Hey ! On est vendredi (donc je poste) ! J'espère que vous avez tous passé un joyeux Noël, avec pleins de cadeaux et plein de bonne humeur !
Tout de suite, nous retrouvons Luke en plein désarroi et en quête de conseils. Mlle Neveu fera également une petite apparition (elle n'existe toujours pas, et c'est tant mieux, même s'il doit bien y avoir des saloperies de son genre dans le monde).
AMORTENTIA
Don't you know that ? Hearts are breakable.
Chapitre 9 : Doutes
Un mois plus tard, Luke retournait à New York et arrachait un nouveau rendez-vous à Richard, qui commença et se termina de la même manière que le premier. Le mois suivant vit recommencer le même manège, puis celui d'après, et celui qui suivit. A chaque fois, Richard devait prétexter des sorties quelconques avec ses amis d'enfance, installés eux aussi à New York, pour pouvoir le voir en toute impunité. Et à chaque fois, il devait rentrer chez lui avant minuit, peu désireux de déchaîner la fureur de Jeremy. Luke riait beaucoup de cette docilité, de cette soumission, en cachant particulièrement bien à quel point elle lui donnait envie de pleurer. Au cinquième mois, Jeremy partit pour une semaine, et Luke en profita pour rester plus longtemps auprès de son amant, qui avait cessé de le combattre. La séparation fut plus difficile, cette fois-là, mais Luke resta aussi longtemps que possible auprès de Richard, manquant même de se faire prendre par l'Affreux quand il revint de son voyage d'affaire. Seul le désir farouche de protéger Richard de la violence explosive de son compagnon le força à quitter New York. Il avait pris l'avion avec, dans la bouche, un goût amer de défaite.
Le mois suivant, ce fut Richard qui, pour la première fois, lui envoya un mail pour lui dire quand son compagnon partait en voyage. Ca devint rapidement la routine. Richard lui disant quand venir sans problèmes, et lui rappliquait aussitôt. Bientôt, Luke n'eut plus assez d'aphrodisiaque, qu'il continuait à verser dans les verres de Richard dès qu'il avait le dos tourné. Ce n'était plus vraiment nécessaire, maintenant, mais ca restait une mesure de sécurité dont il ne pouvait se permettre de se défaire. Sauter sans filet lui faisait trop peur pour qu'il s'y essaye. Cela dura trois mois. Puis revint le mois de Décembre, un an après la fameuse Première Parisienne du Hobbit où ils avaient fait l'amour pour la première fois. Un an de relation bancale. Richard lui apprit qu'il passerait Noël en Angleterre, dans sa famille. Sans Jeremy, puisque Monsieur avait trop de travail cette année pour fêter la naissance de Jésus en ce bas monde. Il passèrent ensemble une semaine, sur les deux allouées à Richard, et elle fut si belle que Luke aurait voulu qu'elle ne s'arrête jamais. Mais il n'eut pas le courage de lui demander de rester, et Richard rentra rejoindre son compagnon, une fois le Nouvel An passé.
Lui resta en arrière, en comprenant pour la première fois que l'horrible goût qui emplissait sa bouche, alors que l'avion s'envolait de Heathrow pour les séparer, était celui des larmes refoulées. Que l'étau terrible qui enserrait sa poitrine était celui du manque, déjà vif alors que l'avion n'avait pas encore disparu dans les nuages. Et que si son coeur était si lourd, c'était simplement parce qu'il s'envolait loin de lui, en même temps que Richard. Il se rappela que tous ces rendez-vous clandestins avaient pour but de faire tomber Richard amoureux de lui, de s'emparer de son coeur à l'usure, et de le piétiner sans remords comme lui l'avait fait un an auparavant en quittant la chambre d'hôtel parisienne sans un regard en arrière.
Luke comprit, alors que l'avion disparaissait à l'horizon, qu'il était tombé dans son propre piège.
OoOoO
Un mois complet s'écoula avant que le désir ne revienne le tenailler. Richard lui envoya un mail, mais il n'y répondit pas, et s'interdit de foncer acheter un billet d'avion. Un second mois passa avant qu'il ne soit suffisament sur les dents pour envisager de plier bagages et courir ventre à terre à New York chasser l'Affreux de chez Richard et prendre sa place. Du coup, il s'en fut rejoindre Lee Pace. Ils vivaient tout deux à Los Angeles, c'eut été désolant de ne pas se voir une fois de temps en temps. D'autant qu'ils s'entendaient bien. Lee était un garçon adorable, gentil au-delà de toute mesure, et doté d'un sens de l'humour qui faisait écho au sien. Ne manquait qu'Orlando pour que leur "petit gang de beaux gosses" soit au complet. Sauf qu'Orlando vivait à New York. Pas loin de Richard, susurra une sale petite voix dans sa tête.
