Cœur Secret
Chapitre Dernier
Son propre lit, enfin. Videl s'installa confortablement sous la couette, ravie de retrouver son chez-soi. Le palais Céleste avait beau être somptueux, l'ambiance y avait été plus que morose, et passer le weekend là-bas n'avait rien eu d'agréable au vu de la situation.
Quoique, elle y aurait au moins eu quelques bons souvenirs, finalement.
La jeune fille gloussa dans son oreiller, ses joues se teintant de rose dans la pénombre de sa chambre. Elle se sentait gonfler de bonheur en pensant à Gohan ; à ses baisers et ses mots doux, à ses regards tendres et si remplis d'amour. Ils avaient complètement ignoré les autres, quand ils s'étaient embrassés. Leur « public » avait été plutôt déçu que leurs railleries et taquineries n'eussent pas l'effet habituel.
Mais il n'y avait que Gohan qui comptait pour elle. Que son sourire, que ses yeux, que ses lèvres. Le reste, les autres, son père même, elle n'y prêta pas attention. Elle n'avait pensé à rien d'autre, et lui éprouvait la même chose, ses prunelles noires restant fixées sur elle, uniquement elle.
Ah lala, ce qu'elle pouvait être amoureuse…
Finalement, on organisa une fête improvisée au palais, pour célébrer leur victoire ainsi que le retour définitif de Son Goku. Et elle et Gohan étaient restés collés l'un à l'autre toute la soirée, comme un couple de jeunes mariés.
Videl sourit jusqu'aux oreilles à cette pensée. C'était insensé de penser à ce genre de chose alors qu'elle n'était encore que lycéenne, qu'elle n'avait pas encore dix-huit ans et qu'ils venaient tout juste de se mettre ensemble. Mais dans son esprit, il n'y avait aucun doute, aucune incertitude : elle épouserait Gohan un jour. Ils passeront leurs vies ensemble, vieilliront ensemble... Pour toujours.
Elle laissa échapper un soupir rêveur, murmurant le nom de son amoureux.
« Gohan... »
Elle ne s'attendait pas à recevoir de réponse.
« Oui ? » répondit une voix dans la pénombre, comme pour lui répondre directement.
Videl se tourna vers la fenêtre et, en un instant, elle bondit hors du lit pour sauter au cou de Gohan. Ils rirent et il la fit tournoyer, avant de la serrer fort contre lui.
« Je pensais à toi, justement, » dit-elle avec un grand sourire.
« C'est bien ce que j'ai cru comprendre, » fit-il en laissant échapper un petit rire.
Il effleura sa joue, passa quelques mèches derrière son oreille du bout des doigts. Videl ferma les yeux, et sentit son front se coller au sien. Un merveilleux sentiment de bien-être envahit tout son être. Son geste était si doux, si tendre… Elle se sentait fondre, complètement.
« Tu me manquais déjà, » murmura Gohan, resserrant l'étreinte de son bras gauche autour d'elle, tandis que sa main droite resta posée contre sa joue.
Gardant les yeux fermés, Videl sourit. « Je t'aime. »
Comme c'était agréable de pouvoir enfin le lui dire sans que doutes, inquiétudes et incertitudes ne la retinssent. Comme c'était bon d'être dans ses bras, serrée contre lui, sans qu'aucune crainte ne vînt tout gâcher.
Il déposa un baiser sur son front, caressa tendrement sa joue avec son pouce.
« Je t'aime aussi, » répondit-il doucement. « Je t'ai toujours aimé. »
Videl ouvrit la bouche pour répondre, mais s'arrêta brusquement et la referma, sentant une boule se former dans sa gorge. Elle s'était apprêtée à dire « Je sais, » – mais comment réagirait Gohan en apprenant que cela faisait un moment qu'elle savait qu'il était amoureux d'elle ? Que dirait-il s'il savait qu'elle avait décidé qu'il valait mieux qu'ils restent amis pour ne pas compliquer les choses, tout en sachant parfaitement ce qu'il ressentait pour elle ? Dire qu'ils auraient pu être ensemble depuis longtemps, si seulement elle avait accepté plus tôt qu'elle était amoureuse, qu'il la rendait vulnérable et que c'était une bonne chose. Et pendant ce temps elle l'avait fait languir, alors qu'elle savait, elle savait très bien qu'il l'aimait. Il y avait bien eu ce moment de doute, cette nuit-là, à la Capsule, mais Videl savait à présent les raisons qui avaient poussées Gohan à la laisser.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il doucement, dégageant quelques mèches de son visage, fronçant légèrement les sourcils d'inquiétude.
