CHAPITRE 8 - REVELATION
Lorsque les vacances furent terminées, tous les élèves retournèrent au lycée où des cours les attendaient. Shun avait été absent juste avant les congés scolaires durant le festival sportif, un rhume l'ayant maintenu au lit toute une quinzaine. Il arriva donc plus tôt que les autres étudiants afin de se rendre auprès de ses professeurs pour leur donner un justificatif. Après ça, il se dirigea dans l'allée des casiers afin d'aller y récupérer ses affaires. Il fut surpris d'y trouver un autre élève qui se tenait debout devant le casier de son amie Shunrei. Il se cacha rapidement, se disant qu'il s'agissait sûrement de son admirateur secret. Il n'avait pas bien vu son visage, alors il se pencha discrètement afin de mieux l'observer. C'était un jeune homme de forte stature, avec de longs cheveux noirs. Shun l'avait déjà vu dans l'enceinte du lycée, s'était un membre d'un des clubs sportifs, celui dirigé par son frère aîné Ikki. Il savait qu'il s'appelait Shiryu Suyama, car il était très populaire au sein de l'école. Il l'épia un instant, le jeune homme avait un regard profondément triste, il avait entre les mains une enveloppe qu'il semblait hésiter à déposer dans le casier. Il se décida finalement et fit glisser le morceau de papier par l'interstice de la porte. Après quelques secondes d'immobilité complète il porta ses doigts contre le battant en métal d'un air songeur. Il se ressaisit soudain et s'éloigna en vitesse, l'air accablé. Shun sortit de sa cachette, il devait trouver Shunrei au plus vite afin de lui annoncer la nouvelle.
Lorsque Shunrei arriva au lycée accompagné de Saori, elle se dirigea comme d'habitude vers les placards destinés aux étudiants. Lorsqu'elle ouvrit le sien, elle y découvrit une nouvelle lettre, son cœur se mit à battre douloureusement… Elle pensa à l'auteur des lettres, puis à Shiryu et à la confusion qui régnait dans ses sentiments…
« Une nouvelle lettre hein ? » dit Saori d'une voix rassurante, « Peut-être qu'elle t'aidera à retrouver le sourire… »
Shunrei ouvrit la fine enveloppe avec précaution et en sortit l'écrit, elle le lit, les mains tremblantes :
« Shunrei,
Je sais à présent que je ne pourrais jamais t'avoir et que tu ne ressentiras jamais la même chose que moi. Je ne t'en veux pas, je ne garde ni rancœur ni colère, mais la douleur que je ressens m'oblige à me forcer de cesser de penser à toi. Par conséquent je vais te laisser, ainsi tu ne seras plus gênée par ma présence ou mes sentiments. Même si me l'avouer est douloureux, il faut que j'apprenne à oublier, oublier ce que je ressens, oublier ton beau visage, ton sourire et ta voix. Ne t'inquiète pas, ceci est la dernière lettre que tu recevras de ma part. Je ne te dérangerais plus, et ferais taire l'amour que j'éprouve pour toi.
Et pour la dernière fois, avec tout mon amour, je te remercie de m'avoir permis de te l'exprimer, et sur ces derniers mots je te dis Adieu. »
Une larme glissa le long de son visage blanc lorsqu'elle eut finit de lire. Son cœur était douloureux et sa gorge se serra, l'étranglant de douleur. Voyant le mal-être de son amie, elle lui prit le papier des mains et le lis en vitesse à son tour.
« Shunrei… » Souffla-t-elle, « Je suis désolée… Est-ce que ça va ? » Lui demanda-t-elle.
En ravalant un sanglot Shunrei répondit : « Ça va… Je crois que ce n'est qu'un juste retour des choses non… » En terminant sa phrase elle éclata en pleurs. Une fois qu'elle fut calmée et réconfortée par son amie, les deux étudiantes se dirigèrent vers leur salle de cours. Sur le chemin, elles croisèrent un groupe de garçon, composé de Hyoga, Okko et Shiryu. Shiryu passa, regardant droit devant lui, ignorant la jeune fille, alors que Shunrei fixait le sol en rougissant. Lorsqu'elles arrivèrent à leur salle de cours, elles y retrouvèrent Shun qu'elles n'avaient pas vu depuis les vacances lorsqu'elles lui avaient rapporté les cours qu'il avait manqué. Il se précipita sur ses deux amies, particulièrement enthousiaste.
« Shunrei ! Tu ne croiras jamais ce que j'ai vu ! » S'exclama-t-il jovial. Dissimulant sa peine, Shunrei porta son attention sur le jeune homme, « Je sais qui est ton admirateur ! » dévoila-t-il souriant.
