Chapitre 4 : La naissance du pyromage.


Les premières semaines aux côtés du démon, Maria oublie sa vie d'antan et les visages de ses proches. Elle ne se rappelle que de sa sœur. Elle passe la plupart de la journée auprès d'Enoch qui a séduit son cœur. Elle est traitée par ce dernier comme l'objet le plus beau du monde. Comme si plus rien n'a d'importance à ses yeux.

Après un certain temps, la créature de l'ombre sent une certaine lassitude. D'abord, il se rend au chevet des autres femmes, ne passant que quelques heures avec sa concubine. Puis, il part en voyage le jour avec elles, ne revenant que le soir tombé, avec un nombre de fidèles décroissant.

Jusqu'à finalement ce fameux jour, où il lui annonce d'une manière sobre qu'il va partir pour un long moment avec Louise. Qu'il viendra la revoir. Qu'il ne l'oubliera pas.

Sans pouvoir le contrer, toujours sous l'emprise d'Enoch, la couturière accepte cette proposition, les perles coulant sur son visage médusé. La voix sourde dans sa gorge, aucun son, aucun gémissement pour réussir à le retenir. Elle voit celui qui a séduit son cœur et son âme, ainsi que sa plus proche parente, partir sans se retourner. Commence alors l'épreuve de la solitude.

Durant des mois, la jeune Maria reste seule dans cette maison loin de toute civilisation, loin de ses repères. Elle doit apprendre à se débrouiller seule pour se trouver de la nourriture. Elle possède bien une réserve, mais pour un ou deux mois. Etant seule, la jeune demoiselle efface rapidement les larmes de son beau visage, elle n'aime pas voir ses yeux être rougeoyant.

Elle sait qu'il est fort probable qu'Enoch ne reviendra jamais la voir et qu'elle périra seule au fond de la forêt. Mais elle prend son courage à deux mains. Use des outils pour retourner la terre, elle prépare pour la saison prochaine les terres afin d'assurer les plantations. Comme elle l'a apprit en observant les paysans, elle laisse une partie en friche, tandis qu'une autre est prête pour après l'hiver être cultivable. Elle use de ses fins doigts et de sa capacité à enfiler des fils et des aiguilles dans des tissus, pour construire des paniers qui vont former la base de ses pièges, pour attraper des lapins et autres faisans dans la forêt. Elle assurera pour l'hiver de quoi se nourrir et de quoi se réchauffer. De ses faibles forces, l'ancienne couturière passe plusieurs jours, plusieurs semaines à couper du bois pour aviver le feu dans la cheminée. Elle travaille hardiment à la confection d'habits chauds pour la saison froide.

Maria n'a pas l'habitude d'effectuer ce genre de tâche masculine. Les journées défilent à une vitesse folle. Elle se sent épuisée, mais à la fois vivante. Quelque chose lui dit qu'elle ne doit pas perdre espoir et qu'elle doit continuer ses efforts. Est-ce pour revoir Enoch ? Ou pour une autre raison ? Elle l'ignore, mais suit son instinct. Impossible de renoncer.

Les jours, les semaines, les mois s'écoulent. Les dernières feuilles oranges de la forêt finissent leurs courses de la plus haute branche vers le sol, où elles rejoignent ses semblables. Le froid commence à s'installer dans la petite demeure.

Maria ne craint pas l'hiver. Elle a réussi à rassembler à temps des provisions, pour le printemps prochain et les graines pour les futures plantations. Elle se voit prendre un peu d'embonpoint, surtout au niveau du ventre. La demoiselle pense qu'il peut s'agir de la graisse provenant de certains aliments qui lui forme une petite épaisseur pour survivre au froid, et que des muscles qui se sont développés à force de pratiquer des travaux manuels. L'ancienne couturière ne s'inquiète pas de sa santé et fini ses préparatifs. Elle attrape son écharpe qu'elle a réalisé pour se couvrir et part dans la forêt afin de chercher de l'eau. Alors qu'elle se promène doucement dans les feuilles, un groupe de nomades passe non loin d'elle. Parmi eux se trouve une femme d'un certain âge. L'aïeule fait signe au groupe de s'arrêter et montre du doigt la jeune femme près de l'eau. Les nomades s'approchent de la demoiselle tout en l'appelant d'une voix douce et calme.

"Mademoiselle, que faites vous seule dans cette forêt ?" demande l'un d'entre eux, pendant que la matriarche s'approche doucement.

