Chapitre 2 : Le festival.
Les jours et les nuits passent rapidement quand on décompte les jours dans sa tête.
Même si son cœur et son esprit sont perturbés par l'envie d'aller partager un peu de temps avec l'être aimé, Léonard est toujours impliqué dans son travail. Il utilise son temps libre pour chercher une idée de cadeau à faire à la demoiselle. Il se remémore les traditions de cette fête, se souvient que les marchands, les cuisiniers, les bardes, les familles, les voyageurs et encore beaucoup de monde viennent dans les différents villages pour remercier les paysans, les fermiers, les éleveurs du travail réalisé durant l'année. C'est le moment où ces derniers sont récompensés, car une fois que l'hiver arrive, ils ne peuvent pas travailler leur terre, ni nourrir les animaux dans les grandes prairies. Parfois l'intendant de la région passe pour saluer ou ouvrir le festival, participer à la fête en offrant aux plus jeunes des friandises venant de la ville, ou leur faire découvrir des curiosités. Si ce dernier se déplace, Léonard est sur que le bouffon serait présent aussi. Car l'intendant de la région est connu pour aimer entendre des rires autour de lui, quitte à se que le bouffon se moque justement de l'homme qui le paie.
Grignotant sur ses heures de sommeil, Léonard cherche le présent parfait pour la séduire. Il n'est pas un riche homme et il ne peut pas acheter de belles toilettes, ni de parfum. Il trouve inutile d'aller couper des fleurs pour les offrir, préférant les voir s'épanouir dans la nature. Soudain, il voit, sur une vielle étagère, un cahier assez ancien. Bien que n'ayant qu'une petite éducation, l'homme sait lire les mots simples. Il sait aussi écrire, même si son écriture est en pate des mouches. A l'intérieur de ce petit carnet, Léonard voit deux recettes : le gâteau de la lune et le gâteau du soleil en portion d'une personne.
Le boulanger se rappelle d'une histoire que son père lui a raconté quand il n'était qu'un enfant. Une romance d'un boulanger et d'une bergère, l'histoire d'amour de ses parents. De leur rencontre, jusqu'au mariage. Le boulanger pour séduire sa belle a préparé un petit gâteau durant la nuit appelé le gâteau de la lune. Il a mit à l'intérieur de nombreux ingrédient simple et facile à trouver. Même simple, le gâteau était délicieux. Il l'était encore d'avantage, quand le boulanger ajouta son ingrédient magique : une pincée d'amour. A la lumière de l'astre discret, le gâteau est préparé en avant de l'offrir à la belle demoiselle, cachée à l'abri du regard des autres, pour demander si cette dernière acceptait ses sentiments, en le croquant ou le mangeant. La bergère a croqué cet aliment devant le boulanger. Puis la vie reprenait son cours. Après quelques temps ensemble, l'amour du boulanger et de la bergère demeurait intact. Afin de lui montrer tout l'amour qu'il avait pour elle et pour lui demander sa main, le boulanger préparait un second gâteau. Celui du soleil. La préparation se faisait à la lumière du jour, au nez et à la vue de tous, comme l'astre du soleil présent pour tous. Les ingrédients étaient plus couteux. Les préparations plus longues. Le seul élément qui ne changeait dans les deux préparations était tout l'amour qu'il portait à la personne pour qui il préparait la gourmandise. Une fois prêt, il devait offrir à la personne aimée, en journée, le gâteau. Puis, si la demoiselle partageait ses sentiments, elle devait sortir en pleine rue et devant tout le monde croquer la gourmandise pour prouver que leur couple était solide et qu'il se marierai dans l'année.
Souriant en se rappelant de cette belle histoire, Léonard prend la recette du gâteau de la lune pour le préparer, comme son père l'a fait avant lui.
De son côté, Maria aussi se prépare pour la fête des moissons. Afin d'être de toute beauté le jour venu. Elle coud sa robe, avec un morceau de tissu en soie rouge. Elle a acheté au marché avec son propre argent. Elle a toujours aimé faire des broderies qui sont appréciées par les clients. En sifflotant, elle travaille durant son temps libre, entre les tâches à la maison et ses travaux. Un jour cependant, Louise toque doucement à la porte de son aînée. Maria accueille sa petite sœur, toujours à l'écoute de ses proches.
"Louise ? Que veux-tu ma sœur ?" demande-t-elle un sourire grandissant sur ses lèvres. Maria semble être épanouie depuis qu'elle a demandé à ce jeune homme de la suivre dans ce festival.
"Je suis désolée de te déranger pendant ton travail. Mais j'aurais besoin de toi pour le soir du festival." explique sa sœur.
