Cœur Secret

Chapitre 22

Quand elle se réveilla, Videl eut l'espoir que la nuit passée n'avait été qu'un rêve – ou plutôt, un cauchemar. Mais elle ne pouvait ignorer ce poids dans son cœur, et ses yeux encore irrités lui rappelèrent toutes les larmes qu'elle avait versées avant de s'endormir.

Alors, ce cauchemar était bien réel ; Gohan l'avait réellement rejeté, alors qu'elle s'était enfin sentie prête pour être avec lui.

Elle essaya de lutter contre ses pleurs qui montaient en elle, mais rien n'y fit. Cela faisait trop mal. Elle pleura, secouée par d'incontrôlables sanglots.

Elle n'y comprenait plus rien. Cela n'avait aucun sens. Gohan l'aimait ; il l'avait dit clairement à Goten l'autre soir. Alors pourquoi l'avait-il rejeté ?

Peut-être que… Peut-être que ses sentiments pour elle avaient changé. Peut-être qu'il ne voyait en elle qu'une amie à présent… Mais il avait manifesté son envie d'être avec elle il y avait à peine quelques jours ; comment ses sentiments auraient-ils pu se modifier en une si courte période ? Et puis, il avait répondu à son baiser la nuit dernière, et semblait même prêt à aller plus loin. Sans parler de ce désir qu'elle avait vu dans ses yeux…

Elle ne savait plus quoi penser. Si Gohan l'aimait, il ne l'aurait pas rejeté ; cela n'avait pas de sens. Mais ses sentiments pour elle pouvaient-ils vraiment se transformer en si peu de temps ? Ce n'était pas impossible…

Oui, ce devait être ça. Les sentiments de Gohan avaient changé, tout simplement. Et s'il avait répondu à son baiser la nuit dernière, c'était probablement à cause de ses hormones d'adolescent. Rien de plus.

Gohan ne l'aimait plus.

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Il avait passé la nuit par terre, n'ayant pas eu la force d'aller jusqu'à son lit. Son dos était endolori, mais c'était le cadet de ses soucis en ce moment. Il n'arrêtait pas de penser aux évènements passé, malgré tous ses efforts pour oublier. Gohan se sentait misérable ; ce qu'il avait fait était terrible, et il savait qu'il avait perdu la fille qu'il aimait à tout jamais. Désormais, les choses ne pourront plus être comme avant ; désormais, il ne pourra être avec elle, comme il le désirait tant. Il ne savait même pas s'il pourra encore la regarder dans les yeux après ce qu'il lui avait fait.

Le pire, c'était qu'il avait fait souffrir la personne la plus chère à son cœur. Il n'avait même pas envi d'imaginer ce que Videl devait ressentir en ce moment. Et dire qu'il allait devoir la revoir pendant la fête d'aujourd'hui…

Gohan soupira, se décidant enfin à se lever du sol sur lequel il avait passé la nuit. Massant un peu son cou également endolori, le jeune Saïya-jin se dirigea vers l'armoire et y trouva des vêtements à sa taille. Il entra alors dans la salle de bain qui était connecté à la chambre ; pratiquement toutes les chambres du bâtiment possédaient leurs propres salles de bain. Il enleva son pantalon et son boxer – l'absence de sa chemise lui rappela qu'il l'avait laissé dans la chambre de Videl, et son visage se ferma en se souvenant dans quelles conditions, tentant de chasser ces pensées.

Secouant vivement la tête, Gohan entra dans la douche.

Avec un peu de chance, une douche bien froide lui ferait oublier un peu.

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S'étant dit que Videl ne saurait pas se diriger dans l'immense bâtiment qu'était Capsule Corp, Bulma décida d'aller voir la jeune fille dans sa chambre pour lui montrer le chemin. Elle s'apprêtait à frapper à la porte sa chambre, lorsqu'elle entendis un bruit inattendu venant de l'autre côté de la porte. Un bruit qu'elle n'eut pas de mal à identifier.

Des sanglots.

Fronçant les sourcils, la riche héritière frappa à la porte de la chambre et tendit l'oreille. Les sanglots se calmèrent peu à peu et, après plusieurs instants, la voix qui se voulait neutre de Videl vint demander :

« Qui est-ce ? »

« Videl ? C'est moi, Bulma. Tout va bien ? » questionna à son tour la scientifique.

Un silence suivit. Bulma insista :

« Videl ? »

« Oui… Tout va bien. » fit la faible voix de l'adolescente.

Les sourcils de Bulma se froncèrent encore plus. Tout n'allait manifestement pas bien ; mais qu'avait-il bien pu se passer depuis hier soir ?

« Je peux entrer ? » demanda-t-elle alors.

