Bonjour !
Merci pour les commentaires encourageant, ça me fait très plaisir, voici le chapitre 4. Bonne lecture !
Shootant dans une vieille canette depuis environ une heure, Edward vagabondait dans les rues de la capitale, sans but. Il aurait voulu remonter les 48 dernières heures, lorsqu'il était arrivé en ville, le sourire aux lèvres et le moral au zénith.
« Je t'aime. »
Un coup plus puissant asséna le coup de grâce à la canette, s'enfuyant une rue plus loin. Ces mots…si naturellement prononcés par sa bouche, il aurait préféré en être la victime plutôt qu'un simple spectateur. Amoureux ? Pourquoi pas…jaloux ? Il semblerait…mais comment reprendre du poil de la bête alors que la seule personne capable de lui rendre le sourire avait la tête ailleurs ? Et puis, qui était cette fille qui osait lui prendre son petit frère ? Savait-elle au moins à qui elle s'adressait ? Edward Elric, ce n'était pas n'importe qui !
- Si jamais elle met les pieds dans notre appartement, je promets que je lui fais avaler sa… !
- Quelle surprise de te voir à Central, Edward. L'interrompit une voix douce dans son dos.
Refoulant l'envie de finir sa menace, le jeune blond se retourna face à son interlocutrice. Une silhouette fine, une taille gracieuse, une paire d'yeux verts accueillants et rassurants, il reconnut aisément Gracia et son merveilleux sourire.
- Bonjour madame Hughes ! S'exclama-t-il imitant une fausse joie qui n'échappa pas à l'instinct aiguisé de la mère de famille.
- Je ne savais pas que tu étais de retour en ville, comment va Winry ? Demanda-t-elle en se rapprochant de lui.
- Elle va bien.
Edward était gêné, malgré les douces attentions de la femme pour le mettre à l'aise, il était incapable d'oublier ce qui l'énervait depuis une heure. Il voulut donc conclure et rentrer au plus vite à son appartement quand la main de Gracia lui agrippa le poignet.
- Dis-moi, ça fait longtemps que tu n'as pas vu Elysia, pourquoi tu ne passerais pas à la maison pour jouer avec elle tant que tu es à Central ?
La pression sur son poignet se fit de plus en plus forte. Edward comprit facilement que ce n'était qu'un prétexte pour lui tirer les vers du nez, ce que cette femme pouvait être effrayante parfois sous ses airs de parfaite ménagère ! Il acquiesça et suivit Gracia, portant naturellement son sac de course jusque sa maison.
- Il parait qu'Alphonse aussi est rentré. Reprit-il en observant ses moindres faits et gestes.
- Ah ? Euh…oui.
Edward ne voulait pas en entendre parler pour le moment, il décida donc de rester le plus évasif sur la présence de son petit frère en ville, si elle pouvait changer de piste, cela serait déjà ça de gagner. Au fond, il avait peur que Gracia comprenne le mal qui le ronge, dire que c'est à cause d'une fille n'était pas un problème, c'était le cas de beaucoup d'autres hommes avant lui. Cependant, dévier sur le fait que ce soit un garçon était déjà un obstacle alors lui expliquer que c'est Alphonse lui-même, ça, c'était totalement impossible !
- Tu sais Edward, Elysia vient d'avoir son premier amoureux.
Cette information ne passa pas dans l'oreille d'un sourd, il se crispa sous le sourire satisfait de la veuve. Il ne répondit que par des onomatopées pour s'extirper à nouveau de ce sujet ce qui n'était pas du tout les intentions de la jeune femme.
- Elle est rentée un jour en criant « Maman ! Maman ! Y a Alexandre qui a voulu me faire un bisou ! », elle était tellement adorable. Son père redoutait tellement ce moment de son vivant.
- J'imagine…
Edward détourna les yeux pour regarder le ciel, le temps commençait à se couvrir. Quelques gouttes en tombèrent lorsqu'il entra dans l'enceinte de la maison du feu général de brigade. La première chose qu'il remarqua en entrant, c'était le silence de corbeau qui régnait dans l'habitat, Elysia n'était visiblement pas là.
- Elle est encore à l'école mais ça, tu t'en doutes n'est-ce pas ? Va au salon, je vais te faire un peu de thé.