Shunrei tressaillit et baissa son regard triste en soufflant, « Ça n'a plus d'importance maintenant… »
« Comment ça, ça n'a plus d'importance ?! Bien sûr que si… » S'enthousiasma le jeune, se réjouissant à l'avance de la nouvelle qu'il avait apprise, ignorant tout de ce qui perturbait son amie.
« Shun… S'il te plaît… » Murmura la jeune fille désemparée sous le regard inquiet de Saori.
Il ne la laissa pas finir, « C'est Shiryu Suyama ! » dit-il avec entrain, « Tu sais, cet élève qui fait partie du club de combat ! Toutes les filles lui courent après ! Je crois qu'elles peuvent aller se rhabiller ! » Plaisanta-t-il.
Devant l'aveu que Shun venait de lui faire, Shunrei resta paralysée. Shiryu… Les lettres venaient de Shiryu… Le garçon qu'elle aimait depuis toujours et qu'elle avait repoussé pour ne pas blesser l'auteur des lettres alors qu'ils étaient la même et seule personne !
Saori regarda Shunrei stupéfaite, « Shunrei ! » la réveilla-t-elle.
« Il faut que j'aille voir Shiryu ! » décida soudain Shunrei en s'élançant dans le couloir. Elle courut jusque devant la salle où les troisièmes années avaient cours et stoppa net devant la porte. Qu'allait-elle lui dire ? Comment lui faire comprendre le malentendu ? Accepterait-il seulement de l'écouter ? Toutes ces questions fusaient dans son esprit. Subitement, la porte s'ouvrit devant elle, laissant apparaître un imposant jeune homme, il la regarda l'air circonspect.
« Euh… Je… » Bredouilla-t-elle incertaine.
« Eh Shiryu ! Il y a quelqu'un pour toi ! » S'exclama Okko.
« Qu'est-ce que tu racontes ? » répondit le jeune homme d'un ton morne et las, il avança jusqu'à la sortie de la salle et s'immobilisa en voyant la jeune fille.
Après quelques secondes de silence inconfortable, alors qu'Okko s'était éloigné, Shunrei souffla timidement, « B-Bonjour… » Shiryu resta statique, comme paralysé, « Est-ce que… je pourrais te parler… une minute ? » Demanda-t-elle d'une toute petite voix.
Shiryu mit quelques instants avant de répondre, « Je… Je ne pense pas non… » Bredouilla-t-il, « Il ne vaut mieux pas… » Son regard était voilé de tristesse.
« S'il te plaît ! » insista-t-elle désemparée.
Shiryu soupira, « Ok… Mais pas ici… » Dit-il en regardant autour de lui et plus particulièrement ses amis qui les épiaient curieux.
Ils s'isolèrent loin de tout éventuel passage d'étudiants, derrière le gymnase.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda Shiryu incertain en tentant de garder une attitude indifférente, alors que son cœur se déchirait à la seule vue de la jeune fille.
« Pour la dernière fois… » Commença-t-elle peu sûre d'elle, « Je… »
« Ecoute » la coupa-t-il, « Je n'aurais pas dû… C'était une erreur, je me suis fait de fausses idées, d'accord ? » Voulut-il imposer mal à l'aise, « Oublie ça… » Finit-il par souffler douloureusement.
Après une hésitation devant le ton froid et distant du jeune homme, elle persista, « Non, je… S'il te plait, juste… écoute moi… s'il te plait… » Implora-t-elle confuse, les joues rouges d'embarras.
Shiryu soupira et s'adossa au mur derrière lui.
« La… La dernière fois… Enfin… Ce que je veux dire c'est que… » Elle ne savait par où commencer.
« Je sais ! » la coupa Shiryu une fois de plus brusquement, « Je sais… » Reprit-il plus doucement la voix pleine d'amertume, « Il y a quelqu'un d'autre… » Les mots avaient du mal à sortir de sa bouche.
« Non, ce que je voulais dire c'est que… » Elle prit une profonde inspiration et décida de se lancer tant bien que mal, et quoiqu'il puisse se passer, elle avait besoin de mettre les choses à plat, de savoir exactement ce qu'il en était, autant de son côté à lui que du sien, « Je t'aime » avoua-t-elle difficilement, « Je t'ai toujours aimé… » Souffla-t-elle.
Shiryu écarquilla les yeux, mais restait peu convaincu, alors qu'il allait prendre la parole elle le stoppa.
