Chapitre 10 : Le bannissement :


Le temps défile, les années passent et la sagesse s'acquiert.

Ces années d'études pour Balthazar sont compliquées. Entre sa partie démoniaque qui essaye de reprendre le dessus et le conflit quand au credo de la Tour Rouge. Parfois, l'adulte refuse de réaliser un exercice, cherchant une autre solution que de détruire avec ses sorts.

Les camarades et les professeurs pensent qu'il ne s'agit qu'une légère lubie, que B.O.B reviendra sur le droit chemin et réalisera la capacité de destruction de son pouvoir. Au contraire, le temps renforce sa volonté de continuer sur le chemin qu'il a tracé. Le mage est connu dans toutes l'académie comme étant un révolutionnaire. L'adulte a même utilisé son contrôle des flammes pour éteindre ceux de ses camarades de classe, énervant professeurs et élèves, perturbant les cours.

Quelques sanctions lui ont été octroyés. Des travaux d'intérêt généraux, des missions de reconnaissances et de créations de potions. Parfois même la cuisine et le ménage dans l'ensemble de l'académie. Rien de cela n'apaise l'envie du magicien à utiliser le feu pour des effets bénéfique.

Les nuits à l'académie sont courtes et déroutantes pour l'homme. Dans les meilleurs jours, il ne cauchemarde qu'à cause de sa partie démoniaque. Dans les pires, Balthazar revoit la scène de la mort d'Eduard Silverberg. Se réveillant en sursaut et en sueur, le pyromage se promet après cet horrible spectacle de tenir le coup pour tenir sa promesse.

Malheureusement, sa rébellion lui vaut d'être convoqué par l'ordre des mages.

Dans une grande salle ronde, les différents professeurs de magie, ainsi que le doyen de l'académie se sont installés à une table, avec à son centre B.O.B. Tous ont une mine sévère et sérieuse.

L'événement est rare. La dernière fois que l'ensemble des professeurs et le doyen se sont réunis pour un élève, il s'agissait d'un accident dramatique produit par un sort puissant mal maitrisé ayant causé des pertes en vies humaines et en matériel. Cette fois la cause est toute autre.

Le jeune adulte reste debout devant l'assemblé. Le directeur se racle la gorge avant d'ouvrir la séance.

"Monsieur Balthazar Octavius Barnabé Lennon, nous, professeurs et doyen de cette académie, avons décidé de nous réunir concernant un problème que vous occasionner. Vous n'acceptez pas le crédo de la tour Rouge, espace dédié à votre pouvoir : le feu destructeur. Vous n'adhérez plus à ses principes, ni à ses travaux. Vous cherchez continuellement à prouver que se dernier peut servir à la bonne cause sans utiliser la destruction. D'après mes collègues, vous refuseriez même les exercices d'incinération, préférant la maîtrise des flammes et trouver d'autre vertus."

Un silence pèse dans la pièce. B.O.B ne baisse pas les yeux, affronte le regard des différents magiciens et en particulier de ceux maitrisant son élément.

Le doyen reprend son monologue, ne laisse pas une seule occasion au pyromage de se défendre, ou du moins n'en lui en offre pas les moyens actuellement.

"Les professeurs vous ont déjà sanctionné à des travaux forcés, des missions extérieures. Vous avez été même exclus à certains cours. Nous pensions que cela suffirait à vous reprendre. Mais vous ne semblez toujours pas accepter cette idée. J'ai besoin de votre opinion et de la raison de ce refus de détruire les éléments par cet élément qu'est le feu dévastateur."

B.O.B prend une grande inspiration, conscient qu'il joue sa place dans cette académie. D'une voix claire et usant de ses dons de séduction et de psychologie, le jeune homme explique la raison de ses gestes. Il cache ses origines démoniaques, et argumente en montrant que le monde est déjà violent. Qu'un incendie mal maitrisé par un pyromage a plus de conséquences que d'autres magies. Et que les sanctions prises envers les manieurs des flammes sont plus dures. Le défenseur indique le peu de pyromage présent dans l'académie, à cause de ses règles strictes, les étudiants sont de moins en moins nombreux à vouloir étudier cette puissance. Ainsi qu'un fait avéré et triste pour le jeune homme : Les pyromages pouvaient être appelé à tout moment pour la guerre et servir d'arme à leur souverain. L'homme refuse et propose d'autres recherches possibles avec ce pouvoir intense et puissant.