Il était si attentionné, la regardait avec tellement d'amour… Méritait-elle vraiment d'être traitée avec tant de douceur ? Elle qui aurait pu lui éviter tant de souffrance inutile…
« Je… Je le savais déjà, Gohan, » avoua-t-elle en détournant les yeux, fixant la tunique orange de son kimono.
« Comment ça ? » demanda-t-il, lui relevant le menton.
« Depuis le week-end que j'ai passé chez toi, l'autre fois... Je savais que tu m'aimais. »
Il faisait sombre dans la chambre, mais Videl pu distinguer parfaitement l'air ébahit de Gohan. Ses yeux s'étaient agrandis de stupeur et sa bouche s'était entrouverte ; il la tenait par les épaules, comme pour mieux la regarder, et s'assurer qu'il avait bien entendu.
« Tu savais… ? » souffla-t-il difficilement, comme si respirer était subitement devenu difficile.
Elle aurait voulu disparaître. Honteuse, Videl hocha la tête, l'évitant du regard.
« Je t'ai entendu le dire à Goten, le premier soir, » expliqua-t-elle d'une petite voix.
« Ah… ! »
Il sembla se rappeler du moment en question, puis il eut un sourire gêné et se frotta la nuque.
« Alors tu savais, hein. »
« Et même quand j'ai compris que j'étais amoureuse de toi aussi, je n'ai pas voulu… je n'arrivais pas à l'accepter et je ne voulais pas… »
« Hé, c'est pas grave, » la rassura-t-il, lui caressant la joue en souriant. « Tu avais besoin de temps, c'est normal. Et puis tout est bien qui finit bien au final, pas vrai? »
« Oui… » répondit-elle, se permettant un léger sourire, quoiqu'un peu triste.
« Enfin, c'est vrai que c'était pas très juste vis-à-vis de moi, hein, qui me torturait l'esprit à essayer de deviner si tu m'aimais ou pas, » ajouta-t-il avec humour.
« Désolée, » gloussa-t-elle, se blottissant contre lui.
Il lui releva la tête pour l'embrasser, et Videl soupira d'aise contre ses lèvres. Il n'existait rien de comparable, aucune sensation plus merveilleuse que les baisers de Gohan.
ooOoo
Ce matin-là, Chichi fut réveillée par les caresses de son mari. Elle sursauta légèrement, ayant quelque peu perdu l'habitude de ce type de réveil durant ces sept dernières années, tout agréable que ce fût.
« Je dois préparer le petit déjeuner, Goku, » souffla-t-elle entre deux baisers. « Gohan a école, et Goten ne va pas tarder à se réveiller… »
Il s'écarta un peu pour la regarder, se tenant par les coudes pour ne pas l'écraser sous son poids. Chichi fut quelque peu étonnée que Goku eût l'air d'hésiter. D'habitude, dès qu'elle mentionnait un repas, il la laissait faire avec grande joie, impatient de dévorer ses petits plats qu'il adorait tant.
« Ça fait sept ans, Chichi, » dit-il, et elle s'empourpra intensément.
« Et cette nuit alors, ça ne compte pas? »
Il eut un sourire idiot en se rappelant de la nuit dernière, puis plongea de nouveau au creux de son cou, le dévorant de baisers.
« Bien sûr que ça compte, » murmura-t-il contre sa peau. « Mais c'est loin, très loin de compenser. »
« Et qui va préparer le petit déjeuner? » reprit-elle, quoiqu'avec bien peu de conviction.
Il l'embrassa avidement, longuement – et Chichi en oublia rapidement tout le reste.
Sauf que, quand on est parent, on n'est pas à l'abri d'être interrompu sans prévenir. Et Goten n'avait aucune idée de ce qu'il interrompait quand il débarqua dans la chambre de ses parents.
« Maman, maman ! » s'écria le petit garçon. « Gohan il est pas là ! »
Rouge de gêne, Chichi se couvrit du mieux qu'elle put avec le drap et se tourna vers son cadet. « Comment ça, il n'est pas là ? »
Goku cligna des yeux. « Ah, mais c'est vrai ça. Il se lève toujours aussi tôt pour aller à l'école, maintenant ? Il prend pas de petit dej' ? »
« Bien sûr que si, » répondit Chichi, les sourcils froncés. « Est-ce qu'il est avec Videl ? » demanda-t-elle à son époux. Elle montra l'Est du doigt. « Satan City, c'est dans cette direction. »
Goku se concentra, cherchant le ki de son fils aîné. Il ne lui fallut pas longtemps pour le trouver, et effectivement, il était avec Videl. Et ils étaient encore endormis.
