Cœur Secret

Chapitre 23

Dès qu'elle était arrivée chez elle, Videl était allée s'isoler dans sa chambre, s'écroulant sur son grand lit. Elle ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis, mais cela devait faire un moment car quand elle rouvrit les yeux, il faisait déjà nuit.

Le temps passait trop vite. Dans quelques heures à peine, elle allait devoir revoir Gohan, et c'était la dernière chose qu'elle souhaitait. Peut-être pourrait-elle manquer quelques jours de cours… En plus, de cette façon, elle pourrait s'entraîner plus sérieusement ; après tout, le championnat du monde approchait.

Ah ! Mais comment je vais faire pour apprendre à voler correctement, maintenant ? pensa-t-elle soudainement. Elle ne voulait pas demander à celui qui l'avait rejeté mais elle n'aurait apparemment pas le choix. La jeune fille voulait apprendre à voler, cela lui servirait grandement lors du championnat ou quand elle combattrait des criminels. Mais comment faire sans l'aide de Gohan ?

Je pourrais… Je pourrais essayer d'y arriver seule… se dit-elle. Je connais les bases, après tout, et je vole un peu déjà. Je dois pouvoir le faire, il faut au moins que j'essaye.

Ne se sentant pas fatiguée, la jeune justicière décida de se lever. Pourquoi ne pas commencer son entraînement en solitaire dès maintenant ?

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Assis à table, Gohan attendait en silence alors que sa mère leur préparait des chocolats chauds ; Chichi restait silencieuse également, réfléchissant à la façon d'aborder le sujet de Videl avec son fils sans qu'il ne se braque. Avant qu'elle ne s'en rende compte, les tasses étaient prêtes à être servies et elle ne s'était toujours pas décidée.

Elle en posa une devant son ainé puis s'installa en face de lui, un chocolat chaud en main. Les secondes défilèrent lentement, sans qu'aucun d'eux ne disent un mot. Puis enfin, Gohan se décida à rompre ce silence qui commençait à devenir pesant.

« Alors, de quoi voulais-tu me parler ? » demanda-t-il.

Chichi ne répondit pas immédiatement, fixant son lait qui refroidissait. Elle décida finalement qu'il serait inutile de tourner autour du pot et dit, levant les yeux vers son fils :

« Je voulais te parler de Videl. »

Gohan fronça des sourcils. Il n'avait aucune envie de parler de Videl, encore moins avec sa mère. Il l'adorait mais là, vraiment, il n'était pas du tout d'humeur à l'écouter parler de son soi-disant futur mariage avec la jeune fille et de leurs futurs enfants ; après ce qui s'était passé la veille, cela ne ferait que lui rappeler que cela n'arriverait jamais.

Mais Gohan supposait qu'éviter le sujet ne ferai que donné des soupçons à sa mère quant au fait que Videl et lui s'étaient disputés et c'était la dernière chose qu'il souhaitait.

Résigné, il poussa un soupir et demanda : « Que veux-tu savoir ? »

« Eh bien, » commença Chichi, choisissant bien ses mots. « Je me demande si tu savais pourquoi Videl était partie plus tôt aujourd'hui. »

Gohan regarda sa mère avec suspicion. Se douterait-elle de quelque chose ?

« Je n'en ai aucune idée. » mentit-il.

Chichi savait que son fils lui mentait délibérément et elle n'aimait pas ça du tout. Elle ne l'avait pas éduqué ainsi !

« Tu veux dire qu'il ne s'est rien passé depuis hier soir ? » demanda-t-elle alors d'un ton suspicieux.

Cette fois, il en était certain : sa mère se doutait de quelque chose. Il s'apprêta à mentir de nouveau, mais un regard vers Chichi l'en dissuada. Elle le regardait sévèrement, le défiant presque d'oser lui mentir à nouveau ; car il était évident qu'elle avait compris.

Il baissa la tête, honteux. Il avait honte d'avoir menti à sa mère, honte de ce qu'il avait fait à Videl, honte d'être aussi lâche. Il n'était pas digne d'être le fils de Son Goku et Chichi.

Il n'était pas digne de Videl.

« Je ne veux pas en parler. » finit-il par dire.

Chichi supposa qu'il y avait du progrès ; au moins Gohan ne lui mentait plus à présent. Mais si son fils réagissait ainsi, s'il s'était senti obligé de mentir et ne souhaitait pas se confier à sa propre mère, c'est que ce qu'il s'était passé devait beaucoup l'affecter. Et cela ne faisait qu'augmenter l'inquiétude de la mère de famille.

Elle se leva de sa place en face de lui et alla s'asseoir à côté de son fils, qui avait toujours la tête baissée. Elle lui releva le menton pour l'obliger à la regarder dans les yeux, et Gohan put y voir toute l'inquiétude qu'il lui causait. Il était vraiment un fils indigne.