"Je viens chercher de l'eau afin de me préparer une soupe pour ce soir."

"Vous habitez seule ?" s'étonne le nomade.

"Oui. Mon ami est parti depuis quelques temps pour des affaires urgentes. Il m'a promis de revenir. Je l'attends." sourit-elle l'air naïve.

Même si le démon a pénétré son cœur et son âme, il n'a pas su changé le comportement de la demoiselle. Il n'a imposé que sa présence dans son esprit. Sans réussir à la convaincre que les attentions de certains peuvent mettre en danger le projet qu'il a prévu pour la naissance de son engeance.

La chef de clan arrive auprès d'elle, observant la femme avec un léger sourire. La matriarche l'observe de la tête au pied avant de poser une main sur le ventre de la jeune Maria.

"Au printemps prochain, vous aurez un heureux événement. Soyez sans crainte au moment venu. Si vous avez besoin de quoique se soit en ville, nous repasserons à chaque saison."

"Mais, je n'ai que peu d'argent." s'excuse la demoiselle.

"Je comprends votre soucis. Je constate que vos vêtements sont fort charmants et surtout ces derniers semblent bien protéger du froid."

"Oui, j'ai été couturière dans mon village natal. Oh ! J'ai oublié de me présenter. Je me nomme Maria." sourit-elle.

"Enchantée Maria. Je me nomme Florence. Alors jeune fille, je vous propose ceci. Réalisez pour ma tribu des vêtements à nos insignes. Nous vous laissons un de nos tapis, pour vous montrer nos couleurs. En échange nous irons pour vous au village, chercher de quoi tenir. Plus tard, nous pourrons faire du commerce ensemble. Cela vous aidera, si vous souhaitez un jour revenir en ville."

Maria sourit de plus belle envers cette matriarche et accepte le deal. Les deux femmes se serrent la main en acceptant les conditions du contrat. Et pour le sceller, la couturière reçoit un tapis de la chef, en échange la demoiselle leur cède une des écharpes qu'elle a tricotée au soir au coin du feu.

L'hiver arrive. Le ventre se fait de plus en plus rond et Maria ne sort que très rarement dehors. Parfois pour couper du bois. Pour guetter l'arrivée des nomades ou d'Enoch. Pour observer les flocons de neige tombant du ciel vers la terre. La demoiselle sort pour aller chercher de l'eau dans la rivière voisine, en devant la casser souvent à l'aide de rocher. Elle passe aussi la journée à réunir des roches assez lourdes pour briser la glace.

La fatigue se fait ressentir dans le corps de la femme, en plus de quelques nausées et de douleurs articulaires. La couturière n'en prend pas en compte. Elle ne pense qu'aux mots de Florence. Un heureux événement au printemps. Peut être Enoch reviendrai la voir.

Elle rythme les journées avec ses habitudes. Cherche de l'eau et les rochers. Veille à se que personne ne se perd dans la forêt. Guette si son démon est présent, ainsi que la matriarche. Son rituel commence au petit matin et se finit quand les rayons du soleil s'éteignent. Maria ne souhaite pas rester dehors dans le froid, les ténèbres et le vent.

Et puis un soir, une ombre s'installe sur son beau visage fin. Les douleurs sont plus intenses, les nausées aussi. Mais surtout quelque chose semble donner des coups dans son ventre.

La couturière ne comprend pas se qu'il se passe. Pourquoi son corps change autant ? Pourquoi elle ressent ces symptômes ? Maria s'emmitoufle pour trouver la matriarche ou Enoch afin de lui donner des explications. Pendant son périple, elle sent qu'elle a des envies de bons bouillons chauds ou de viandes grillées. Les morceaux de viandes séchées ne peut pas satisfaire son envie. La femme peut le mettre dans son bouillon pour ajouter un peu plus de goût. Mais l'envie de viande grillée ne peut pas être rassasiée. Le froid est intense. L'astre du jour n'étant pas présente, la seule source de chaleur, paralyse la dame. Brutalement, elle sent ses larmes troublant sa vision, une sorte de nostalgie qui l'envahie. La promeneuse ne comprend pas la raison de ses larmes. Est-ce parce qu'elle est seule depuis si longtemps ? Ou par les changements de son corps ? Alors qu'elle s'assoit dans la neige froide, grelottant dans ses vêtements chauds, seule dans la nuit noire, elle entend au loin, une voix familière. Celle de la matriarche qui est en vadrouille avec une partie de sa tribu.