« Euh… » fit-il, hésitant à révéler ce qu'il savait. Gohan et Videl auraient déjà… ?
« Ah, mais oui ! » s'exclama Goten, ayant visiblement repéré son frère lui aussi. « Il est avec Videl ! Il aurait pu attendre de la voir à l'école, quand même. »
Chichi lança à Goku un regard sévère, semblant comprendre qu'il avait rechigné à lui répondre, et il se ratatina avec un sourire coupable.
« Goten, tu veux bien aller te préparer ? Maman et papa doivent s'habiller, aussi, » dit-elle d'une voix trop gentil pour que ce soit naturel. Goku déglutit, devinant qu'elle bouillonnait de rage intérieurement et qu'elle se retenait devant Goten.
« OK ! » fit ce dernier, sautillant joyeusement hors de la chambre, à présent rassuré de savoir où était son grand frère adoré.
Quelques instants plus tard, Chichi explosa.
« Il a passé la nuit chez elle ! Quel irresponsable ! Il s'est faufilé chez elle quand on dormait – et je parie qu'ils ne se sont même pas protégés ! Je veux bien être grand-mère mais c'est beaucoup trop tôt ! Ils sont trop jeunes ! Ils auraient dû attendre ! Je n'ai pas élevé mon fils comme ça, moi ! »
Pendant sa tirade, elle était sortie de dessous les couvertures et avait commencé à se préparer. Goku la regardait faire, confortablement installé sur les oreillers, pas pressé de se lever.
« Il va m'entendre, oh ça, il va m'entendre ! Partir comme ça en pleine nuit pour retrouver sa petite amie… Ah ! Il ne perd rien pour attendre ! »
Goku eut un sourire nostalgique. Voir sa femme toute remontée contre Gohan, exactement comme avant (quoique pour des raisons complètement différentes), après toutes ces années… Ça lui rappelait tant de souvenirs.
Ah, comme elle lui avait manqué. Elle et ses crises de nerfs apocalyptiques.
Il se leva finalement, et fit quelques pas vers elle pour la prendre dans ses bras. Chichi se tut, de surprise sans doute, et Goku ne dit rien non plus. Puis il sentit ses poings se refermer contre son torse nu, et ses épaules se secouèrent de sanglots.
« Mon bébé est devenu un homme trop vite… » se lamenta Chichi avec de grosses larmes de chagrin. Goku sourit malgré lui, empli de tendresse pour sa femme, et resserra son étreinte autour d'elle.
ooOoo
Impossible de se concentrer sur le cours. Le professeur blablatait d'une voix monotone et Gohan n'écoutait pas un seul mot de ce qu'il racontait. Son regard déviait constamment à sa droite, deux sièges plus loin, cherchant les yeux bleus de Videl. Quelques fois, elle regardait vers lui brièvement, rougissait et se plongeait à nouveau dans son bouquin.
Il était rentré tôt chez lui, ce matin, espérant se glisser dans son lit ni vu ni connu. Mais tout le monde était déjà bien debout, le petit déjeuner était presque prêt, et sa mère était absolument livide.
Et pourtant, il n'avait pu s'empêcher de sourire bêtement. Alors naturellement, Chichi avait tout de suite compris. Il avait à peine essayé de nier, encore trop béat de s'être réveillé auprès de Videl. Quelle magnifique sensation ce fut, de se réveiller avec la fille qu'il aimait dans ses bras, toute blottie contre lui…
Son cœur s'emballa et ses joues s'empourprèrent. Les images de la nuit dernière affluèrent dans sa tête, et Gohan déglutit, lançant un énième coup d'œil vers Videl.
Il n'avait rien prévu. Enfin, oui, c'est vrai, l'idée lui avait peut-être traversé l'esprit, mais quand il était la allé voir hier soir, Gohan avait été loin d'imaginer que lui et Videl… qu'ils allaient déjà…
C'était trop tôt. Il en avait conscience. Ils étaient allés trop vite, s'étaient laissés emporter dans le feu de l'action… Et pourtant Gohan ne regrettait rien. La nuit dernière, avec Videl… Ses lèvres, sa peau, son corps, leurs cœurs battant à l'unisson – elle, toute en entière. Elle était à lui, toute à lui, et de même, il s'était donné à elle corps et âme.
Comment pourrait-il jamais regretter la plus belle nuit de sa vie ?
Son visage lui brûlait de plus en plus. Lorsqu'il jeta un autre coup d'œil vers Videl, il rencontra son regard pendant un bref instant puis, une fois de plus, elle se détourna rapidement, aussi rouge que lui.