« Je… J'ai besoin de me préparer… » répondit Videl après quelques instants. « Pouvez-vous repasser plus tard ? »

Bulma soupira, sachant qu'elle n'avait pas vraiment le choix. « D'accord. »

Dans la chambre, Videl écouta attentivement alors que les pas de la Présidente s'éloignaient, et elle soupira de soulagement. Elle n'avait pas pu la laissé entrer, car alors, elle n'aurait pu prétendre que tout allait bien ; pas avec ses yeux qu'elle devinait rougis à cause de toutes ces heures qu'elle avait passé à pleurer.

Elle décida alors de se lever et de se préparer. Prenant ce qu'elle avait besoin dans l'armoire de la chambre, la jeune fille entra ensuite dans la salle de bain. Elle grimaça en voyant son reflet dans le miroir ; elle faisait peur à voir…

Poussant un profond soupir, Videl ôta son pyjama puis entra dans la douche, ses muscles se relaxant sous le contact de l'eau chaude. Après une vingtaine de minutes sous l'eau, elle ressortit de la douche, enroulant une serviette autour d'elle. Se regardant une nouvelle fois dans la glace, la jeune brune nota que ses yeux étaient un peu moins rouges et son teint moins pâle, ce qui était déjà mieux.

Elle sécha ses cheveux rapidement puis s'habilla. Elle avait un peu hésité, puis s'était décidée à porter sa tenue habituelle : un large tee-shirt blanc et un short noir. De toute façon, elle ne comptait plus rester pour la fête d'aujourd'hui ; pourquoi s'embêter à se faire belle ?

Videl sortit ensuite de la salle de bain et s'assit sur le lit pour attendre Bulma. Quelques minutes plus tard, elle entendit frapper à la porte et alla ouvrir, sachant qu'il s'agissait de l'héritière Brief.

« Bonjour Videl. » salua la Présidente. « Tu vas bien ? »

« En fait je… » Elle hésita un peu, puis reprit : « Je ne me sens pas très bien aujourd'hui. Je crois que je ferais mieux de rentrer. Je suis désolée de ne pas pouvoir rester. »

« Oh. Je vois. » Bulma sourit à la jeune fille. « Je vais te conduire vers la sortie, alors. Suis-moi. »

Videl acquiesça silencieusement, marchant près de la scientifique qui la regardait du coin de l'œil. Ce n'était pas la peine d'être un génie pour comprendre qu'il s'était passé quelque chose, sans doute pendant la nuit. Bulma n'était pas sûre, mais elle avait le sentiment que cela avait un rapport avec Gohan. Elle ne voyait pas quoi d'autre aurait pu faire pleurer Videl ; car il était évident qu'elle avait pleuré. Il suffisait de voir ses yeux rougis pour comprendre.

Cependant, Bulma n'était pas sûre que c'était bien Gohan la cause du chagrin de Videl. Réfléchissant rapidement, elle décida de voir la réaction de la jeune fille à la mention du jeune guerrier.

Observant attentivement la réaction de Videl, Bulma lui demanda, ayant l'air détachée :

« Au fait, tu ne veux pas dire au revoir aux autres ? A Gohan ? »

A la mention du garçon qui lui avait brisé le cœur, Videl sentit les larmes monter.

Non. Elle ne pleurerait plus. Pas pour lui. Elle était plus forte que ça.

Alors, inspirant profondément, la jeune fille parvint à retenir ses larmes et répondit, de la voix la plus neutre possible :

« J'aimerais juste rentrer, Bulma. Pourriez-vous leur dire au revoir de ma part, s'il vous plait ? »

« Pas de problème, je le leur dirai. » lui assura Bulma. Maintenant, elle en était sûre ; quelque chose s'était passé entre Videl et Gohan pendant la nuit. Et si elle ne pouvait pas obtenir des répondes de Videl, elle ne devrait pas avoir de problème à en soutirer à Gohan.

Avec cette pensée en tête, elle mena la jeune fille à la sortie de la Capsule Corporation.

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Cela faisait un moment que Gohan avait fini de se préparer. Mais voilà, le jeune homme n'arrivait pas à se décider à sortir de sa chambre pour aller rejoindre ses amis. Il se concentra un instant, et ses sens l'informèrent que certains des invités étaient déjà dans le jardin de Capsule Corp, sans doute à prendre leur petit déjeuner.

Son estomac gronda à la pensée de la délicieuse cuisine de Madame Brief, et il baissa les yeux en fronçant les sourcils, regardant son ventre. Il avait vraiment bien choisi son moment pour avoir faim, lui. Pourquoi fallait-il qu'il ait un appétit gigantesque ? Sa vie serait tellement plus simple s'il n'était pas né Saïya-jin.

S'il n'était pas né Saïya-jin, il n'aurait pas à le cacher à Videl. Il pourrait être avec elle, sans qu'aucuns secrets ne viennent tout gâcher. S'il n'était pas né Saïya-jin, il n'aurait pas eu à abandonné Videl la nuit dernière comme il l'avait fait, et peut-être que… Peut-être qu'au lieu de se réveiller par terre avec un dos endolori et un poids énorme dans le cœur ce matin, il se serait réveillé à côté de la fille qu'il aimait.