Décidément, cette femme était plus sournoise qu'il n'y pensait. Interloqué par les agissements de Gracia, Edward finit par abandonner l'idée de prendre la fuite par la fenêtre et partit s'assoir sur le canapé en cuir du salon. La maison était très chaleureuse, les portraits de famille ornaient les murs et les meubles. Le jeune blond reconnut parmi tant d'autre certaines photos de son frère et lui-même – du temps ou celui-ci vivait encore dans une armure. Des portraits de l'école d'officier de Maes Hughes et Roy Mustang se distinguaient également sur une grande commode en bois brut.
Gracia revint quelques minutes plus tard, un service en porcelaine entre les mains. A la manière d'une professionnelle, elle servit le thé dans deux petites tasses et en tendit une à l'attention d'Edward.
- Je vois que rien a changé ici, souffla-t-il en acceptant le breuvage.
- Oui, je me suis promis de laisser l'endroit tel qu'il était quand Maes et moi avions emménagé à Central. C'est une façon de garder la maison vivante, dans un sens.
- Je comprends…
Un petit moment passa pendant lequel Edward cherchait désespérément un sujet de conversation.
- Mais assez parler de la maison, tu sais pourquoi tu es ici ? Reprit-elle avec plus d'entrain. Allez, dis-moi, comment s'appelle-t-elle ?
…Mais qu'est-ce qu'ils ont tous aujourd'hui avec ça ? Pesta le jeune blond intérieurement, à croire qu'ils s'étaient tous passé le message de l'embêter sur une quelconque attirance possible entre lui et une jeune femme. Conscient que nier en bloc ne servirait à rien, Edward décida d'employer une stratégie tout autre avec Gracia.
- Elle s'appelle May, dit-il en pensant que c'était une meilleure solution que de faire passer Winry pour sa petite amie.
- Joli prénom, où l'as-tu rencontré ?
Elle apporta la tasse de thé à ses lèvres, continuant d'observer les réactions de son invité. Celui-ci n'en menait pas large. Habituellement, il était doué pour inventer des diversions pour s'infiltrer dans divers bâtiments de l'armée mais cette femme, cette femme était plus redoutable qu'un haut gradé en possession de la pierre philosophale.
- Ca fait longtemps qu'on se connait, c'est une amie d'enfance à Résembool.
Sa voix tremblait légèrement, il s'en rendait compte au fur et à mesure qu'il donnait des détails sur cette amie imaginaire.
- Oh, elle doit être assez jolie pour attirer ton attention, dis m'en plus !
Au fond du canapé et cerné par deux grandes billes vertes, Edward commençait à ressentir un nouveau mal être qui lui empoignait les tripes en même temps qu'il diffusait une désagréable chaleur tout le long de son corps. Il n'aimait pas mentir, d'autant plus à Gracia, il ne pouvait pas lui faire ça.
- Elle a les cheveux châtains courts et les yeux dorés, répondit-il anxieux. Mais je pense qu'on devrait ne plus en parler, elle a un copain.
Il s'enfonça davantage dans son siège à ses derniers mots, ça faisait mal de l'admettre. La tristesse apparente d'Edward rassura Gracia. C'était donc ça, elle avait trouvé ce qui peinait tant le jeune homme qu'elle avait vu s'extirper de l'arrière d'une cabine téléphonique. Elle n'avait pas vu qui était à l'intérieur mais au vu de la réaction du blondinet, elle était sûre que ce n'était pas n'importe qui.
- Et alors ? Lâcha-t-elle énergiquement.
Edward releva directement la tête, croisant le regard de son hôte, un brin ahuri.
- Qu'est-ce que ça peut faire si tu l'aimes ? Si c'est le cas, tu devrais te dépêcher de lui dire, garder ce genre de chose pour soi n'est jamais la solution.
- Mais, si elle le sait, les choses vont changer entre nous…et puis, il n'y a aucune chance qu'elle me retourne mes sentiments !
- Tu ne peux pas savoir tant que tu n'as pas essayé. Edward, laisse-moi te raconter quelque chose : j'étais en couple quand Maes m'a demandé de sortir avec lui. J'étais pourtant heureuse avec mon copain de l'époque. Pourtant, même après que j'ai refusé ses avances, il a insisté, encore et encore et regarde aujourd'hui.