Il aurait voulu qu'il n'y eût pas cours aujourd'hui. Après tout, le monde avait cessé d'exister hier, pourquoi ne pouvait-on pas avoir un nouveau jour férié pour commémorer la victoire contre Majin Buu ? S'il n'avait pas eu cours aujourd'hui, il aurait pu passer plus de temps seul avec Videl.
Ils n'avaient pas eu l'occasion de parler tous les deux, depuis son au revoir précipité de ce matin alors qu'elle était encore à moitié endormie. D'où la gêne qu'il y avait entre eux, maintenant.
Ses soupires d'extase le hantaient.
Comme elle avait été belle, la nuit dernière. Il n'avait pu s'empêcher de la dévorer du regard… De ses yeux à demi clos, ses joues rosies par le plaisir, à sa gorge, sa nuque, ses épaules, ses seins… Sa respiration haletante, soulevant sa poitrine, l'avait rendu complètement dingue… Puis ses yeux avaient glissé le long de son ventre plat, de sa taille si fine, et ses hanches, ses cuisses, qui étaient à moitié recouvertes par la couette. Ils avaient commencé avec lui au-dessus, mais Gohan s'était rapidement retrouvé sur le dos, laissant Videl prendre le contrôle de leurs ébats passionnés. Penchée sur lui, ses longs cheveux d'ébène tombaient vers l'avant et formaient un rideau autour de sa tête, l'enivrant de leur parfum sucré. Et ses lèvres entrouvertes – oh, ses magnifiques lèvres, si tentantes, qu'il n'avait pu s'empêcher d'embrasser encore, et encore, et encore.
Gohan déglutit, la chaleur de son visage se propageant de plus en plus, dans tout son corps. Il n'avait vraiment pas prévu de faire l'amour avec Videl, le soir même où ils s'étaient enfin déclarés. Il savait que lui ne regrettait rien, mais qu'en était-il de Videl ? Regrettait-elle la nuit qu'ils avaient passée ensemble ? Lui en voulait-elle d'être parti si vite ce matin ? Si cela n'avait tenu qu'à lui, Gohan aurait préféré rester au lit avec elle ce matin, et même toute la journée.
Si cela ne tenait qu'à lui, il passerait tout son temps au lit avec Videl.
Ce fut seulement quand la sonnerie retentit et que tout le monde se leva d'un mouvement pour aller déjeuner, que Gohan se rendit compte que repenser à sa première nuit avec Videl en plein cours, n'était vraiment pas une très bonne idée.
Il allait devoir rester assis un peu plus longtemps.
ooOoo
« Bon alors, tu m'expliques ? »
Videl prit soin d'éviter le regard plein de sous-entendus de sa meilleure amie. Erasa l'avait tiré jusqu'au toit dès le début de la pause déjeuner, et Videl s'était laissée faire, devinant sans peine ce qu'elle voulait.
Mais lui en parler, c'était une toute autre histoire. Comment était-elle censée s'expliquer ? Son silence rendit Erasa impatiente.
« Alors ? »
Videl rougit intensément, fixant ses pieds, et appuya son dos contre la porte qui donnait accès au toit.
« Alors quoi ? » marmonna-t-elle faiblement, réticente à répondre.
« Attends, tu rigoles là ? Tu m'appelles super tôt pour me demander de piquer une pilule du lendemain à ma mère, et tu fais l'innocente maintenant ? »
Videl se pinça les lèvres, le visage plus brûlant que jamais. Elle n'avait vraiment pas envie de s'expliquer. Et puis de toute façon, c'était évident qu'il s'agissait de Gohan, non ? Pourquoi Erasa cherchait-elle sa confirmation ? C'était déjà bien gênant de lui avoir demandé cette faveur.
« C'est à cause de ce monstre, là, Buu ? » soupira Erasa, comme elle ne répondait pas. « Tu as couché avec Gohan avant 'la fin du monde' ? »
« M-Mais non ! » balbutia Videl, de plus en plus rouge. Allait-elle vraiment devoir le dire ? « C'était… après. La nuit dernière. »
Le silence qui s'en suivit ne fut pas très rassurant, alors Videl releva la tête pour regarder son amie. Erasa avait la bouche grande ouverte, la fixant avec des yeux exorbités. Totalement hébétée.
« … Sérieux ? »
Videl hocha la tête, la baissant de nouveau, trop gênée pour regarder Erasa en face.