Le visage de Maria semble être un peu inquiète en voyant sa sœur parler de cette manière. Une voix un peu triste.
"Que se passe-t-il ?"
"La...La rumeur, qui a circulé en ville, est un peu en vraie. Je sortais bien le soir, mais pour aller voir quelqu'un que j'aime énormément. J'aurai voulu aller avec lui à la fête. Mais il ne peut pas se promener avec moi. Nous ne sommes pas pareil. Il m'a proposé de le revoir le soir du festival à l'église. Mais avec le couvre feu..." sanglote la cadette.
"Oh. Ma pauvre." répond la demoiselle en prenant sa sœur dans ses bras.
"Je voulais, comme toi, me promener main dans la main avec l'homme que j'aime. Mais je ne pourrai pas. Les rumeurs du village feront que les parents vont m'interdire d'aller le voir ce fameux soir. Et il va penser que je l'ai oublié."
"C'était pour cette raison ?"
"Oui. Je ne suis pas la seule dans ce cas. D'autres femmes viennent voir l'amour de leur vie dans cette église, car nous ne pouvons pas vivre notre amour à la lumière du jour. Je pense que tu me comprends, toi qui aura la chance de pouvoir aller avec ton boulanger à la fête des moissons."
Attendrie par le récit, Maria lui prend les mains et sourit grandement en séchant les larmes de sa sœur.
"Ecoute, j'ai peut être une idée. Il existe une vieille tradition pour le soir des moissons, les anciennes du village nous l'ont raconté quand nous étions petite. A partir du soir des festivités jusqu'au levé du soleil, les jeunes filles vierges peuvent aller prier les cieux dans l'église, afin de les remercier pour les récoltes. Nous pourrions ensemble prévenir tout le monde, que nous allons prier ce fameux soir. Tu pourra rejoindre ton amant, ainsi que tes amies, si leurs amants seront présent le même soir. Je prierai pour vous toutes, pour vous promener à la belle étoile. Avant les premiers rayons du soleil, vous me rejoindrez pour terminer nos prières. Et nous rentrerons toutes chez nous au lever du jour. Qu'en penses-tu ?"
Louise prend sa sœur dans ses bras en la remerciant mille fois. Dans sa tête, la demoiselle se réjouit d'avoir réussi à attirer sa sœur dans son piège. Louise sort de la pièce, en lui promettant de l'aider dans la conquête du cœur de Léonard.
Ce que l'aînée ignore, est que la petite sœur se réjouit de pouvoir l'attirer dans son piège. Aucun remord nait dans son cœur, car le désir d'offrir une semence à cet être de toute puissance est plus fort.
Le fameux jour arrive et chacun dans son coin a terminé ses préparatifs.
Les rayons du soleil se lève, chacun s'affère à être présentable. Les marchands sont arrivés de loin pour venir admirer cette fête. Parmi les voyageurs, un fait rare anime tout le village, un paladin de la lumière a reçu comme mission de protéger les marchands afin d'assurer leur sécurité. Des mercenaires et aventuriers prennent un peu de repos dans ce village, profitant de la fête pour faire plus ample connaissance avec les traditions et habitudes des villageois. L'arrivée de ces personnes permet au village et surtout aux paysans d'avoir un petit pécule pour les aider durant l'hiver et reprendre la culture de leur terre au printemps. Pour les anciens du village, cela permet aussi de donner un peu plus d'éducation aux plus jeunes et d'aider à la réparation des maisons ayant subi quelques dommage à cause des intempéries.
Une nouvelle parcourt tout le village, car l'intendant a prévenu de son arrivé pour l'ouverture du festival, accompagné de sa garde personnelle. Tous les habitants sont ravis d'apprendre que leur protecteur vient au plus prés d'eux pour voir son peuple et partager du temps avec eux.
Léonard attrape ses affaire. Ses vêtements sont simples, il n'a pas de belles parures, préférant le confort de ses vêtements classiques. Ce n'est pas ceux de son travail, juste ceux d'un citoyen. Il prend le fameux gâteau qu'il met dans une sacoche. Puis il se rend vers le lieu de son rendez-vous, le puits où il sait que Maria l'attend. En ce mettant en marche, Léonard voit que le puits semble être un lieu de rendez-vous classique pour les couples, car de nombreux hommes sont autour de celui-ci. Au départ, il croit qu'ils attendent simplement leur âme sœur. Pourtant, le boulanger ne reconnaît aucun visage parmi les hommes présent. D'ailleurs, ces derniers semble être d'avantage des mercenaires, des aventuriers que des villageois. Tous semblent regarder dans le même sens. Léonard ne s'inquiète pas, essaye de retrouver sa belle. Son attention se porte sur le même endroit que les autres hommes, quand il entend derrière cette foule la voix de la femme qu'il aime refusant toutes les avances de ces derniers en indiquant qu'elle attend quelqu'un.