Lee l'attendait dans un café en bord de plage à Santa Monica. Il faisait 25°C à l'ombre en ce mois de Mars absolument radieux et on pouvait voir, dans l'eau, des enfants s'ébattre joyeusement. Leurs pères, plus loin, faisaient du surf sans se soucier des requins, tapis dans l'ombre, qui regardaient leur planche avec envie, tandis que leurs mères se faisaient bronzer sur la plage de sable doré, des lunettes Gucci, ou d'une autre marque de luxe, soigneusement posées sur leur délicats petits nez refaits et leurs hauts détachés pour ne pas avoir de marque sur leur bronzage parfait. Luke détestait Los Angeles et ses habitants, même si son soleil et ses températures égales et chaudes toute l'année étaient appréciables. Il détestait encore plus cette ville depuis qu'il s'était rendu compte que précisément 4470 kilomètres, soit 6h de vol, le séparaient de New York. Et donc de Richard. Luke grinça des dents, refusant de laisser ses pensées l'entraîner du côté de son adorable coup de plusieurs nuits.
Il jeta ses lunettes de soleil sur la table du café et s'affala sans grâce sur une chaise en osier tissé devant son ami, qui haussa les sourcils devant cette entrée en scène quelque peu brutale. Une serveuse aux cheveux trop décolorés et au décolleté pigeonnant vint les rejoindre en glissant sur des patins à roulettes venus d'un autre âge. Elle leur fournit deux cartes et Lee se plongea dans la sienne tandis que Luke rejetait le bout de carton sur le large plateau que portait la jeune fille. Pas si jeune que ça, d'ailleurs, constata-t-il en voyant des rides autour de ses yeux trop maquillés et sur ses mains aux ongles méticuleusement vernis. A y regarder de plus près, il lui donnait une bonne quarantaine d'années. C'était ridicule : une femme de quarante ans qui continuait à se faire passer pour une gamine, avec son look de lycéenne attardée.
Nom de Dieu, il avait vraiment besoin de vacances.
- "Un pepsi", commanda-t-il sans plus s'intéresser à la serveuse.
- "Pareil", finit par dire Lee après un temps de réflexion.
Sérieusement, mec ? Trois heures pour déterminer que tu avais envie d'un Pepsi ? Luke soupira exagérément et reporta son regard masqué par ses Ray-Ban sur l'océan scintillant. Un silence légèrement tendu s'instaura entre les deux hommes, uniquement rompu par le claquement sec et répétitif des ongles de Luke sur la table de bois, et par les soupirs las de Lee.
- "Bon, qu'est-ce que tu as, aujourd'hui ?" demanda l'américain. "C'est dingue, on dirait que tu es prêt à mordre quiconque t'adresse la parole."
- "Et pourtant, ca ne t'empêche pas de parler, visiblement."
- "Parce que je n'ai pas peur de tes sautes d'humeur, Evans."
Luke poussa un lourd soupir et se concentra sur son ami. Il n'aimait pas quand Lee se mettait à l'appeler par son nom de famille. Généralement, ca voulait dire qu'il était en colère. Et il n'avait pas envie que son ami soit en colère contre lui. Lee était son unique bouée de sauvetage dans cette ville qu'il haïssait de plus en plus.
- "Il me manque", lâcha-t-il dans un souffle. "J'en viens à détester Orlando."
- "Qu'est-ce qu'Orlando a à voir dans cette histoire ?" s'étonna Lee en haussant les sourcils. "Tu crois que... Mais je croyais qu'il s'était trouvé une nouvelle copine ?"
- "Il vit à New York. Plus proche de lui que je ne le suis actuellement. C'est suffisant pour en faire un ennemi à abattre, et le plus vite possible. Une bombe peut-être ?"
- "Luke..."
- "Je n'ai jamais dit que c'était sensé, hein."
- "Non, heureusement."
La serveuse arriva sur ces entrefaits, roulant à toute vitesse sur ses patins, et déposa bouteilles de Pepsi et addition en un temps record avant de voler vers de nouveaux clients. Ils burent leur soda sans un mot, Luke réfléchissant au meilleur moyen d'envoyer un missile atomique droit sur la tête d'Orlando Bloom sans avoir à bouger ses fesses de sa chaise.
- "Tu lui en as parlé ?" demanda Lee après un moment.
- "Si je dois le buter, mon petit Lee, je ne vais pas lui envoyer un faire-part avant. Non, l'effet de surprise est primordial dans cette histoire."