« Alors t'es plus vierge ? »
Videl cacha son visage cramoisie derrière ses mains. « Rha ! Mais t'es bête ! Le dit pas comme ça ! »
Erasa pouffa de rire. Videl resta cachée derrière ses mains, attendant que ses joues reprennent une couleur normale.
« Et alors, » reprit son amie, « c'était bien ? »
Et non, toujours aussi rouge.
« Y'a que ça qui t'intéresse ? » marmonna Videl.
Erasa gloussa. « Ben quoi ? Y'a rien de mal à être curieuse. »
« Et y'a rien de mal à être réservée. »
« Oh allez, je t'ai rendu un super service en plus ! Si ma mère m'avait surprise la main dans le sac, j'aurais eu de gros ennuis, moi. »
« Je sais, je sais, et je t'en remercie. » Elle regarda sa montre. « Écoute, j'aimerais parler avec lui avant la fin de la pause. On discutera plus tard, d'accord ? »
« Bon… » consentit Erasa, l'air un peu déçu. Puis elle sourit. « Mais tu me raconteras plus tard, hein ? Je veux des détails et tout. »
Videl soupira, se demandant quand elle allait arrêter de rougir. C'était vraiment pas gagné. « Peut-être. »
Erasa dut se contenter de cette réponse car elle se dépêcha de rentrer par la cage d'escalier et fila en vitesse.
Des camarades apprirent à Videl que Gohan était resté en salle de classe, alors elle y retourna. Son cœur battait de plus en plus fort à mesure qu'elle approchait de sa destination, le souvenir de la nuit dernière, avec lui, ne l'aidant vraiment pas à se calmer. Arrivée devant la porte, restée ouverte, Videl déglutit, prit une profonde inspiration, et entra dans la classe.
Gohan était toujours assis à sa place. Il y avait quelques autres élèves qui étaient restés pour déjeuner en salle de classe, éparpillés par-ci par-là, mais Videl les remarqua à peine. Gohan avait levé les yeux dès qu'elle était entrée, et la jeune fille ne voyait que lui.
Elle monta jusqu'à leur rangée, sans le quitter du regard, sans remarquer que leur échange ne passait pas inaperçu. Videl s'assit à côté de lui, à la place d'Erasa, et l'odeur masculine et si particulière de Gohan envahit ses narines. Le souvenir de leur nuit ensemble n'en fut que plus vif.
Ils ne dirent rien pendant un temps. Puis, Gohan glissa sa main sous la table pour lui prendre la sienne. Le contraste était vraiment flagrant. Gohan avait les mains si épaisses et rugueuses, alors que les siennes étaient vraiment minuscules en comparaison. C'était si doux, pourtant. La façon si délicate dont il lui tenait la main.
Et la nuit dernière, ces mains… elles avaient… sur elle…
« Je suis désolé d'être parti si vite, » chuchota-t-il, se rapprochant d'elle. « En plus, ça n'a rien changé. Ma mère a tout deviné, et je suis puni. »
Videl ouvrit grand les yeux. « Elle a tout deviné… ? Tu veux dire… ? »
Il hocha la tête avec un sourire gêné. « Je n'arrivais pas à m'arrêter de sourire, même quand elle me criait dessus, et puis tu sais que je suis vraiment nul pour mentir alors… »
Elle rougit un peu, détournant les yeux. Rhaa… Elle en avait vraiment marre de réagir comme une… comme une… fille ! C'était super énervant, à force.
« Dites, vous deux, » appela un camarade, avec un sourire malicieux. « Vous êtes super intime tout à coup. C'est la fin du monde qui vous a… rapproché ? »
Le garçon remua ses sourcils de manière suggestive, et Videl vira au rouge pivoine en un instant.
« Oui, et alors ? »
L'assurance de Gohan était complètement inattendue. Ses joues étaient légèrement teintées de rose, mais il considérait l'autre garçon d'un regard ennuyé, presque défiant.
Elle l'avait remarqué hier déjà. Gohan avait changé, ou plutôt, il avait mûri – d'un coup, sans prévenir. Depuis qu'ils s'étaient retrouvés hier, il s'était montré plus entreprenant, plus audacieux, plus confiant aussi. Moins timide.
Ça la faisait complètement craqué.
« Naaan, sérieux ? » fit le garçon – comment s'appelait-il déjà ? Pack ? Son sourire suffisant commençait à lui taper sur les nerfs. « Quoi, vous êtes vraiment ensemble ? J'y crois pas ! J'disais ça comme ça, moi. »
« Attends, c'est vrai c't'histoire ? » renchérit un pote à lui, d'une autre classe. « Videl Satan sort avec cet intello ? Pour de vrai ? »
« Pas possible, ils vont même pas ensemble ! » pleurnicha Angela, une fille de leur classe, bien connue pour avoir craqué sur Gohan depuis des mois.