« Gohan. » dit-elle avec douceur mais fermeté. « Dis-moi ce qu'il s'est passé. »

« Maman je… »

« S'il te plait. » l'interrompit-elle. « Je suis ta mère, Gohan, et j'ai le droit de savoir pourquoi tu es si mal. »

Le jeune homme ferma les yeux, inspirant profondément. Il n'arrivait pas à croire qu'il s'apprêtait à tout raconter à sa mère, mais il le lui devait. Elle ne méritait pas d'être constamment inquiète pour lui ; elle s'était déjà suffisamment angoissée pour lui depuis qu'il était enfant, devant se battre pour l'avenir de la Terre dès son plus jeune âge. Elle n'avait pas à s'inquiéter à cause de ses histoires de cœur maintenant. Elle ne méritait pas ça.

Alors, il lui raconta tout. Le regard fixé sur sa tasse toujours pleine, il n'osait pas regarder sa mère alors qu'il lui relatait les évènements de la nuit passée.

« Je l'aime… tellement… mais j'ai tellement peur de sa réaction si je lui racontais mon passé, mes origines… C'est pour ça que je n'ai pas pu aller plus loin avec elle, même si j'en mourrais d'envi. » Il soupira. « Je sais que tu penses qu'on n'aurait jamais dû se retrouver dans une telle situation, qu'on est trop jeune pour ça et qu'on devrait attendre d'être marié avant d'aller si loin mais… quand elle m'a embrassé je… j'ai perdu le contrôle et j'ai laissé mes sentiments me guider. » Il marqua une pause, la tête toujours baissée, puis dit : « Mais de toute façon, après ce que je lui ai fait, je doute qu'elle veuille encore de moi, que ce soit comme amoureux ou comme ami. »

Un silence suivit, Gohan n'osant toujours pas regarder sa mère. Quant à Chichi, après avoir écouté le récit de son aîné sans l'interrompre, elle ne savait pas quoi répondre, sachant que quoi qu'elle dise, elle ne pourrait apaiser la peine de son fils.

Alors, elle le prit dans ses bras.

Gohan serra sa mère contre lui, fermant fort ses yeux. Savoir qu'elle l'acceptait toujours malgré ses actes le réconfortait. Il savait qu'il pourrait toujours compter sur elle, et qu'elle serait toujours là pour lui.

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Dès l'instant où ses pieds retouchèrent le sol de la salle d'entraînement, Videl s'écroula à genoux pour reprendre son souffle, exténuée après l'effort qu'elle venait de fournir. Elle ne put cependant se retenir de sourire avec fierté. Elle y arrivait. Elle progressait, seule, sans l'aide de personne. Elle allait pouvoir continuer à s'entraîner à voler, sans avoir à retourner chez Gohan. Cette pensée la soulageait. Elle ne se sentait pas prête pour affronter le jeune homme après ce qu'il s'était passé entre eux ; elle avait besoin de temps pour recoller les morceaux de son cœur. Elle retournerait au lycée… mais pas tout de suite.

Ayant reprit son souffle, Videl se releva. Elle regarda sa montre et décida de s'entraîner encore une heure avant d'aller se coucher.

Elle se concentra encore, rassemblant son énergie sous ses pieds sans grande difficulté. La jeune fille décolla du sol, lévitant à quelques mètres – heureusement que le plafond de la salle d'entraînement était très haut. Elle se concentra davantage, se déplaçant dans les airs. Videl était si concentrée qu'elle ne remarqua même pas quand son père entra dans la salle d'entraînement. D'abord confus de ne trouver personne – les domestiques lui avaient dit que sa fille était ici – il leva alors la tête et ses yeux s'écarquillèrent.

« Vi… Videl ? »

La jeune justicière, tellement surprise par la soudaine apparition de son père, en perdit l'équilibre. Elle heurta le sol avec une grimace de douleur ; Gohan n'était plus là pour la rattraper maintenant.

« Videl ! » s'exclama Mister Satan en se précipitant vers de sa fille. « Videl, tu vas bien ? »

« Ça va… » fit-elle en se redressant. « Mais évite de me surprendre comme ça, s'il te plait. »

« Désolé ma chérie. » s'excusa-t-il en aidant sa fille à se relever. « Mais je ne m'attendais pas à te voir flotter dans les airs. C'est ce garçon qui t'as appris à voler, c'est ça ? Comment s'appelle-t-il déjà ? Gohan ? »

« Oui. » répondit Videl, ne montrant rien de sa peine à la mention du jeune homme.