« Attend ! Laisse-moi finir » le pria-t-elle alors qu'il se reposait une nouvelle fois contre le mur, placide, « Depuis la première fois que je t'ai rencontré je suis amoureuse de toi, ça va faire… des années… » Se libéra soudainement la jeune fille, « Mais… Tu m'as toujours ignoré… et même éviter, alors je… j'ai abandonné… » Confia-t-elle, « Et il y a quelques temps j'ai reçu des lettre… anonymes… »
Shiryu la regarda d'un air presque effrayé à l'idée d'avoir été découvert alors qu'elle les sortait toutes de son sac, les gardant toujours précieusement sur elle.
« Je… Je suis tombé amoureuse du garçon qui les a écrites… » avoua-t-elle gêné, « Alors même que j'ignorais qui c'était ! » Rit elle tristement les larmes aux yeux, elle reprit une autre inspiration, lentement, profondément, « Mais… Tout ce temps… C'était toi n'est-ce pas ? » Demanda-t-elle le cœur plein d'espoir, « C'est toi qui les a écrites ? »
Shiryu se releva doucement, plus mal à l'aise que jamais, il ne savait pas où se mettre, ne savait pas quoi répondre, ne comprenait pas où elle voulait en venir. Etait-ce un moyen de le torturer un peu plus, n'avait-il pas assez souffert ? La seule chose qui restait gravé dans son esprit était le refus évident qu'elle avait affiché alors qu'il l'embrassait. « Je… » Hésita-t-il nerveux, « Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-il d'un ton sec pour cacher son désarroi, « Qu'est-ce que ça peut faire maintenant ? Tout a été très clair la dernière fois… » Souffla-t-il en baissant ses yeux au sol.
« Je suis désolée mais non, il n'y avait rien de clair là-dedans ! » s'enflamma-t-elle, « Je… Je croyais être amoureuse de deux personnes différentes en même temps ! J'avais le cœur complétement déchiré entre toi et l'auteur de ces lettres et c'est pour ça que ce qu'il s'est passé entre nous s'est terminé de cette façon ! » lui reprocha-t-elle presque, son cœur débordait de tout ce qu'elle avait pu ressentir ces dernières semaines, « Alors qu'en réalité j'étais amoureuse d'une seule et unique personne... » Pleura-t-elle, « Toi… »
Shiryu avait le souffle coupé, il réalisa soudain que l'autre dont elle lui avait parlé la dernière fois, n'était autre que lui-même, que Shunrei, comme elle venait de lui avouer, l'avait toujours aimé en secret alors que lui aussi était fou d'elle depuis l'enfance. Tout aurait pu être différent, si seulement il avait eu le courage d'aller lui parler.
« Je n'ai jamais rien eu d'aussi beau… que ce que tu m'as écrit… » Souffla-t-elle embarrassée, « Mais la dernière… Je… » Elle baissa la tête, le visage en larme, « Je ne veux pas perdre ce que tu m'as offert ! Je ne veux pas que ça s'arrête ! »
Tout le temps de la conversation, Shiryu était resté muet, on aurait dit qu'il était comme paralysé. Après quelques secondes de silence Shunrei ajouta :
« Je t'en prie… Dis quelque chose… » Pleura-t-elle désespérée.
Se dandinant d'un pied sur l'autre, comme s'il avait du mal à trouver son équilibre, Shiryu parla enfin : « Je… Je ne pensais pas, qu'un jour, tu… Je n'ai jamais imaginé que tu puisses… » il ne parvenait pas à formuler les nombreuses pensées qui parcouraient son esprit.
« Je sais que je t'ai blessé… » se lamenta la jeune fille, « Que tu dois probablement me détester maintenant mais… » Shiryu releva vivement la tête vers elle comme choqué par ses paroles, « Peut-être… enfin, tu pourrais peut-être… envisager de… me donner une autre chance… » Demanda-t-elle le visage en larme, « Je… je ne veux pas perdre, ce qui a commencé entre nous… » Dit-elle sans oser le regarder, effrayé par le refus auquel elle s'exposait.
Le silence s'installa entre les deux jeunes gens, puis sans qu'elle s'y attende, Shunrei sentit les doigts de Shiryu sous son menton, la forçant à relever le visage et alors qu'elle s'attendait à rencontrer un regard froid et haineux, à la place, elle sentit une douce chaleur envahir ses lèvres. Elle ouvrit les yeux et vit Shiryu penché sur elle, l'embrassant, un baiser tendre, douloureux et désespéré. Une larme glissa le long du visage de la jeune fille, et elle sentit la prise de Shiryu se raffermir autour de sa taille. Le jeune homme l'avait enserré de ses bras et la soulevait légèrement, intensifiant ainsi leur baiser. La jeune fille se laissa aller dans le délice de leur étreinte.
Ils se connaissaient depuis toujours, ils s'aimaient depuis toujours, et leur amour dureraient toujours…