La chaise de Gohan grinça et il se leva, entraînant Videl, qu'il tenait toujours pas la main, avec lui. « Viens, allons ailleurs. »
En se dirigeant vers la porte, ils furent sifflés par les autres. Elle observa Gohan devant, qui la tirait par la main, fixant droit devant lui, les sourcils froncés, la mâchoire serrée. Il avait l'air un peu énervé, et les regards qu'ils attiraient ne devaient pas beaucoup aidé.
Un couloir désert et Gohan s'arrêta. Il lâcha sa main pour passer ses doigts dans ses cheveux en poussant un soupire, appuyant son dos contre le mur.
« On peut vraiment pas être tranquille. »
Videl continua de l'observer. Sa bouche s'entrouvrit, son cœur s'emballait de plus en plus. Il était tellement beau. Son charme était impossible à résister.
Elle se plaça devant lui, la gorge nouée. Il haussa les sourcils ; elle mit ses paumes contre son torse. Il ne semblait pas comprendre l'effet qu'il avait sur elle, ne voyait pas à quel point elle avait besoin de lui.
Il lui sourit, caressa sa joue. Son souffle s'accéléra. Ah, comme elle adorait ses sourires, ceux-là qu'il ne réservait qu'à elle. Il lui souriait toujours d'une manière bien particulière. Et ses yeux, ils brillaient avec tant de douceur quand il les posait sur elle.
Elle pouvait voir son amour : tout l'amour qu'il lui portait était totalement transparent. C'était si clair, si évident. Tellement beau.
Il se pencha pour l'embrasser, et Videl s'accrocha à son col, les lèvres tremblantes. Ses bras puissants l'entourèrent, l'attirant tout contre lui.
Elle l'aimait tellement. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait tant hésité à être avec lui, qu'elle avait tant attendu avant de goûter à ce bonheur. Et Videl se jura intérieurement, qu'elle ne laisserait jamais rien les séparer. Même si l'avenir était incertain, même si Gohan descendait d'une race de guerrier extra-terrestre, même si Majin Buu n'était pas le dernier super méchant à menacer le monde et que Gohan devrait encore se battre et risquer sa vie… Quoi qu'il arrive, Videl ne se laisserait pas faire. Elle ferait tout, absolument tout pour lui.
Enfin bon, elle ne voulait pas penser à tout ça maintenant.
Là, tout de suite, elle était dans ses bras. Là, tout de suite, elle était heureuse. Et elle n'avait pas l'intention de laisser quoi que ce soit entraver leur bonheur, à elle et Gohan. Foi de Videl Satan.
Épilogue
Il n'avait jamais vu une telle foule. Son père lui avait dit qu'il y avait encore plus de monde qu'avant, lorsque lui avait participé au tournoi, quand il était enfant. Les gradins et le ring avaient été agrandis aussi.
Il n'avait pas eu l'intention de participer au championnat, mais quand Goku apprit qu'il aurait bientôt lieu, il voulut que tout le monde y participe, « comme au bon vieux temps, » avait-il dit. Gohan resta réticent. Il n'était pas vraiment intéressé par la compétition, mais tout le monde avait insisté, encore et encore, et au final, devant les yeux suppliants de Videl, il n'avait pas su refuser. Ce serait l'occasion de mettre son costume de super-héros, s'était-il dit pour s'encourager (il dût juste échanger son précieux casque contre une paire de lunettes noires et un bandana sur la tête).
L'épreuve de la machine à coup de poing fut facilement passée– quoique retenir son pouvoir à ce point ne fut pas une mince à faire –, et tout le monde regarda le match entre Trunks et Goten, inscrit à la catégorie enfant du tournoi. Après maintes péripéties et quelques fausses frayeurs, Trunks finit par en sortir vainqueur, bien que le combat fut très serré.
Et puis la catégorie adulte s'apprêta à commencer. On se rassembla pour le tirage au sort de l'ordre des combats.
