Omake Pfadlib

Chapitre 3 - Objectif


Le vrai bonheur de l'humanité est comme le soleil qui brille par le vitrail. La vie quotidienne est comme lueur de chandelles.


Dimanche : Arrivée mouvementée et première confrontation

Les rayons de soleil du petit matin commencent faiblement à briller.

Nous avons marché longtemps, presque toute la nuit, mais nous sommes finalement arrivés. Un camp militaire se dresse fièrement devant nous. Des tentes sont montées à égale distance les unes des autres, formant une l'allée centrale parfaitement alignée. La fameuse propreté militaire, je suppose. À moins que tout cela ne sois que du vent, pour nous distraire de notre destin et nous protéger de la réalité du conflit. Je ne le saurai jamais. Mais ce qui est sûr, c'est que je suis bien content d'être enfin là. La marche à pied ne m'a jamais réussi.

Nous avons à peine le temps de déposer nos sacs d'armement que l'on nous rassemble au centre du camp. Devant-nous, sur une caisse surélevée, se tient un haut gradé pour un discours de « bienvenue ». Le calme vient rapidement lorsque l'homme blond, à la carrure imposante, toussote pour attirer notre attention et commence à parler.

- Bonjour à tous, je suis le major Erwin Smith, commandant en chef des troupes partant pour le front. Je vais être direct avec vous, ici, vous êtes entre la vie et la mort.

Des murmures d'incompréhension se font entendre parmi les soldats. J'inspire. Ne pas perdre son sang-froid. Il ne faut pas céder à l'angoisse. Je me suis préparé à la réalité de cette guerre, plus rien ne peut m'ébranler. Je reste stoïque.

- Ce camp représente l'entre-deux-guerres. Vous êtes les plus proches du front, mais aussi les plus proches de la liberté de notre pays.

Liberté... Ce mot employé dans sa bouche me laisse un goût amer. Il ose parler de liberté alors que l'on nous envoie nous faire tuer, sans pouvoir choisir notre sort. Nous n'avons pas la même conception des choses. Moi, je refuse de mourir pour le bon vouloir de quelqu'un d'autre. Mon regard s'enflamme et me consume de l'intérieur. Mon seul but, mon seul objectif ici, est de rester en vie.

- Ce que j'attends, c'est que vous donniez votre cœur pour la sauvegarde de l'humanité. Ma mission est de faire de vous de bons soldats capables d'être envoyés sur le front. Vous passerez deux semaines ici, durant lesquelles on vous apprendra les rudiments du combat. Au terme de ses deux semaines, vous serez envoyé sur le champ de bataille, prêt ou non.

Un long silence suit ses paroles, et comme pour en rajouter une couche, il continue son discours un léger sourire aux lèvres.

- Bien évidemment, les meilleurs de la promotion seront récompensés. Les trois premiers auront le privilège de rejoindre mon unité d'élite.

Les salauds. « L'unité d'élite ». Mon cul. Ce ne sont que des gens comme lui, qui restent bien au chaud à superviser le camp. Avec cette récompense, ils veulent simplement nous motiver à travailler plus dur pour que l'on deviennent de bons chiens-chiens utiles sur le front. Car évidemment, tout le monde rêve de ces places : ce serait la garantie de vivre plus longtemps, et à ce stade, c'est une bénédiction pour nous. Mais il ne faut pas se voiler la face, rien que dans notre promotion, nous sommes une centaine. Trois personnes sur cent auront l'assurance de vivre. Foutu monde cruel.

Le major semble indifférent à l'ambiance glaciale qui s'est installé, et nous observe simplement. C'était calculé, j'en suis sûr. Il veut nous mettre en compétition les uns avec les autres pour nous forcer à donner le meilleur de nous-même, et ça marche. Nous nous dévisageons pour connaître les visages de nos futurs rivaux. Ses lèvres s'étirent en un sourire satisfait.

- Fini les formalités, s'exclame-t-il d'un air faussement joyeux. Nous allons maintenant vous séparer en section de dix et vous attribuer un tuteur qui s'occupera de votre entraînement durant ces deux semaines. Je compte sur votre coopération à tous et bonne chance.

Le brouhaha débute à peine sa phrase terminée. Certains son apeurés, d'autres déterminés, et quelques-uns carrément au bord du suicide. Moi je me suis déjà fixé un objectif, et même si je dois jouer le jeu des supérieurs pour l'atteindre, je le ferais. J'intégrerais leur foutue unité et je survivrais à cette guerre, quel qu'en soit le prix.