Rapidement, Léonard se retourne et prononce d'une voix forte et assurée, oubliant sa timidité, face à ces autres hommes qui tentent de séduire sa belle :
"Maria ! Je suis ici."
La demoiselle sort de la foule pour se rendre aux côtés de Léonard. En arrivant, elle montre qu'elle a confectionné de ses mains expertes, une magnifique robe de soie rouge. La demoiselle a brodé au fil doré du pain, des épis de blé, des sacs de farines ainsi que de magnifiques gâteaux. Sur le visage, elle a posé un léger maquillage. Les yeux ressortent grâce à un fard à paupière vert pastel. Le rouge sur ses lèvres est semblable à la couleur de la robe qu'elle porte et du feu que le boulanger doit attiser chaque matin, pour cuire son pain. Maria a attaché ses cheveux en une longue et magnifique tresse, semblable au brioche tressée que le boulanger fabrique pendant l'hiver.
Les courtisans de la demoiselle sont déçus que le cœur de la demoiselle soit déjà prit, par une personne du village. Les trois quarts de ces hommes renoncent, surtout les voyageurs, ils n'ont pas l'ambition de fonder une famille et de se poser. D'autres, un peu plus stupide et ne désirant que de passer une nuit avec la demoiselle, préparent leurs argents ou des menaces envers le boulanger. Malheureusement pour eux, le paladin est resté dans les environs pour faire comprendre qu'ils sont dans un lieu public, une fête. Le paladin insiste sur le fait de ne pas déranger les personnes, sinon, il se chargerai de sanctionner les dissidents.
Léonard prend par le bras la demoiselle, retrouvant un peu de confiance en lui et surtout étant séduit par elle.
"Vous êtes magnifique." commence-t-il peu sur de lui pour prononcer de belles paroles.
"Merci." sourit-elle ravie de voir que les efforts faits durant tout ce temps, ont porté ces fruits.
Un petit silence s'installe dans le couple. Ils se dirigent calmement vers l'estrade installée pour la présence de l'intendant. Sur celle-ci, un bouffon se montre en spectacle devant les petits et les grands. Parodiant les soldats, les mercenaires, parfois mêmes les paysans et l'intendant, dans le seul but de faire rire les personnes aux alentours. Il réussi admirablement, amusant tout le monde, même l'intendant présent et acceptant la dérision de sa personne. Le paladin reste muet face à ces provocations, préférant de loin veiller qu'aucun voleur ne vienne gâcher la fête. Puis c'est au tour de l'intendant d'ouvrir les festivités. Il monte les marches pour se rendre sur cet estrade. Les bardes et musiciens cessent leur activité. Le bouffon se cache et cesse de faire rire le peuple.
"Bien. Ravi de vous voir, vous, paysans, fermiers, marchands, boulangers, maréchal ferrant, poissonniers, couturières et toutes les personnes faisant de ce village et de cette région une grande fierté. Afin de vous remercier de tous vos efforts durant l'année, de cette magnifique récolte qui nous aidera à passer l'hiver sans crainte. Je déclare le festival des moissons ouvert ! Monsieur le paladin de la lumière. Nous feriez-vous l'honneur de couper cette banderole ?"
L'intendant fait signe au paladin de monter sur l'estrade. L'homme s'y rend et de son épée coupe la banderole, sous les applaudissements.
Ainsi commence cette merveilleuse journée. La fête est paisible et riche en émotion. Les enfants s'amusent avec le bouffon, ou se précipite vers différents marchands pour déguster quelques friandises venant du monde extérieur. Certains peuvent même approcher l'intendant et le paladin qui veille continuellement sur les festivités et la sécurité des participants.
Les hommes et les femmes dansent en couple au son des musiques produites par les bardes et les musiciens. Certains hommes, pour montrer leur force et leur bravoure aux catherinettes, s'affrontent dans des tournois où ils essayent de couper des buches avec le moins de coups possible. Ou dans des duels à l'épée qui s'arrêtent quand l'un des adversaire est désarmé, ou au premier sang.
Des fermiers participent aux concours des légumes les plus gros de leur région. Des juges viennent voir leurs légumes, tournent dans différents villages avant de remettre les résultats à l'intendant. Ce dernier récompense le grand gagnant en offrant sa reconnaissance et une bourse de 100 pièces d'or.
Les femmes avec jeunes enfants s'amusent sur les différents animaux de la ferme présents. Les agneaux sont souvent les animaux les plus appréciés par ces derniers.