"Mon enfant, ne restez pas seule ici dans le froid. Vous autres, aidez moi, nous devons la ramener au chaud. Nous allons la raccompagner dans sa cahute. Que certains prenne des morceaux des agneaux que nous avons achetés au marché ce matin. Allez, dépêchez vous !" hurle l'aînée à ses descendants qui se précipitent.

Rapidement, Maria est ramenée dans sa demeure, où le bois est allumé. Où le repas commence à être préparer. Florence, reste au chevet de la demoiselle qui décrit tous ses symptômes sans comprendre de quelle maladie il s'agit.

"C'est surement la maladie la plus belle du monde." sourit la chef de tribu en caressant la chevelure de la délicieuse fille.

"La maladie la plus belle du monde ?" s'étonne la malade.

"Oui, ma chère enfant. Une maladie sans vraiment en être une. C'est un moment important dans la vie de toute femme. Celle quand elle commence à engendrer la vie au sein de corps."

A ses mots, Maria n'en croit pas ses oreilles. Elle se rappelle de quelques mots de son démon. Il a désiré qu'elle soit la mère de son enfant. Elle pose sa main sur son ventre, le regard à la fois ravi, mais effrayé. Car elle sait que l'enfant qu'elle porte ne sera pas uniquement humain. La crainte est lisible dans ses yeux, surtout pour la femme d'expérience qu'est Florence, qui passé la soixantaine d'année, fait rare à cette époque, a vu et vécu un nombre considérable d'expérience. Rapidement, la matriarche observe les autres nomades. Puis elle s'exclame d'une voix forte et inflexible.

"Mes enfants. Je souhaites que vous nous laissez seules, toutes les deux, pendant un moment. Rejoignez la caravane. Ramenez la au plus près de la demeure. Je dois parler avec Maria."

Aucun de ses descendants ne contredit la matriarche. Et tous sans exceptions quittent la demeure. Une fois seule, la femme d'expérience prend les mains de la future mère de famille. L'observant droit dans les yeux, elle clame d'une voix attendrissante :

"Que cachez-vous ma chère enfant ? Je me suis toujours posé la question quant à la raison que vous habitez seule dans cette endroit. L'homme qui vous a mit enceinte vous aurez abandonnés. Pour quelles raisons ?"

Maria retient difficilement ses larmes. Elle mord sa lèvre inférieure tout n'acceptant pas l'idée qu'Enoch a pu les abandonné. Cependant, la couturière ne peut cacher la vérité à la matriarche qui se comporte envers elle, comme une véritable mère. Elle sent qu'elle doit lui expliquer la raison de sa crainte. Non pas pour sa vie, mais plutôt pour celle de l'enfant. La future mère de famille lui avoue avec le peu de souvenir qu'elle a de cette nuit : L'origine démoniaque du père de cet enfant. Le sabbat et la séduction de cet être des ombres. Les brèves images de sa sœur. Maria baisse la tête en craignant les reproches de son aînée.

Contre toute attente, cette dernière avec un geste gracieux, prend le visage de la femme. Maria voit dans le regard de son aînée non pas des reproches, ni de la pitié, mais un regard compatissant, tolérant et ouvert.

"Vous n'êtes pas la seule dans ce cas, Maria. Il est arrivé aussi à d'autres femmes d'avoir des enfants de démons. Mais vous devez savoir que cette grossesse, cet accouchement et les premières années de la vie de votre enfant risquent d'être moments difficiles. Tout comme sa vie entière. Je suis obligée d'être directe avec vous ma chère petite. Peut être cet enfant ne va pas naître. Ou ne vivra que quelques années de sa courte vie. C'est pour cela que les démons séduisent beaucoup de femmes. Cependant, je dois savoir si vous souhaitez le garder."

Maria hoche positivement de la tête. Son rêve de fonder une famille est le plus important dans son cœur de femme. Peut importe que l'enfant soit fils de démon, ou fils d'un riche noble. Elle veut juste pouvoir enfanter et voir sa descendance grandir.

Rassurée par l'état d'esprit de la mère de famille, la matriarche fouille dans son barda afin de tirer une petite fiole.

"Ajoutez à votre bouillon une à deux goutes de cette mixture. Elle n'est composée que de plante. Cela va aider l'enfant à tenir jusqu'à l'accouchement. A partir de maintenant, vous allez devoir vous battre pour garder cet être. Cela s'est passé juste après la fête des moissons. Donc, je pense que d'ici le printemps voir début d'été cet enfant naitra. Nous repasserons avec ma tribu pour vous aider à ce moment. Nous viendrons avec des affaires pour le nouveau né."

