IV

La Ville du Départ était la plus grande cité de l'Aincrad. Couvrant une surface de 15 kilomètres carré, elle représentaient vingt pour-cents de la surface totale du premier palier. Les nombreux étages de ses maisons ainsi que sa superficie égalaient un quartier de la tentaculaire capitale du Japon, Tokyo, et pouvait abriter plusieurs milliers de personnes. C'était pour cette raison qu'une large partie de la population prisonnière de Swort Art Online y avait élu domicile. Ceux qu'on appelait les non-joueurs, par peur de la mort, s'étaient réfugiés ici en attendant qu'une solution soit trouvée. Au début des événements, beaucoup pensaient que ce n'était qu'un canular. Puis on avait commencé à penser que quelqu'un, peut-être même le gouvernement lui-même, ferait sortir les malheureux de leur coma forcé. Mais rien n'était venu après plusieurs jours, et il avait fallu se faire une raison. Malgré cela, la plupart des résidents avaient choisi d'attendre que les plus courageux et expérimentés de cette terre finissent le jeu, tout en restant passifs. Certains même, avaient fini par accepter que ce monde était pour le moment le leur, et avaient commencé à y construire une vie. Des commerces humains avaient vu le jour dans la première semaine.

La ville était circulaire, entourée par de grandes murailles indiquant l'entrée dans une zone sécurisée. Les rues les plus grandes étaient parsemées d'arbres et d'arbustes, rajoutant un peu de végétation à ce climat urbain. Aussi, près de la verdure, l'air était plus pur. Plusieurs grands bâtiments étaient visibles dans la ville. Une grande citadelle, le Château de fer noir, trônait en son centre. Il faisait face au Colisée, où on assistait à des combats entre joueurs, tristement célèbre pour l'allocution qu'Akihiko Kayaba y avait tenu deux semaines auparavant. La gigantesque ouverture de ce monument amenait sur l'avenue principale, large d'une centaine de mètres, qui conduisait à la sortie de la ville. Elle était coupée en deux par un luxuriant jardin qui contenait de petites étendues d'eau.

Cette cité aux bâtiments moyenâgeux était assez resplendissante, et grouillait d'activité, venant aussi bien de pnj que des Hommes. Une atmosphère rassurante y planait, et Kirito pouvait parfaitement comprendre que la majorité des personnes avait choisi d'y demeurer. Tout le monde n'avait pas la même détermination, ni la même vie. Lui qui n'y était pas revenu depuis les premières minutes ayant suivi le tutoriel officiel de Sword Art Online, se voyait désormais contraint de s'y rendre une fois par jour pour tenir durant deux heures le stand situé sur une des grandes places, qui servait de quartier général au groupe d'enquête sur les membres du Laughing Coffin. Jusqu'ici, les seules informations qui étaient parvenues n'avaient pas fait beaucoup avancer les choses, même si il semblait évident que les assassins ne restaient jamais au même endroit, ce qui était potentiellement une conséquence de leur avis de recherche.

Seize heures. Kirito s'apprêtait à laisser le stand à Chowa, qui venait d'arriver, revenant avec Diavel d'une quête comprenant une bague magique. Il remarqua que l'alliance de la jeune fille avait changé.

-Ça s'est bien passé ?

-Oui… Et puis, l'endroit est plutôt bien fait ! sourit-t-elle.

-Il me reste encore cinq minutes à assurer, donc si vous avez encore quelque chose à faire…

-Ça ira, répondit Diavel. Je vais voir Kyojin pour une quête où il a besoin de moi… Apparemment, il faut réfléchir.

Kirito éclata de rire, avant de se lever de sa chaise. A ce moment, un joueur se présenta devant le stand. Il était assez jeune. Ses cheveux bruns étaient coiffés en coupe au bol, et son visage semblait plutôt innocent.

-J'ai un truc à vous dire concernant les Laughing Coffin.

L'épéiste, la fleurettiste et le stratège dévisagèrent l'enfant. Pour Kirito, il était assez étrange qu'un gamin de cet âge ait pu penser à quitter la ville à quelque moment que ce soit. Saisissait-il réellement les enjeux de Sword Art Online ?

-Quel est ton nom ? demanda Chowa.

-Euh… Euh… Hide ! Hideyoshi ! balbutia-t-il.

-Que t'es-t-il arrivé avec les Laughing Coffin ?

-Ben euh… Je crois qu'il y en a trois qui tendent des embuscades à côté du village Cinq. Dans un bois. Ils attendent que les gens passent.

-Et ils y sont toujours ? demanda Diavel.

-O… Oui, je… je crois…

-Tu en es sûr ? ajouta Kirito.

-Oui. Parce que… Ben mon groupe s'est fait attaquer… Et ensuite un autre groupe… Pareil. Et au même endroit. Et c'était hier et avant-hier !

Un enfant si jeune avait vu ses camarades mourir deux fois de suite, mais il encaissait plutôt bien. Peut-être ne comprenait-il vraiment pas les risques de ce jeu. Ou alors le fait que ce soit des corps virtuels qui disparaissaient sans effusion de sang atténuait-il le fait qu'ils soient bel et bien décédés.

-Bon, je dois y aller moi ! Euh… Au revoir !

Il se pencha en avant et partit en courant. Dix secondes plus tard, il quittait déjà la place principale.

-Qui c'est, ce gosse… dit Kirito, à moitié pour lui-même.

-Tant de morts… C'est affreux…

Diavel mit une main sur sa bouche.

-On n'aura qu'à leur tendre un piège. Ce soir, on en parlera aux autres et on décidera de la marche à suivre, dit Chowa. Mais je pense que si le gosse n'a pas menti et qu'effectivement ils ne sont que trois, à nous tous, si on camoufle une partie du groupe, on devrait pouvoir les tomber. Kirito, tu es assez agile en combat, non ?

-Euh… Oui… répondit l'intéressé.

-Tant mieux. Bon, vas-y maintenant. Il est 16h05.

L'épéiste déglutit.

-Je suis en retard !