Les couples se déclarent aussi leur amour, grâce à la création de poèmes, avec la participation des troubadours. Ou par le biais des marchands ayant créés des friandises nommées les pommes d'amours.
Le couple Maria et Léonard se promènent entre les différents stands des marchands et des artisans du village.
Les regards des hommes se tournent vers la belle Maria, séduits par sa grande beauté. Le couple ne semble pas tellement déranger, car ils sont sur leur petit nuage. Ensemble ils s'amusent dans les différents stands. La timidité laisse la place à l'affection. Les barrières se brisent peu à peu. Léonard se sent de plus en plus amoureux de la jeune femme et découvre des aspects chez elle qui l'attire. Sa culture, ses connaissances, sa générosité, son savoir-vivre, sa délicatesse et sa tendresse.
Maria est elle aussi sous le charme de l'homme, qui n'a pas excessivement pris soin de sa toilette. Il a une hygiène normale, mais n'est pas attiré par la séduction avec l'aide de mixtures ou des habits. Cela ne la gêne nullement, car il lui montre combien il est simple, tendre, droit, loyal, tourné vers la famille et ouvert d'esprit.
Malgré sa grande timidité, cela ne le gêne pas de voir des personnes venir d'autres horizons, d'autres rangs se mélanger à eux. Il partagera volontiers une pinte avec ces hommes, si ces derniers le demande. Il écoute avec attention leurs voyages, leurs aventures et lui ne se plaint pas de la vie dans son village.
Elle reconnait à sa manière de parler, sa façon de se comporter et puis à toutes ces années où elle l'observe qu'il est quelqu'un sur qui l'on peut compter lors des moments difficiles. Il ne reculera pas devant les responsabilités. Contrairement à certains mercenaires étant de passage dans ce village, faisant des enfants à des femmes et les laissant les élever seules dans leur village sans donner de nouvelles aux enfants orphelins de père. Ne connaissant pas leurs origines. Dans les yeux et l'esprit de Maria, Léonard est le mari idéal et probablement un futur bon père pour sa famille.
Les heures passent, le temps défile si rapidement, que sans se rendre compte, un petit voleur passe entre les différents participants, pousse la belle Maria qui a failli tomber par terre, elle est rattrapée de justesse par Léonard. Leur yeux du Boulanger se plongent dans ceux de la jeune couturière. Le temps semble s'arrêter. L'univers entier ne semble plus exister. Ou du moins, leur univers semble être connecté entre eux par le biais de leurs prunelles.
Soudain le paladin les ramène à la réalité, quand il passe non loin d'eux en attrapant le voleur hurlant à ce dernier : "Rend à cet homme se que tu as volé !"
Le voleur, terrifié, rend son butin au paladin alors avant d'être livré aux soldats.
"Tenez brave Boulanger, vous et votre dame ne serez plus déranger par ce vil individus. Je m'excuse d'avoir interrompu votre moment de tendresse." regrette le paladin avant de rendre le butin et de veiller sur le festival.
Les deux jeunes gens remercient le paladin de les avoir aider. Le boulanger en est encore plus rassuré, car dans la bourse, il n'y a pas de l'argent, mais le gâteau de la lune. Il se rend avec la demoiselle, dans un coin un peu plus calme, pour le lui offrir, racontant en même temps l'anecdote de la rencontre de ses parents concernant ce gâteau. La demoiselle boit les paroles, aimant les histoires romantiques comme celles ci. Les histoires vraies et pleines de charmes.
Alors qu'il lui offre ce présent, la demoiselle lui sourit et croque dans le gâteau, preuve qu'elle accepte que les deux êtres se revoient et acceptent d'aller un peu plus loin dans leur relation.
Les deux êtres continuent de parler, de leur rêve, de leur vie, de leur envie de fonder leur famille. Puis le temps passe. Trop rapidement pour Léonard, qui sait que la demoiselle doit aller prier les cieux, accompagnée de sa sœur et du paladin qui veillera sur l'église pendant leur prière. Le jeune homme raccompagne la demoiselle auprès de sa sœur Louise et du Paladin.
"Ne vous inquiétez pas. Cher boulanger. Je veillerai sur elles. Vous n'aurez rien à craindre." commence le paladin d'une voix audible, avant de lui murmurer "Je vous ramènerai votre prétendante et je prierai pour votre bonheur dans votre couple. Comme l'a fait pour moi, d'autres paladins pour ma femme et mon fils."
Le boulanger est rassuré en laissant sa bien aimée dans les mains de cet homme, sachant pertinemment que ce dernier n'est pas là pour lui créer des ennuis. Il salue la jeune demoiselle par un signe de la main, comme le fait la plupart des personnes, pendant l'acensions des deux demoiselles vers l'église.
A suivre...