Une autre terreur envahi le cœur de la couturière, ses mains tremblent dans celle de son aînée alors qu'elle met en mots ce qui obscurcit son cœur.

"Si jamais je perds le bébé avant sa naissance. Comment je le serai ? Qu'est-ce que je pourrais faire ?"

La matriarche lui explique calmement en montrant quelques gestes simples se qu'elle devra effectuer seule, si la tribu n'est pas là pour l'aider. Elle lui décrit avec tendresse, en accompagnant ces mains des manœuvres à faire. L'aînée explique à sa cadette que malgré la douleur, elle ne devra pas faillir. Qu'il faudra une volonté de fer pour aider ce nourrisson à venir au monde. Des images heureuses et accueillantes aideraient au développement. Ainsi que sur sa propre santé.

Une fois la génitrice éduquée, la matriarche lui offre un dernier présent. Offrant des victuailles plus appétissantes les unes que les autres pour tenir face aux envies de la maternité. Encore une fois Maria remercie la chef de tribu en lui offrant une accolade semblable à celle d'une fille envers sa mère ainsi que quelques vêtements cousus pour eux. Puis, elle laisse partir la tribu.

Le reste de l'hiver se passe sans encombre. Maria a assimilé les gestes et les mots de sa préceptrice, elle peut maintenir sa grossesse sans peur de perdre le bébé. L'enfant de ce démon. La couturière se voit son corps changer de forme. De devenir plus forte. Il est plus difficile de bouger avec un être dans son ventre, mais Maria se refuse de rester alitée toute la journée. Elle continue d'aller chercher de l'eau, ne guettant plus aussi longtemps dans le froid afin de protéger sa progéniture. Au coin du feu, la génitrice tricote, coud les futurs vêtements du nourrisson. Elle s'imagine avec ce petit être dont elle ne connait pas le sexe, ni le nom qu'elle lui donnera, entrain de vagabonder dans les forêts, les clairières. La future mère de famille s'imagine avec le père de cet enfant, Enoch, revenir pour prendre soin de l'enfant, de vivre réellement comme une famille.

Le temps passe, la neige fond. Et que se passe-t-il quand elle fond ? Les plus cultivés vous répondront sans aucune hésitation : de l'eau. Mais pour Maria, c'est le printemps. Le moment venu pour mettre au monde de cet être qui habite avec elle.

Cet être qui ne laisse que peu de répit à cette femme. Donnant coups de pied, coup de poing. Restant en lien par des gestes, par ce deuxième cœur qui bat dans son corps. La femme sourit, acceptant mieux sa grossesse. Acceptant l'enfant qu'elle porte comme un cadeau de la vie.

Durant la journée, Maria plante ses graines, cueille des fleurs dans la forêt afin d'égayer la maison avant la venue du nouveau né. Elle n'oublie pas de préparer quelques vêtements en continuant sa couture. Elle prépare des vêtements rougeoyant, comme elle a porté ce fameux soir. Elle dessine un petit phœnix dessus comme pour s'assurer que la naissance du petit se déroulera bien et sera une nouvelle étape dans la vie. Le rouge symbolisant la force et le courage, espérant que ce dernier lui porte bonheur dans sa vie.

Puis le fameux jour arrive. Le soleil brille de tous ses rayons, la couturière travaille la terre avec beaucoup d'entrain, avec son ventre protégeant son enfant. Brusquement elle sent une vive douleur. Maria se rappelle des conseils de Florence. En mettant sa main plus bas que son ventre, elle voit couler un liquide étrange. La future mère de famille comprend que le moment est venu.

Avec grande difficulté, la dame observe à l'horizon, mais personne n'est présent. Ni la Matriarche et sa tribu, ni son précieux Enoch. Elle doit se débrouiller seule. Rentrant dans sa maison, lentement mais surement, la femme ne voit pas que les nuages viennent obscurcir le ciel.

Maria installe les affaires que lui a indiqué la matriarche pour préparer la venue du nouveau né. La couturière ressent de plus vive douleur, mais ne cède pas à la tentation de s'évanouir. Elle se rappelle des mots de son aînée lui indiquant qu'elle devra être forte. Alors qu'elle prépare l'eau chaude, la future mère de famille entend un coup de tonnerre d'une violence inouïe, si fort qu'elle lâche un petit gémissement de douleur avant de se sentir faillir. A terre, dans des conditions peu enviable, la jeune femme sent que l'enfant désire sortir. La génitrice n'arrive plus à bouger, ne peut pas se relever, ni s'installer confortablement. Maria n'arrive pas à attraper le matériel.