Gohan continuait à ruminer dans sa barbe. Il n'avait vraiment pas envie de participer. Bien sûr, il aimait bien se battre pour s'amuser, mais avec son père, Végéta, Piccolo, C-18, Krilin, Videl et lui comme participants, sans oublier le champion en titre Hercule Satan, les choses allaient forcément dégénérer. Et puis, le père de Videl n'avait vraiment pas l'air de beaucoup l'apprécier…
« Mais non, il t'aime bien, » lui assura Videl. Il lui lança un regard sceptique, et elle roula des yeux en souriant. « Bon, c'est peut-être pas le bon terme, mais papa ne te déteste pas. Il m'a dit qu'au moins toi, tu es capable de me protéger. Comme si j'avais besoin qu'on me protège. N'importe quoi. »
« Que tu en aies besoin ou pas, je ne laisserai jamais rien t'arriver. »
Elle eut un sourire amusé, puis on appela son nom. « Ah, c'est à moi ! »
Videl alla tirer une boule numérotée dans une boite, et Gohan eut une légère grimace en voyant son nom s'inscrire sur le tableau. Si elle gagnait son combat, et il doutait de la voir perdre vu que son adversaire ne faisait pas partie de leur groupe, il devrait se battre contre elle au deuxième tour.
Elle eut un sourire satisfait en revenant vers lui, tandis que lui fronçait les sourcils.
« Qu'est-ce que tu avais dit déjà ? » fit-elle, l'œil espiègle. « Que tu ne te battrais plus jamais contre moi ? »
Il rougit un peu. « J'aurais juste à te mettre hors ring. »
« Oh, allez, c'est l'occasion d'avoir notre revanche ! Et puis, le public paye cher pour leurs places, il faut leur en donner pour leur argent. »
« Quoi, vous vous êtes déjà battu, tous les deux ? » intervint Krilin, qui avait entendu leur conversation.
« Battu, c'est un bien grand mot, » répondit Videl, agitant la main d'un air désinvolte. « Monsieur s'est tout de suite offusqué en me faisant un petit bobo. »
Krilin éclata de rire, et Gohan s'empourpra en lançant un regard accusateur à Videl, qui se contenta de sourire largement.
« J'aimerais bien t'y voir, toi ! » fit-il, parlant plus fort pour se faire entendre par-dessus les rires du meilleur ami de son père. « C'est pas drôle ! »
Les autres les rejoignirent, et en voyant Krilin se torde de rire, demandèrent ce qu'il y avait de drôle – enfin, Goku posa la question, étant donné que ni Piccolo ni Végéta en avait quelque chose à faire, et que C-18 se contentait d'hausser un sourcil en voyant son compagnon en train de se marrer. Krilin essaya de raconter l'histoire, mais il ne réussit qu'à se faire rire de plus belle. Videl roula les yeux et répondit à sa place, au grand dam de son petit ami.
Son père se laissa contaminer par le fou-rire de Krilin, et même les autres esquissèrent un fin sourire. Mais c'est qu'ils se liguent tous contre moi, ma parole !
Ses épaules s'affaissèrent ; Gohan se sentait défait. Il savait qu'il n'avait rien à faire avec les participants. Quel intérêt y avait-il à combattre dans un championnat puisqu'ils savaient déjà que cela se finirait entre eux ? Ç'aurait été plus simple d'organiser des combats eux-mêmes, non ? Et cela aurait évité de mettre le public en danger, qui plus est.
Il poussa un profond soupir, complètement découragé. Il n'avait vraiment pas envie de se battre contre Videl.
ooOoo
Le premier tour était terminé. Le combat entre Végéta et Goku fut puissant et violent, même sans passer en Super Saiyajin. Ils s'étaient tous mis d'accord pour se battre sans se transformer, afin de ne pas attiser la mémoire des spectateurs qui pourraient les reconnaître des vidéos du Cell Game.
Goku gagna par hors ring, et Végéta était si mécontent par sa défaite « absurde » qu'il ne se calma que quand son rival lui promis une revanche plus tard.
Le père de Videl, quant à lui, avait affronté C-18. Manque de chance, il avait perdu, mais sauva la face en prétendant de ne pas vouloir blesser une femme. Son public était conquis, bien que déçu qu'il perde son titre. Il leur promit de revenir réclamer sa ceinture de champion du monde au prochain tournoi, au grand bonheur de ses fans.
Piccolo et Krilin s'affrontèrent au deuxième tour. Il faut dire que la détermination du terrien ne laissait pas indifférent. Même en sachant qu'il ne pouvait pas gagner, Krilin usait de ruses, de stratagèmes et d'habilités pour tenir le plus longtemps possible contre le Namek.
« Ça rappelle des souvenirs, » commenta Goku.
« Ah, mais c'est vrai ! » fit soudain Videl, en se tournant vers lui. « Ils se sont affrontés au 23ème championnat du monde, n'est-ce pas ? »
« Tu t'y connais bien, » complimenta Goku avec un large sourire, puis il retourna son attention sur le ring. « Krilin m'étonnera toujours. Déjà à l'époque, il avait laissé une forte impression à Piccolo. À toi aussi Végéta, hein ? Quand tu es arrivé sur Terre. »
« Pff, pas vraiment, » fit Végéta les bras croisés, l'air grognon.