Monsieur Hughes ? Cela ne l'étonnait pas vraiment de lui, il était raide dingue de Gracia et Edward comprenait mieux maintenant pourquoi il exhibait autant ses photos aux yeux de tout le monde. Il avait réussi à conquérir la femme qu'il aimait. Cependant, même si la situation parait similaire, elle ne l'était pas. La personne qu'Edward aimait, il lui était littéralement impossible de lui avouer ses sentiments, c'était sale et interdit.
- Ne désespère pas et dis lui, ajouta-t-elle sur un ton plus dur.
- Grand-frère, tu es rentré ! L'accueillit joyeusement Alphonse lorsqu'il ouvrit la porte.
Sans un mot, il accrocha sa veste brune au porte manteau, les mots de Gracia tournant encore et encore dans sa tête. Malgré les barrières qu'il s'était imposé depuis qu'il avait accepté son désir, Edward s'était autorisé pendant l'après-midi d'imaginer un instant ce qu'il pourrait se passer si son frère acceptait ses sentiments. Cette femme est machiavélique, conclut-il tout bas.
Il arriva jusque la cuisine, où son frère préparait une fois de plus le repas du soir. Il en avait de la chance et comptait en profiter encore un peu. Lentement, il s'approcha de la cuisinière, entrant dans l'espace vital d'Alphonse et se colla à son dos sans réfléchir. Discrètement, il respira la bonne odeur de son eau de Cologne avant de décaler sa tête pour observer ses gestes habiles.
- Qu'est-ce que tu fais ce soir ? Souffla-t-il en déposant ses mains de part et d'autre du corps d'Alphonse.
Celui-ci ne semblait pas gêné de leur position et continua à remuer sa sauce dans une petite marmite.
- J'avais pas envie de me casser la tête, je te fais des pâtes.
- C'est pas vraiment ce que je t'ai demandé…
A ce sous-entendu, Alphonse se mit à rougir pour la première fois. Était-il saoul pour dire ce genre de chose ? Pour s'en assurer, il déposa sa cuillère en bois et fit volte-face. Edward ne broncha pas pour autant, il coinçait le corps de son petit frère entre le sien et la cuisinière. Il ne voulait pas lui faire peur, juste voir s'il existait une minuscule brèche dans laquelle il pourrait se glisser.
- Tu as bu ? Demanda le cadet, inquiet.
- Pas assez à mon goût, je n'ai pas le droit de regarder mon petit frère de plus près ?
Il aurait espérer qu'Alphonse rentre un moment dans son jeu, ne serait-ce même que pour rire. A la place, il se redressa et lui balança :
- Au fait, je te présenterai ma copine dans une semaine, elle va venir à Central.
Le bruit de l'eau qui déborde de la marmite alerta Alphonse qui n'eut pas le temps de voir la réaction de son aîné. Edward était choqué, son cœur lui hurlait de faire ce que Gracia lui avait conseillé, c'était le moment ou jamais mais son esprit, lui, lui dictait de s'écarter un moment et de prendre l'air. Préférant éviter une quelconque altercation et les problèmes qui en découleraient, le jeune blond recula de trois pas et buta dans une chaise. Le bruit du bois contre le parquet le ramena à la réalité. Qu'est-ce qu'il pouvait être stupide.
- Est-ce que tu pourrais préparer la table, Ed… ward ?
En se tournant, il vit que son frère n'était déjà plus dans la cuisine, le son distinct d'une porte qui se ferme lui indiqua qu'il était parti s'enfermer dans sa chambre. Mais qu'est-ce qu'il arrivait à son frangin ? Alphonse n'aimait pas le voir ainsi, sans savoir comment retrouver le jeune homme énergique et plein d'entrain qu'il connaissait. Réfléchis…depuis quand est-il dans cet état ? Pensa-t-il en diminuant la chaleur de la plaque. C'est depuis que nous sommes revenus à Central, je crois.
Il envisagea d'aller voir Edward pour lui demander clairement ce qu'il n'allait pas puis se ravisa. Il irait mener sa petite enquête le lendemain. Ce fut la première fois depuis que les frères Elric étaient de retour à Central qu'Alphonse ne put s'endormir.