- "Je parlais de Richard, pas d'Orlando..."
Au nom de son amant éphémère, les différents scénarios de meurtre qui avaient fleuri dans la tête de Luke s'éstompèrent, balayés par le souvenir d'yeux plus bleus que le ciel de Californie.
- "Non", avoua-t-il. "Non, je ne lui ai pas parlé depuis le Nouvel An."
Le visage de Lee s'adouçit et il se pencha vers lui pour poser sa main sur la sienne dans un geste que Luke classa directement dans la case "acte de compassion". C'était incroyable comme l'interprétation d'un geste aussi banal pouvait changer selon qui donnait et qui recevait. Lee lui prenait la main, c'était un geste amical empreint de gentillesse. Richard lui prenait la main, c'était un appel au viol brûlant de désir refoulé. Lee prenait la main de Richard, c'était un crime de lèse-majesté suintant de consupiscence. Lee n'allait pas tarder à rejoindre Orlando dans la case "à éliminer d'urgence" s'il ne se calmait pas un peu.
- "Richard ne va pas te manger, tu sais."
Seigneur, tu ne l'as jamais vu dans un lit, mon garçon... Luke secoua la tête en se morigénant intérieurement. Ce n'était ni le lieu ni le moment.
- "Non, en effet", approuva Lee d'un ton déçu, "et je pense que c'est un peu grillé pour moi maintenant."
- "Hein ?"
Le sourire narquois de Lee lui fit comprendre qu'il avait pensé à voix haute, et un rougissement ravageur empourpra ses joues et son cou. Ca ne lui allait pas de rougir. Pas comme à Richard. C'était censé être une preuve de gêne et de timidité, alors que, sur le bel anglais, c'était juste plus bandant que le plus chaud des strip-tease. Luke avait parfois l'intime impression d'avoir touché le fond du désespoir, et de continuer à creuser avec acharnement.
- "Ce que je veux dire", reprit Lee d'un ton plus sérieux, "c'est que tu devrais parler à Richard. De ce que tu ressens, de ce que tu veux. Je suis sûr qu'il t'écoutera."
- "Je crois qu'il se fout pas mal de ce que je veux. Tant que je ne fous pas le bordel dans sa petite vie bien rangée, je peux bien crever que ca ne l'intéresserait pas."
- "C'est vrai que c'est tout à fait dans le caractère de Richard d'être aussi méchant. Tu sais, Richard qui a passé son temps à soigner Aidan quand il s'est choppé une pneumonie. Ou qui s'occupait de la femme de Stephen quand elle venait nous voir sur le plateau. Ou qui consolait Graham quand sa femme et sa fille sont repartie en Ecosse."
- "Quel connard", cracha Luke d'un ton mauvais. "Quel putain d'enculé..."
- "Reste poli, je te prie."
La voix de Lee s'était faite sévère. Luke eut l'horrible impression d'avoir de nouveau six ans, et d'avoir fait une connerie assez grosse pour que son père, pourtant la douceur incarnée, prenne le parti de l'engueuler.
- "Désolé", s'empressa-t-il de dire. "C'est juste que..."
Les mots s'emmêlèrent dans sa tête et il referma la bouche sans avoir terminé sa phrase.
Comment expliquer ce qu'il ressentait ? Comment dire à Lee à quel point la seule présence de Richard lui manquait ? Il avait l'impression d'un trou creusé au niveau de la poitrine, là où aurait dû se trouver son coeur, et il ne parvenait pas à le combler. Comment dire à Lee qu'il n'avait pas dormi plus de trois heures chaque nuit depuis un mois parce que chacun de ses songes était si plein de Richard qu'il avait l'impression d'étouffer dès qu'il rouvrait les yeux pour constater qu'il n'était pas là ? Comment lui expliquer qu'il avait tant merdé dans chaque étape de la relation bancale qui l'unissait à son amant qu'il ne savait pas quoi faire pour réparer ses conneries ? Comment lui dire qu'après avoir ainsi abusé de sa confiance, et de lui par la même occasion, il ne se sentait même pas le droit de le désirer ? Comment lui dire que Richard avait déjà un homme dans sa vie, et qu'il ne se sentait pas le droit, non plus, de tout foutre en l'air, même si ledit homme était un monstre et que, à son sens, Richard méritait mieux ?