Mais il était né Saïya-jin, et à cause de cela, il ne pouvait pas être avec Videl. Pourquoi ne pouvait-il pas être comme les autres ? Pourquoi ne pouvait-il pas avoir une vie normale, sans combats pour sauver le monde ou de père constamment absent ?

Gohan soupira. Cela ne servait à rien de penser ainsi. Il était né Saïya-jin et il n'y pouvait rien.

Il ne serait jamais avec Videl ; il fallait l'accepter.

Cette pensée le découragea encore plus. Et malgré les protestations de son ventre, il décida de rester dans sa chambre le plus longtemps qu'il pourrait.

C'est alors qu'il se rendit compte de quelque chose. Il ne sentait plus Videl dans Capsule Corp, ni même dans la Capitale de l'Ouest.

Videl serait partie ?

Se concentrant plus intensivement, il repéra le Ki de Videl, à des kilomètres de la Capitale de l'Ouest. Son cœur se serra en sentant la douleur qui émanait du Ki de la jeune fille ; il serra les poings, maudissant ses origines. La personne qui lui était la plus chère au monde souffrait, tout ça à cause de ce qu'il était. Si seulement il avait le courage de tout lui avouer, tout simplement.

Il avait besoin de temps. Il n'était pas prêt à tout lui dire, pas encore. Et peut-être qu'alors, elle comprendrait, et lui pardonnerait.

Ou alors, elle le rejetterait et ne voudrait plus jamais entendre parler de lui.

Poussant un autre soupir, Gohan décida enfin de sortir de sa chambre et rejoindre ses amis dans le jardin. Il ne risquait plus de rencontrer Videl maintenant, de toute façon.

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Enfin, la fête était terminée, et il pouvait rentrer chez lui. Gohan ne savait pas combien de temps encore il aurait pu tenir à faire semblant d'aller bien.

Il sortit la capsule contenant le Jet, l'actionna et la lança, créant un nuage de fumé. Lançant un dernier au revoir à ses amis, il monta dans le Jet à la place du conducteur, suivit de sa mère et de son frère, et démarra le moteur.

Bulma regarda le Jet décoller puis s'éloigner dans le ciel. Elle n'avait pas eu l'occasion de questionner son filleul sur ce qui s'était passé avec Videl, mais ce n'était pas si grave, car elle avait eu le temps d'en parler à Chichi avant que le jeune homme n'arrive au jardin ce matin. Elle était certaine que Chichi saurait faire parler son fils, pour tout lui raconter ensuite.

Il ne lui restait plus qu'à attendre.

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« C'était vraiment une super fête ! » dit Goten en rentrant dans la maison, son grand frère et sa mère derrière lui. « Mais c'est dommage que Videl ait dû partir ce matin. »

Le visage de Gohan se ferma à la mention de la jeune justicière. Penser à elle lui était trop douloureux, surtout lorsqu'il se rappelait de la peine qu'il avait sentit dans le Ki de Videl ; la peine qu'il lui avait causé.

Chichi remarqua le changement soudain chez son aîné à la mention de Videl, ce qui ne fit que confirmer les déductions de Bulma. Il s'était définitivement passé quelque chose entre son fils et l'adolescente pendant la nuit, et elle comptait bien savoir quoi.

« Goten chéri, il se fait tard ; il est temps d'aller te coucher. » dit-elle à son cadet.

Ce dernier soupira ; il ne se sentait pas fatigué, lui. Mais il savait que cela ne servait à rien de discuter avec sa mère, alors il monta dans sa chambre, après avoir dit bonne nuit à sa famille.

« Je vais y aller, moi aussi. » dit Gohan, s'apprêtant à monter rejoindre Goten dans leur chambre. La voix de sa mère l'arrêta :

« Attends, Gohan. » dit-elle. « J'aimerais te parler de quelque chose. »

« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-il, redescendant les quelques marches qu'il avait monté.

« Allons dans la cuisine ; tu veux un chocolat chaud ? » proposa Chichi.

« Euh, oui. D'accord. » fit Gohan, se demandant de quoi voulait lui parler sa mère. Ça ne pouvait pas être au sujet de Videl, si ? Comment pourrait-elle se douter qu'il s'était passé quelque chose entre eux la nuit dernière ?

Gohan secoua la tête. Il se faisait des idées ; ça ne pouvait pas être au sujet de Videl. Sa mère, comme tout le monde, ne se doutait de rien. Peut-être qu'elle voulait lui parler de ses études, ou bien de ses activités de justicier ou quelque chose du genre. Oui, c'était sûrement ça.

A suivre…