« Au fait Papa, » commença-t-elle alors, changeant rapidement de sujet. « Je voudrais me concentrer sur mon entraînement jusqu'au championnat, et j'ai pensé qu'il valait mieux pour moi de faire une pause dans mes études d'ici là. Avant que tu ne protestes, » ajouta-t-elle en voyant son père ouvrir la bouche, « je ne manquerai qu'un mois d'école, et je rattraperai tous mes cours après le championnat. Si je veux avoir une chance dans ce tournoi, je dois me concentrer sur mon entraînement. »

Mister Satan se sentait divisé. Il était fier que sa fille prenne les arts martiaux tellement au sérieux, mais les études étaient très importantes pour son avenir.

« S'il te plait, Papa. Il faut que je m'entraîne. » insista Videl, le regard suppliant.

Son père soupira. Il ne pouvait jamais lui dire non quand elle lui faisait ces yeux-là. Et puis, Videl était une fille sérieuse et intelligente, et elle lui avait assuré qu'elle rattraperait tous ses cours une fois le championnat terminé ; il n'avait pas vraiment de raison de refuser.

« D'accord, tu peux manquer l'école jusqu'au championnat. » dit-il finalement. Le visage de Videl s'illumina et elle lui sauta au cou en s'écriant :

« Merci Papa ! »

Tenant sa fille dans ses bras, Mister Satan sourit. Tant que Videl était heureuse, c'était tout ce qui importait.

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Alors qu'il volait vers son lycée dans son costume de Super Héros, Gohan sentit l'appréhension monter de plus en plus en lui. Il redoutait le moment où il reverrait Videl, pourtant inévitable. Il ne se sentait pas prêt à la revoir après ce qui s'était passé l'autre nuit. Après qu'il l'ait planté alors qu'ils avaient été sur le point de…

Gohan secoua vivement la tête, voulant chasser de ses pensées les images de cette fameuse nuit qui lui venaient. Il ne voulait plus y penser ; il aurait voulu que ce qui s'était passé cette nuit-là n'arrive jamais. Le jeune Saïya-jin soupira, sachant très bien que c'était un mensonge. En fait, ce qu'il aurait réellement voulu, c'était qu'il n'ait pas eu à abandonner Videl du tout. Il aurait voulu continuer ce qu'ils faisaient, passer la nuit avec elle, se réveiller auprès d'elle le lendemain matin. Il aurait voulu lui montrer à quel point il l'aimait, le lui dire, et rester avec elle pour toujours.

Mais cela n'arrivera jamais.

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Videl n'était pas venue. C'était déjà l'heure du déjeuner et il n'y avait toujours aucun signe de l'adolescente. Ce qui était étrange, c'était que même Erasa, sa meilleure amie, ne savait rien sur l'absence de la jeune fille.

« C'est quand même bizarre. » dit la jeune blonde d'un air inquiet alors qu'ils déjeunaient. « Il n'y a pas eu de crime à combattre ce matin, alors ça ne peut pas être pour ça qu'elle n'est pas là. Elle est peut-être malade… Mais pourquoi ne m'a-t-elle pas prévenu ? »

Gohan resta silencieux. Il savait que c'était à cause de lui que Videl n'était pas venue aujourd'hui ; il aurait fait pareil, d'ailleurs, si sa mère n'avait pas insisté pour qu'il affronte ses problèmes en face. De toute façon, elle refusait catégoriquement qu'il manque un seul jour de cours, quelque soit la raison. Son éducation passait avant tout.

« T'as qu'à l'appeler. » suggéra Shapner. Il regardait Gohan d'un air mauvais ; il n'avait toujours pas digéré que le jeune brun ait embrassé la fille qu'il convoitait. S'il savait…

L'air déterminée, Erasa hocha la tête. Elle sortit son téléphone portable de son sac à main et composa le numéro personnel de Videl. Après un moment, elle raccrocha.

« Elle ne répond pas. »

« Essaye le numéro de son domicile. » proposa Gohan ; la jeune blonde hocha de nouveau la tête et s'exécuta.

« Résidence Satan. Qui est à l'appareil ? » répondit-on à l'autre bout du fil.

« Bonjour ; je suis Erasa, une amie de Videl. » se présenta l'adolescente. « Pourrais-je lui parler s'il vous plait ? »

« Je suis désolé, Mademoiselle Videl est occupée en ce moment et m'a demandé de ne la déranger sous aucun prétexte. »

« Ah… » fit Erasa, déçue. « Savez-vous pourquoi elle n'est pas venue au lycée aujourd'hui ? » demanda-t-elle quand même.

« Mademoiselle Videl a décidé de suspendre ses études jusqu'au Tenkaïchi Budokaï afin de s'entraîner. »

Elle cligna des yeux. « Hein ? »

« Excusez-moi, je dois raccrocher. Au revoir. »

Avant qu'elle n'ait pu répondre quoi que ce soit, la ligne fut coupée, laissant Erasa complètement abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre.