Il ne pouvait pas dire ça. Lee ne comprendrait pas, il demanderait des explications. Il ne pouvait pas lui expliquer qu'il avait été jusqu'à droguer leur ami pour lui prendre ce qu'il voulait de lui, Lee le mépriserait. Il ne pouvait pas lui dire qu'il avait pris un plaisir mauvais à saccager le corps de Richard dans le lit même qu'il partageait avec l'Affreux Jeremy, par pure vengeance. Parce que ce n'était pas lui qui dormait avec lui, dans ce même foutu lit, chaque nuit que Dieu faisait. Parce que lui n'avait pas et n'aurait jamais le plaisir de s'endormir dans ses bras pour se réveiller à ses côtés.
Et ca lui retournait tellement l'estomac, cette totale injustice comme son esprit détraqué, que ca lui donnait envie de vomir.
Lee le mépriserait. Mais certainement pas autant que lui se méprisait déjà.
- "Luke..." murmura Lee tandis que son autre main rejoignait la première pour tenir la sienne. "Tu te tortures pour rien... Je suis sûr que Richard..."
- "Richard", l'interrompit-il d'une voix lasse, "est heureux là où il est. Je n'ai pas le droit de foutre en l'air son bonheur par pur égoïsme. Il ne mérite pas ça."
Le visage de Lee refléta une tristesse infinie et sa prise se rafermit sur sa main.
- "Mais et toi, Luke ? Tu as vu l'état dans lequel tu es depuis un mois ?"
- "Ca n'a pas d'importance."
- "Pour moi, ca en a ! J'en ai rien à faire de ce type avec qui Richard vit, et j'en ai rien à faire s'il est heureux avec lui ! Moi je dis qu'il sera encore plus heureux avec toi ! Et que s'il ne s'en rend pas compte, alors... alors..."
La voix de Lee vacilla, et son visage se fit si triste que le coeur absent de Luke se serra dans sa poitrine vide. L'américain releva sur lui des yeux soudain plein d'assurance.
- "Alors c'est un abruti qui ne te mérite pas."
Cette explosion de colère arracha un sourire fatigué à Luke, qui rendit son étreinte à la main de son ami avant de retirer la sienne. Il ne savait toujours pas quoi faire, mais le soutien indéfectible de Lee lui mettait du baume au coeur.
- "Il faut que tu te battes, Luke", renchérit-il. "Comment peux-tu gagner ce combat si tu abandonnes avant même qu'il n'ait commencé ?"
- "C'est un combat perdu d'avance."
- "Aucun combat n'est jamais perdu d'avance."
Luke plia les bras sur la table et y cacha son visage, incertain de ce qu'il devait faire, sa volonté commençant à flancher sous les harangues de son ami. Lee tourna les yeux vers l'océan et porta sa bouteille de pepsi à ses lèvres. Le silence tomba sur eux comme un voile ténu, seulement brisé par les cris des oiseaux, les rires des enfants et les discussion des autres clients.
- "Va à New York", dit Lee d'une voix douce. "Va à New York et rejoins le."
Luke ne répondit pas pendant plusieurs minutes, si bien que l'américain fut bientôt convaincu qu'il ne lui répondrait jamais. Il reporta son regard sur l'océan. Et le temps passa. Sa bouteille finie, il la reposa sur la table pour s'emparer de celle, abandonnée, de son ami anglais. Il la termina en quelques gorgées, ses yeux bruns ne quittant pas le Pacifique scintillant.
- "Tu as raison", entendit-il tout bas. "Mais d'abord, je dois passer par Paris."
OoOoO
Quand il poussa la porte du café, elle était déjà là. Assise sur un tabouret du comptoir, ses jambes interminables croisées de manière à ce que sa jupe fendue remonte sur ses cuisses et dévoile ses bas. Elle était toujours aussi belle. Et son sourire, toujours aussi froid. Il vint s'assoir en face d'elle, reprenant sans même s'en rendre compte les positions qu'ils avaient adopté un an auparavant, lorsqu'elle lui avait remis la première fiole d'aphrodisiaque. Aujourd'hui, il venait en demander une troisième. La flèche de culpabilité qu'il ressentait à chaque fois était toujours bien présente.
Elle porta sa tasse à ses lèvres rouges, sans le quitter des yeux, qu'elle avait morts et glacés. Luke avait la désagréable impression d'être face à un requin.
- "Que me vaut ce plaisir, monsieur Evans ?" s'enquit-elle de cette voix chaude et langoureuse qu'elle réservait, il le savait après un an à la côtoyer, à ses amants favoris. "Désirez-vous encore un peu d'Amortentia ?"
- "Amortentia ?" s'étonna Luke alors que le serveur posait devant lui une tasse de café noir.
- "Oui, ce nom ne vous plaît pas ? Il me semblait pourtant tout indiqué..."
- "Ce n'est pas le nom d'une potion dans Harry Potter, ou quelque chose du même genre ?"
