faut qu'on se voit", déclara-t-il abruptement.

- "Ce n'est pas ce qu'on fait, déjà ?"

- "Laisse tomber l'humour", reprit-il en riant légèrement. "A New York, je veux dire. Il faut qu'on se voit. Au moins une fois. Juste toi et moi."

Richard s'écarta d'un pas, gêné, les joues de nouveau rouges, et Luke eut simplement envie de le secouer comme un prunier avant de le traîner dans les toilettes qu'ils venaient de quitter pour lui faire surbir les derniers outrages.

- "Luke, ce ne serait pas..."

- "Je m'en fous. J'ai envie de te voir. S'il te plaît..."

- "Non."

La réponse, aussi nette était-elle, lui lacéra le coeur. Richard se mordit la lèvre inférieure, l'air désolé, et recula d'un pas. Les doigts de Luke crochetèrent fermement son poignet pour l'empêcher de lui échapper. Il avait demandé gentiment. Il avait même dit "s'il te plaît". Puisque la manière douce ne fonctionnait pas, se dit-il sans savoir qu'il suivait très exactement le même cheminement de pensée que Jeremy quand celui-ci estimait Richard méritait une punition exemplaire, il allait employer la manière forte. Un sourire froid étira ses lèvres.

- "Tu connais l'Intersection ? C'est à Brooklyn."

- "Oui je connais", répondit Richard, sèchement, en essayant de se défaire de sa prise.

- "Bien. Tu y seras la semaine prochaine. Mardi soir. A 22h."

- "Je ne crois pas, non."

- "Je crois que si. Sinon, je me fais un plaisir de te suivre jusqu'à ta porte d'embarquement pour raconter à Jeremy ce qu'il s'est passé après son départ des toilettes, et ici, au beau milieu de l'aéroport."

Les yeux bleus de Richard s'écarquillèrent d'effroi, et son visage refléta une déception qui donna à Luke la sale impression d'être un monstre de cruauté. Il verrouilla soigneusement ses émotions et s'interdit de relâcher son poignet ou de flancher. Il voulait juste le voir, parce qu'il ne pouvait pas se résoudre à laisser tomber aussi facilement. Il ne demandait quand même pas la lune, juste un simple verre dans un bar !

- "Alors ? Tu y seras ?" demanda-t-il en l'attirant plus près, sa méchanceté naturelle, revenue au galop, savourant son air d'animal traqué.

- "Oui", finit-il enfin par dire. "Lâche moi, s'il te plaît..."

Luke porta sa main à son visage et en embrassa la paume avant de laisser son poignet filer entre ses doigts. Richard recula de plusieurs pas et s'enfuit aussi rapidement que sa dignité le lui permettait, sans plus jeter un regard en arrière. Luke le regarda disparaître dans la foule en priant pour que Jeremy ne le condamne pas pour son retard. Une voix féminine résonna dans la vaste aéroport, appelant pour son vol. Il sortit son billet de son sac et le regarda quelques instants, l'esprit vide. Il essaya de se remémorer ce qu'il devait faire, procédant par étape. Paris. Il retournait à Paris pour une série d'interviews. L'affaire de deux jours. Puis il rejoindrait New York. Le temps de retrouver Richard. Après, il aviserait. Mais d'abord, Paris. Luke fit demi-tour sans plus songer à Richard et traversa l'aéroport en direction de sa porte d'embarquement.


TOUT VA BIEN.

RESTEZ CALMES, TOUT VA BIEN.

SI VOUS SOUHAITEZ TOUJOURS CONTINUER, RENDEZ-VOUS LA SEMAINE PROCHAINE. CA IRA MIEUX. C'EST PROMIS.

Dans le cas contraire, évidemment, je ne vous en veux pas. Allez, faites un câlin, ca va aller.

Quoique... attendez là ! *relis le chapitre de la semaine prochaine*

Hum... Mouais, on va pas trop s'avancer. Enfin, il n'y aura pas de violences conjugales dans le prochain chapitre. C'est toujours ça, non ?

En espérant que vous avez supporté ça, je vous dis (j'espère) à la semaine prochaine.

Bisous,

Aschen