Le ciel de Central annonçait une bonne journée, la météo se voulait clémente en cette petite matinée. Gracia s'attelait aux corvées ménagères de sa petite maison. Elysia était à l'école depuis une heure, elle espérait que sa fille travaille bien pour s'offrir un bel avenir, qui sait, en dehors des murs de la capitale.
Alors qu'elle frottait avec ardeur un mur marqué de plusieurs traces de doigts, la cloche de sa maison retentit. Tiens, bizarre, elle n'attendait pourtant personne aujourd'hui. Curieuse, elle déposa rapidement son produit et son tissu sur une table pour rejoindre l'entrée. La cloche sonna une deuxième fois lorsqu'elle ouvrit la porte, d'abord légèrement pour entrevoir son visiteur, puis complètement quand elle reconnut le cadet Elric, une boite de chocolats à la main.
- Alphonse ? Quelle curieuse visite, je ne t'attendais pas !
Il répondit par un grand sourire et accepta l'invitation d'entrer de la jeune femme. Il se sentait à l'aise dans cette maison, de part la chaleur maternelle qui dégageait de la propriétaire mais aussi part l'odeur fleurie des nombreuses plantes posées à chaque rebord de fenêtre. Alphonse avança jusque dans le salon avec Gracia, ayant vite abandonné son envie de nettoyer.
- Ton frère hier, toi aujourd'hui, je suis contente de voir que vous allez bien tous les deux ! Déclara-t-elle en déposant les chocolats au centre de la table basse.
- Edward est venu hier ? Il ne m'a rien dit.
- Ah bon ? Etrange, il faut dire, il n'était pas en grande forme quand je l'ai croisé.
Alors elle aussi l'a remarqué…Alphonse était perplexe mais il avait désormais une piste à exploiter, peut-être qu'elle savait quelque chose qu'il ignorait.
- Il est bizarre ces temps-ci, je ne sais pas ce qui lui prend. Soupira-t-il en réajustant sa chemise. Au début, il était comme toujours, énergique, un peu soupe au lait, à râler sur tout et n'importe quoi mais depuis qu'il est de retour à Central, j'ai du mal à le reconnaitre.
- L'amour a des vertus que la raison ne peut expliquer.
L'amour ? Alphonse le connaissait bien, il en était victime depuis bientôt un mois. Il était tombé fou amoureux de cette jeune femme au charme de l'est, de longs cheveux noirs aux yeux en amandes et aux lèvres comparables à deux fines pétales de fleurs. Son rire qui résonnait pour lui comme la plus belle mélodie qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'entendre.
- Edward, amoureux ?
- Il ne te l'a pas dit ?
- Non…répondit tristement Alphonse.
Il baissa la tête, déçu. Lui qui s'était empressé de lui dire, qui avait envie de tout partager avec son frère. Il n'aurait jamais pensé qu'Edward pouvait lui cacher un détail aussi important de sa vie et ça n'expliquait en rien son état. Il devrait être heureux, tout comme lui !
- C'est peut-être parce qu'il ne voulait pas dire qu'elle est en couple. Il avait l'air mal hier par rapport à ça mais je pensais qu'il t'en aurait parlé.
Gracia ne cachait pas son étonnement devant la mine décontenancée du jeune brun. Elle les pensait nettement plus proche que ça.
- Même, il aurait dû m'en parler, je suis son frère quand même !
- Tu sais bien qu'Edward a tendance à tout garder pour lui, il ne voulait pas t'embêter.
Alphonse aurait préféré qu'il lui dise tout quitte à le voir sombrer plutôt que d'être le dernier à tout apprendre ! Il toisa un moment le sol, repensant à tout ce qu'il avait pu lui dire. Il était idiot, si ça se trouve, il l'avait blessé en lui jetant son bonheur à la figure avant de penser que son propre frère se trouvait dans un triangle amoureux. Il se sentit mal, ce n'était pas le genre d'Alphonse de faire passer son bonheur avant celui des autres. Je suis égoïste, songea-t-il. Ainsi, il releva le visage vers celui de Gracia, plus déterminé que jamais.
- Je vous promets que je vais rendre le sourire à mon frère !
Fin du chapitre.
J'espère que ça vous aura plu, n'hésitez pas à me laisser une Review, passez une bonne journée !
LMG