Elle éclata de rire, rejetant sa lourde chevelure blonde par-dessus une épaule fine et gracieuse. Aux oreilles du pauvre Luke, ce son était discordant, bien loin du roulement mélodieux du rire de Richard qui lui manquait tant.
- "C'est possible, en effet, il faudrait que je relise les tomes", approuva-t-elle en buvant une autre gorgée.
Elle reposa sa tasse, désormais vide, et plongea une main parfaitement manucurée dans la poche de son trench-coat rouge. Elle en sortit un flacon tout simple, plein d'un liquide translucide. Comme il le faisait toujours, Luke dévissa le bouchon et, confiant, déposa une unique goutte de drogue sur sa langue. Non pas qu'il ne faisait pas confiance à Mlle Neveu, mais prudence était mère de sureté. Comme toujours, elle sourit tendrement devant son manège mais ne dit rien. Son portable vibra avec insistance dans la poche de son manteau, mais elle l'ignora. Luke n'eut pas à attendre longtemps avant que les effets de l'aphrodisiaque se fassent sentir. Très légers pour la dose, bien sûr, mais assez clairs pour qu'il ne doute pas de son efficacité.
Il se leva et déposa un billet de 20 euros sur le comptoir et s'apprêta à prendre congé de la journaliste. Elle s'empara de son poignet d'une main de fer et l'obligea à rester auprès d'elle. Ses yeux, soudain, étaient plus animés.
- "Après un an, je pensais que vous n'auriez plus besoin de mon aide, Luke."
Il lui jeta un regard incertain. Il ne dit pas un mot, mais elle dut lire ses doutes sur son visage, car elle poussa un soupir et se laissa aller contre le dossier de son tabouret, décroisant ses jambes pour les croiser dans l'autre sens.
- "Ne me dites pas que vous avez des scrupules, mon cher..."
Luke jeta un coup d'œil à la ronde pour vérifier que personne ne les observait, mais ne s'en trouva pas rassuré pour autant.
- "Je ne suis plus vraiment sûr de ce qu'il convient de faire..." avoua-t-il à voix basse. "Mes sentiments..."
- "Vos sentiments ?" siffla-t-elle en se redressant. "Parce que vous avez des sentiments ? Luke, voyons..."
- "Evidemment que j'ai des sentiments !" s'énerva l'anglais. "Ce n'est pas une surprise ! Je ne sais simplement plus si..."
- "Il vaudrait mieux pour vous que vous sachiez, et vite. J'en ai assez d'attendre un scoop qui ne vient pas."
Luke se redressa de toute sa taille, le visage froid et fermé. Son poing se referma sur la fiole, tellement fort qu'il craint un instant de la briser.
- "Je me contrefous de votre scoop. Allez vous faire voir."
Il se détourna d'elle et s'en fut. Mais il n'eut pas fait deux pas que la voix chaude d'Ambre Neveu le clouait sur place.
- "Vous vous en moquerez toujours quand j'aurai expliqué à Dean que c'est à vous qu'il doit d'être mon jouet ? Quand je lui aurai dit que vous l'avez sacrifié au nom de votre toute-puissante vengeance, quand je lui aurai raconté ce que vous avez fait et prévu de faire à Richard ?"
La culpabilité le rongeait de l'intérieur. Il avait oublié Dean, qu'il avait effectivement traîné à Paris dans le seul but de le jeter dans les pattes de la journaliste. Comme il était prévu au marché passé avec elle. Et si Dean savait qu'il n'était qu'une monnaie d'échange pour un aphrodisiaque destiné à violer impunément un homme qu'il respectait, qu'il aimait et considérait comme un ami...
Une main aux ongles rouges se posa sur son épaule, doucement. Elle lui fit face, un sourire tendre aux lèvres. Il se laissa faire quand elle leva les bras pour les passer autour de sa nuque roide et posa ses lèvres sur les siennes. Quel charmant tableau il devait offrir. Un couple amoureux, qui se sépare sur un baiser d'adieu. Ca pourrait être touchant, si ca n'était pas aussi lamentable. Il ferma les yeux en sentant le souffle chaud de Mlle Neveu contre son oreille.
- "L'amour", murmura-t-elle d'un ton chaud, "c'est pour les enfants. N'oubliez pas tout le mal qu'il vous a fait, tout le mal qu'il vous fait encore. Et faites ce qui doit être fait."
Elle s'écarta et, avec un dernier baiser, quitta le café. Resté seul, Luke effleura du bout des doigts le flacon d'Amortentia.
Voilà, c'est terminé pour aujourd'hui ! A la prochaine !
Aschen