Les bruits des conversassions deviennent quasiment insupportables et je décide de m'éclipser discrètement en empoignant Armin avec moi. Nous avons encore un peu de temps avant qu'ils n'annoncent les unités et si nous ne sommes pas ensemble, je dois au moins lui parler de mon projet. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve, nous pourrions ne plus nous croiser pendant un moment.

- Eren ? Ça va ? Balbutie-t-il pendant que je le traîne loin de la foule.

Je ne réponds pas. Nous nous éloignons de la cacophonie le plus possible, arrivant près de la sortie du camp. Et à cet instant, je me retourne d'un coup sec et plante mes yeux dans les siens.

- Je veux rejoindre l'unité d'élite.

J'ai lâché ça comme une bombe. Il soupire en se massant la nuque, cela n'a pas l'air de l'étonner.

- Je l'ai su dès l'instant ou le major à prononcer cette phrase Eren.

- Je le fais pour survivre Armin, et tu devrais en faire autant.

- Je sais, sourit-il tristement, mais cette fois je ne pourrais pas te suivre.

Je le regarde éberlué. Qu'est qui lui prend, pourquoi ne pourrait-t-il pas tenter d'atteindre les premières places ?

- Attends, qu'est-ce que tu racontes ?

Il soupire de nouveau.

- Je n'ai pas ton niveau physique, et il n'y a aucune chance que je puisse rattraper mon retard uniquement avec mes capacités intellectuelles.

Je baisse les yeux. Ce n'est pas possible. Il ne peut pas baisser les bras comme ça, avant même d'avoir essayé. Je ne veux pas qu'il aille sur le front, il est bien trop sensible pour cela. Il doit absolument obtenir l'une de ces places.

La rage se répend en moi. Où est passé l'Armin que je connais ? Celui qui nous sort toujours des pires situations ? Je murmure froidement.

- De quel droit... De quel droit peux-tu dire ça...

J'empoigne son col avec fermeté. Mon regard fixe le sien avec détermination. Il semble apeuré par mon changement brusque.

Je crie.

- Personne ne peut décider à ta place si tu dois vivre ou non ! Alors bats-toi ! Bats-toi contre ces règles stupides qui nous emprisonnent dans une cage ! Je veux pouvoir décider de l'heure de ma mort, c'est ça la liberté !

Un long silence suit mes paroles. Nous nous fixons chacun dans le blanc des yeux. Il est surpris, ça, c'est sûr. Moi-même je suis étonné de la manière avec laquelle je lui ai parlé, et un peu honteux aussi. Je n'avais jamais haussé la voix sur lui avant.

Soudain un applaudissement nous fait sursauter tous les deux. Je tourne mon regard surpris vers l'endroit d'où provient ce bruit. Là, à quelques mètres de nous entre deux tentes, se tient un homme. Il arrête son mouvement et s'avance vers nous. Le son de ses bottes retentit sur le sol. Merde. Je reconnais cette démarche hautaine.

- Jolie démonstration, gamin.

Levi Ackerman. Je me mords la lèvre, il a fallu que cela tombe sur lui. Je sais qu'il a tout entendu, pas la peine de nier. Je viens ouvertement de critiquer le système devant l'un de ses grands représentants. Bravo Eren, tu creuses ta propre tombe.

Armin sort de sa rêverie et se met au garde-à-vous. Mais je n'arrive pas à faire de même, mon corps refuse de bouger. Il tente une approche désespérée pour nous défendre.

- Nous sommes désolés caporal, nous ne voulions pas...

- La ferme, c'est pas à toi que je cause.

Son ton est sans appel. Si Armin l'ouvre, il se fera rouster. Il se tourne vers moi. Je suis immobile. Son regard me glace complètement. Il semble sans expression, mais je sens qu'il m'analyse sous toutes les coutures.

- Oï, t'as perdu ta langue morveux ?

Évidemment, abrutit de nain ! T'as vu l'aura malsaine que tu dégages ?! Ma bouche reste close. Il soupire. Je dois vraiment passer pour un abruti.

Puis soudain la tension retombe et il me regarde maintenant avec lassitude.

- Tu crois vraiment qu'un gamin comme toi pourrait changer quoi que ce soit à ce système pourri ?

Ses yeux semblent chercher une réponse à travers moi. Il sourit. Visiblement il l'a obtenue.

- Tu es bien trop naïf.