Les professeurs sont outrés par les paroles du jeune homme. Lui rappelant les effets bénéfiques de certains sorts sur la population sont destinés à la magie de la terre ou de la lumière. Même les paladins ont utilisé leur pouvoir pour détruire et qu'eux doivent se prémunir contre toute forme de danger. Rappelant le moment où B.O.B s'est retrouvé face à un dragon.

L'événement ressurgit dans sa mémoire, blesse l'égo de l'homme, avant de raviver en lui la flamme de la conviction pour son opinion, cette idée qui a germé au plus profond de son être depuis son enfance. Balthazar ne lâche pas son argumentaire. Pendant des heures, il essaye de convaincre son auditoire. Les magiciens, bien qu'habituellement ouvert d'esprit, sont parfois très à cheval sur leur principes. Une fois l'argumentaire du jeune pyromage terminé, le directeur fait cesser tout débat et reprend la parole.

"Nous vous avons écouté. Et nous avons décidé de vous laisser une dernière chance jeune homme. Acceptez cette idée que la magie du feu est utilisée à des fins destructeurs. Pensez à vos parents, à ce grand paladin, Eduard Silverberg, qui vous ont permis de réaliser vos études. Si vous refusez, vous serez banni de cette académie, jusqu'à ce que vous comprenez que cette puissance est destructrice."

B.O.B reste un moment silencieux. Repensant en effet au sacrifice de ses parents, travaillant sans cesse pour lui permettre d'étudier dans cette grande école. De ses journées passées, lui même à travailler dans différents endroits pour récolter le nécessaire pour étudier. De ses nuits à étudier. Balthazar aurait céder si les mots du paladin ne résonnaient pas dans sa tête, tout comme l'image de ce père démoniaque. Sa décision est irrévocable. Le pyromage va continuer de lutter contre l'image du plan de carrière d'Enoch. Il va chercher cette solution pour prouver à tous que la magie du feu n'a pas qu'un but destructeur.

Levant les yeux, brûlant d'une lueur inflexible, B.O.B reprend la parole, en annonçant d'une voix claire et forte à l'assemblé :

"Je vous remercie de m'avoir laissé une autre chance. Hélas pour vous, je reste sur mes convictions et je refuse le credo des mages du feu. Je ne reviendrai dans cette académie, non pas parce que je changerai d'avis, mais parce que je réussirai à faire changer les vôtres. Je reviendrai vers vous avec les résultats de mes expériences et vous prouvant que ma vision n'est pas une utopie!" termine le pyromage.

Quelques mages ricanent silencieusement devant l'audace de l'homme, d'autres semblent être outrés par cette manière de répondre. Le doyen fait taire la pièce, se lève et indique la sentence.

"Vous avez la soirée pour rassembler vos affaires et partir Monsieur Balthazar Octavius Barnabé Lennon. Vous êtes banni de cette académie. Les gardes magiques et autres professeurs ne vous laisseront pas entrer en ces lieux. Si vous pensez réussir à prouver que vous avez raison, vous devrez faire connaître vos expérience dans le monde. Celles-ci arriveront à nos oreilles. Vous recevrez alors une missive de notre part, vous acceptant de nouveau parmi nous. En attendant, vous n'aurez plus accès à quoi que se soit en ces lieux."

L'ensemble des mages se lèvent et observent l'homme partir la tête haute de la salle, acceptant la décision de l'académie. Rapidement, Balthazar rentre dans sa chambre où l'attend son parrain, plus âgé que lui, travaillant sur d'autres recherches. Curieux de savoir les résultats de cette rencontre, B.O.B lui avoue, tout en rangeant ses affaires qu'il est banni de ce lieu.

"Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?" demande son parrain un peu triste de voir son protégé partir.

"Je vais chercher un moyen de défendre mon opinion." souffle B.O.B en rangeant s'assurant de rien n'avoir oublié.

"Pourquoi tu n'as pas accepté le credo ? Ou du moins faire semblant de l'accepter , comme je le fais ? Cela serait plus simple pour toi de travailler sur cette idée et de la démontrer aux aînés une fois que tu en as la preuve. Tu ne vas plus avoir une occasion pareille ! Tu ne vas plus avoir autant de livre, autant de connaissance en magie à ta disposition."

B.O.B soupire en entendant son colocataire tenter lui aussi de faire accepter cette idée. Cette opinion que le mage refuse d'être une arme de guerre.

"Tu ne peux pas comprendre." finit B.O.B en portant dans son sac tout se qu'il peut prendre. "Bon. Et bien j'espère que tu vas entendre parler de moi prochainement et sur mes recherches. Si j'ai raison, ça va faire du boucan dans les couloirs de l'académie."

"Attend Bob." soupire le parrain en lui lançant un grimoire. "Tu aura besoin de ça. C'est un grimoire ignifugé. Cela te sera plus pratique qu'à moi, puisque tu n'aura pas l'occasion d'avoir autant d'exemplaire du grimoire que souhaité. Moi, je resterai à l'académie, je peux consulter tous les livres possible. Soit prudent et bon courage. J'ai hâte d'entendre parler de toi."

Sur ces paroles, les deux étudiants se laisse aller une accolade avant que le cadet parte.

Balthazar parcourt les couloirs calmes de l'académie pour se diriger vers la sortie. Tous travaillent soit dans leur chambre, soit dans les bibliothèques. B.O.B sait que le lendemain, le doyen expliquera à l'ensemble des mages la raison du bannissement. Puis la vie continuera son chemin. Le pyromage sort de l'académie, passe devant les gardes magiques, leur saluant de la main en leur disant avec une certaine fierté :

"A la prochaine messieurs. Nous nous retrouverons quand je vais faire accepté mon idée à ces têtes de piques."

Les gardes magiques haussent les épaules. Pour eux, cela n'a pas d'importance. Ils sont payés pour empêcher certaines personnes d'entrer et pour protéger l'endroit quand ce dernier est en danger, un danger que les mages ne peuvent vaincre.

Avant de repartir sur les routes, B.O.B va dans les différents magasins où il a travaillé pour rompre l'ensemble de ses contrats, expliquant la situation.

Certains supérieurs ne s'inquiètent pas. La main d'œuvre, ils vont en trouver dans les nombreux étudiants de la capitale. Seul l'aubergiste est triste que le jeune homme part. Car il a le don d'attiré les jeunes demoiselles et leur faire acheter quelques babioles. Cela a permis de faire fonctionner son commerce.

"Que vas-tu faire maintenant ? Comment comptes-tu effectuer tes recherches ?" demande son ancien supérieur.

"Je vais voyager pour essayer de découvrir une autre manière, non pas par la théorie, mais la pratique de la magie que cette dernière peut être bonne pour nous."

Le supérieur hoche positivement la tête et tend à son ancien employé quelques vivres.

"Tient. Je n'y connais rien à la magie, mais cela peut te servir je pense. Promet moi de passer par chez moi la prochaine fois que tu passe. Nous discuterons et si jamais tu as besoin d'argent, tu pourra toujours travailler ici."

"Je vous remercie pour tout se que vous m'avez enseigné et pour tout l'aide que vous m'avez offerte. Je vous souhaite une grande réussite dans votre auberge."

Le gérant salue avec un grand sourire une dernière fois le magicien.

Conscient d'avoir besoin d'argent pour son nouveau départ, Balthazar vend certaines affaires dont il pense ne pas avoir besoin. Puis, il s'installe dans une taverne, paye pour passer la nuit.