« Il t'aurait asséné le coup de grâce si je l'avais pas arrêté. J'ai bien fait finalement, hein ? »
« Bof. »
Gohan échangea un regard amusé avec Videl. Elle avait eu le temps de s'accoutumer aux étranges interactions entre son père et le prince des Saiyajin depuis le temps qu'ils étaient ensemble, et elle disait souvent qu'ils « s'entendaient vraiment bien, en fait », ce qui avait tendance à agacer Végéta mais à ravir Goku.
« Alors, » lui dit-elle à voix basse. « On est les suivants. T'es prêt ? »
Il aurait voulu abandonner, pour être honnête, mais au vu de l'ordre des combats, Videl finirait contre Piccolo au prochain tour, et il oubliait difficilement la « douceur » de son ancien mentor. Même s'il était moins rustre aujourd'hui, Piccolo n'était toujours pas un tendre, alors à choisir, Gohan préférait mettre Videl gentiment hors du ring lui-même plutôt que de la laisser l'affronter.
« J'ai pas vraiment le choix, si ? »
Elle sourit jusqu'aux oreilles. Gohan ne comprenait pas pourquoi l'idée de ce combat la réjouissait autant. Videl détestait perdre, alors pourquoi avait-elle l'air si impatiente de le combattre ? Elle savait très bien qu'elle ne pouvait pas gagner contre lui.
Il lui demanda, par curiosité, mais à ce moment le décompte de l'arbitre se termina : Krilin venait de perdre par KO, et on les appelait sur le ring.
Alors qu'il allait la suivre hors de la salle d'attente, une main se posa sur son épaule, et Gohan se tourna vers son père.
« Un conseil, » fit-il, puis chuchota le reste à son oreille. Gohan le regarda, les sourcils levés, et Goku hocha la tête en continuant à sourire.
« Bon, d'accord, » répondit Gohan, avant de rejoindre sa petite amie, et adversaire actuelle, sur le ring.
ooOoo
« Aïe… »
Elle s'était cognée la tête sur le mur autour de la surface de combat. Il ne l'avait même pas touché, s'était contenté d'éviter tous ses coups dès le signal de départ, et puis après un moment, d'un mouvement du poing, sans le moindre contact physique, avait créé une sorte de courant d'air qui l'avait projetée hors du ring.
Il était auprès d'elle moins de deux secondes plus tard.
« Ça va ? Tu t'es fait mal ? »
« Crétin, » chuchota-t-elle, se dégageant de ses bras en jetant un regard inquiet au dans les gradins. « Ne sois pas si familier quand tu es déguisé, il y a des amis du lycée dans le public. Je sors avec Gohan, pas Saiyaman. »
Il fronça les sourcils, puis sur un coup de tête retira d'un geste ses lunettes noires et son bandana, révélant son visage au public. Tous les appareils photos et caméras étaient braqués sur eux, absolument tout le monde le fixait et parlait de lui dans les gradins, et pourtant Gohan s'en fichait éperdument. Il attira Videl à lui et la serra contre lui.
Elle le regardait avec des yeux ronds.
« Mais Gohan qu'est-ce que tu… »
Il posa la main sur sa joue, l'interrompant par ce geste.
« Je ne cacherai jamais à quel point je t'aime, Videl. »
Videl entrouvrit les lèvres, le rouge lui montant aux joues. Et Gohan la trouva tellement belle en cet instant… Si vulnérable et magnifique.
Le reste du monde sembla s'évaporer tout autour d'eux, et il lui était juste impossible de résister. Alors, devant tous les spectateurs, devant les élèves de sa classe qui étaient présents devant sa mère, son père, son frère, ses amis ; devant Mr. Satan et même, devant le monde entier qui suivait de près la diffusion du championnat du monde des arts martiaux ; devant tout cette foule, et pourtant sans se soucier une seconde de leur présence, Gohan embrassa Videl.
Au diable les conséquences. Ils étaient ensemble, et ils s'aimaient profondément. Le reste, on s'en fiche.
Un dernier mot de l'auteur
Voilà donc la fin de l'histoire... Je suis vraiment vraiment désolée d'avoir mis si longtemps à l'écrire, et je remercie tous ceux qui ont lu, suivi et commenté Cœur Secret au fil des années. J'espère que vous avez apprécié le voyage. :)
Le 7 septembre 2014 -