Mes yeux s'écarquillent. Un caporal qui critique le fonctionnement de l'armée, je n'ai jamais vu ça. Peut-être qu'il est comme nous finalement, il n'a peut-être pas choisi d'être là ?

Mais mes jolies pensées partent en fumée lorsque je me rends compte qu'il me regarde maintenant avec un sourire moqueur. Il me provoque. Putain. C'est de la pure provocation. Il veut juste savoir si j'ai les couilles de défendre mes idées devant un haut gradé. Évidemment que je vais le faire ! Mon esprit combatif reprend immédiatement le dessus et je fonce tête baissée dans le piège.

- Et tu crois vraiment qu'un nain comme toi peut me faire la morale ? Moi au moins j'essaye !

Une lueur dangereuse s'allume dans son regard. Oups. J'ai touché un point sensible, je crois.

- Répète ?

Ma détermination s'envole comme si elle n'avait jamais existé. Sa voix est froide. Il s'approche de moi lentement, savourant l'effet qu'il produit sur mon corps. Je ne bouge plus. De la sueur coule le long de mon dos. Je ne dois surtout pas bouger, ce serait lui donner l'avantage. Alors, dans un élan suicidaire, je fais quelque chose de terriblement stupide : je le fixe à mon tour.

Mes yeux verts rencontrent son regard gris. Une simple seconde. Ses pas s'arrêtent à quelques centimètres de moi. Il inspire, son souffle glacial me chatouille d'un frisson de terreur, puis murmure.

- Parle-moi encore une fois sur ce ton et je te tue.

Je n'ai pas le temps de réagir.

Sa main attrape mes cheveux, les tires en arrière, et il m'enfonce un énorme coup de genou dans le ventre. Un cri rauque s'échappe de ma gorge. J'agrippe mon estomac et m'effondre lamentablement au sol. Je suis à terre, complètement paralysé, et exposé à cet inconnu. Il est fou. C'est un dangereux psychopathe. Je lève la tête pour le toiser avec haine.

- T'en veux encore, petit merdeux ?

Il m'envoie un coup de pied au même endroit, me faisant de nouveau crier. Je le hais.

- Putain va te faire foutre, connard !

À quelques mètres de là, Armin est toujours pétrifié et n'ose pas faire le moindre mouvement. Je tiens bon. Il ne manquerait plus qu'il vienne m'aider, ma fierté en prendrait un sacré coup. En plus, cet enfoiré possède une force monstrueuse et m'a quasiment pété une côte. Mais il se fourre le doigt dans l'œil s'il croit que je vais céder, je ne suis pas un Jaeger pour rien. Suicidaire à souhait. Alors je redresse la tête et continue de le fixer avec toute la haine dont je suis capable.

- Crève sale nain !

Il m'observe quelques instants, surpris que je résiste, puis s'accroupit à ma hauteur. Ses mains saisissent à nouveau mes cheveux et relèvent mon visage plein de terre.

- Si t'es pas capable d'éviter ça, ne songe même pas à ta foutue liberté.

Il se redresse et s'en va sur ses dernières paroles. Son expression s'est fermée. Il ne jette pas un regard en arrière et avance droit devant. Je suis au bord de la crise de nerfs. Il n'a pas le droit de ce foutre de mes rêves comme ça. Je lui ferai ravaler ces paroles !

Lorsque sa silhouette disparaît enfin, je hurle en martelant furieusement le sol de mes poings. J'ai besoin de libérer ma rage.

- Putain ! Fait chier !

Armin se presse à mes cotées pour m'aider, mais je le repousse.

- Si seulement j'étais plus fort !

Mes poings se resserrent. Putain. Je me mords la lèvre. Enfoiré. Une larme coule le long de ma joue.

- Si j'étais plus fort, je serais libre, bordel !

Je n'ai plus que cela à quoi me raccrocher. Il faut que je devienne plus fort. Peux importe ce que je dois endurer, je ferais tout pour obtenir l'une de ces foutues places !

Après plusieurs minutes, la crise s'estompe. Je me relève difficilement, époussettent mes vêtements et balayent d'un revers de main ma joue. Armin attend sagement que j'ai fini, puis nous nous regardons. Il sait à quoi je pense et approuve d'un hochement de tête. Chacun de nous a confiance en l'autre. Même si nous sommes séparés, nous ferons de notre mieux pour avoir la chance de nous retrouver.

Alors, nous prenons la direction du camp, déterminés à affronter les deux prochaines semaines et à en sortir victorieux.


Le Roi et la Dame sont en place sur l'échiquier, la partie va maintenant pouvoir commencer.