A la lumière de la lune, le magicien décide d'informer ses parents par lettre de se qui se passe et de sa décision de partir. Craignant le regarde de son père adoptif après tout se qu'il a fait pour lui. B.O.B craint de rentrer en conflit avec ce dernier. La principale cause du refus de rentrer est d'une autre nature. Balthazar souhaite trouver LA personne qui saura détruire sa partie démoniaque. Il ne veut pas infligé à ses parents qui l'ont élevé de prendre une responsabilité si lourde, un geste difficile à commettre, surtout quand les deux parties ont des sentiments.

Avec sa plus belle plume, le pyromage écrit sa lettre :

"Cher Père, Chère Mère,

J'espère que tout va bien à la maison. Que mon père démoniaque ne vous embarrasse pas trop. Que vous avez vécu une bonne saison des moissons.

Les apprentis ne te donnent pas trop de travail cet année ? Je sais combien tu peux être strict quand à la qualité du pain, sa cuisson, sa forme. Cependant, je sais aussi que tes disciples sont heureux de travailler avec toi. Ils me parlent souvent de cette envie d'ouvrir leur boulangerie à leur tour et d'utiliser toutes les connaissances que tu leur a enseigné. Un de tes apprentis est même arrivé à la capitale. J'ai pu le rencontrer et nous avons longuement parler. Aujourd'hui, il enseigne à son tour au plus jeune se que tu lui a apprit et donne du bon pain. Même s'il n'égalera jamais les tiens.

Je vois aussi beaucoup de marchand vendant tes créations mère. Au sein de la capitale, la rivalité fait rage chez les jeunes filles pour montrer les plus belles tenues. Je crois apercevoir parfois tes créations avec ta marque fabrique, me rappelant tes doigts fins et ta grande patience pour réaliser d'aussi beaux vêtements.

Pour ma part, les événements se sont bousculés. La nouvelle va se répandre rapidement et je me tenais de vous l'écrire personnellement. Cela va être dur à lire et surtout à comprendre, après tous les sacrifices que vous avez fait pour moi, pour mes études. J'ai un peu honte de rentrer à cause de cela, car j'ai été banni de l'académie des mages.

La raison est simple : je refuse de me servir de la magie pyromancienne uniquement pour détruire. Je suis sur qu'un jour, je pourrai prouver qu'elle peut servir à autre chose.

Je vous présente toutes mes excuses d'être entêté sur cette idée et d'avoir agi de la sorte. Ne vous inquiétez pas pour moi. Je trouverai un moyen de leur prouver se que j'avance.

Cela fait longtemps que je ne suis pas rentré à la maison. Je ne me souviens plus le nombre d'années où je n'ai pas vu ton sourire mère, ni ta grande force père. Je ne vous oublie pas.

Il sera très dur de nous écrire, notre seul moyen de communication. Notre seul lien que nous avions encore, car je vais partir en voyage. Je vais parcourir le monde pour trouver cette voie que je me suis tracé.

Je chercherai également la personne qui pourra accomplir la mission que s'est fixé le paladin Silverberg. Il doit bien exister en ce monde une autre personne comme lui, qui sera m'accepter comme je suis, tout en prenant le parti de me détruire si je deviens trop menaçant.

Dès que j'en aurais la possibilité, je vous donnerai de mes nouvelles. Et j'espère vous revoir bientôt.

En attendant portez-vous bien.

PS : Ne vous inquiétez pas, je trouverai de quoi me nourrir et je ne tomberai pas de fatigue comme autrefois l'enfant que j'étais.

A bientôt.

Votre fils, Balthazar Octavius Barnabé Lennon."

B.O.B plie la lettre, la met dans une enveloppe. Insère quelques pièces d'or. Et la scelle. A la première heure, il ira la déposer au messager qui fera le trajet jusqu'au fameux village pour le remettre à ses parents. B.O.B souffle sur la bougie qui a éclairé cette nuit. Puis, doucement, il plonge dans les bras de Morphée, avec cependant toujours quelques inquiétudes pour son avenir.


A suivre...


Ayant eu quelques soucis pour publier les deux chapitres, je vous mets la suite aujourd'hui. L'épilogue sera mis demain.