Le pire des scénarios se joue devant ses yeux. Alors que les larmes coulent à nouveau sur ses joues, la porte s'ouvre avec fracas. Maria découvre à l'encadrement, les silhouettes qu'elle n'a pas vu depuis des saisons entières. Celle d'Enoch, père de l'enfant ainsi que de sa sœur Louise.

"Elle est entrain..." murmure Louise.

"Mon enfant est entrain de naître. Louise, aide la !" ordonne le démon.

La couturière est surprise de voir que ni Louise, ni son démon ne semblent avoir changer d'apparence, ni de comportement. La sœur se positionne pour aider Maria à mettre au monde ce nouveau né. Le premier petit être qu'elle peut voir d'Enoch. La sœur n'a jamais réussi à mettre au monde un enfant de cet être suprême. En conséquence, elle fait tout son possible pour sortir son neveu sans encombre, sans le blesser, pour qu'il sorte dans de meilleures conditions possible. Avec les efforts de Maria et de Louise, l'être mi-humain mi-démon sorti sans aucun soucis. Entre le bruit de la pluie et de l'orage, le nourrisson pousse son premier pleur alors qu'Enoch le prend dans ses bras.

"Mon fils."sourit-il en l'observant, le caressant avec fierté. Le démon sent que le bonheur l'envahi en observant cet être. "Tu te nommera Balthazar Octavius Barnabé."

Louise aide sa sœur à se relever, pour l'installer confortablement dans la couchette afin qu'elle se repose. La mère de famille observe Enoch qui s'approche d'elle et lui caresse le front et les cheveux. Doucement, avec une voix à peine audible, Maria ose pour la première fois réclamer quelque chose de la part de ce démon.

"Je veux le voir."

Ce dernier se plait à voir la femme qui autrefois a résisté à ses avances, réclamant à ce dernier quelque chose. Dans son esprit, Enoch aurait bien voulu s'amuser avec les nerfs de la femme. Mais il se ravise. Non pas par peine de cette dernière, mais parce qu'il l'aime. Il s'approche pour lui tendre l'enfant et le poser dans ses bras.

Maria peut observer pour la première fois l'enfançon qui s'est abrité dans son corps pendant des mois. Pendant quelques instant, le temps semble s'arrêter. Le démon, Maria et Balthazar Octavius Barnabé partagent leur premier moment en famille. Le père caressant les cheveux de sa femme et son enfant. Maria plongeant ses yeux rempli de perles d'eau salées, heureuse de voir ce petit être sur sa peau, avec ces petites mains qui cherche la chaleur de sa protectrice.

Brusquement, la réalité revient à elle. Et la couturière regarde une nouvelle fois le démon.

"Est-ce que vous restez ?" demande-t-elle.

"Malheureusement, nous restons juste quelques jours. Je veux voir mon fils. Mais j'ai d'autres affaires à traiter avec ta sœur." continue-t-il en effleurant les larmes de la mère pour les avaler.

Louise reste un peu éloignée de la scène familiale, ravivant le feu et préparant les festivités pour l'arrivée du nouveau né.

"Notre bébé, Balthazar Octavius Barnabé, il est possible qu'il..." continue Maria en baissant les yeux.

"Oui, il est fort possible qu'il ne résiste pas à sa propre puissance."

"Alors pourquoi tu t'en vas ? Tu n'as pas de cœur pour cet enfant !"

"C'est parce que j'en ai un que je pars, ma mie." finit-il par avouer, alors que la mère de famille s'endort sous la fatigue de son quotidien et l'acte en lui même.

Enoch prend sa descendance dans ses bras, le berçant avec un regard empli d'amour.

Les journées passent rapidement. Louise a aidé Maria dans ses tâches ménagères, pendant qu'Enoch, père de famille, ne lâche pas son fils. Durant le jour comme la nuit, l'être démoniaque semble analyser sous toutes les coutures l'enfant. Sans jamais se lasser, sans jamais se plaindre.

Du moins, il fait tout cela avant de partir lâchement dans la nuit avec Louise, ne laissant rien pour soutenir la famille qu'il prétend aimer. Ni mot, ni présent pour l'enfant. Rien, aucune trace, pour les aider dans leur future vie et leurs difficultés.


A suivre...