« Alors ? » demanda Shapner.

« Videl a… suspendu ses études. » répondit lentement Erasa, enregistrant encore ce qu'elle venait de dire.

« Qu… Quoi ? » fit Gohan, y croyant à peine. Videl n'allait quand même pas risquer de gâcher ses études à cause de lui, si ?

La jeune blonde soupira, s'étant enfin remise. « Elle a décidé de s'entraîner pour le Tenkaïchi Budokaï ; c'est tout ce que je sais. »

« T'es sérieuse ? Videl arrête les cours ? » demanda Shapner, incrédule.

« Oui ; c'est ce que le major d'homme m'a dit. »

« Mais… Et moi dans tout ça ? Qui je vais draguer maintenant ? Aucune autre fille ne fait le poids contre Videl ! » se plaignit le garçon aux cheveux longs.

Erasa roula des yeux. « Arrête un peu de pleurnicher. De toute façon tu sais très bien que Videl ne s'intéressera jamais à toi. »

« Ha ! Tu parles ! Aucune fille de me résiste ! »

La jeune fille secoua la tête, dépitée. L'égo de ce garçon était plus grand que la planète. Son ignorance, aussi. Sérieusement, comment pouvait-il encore penser que Videl s'intéressait à lui après toute les fois où elle l'avait jeté ?

Erasa tourna alors son attention sur Gohan ; le garçon avait passé beaucoup de temps avec Videl ces dernières semaines, lui donnant des « cours de maths » (bien qu'elle n'y croie pas le moins du monde) ; peut-être savait-il quelque chose sur la soudaine décision de Videl ?

Quand elle le lui demanda, il resta silencieux – un silence lourd de sens. Erasa fronça les sourcils.

« Tu sais quelque chose, alors ? »

Gohan préféra ne pas répondre, sachant qu'il n'arriverait pas à mentir. Il était évident que Videl avait décidé de suspendre ses études à cause de lui, mais leur raconter ce qui s'était passé était inconcevable.

« Hé, l'intello, on te parle ! » fit Shapner ; il avait un mauvais pressentiment.

« Shapner ! Ne sois pas si rude ! » réprimanda Erasa. « Et arrête d'appeler Gohan « l'intello » ; il a un nom, je te rappelle. »

« Je l'appelle comme je veux. Et puis c'est pas la question. Tu sais quelque chose n'est-ce pas, l'intello ? »

« Arrête de l'appeler comme ça ! » s'énerva Erasa.

« Arrête de faire chier Erasa ; j'essaye d'obtenir des réponses. » rétorqua Shapner.

« Justement ! Si tu veux que Gohan te répondes, tu devrais commencer par lui parler poliment ! »

« Ha ! Comme si j'allais m'adresser poliment à un paysan ! »

« C'est sûr que la politesse et toi, ça fait deux ! »

« Ben ouais ! Et je n'ai aucune honte à l'admettre ! »

« Tu n'es qu'un mal élevé ! »

« Ouais ouais, c'est ça. Bon, l'intello, dis-nous ce que tu s… » Shapner s'interrompit ; Gohan n'était plus à sa place.

« L'intello ? »

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Se cachant derrière un arbre, Gohan poussa un soupir de soulagement. Cette dispute entre les deux blonds était tombée à pic, lui donnant l'occasion de s'enfuir.

Ses pensées se tournèrent alors vers Videl et sa soudaine décision de suspendre ses études ; il n'aurait jamais cru qu'elle irait jusque là pour ne plus le voir. En tout cas, c'était clair maintenant ; Videl ne voulait plus entendre parler de lui. Il ne pouvait pas lui en vouloir.

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Au centre d'une salle sombre, deux silhouettes, l'une significativement plus petite que l'autre, observaient une boule de cristal. La plus petite des deux créatures prononçait des sortes d'incantations, un sourire malsain sur son visage hideux.

« Oui… C'est ça… Ne luttez pas… Laissez-vous envahir par le mal… » disait la petite créature marron. « Bien… Maintenant vous êtes à moi. »

« Maître, » commença l'autre être, bien plus grand que le premier. « Êtes-vous sûr de pouvoir trouver assez d'énergie sur cette planète ? Les Terriens sont des êtres particulièrement faibles et fragiles ; nous n'en tireront rien de bon. »

« Ne t'en fais pas pour ça ; je sais exactement où trouver toute l'énergie dont j'ai besoin. Et ces deux Terriens dont j'ai à présent le contrôle m'aideront. »

Le petit être marron se dirigea alors vers une énorme boule qui pulsait à un rythme régulier. Il posa une main dessus et dit d'une voix sinistre :

« Bientôt… Très bientôt… Tu pourras sortir… »

A suivre…