Nouveau chapitre ! Merci aux personnes qui se sont mises à suivre/favoriser l'histoire, ça fait toujours plaisir :) J'espère que vous aimerez cette suite, même si j'avoue que j'ai eu plus de mal à l'écrire que les autres…

Alicia j'aime bien tes idées concernant le passé de Killian, c'est gentil d'avoir partagé ! Pour la longueur de mes chapitres, mon cerveau a dû inconsciemment t'écouter, puisque celui-ci dépasse les 4000 mots alors qu'en moyenne je fais en sorte qu'ils tournent entre 3000 et 4000, ce qui est la moyenne d'à peu près toutes les fictions que j'ai pu lire jusqu'ici (après je t'avoue que je me base par rapport à OUAT parce que NCIS quand j'en lisais c'était seulement des OS). En tout cas merci beaucoup de me donner à chaque fois ton avis !

Bref, sinon, bonne lecture et à lundi ;)


Durant les premières visites, Killian et Emma se contentèrent de détailler davantage le plan de cette dernière afin de mettre le plus de chances de leur côté lorsqu'ils passeraient à l'acte. Le matelot se révéla d'une aide précieuse comme il connaissait le bateau ainsi que les personnes qui vivaient dessus mieux que quiconque. Il put donc renseigner la princesse sur beaucoup de sujets utiles.

Un matin, alors que tout le monde dormait encore sur le navire et que la lune se trouvait toujours haute dans le ciel, le jeune homme entra dans la cale, une grande boîte à la main. Ses pas sur le bois craquant du sol réveillèrent la princesse, qui se leva tranquillement en se frottant les yeux et le salua d'un simple sourire qui suffit à réchauffer immédiatement son cœur en cette froide journée qui s'annonçait.

Elle fut bien vite sur pieds lorsqu'elle aperçut ce qu'il apportait avec lui, intriguée (après tout, elle lui avait seulement demandé de trouver deux épées afin qu'ils puissent commencer leur entraînement à l'escrime). Elle s'approcha donc de lui et le questionna sur le contenu du carton.

Sans attendre plus longtemps, le brun le posa à terre, l'ouvrit puis en sortit des livres, des vêtements, du papier et des crayons ; toutes sortes d'objets qu'il avait pu trouver sur son passage.

« Qu'est-ce que c'est que tout ça ? demanda Emma, curieuse, ne comprenant pas à quoi tout ceci pourrait leur servir dans leur évasion. »

Quelque peu gêné, l'intéressé se gratta nerveusement derrière l'oreille tout en évitant tout contact visuel avec la jeune fille avant de timidement s'expliquer :

« J'ai pensé que tu devais t'ennuyer toute seule ici la journée, alors… Alors j'ai voulu t'amener de quoi t'occuper un peu, même si ce n'est pas grand chose. Et des habits de rechange, aussi, parce que les journées commencent à se refroidir et que tu dois en avoir marre de porter ta robe de nuit depuis ton arrivée… Ils appartiennent à des femmes qui les ont oubliés après leur rencontre avec des membres de l'équipage. Ils sont propres, ne t'inquiète pas. Je le sais car c'est moi qui suis en charge de les laver, au cas où ils nous seraient utiles un jour ou l'autre… »

La princesse resta longuement à le dévisager dans le silence le plus complet, sincèrement touchée par l'attention qu'il lui portait et les risques qu'il acceptait de prendre pour rendre sa vie à bord du Jolly Roger un peu moins misérable qu'elle ne l'était actuellement, sans qu'elle ne lui demande quoi que ce soit. Elle lui en était vraiment reconnaissante, car il était vrai qu'elle n'avait rien d'autre à faire de ses journées que regarder le paysage au-dehors et qu'elle ne supportait plus de porter la même chose depuis plusieurs jours.

C'est pourquoi elle s'approcha de Killian et l'embrassa furtivement sur la joue dans un élan d'affection avant de le remercier et d'attraper la première tenue qu'elle trouva pour l'enfiler. Elle ne put empêcher un rictus amusé d'apparaître sur son visage en voyant ses joues s'empourprer et ses yeux s'agrandir de surprise, comme à chaque fois qu'un contact physique se créait entre eux. Elle le trouvait tellement adorable lorsqu'il réagissait ainsi face à elle, tout intimité…

Cependant elle avait parfois du mal à comprendre ses réactions. Il faisait certes preuve d'un grand manque de confiance en lui mais il n'en restait pas moins un pirate, plutôt séduisant qui plus est (elle ne pouvait décemment pas le nier), elle se serait donc attendu à un autre comportement de sa part puisqu'il lui donnait ainsi vraiment l'impression qu'il n'avait jamais été en relation avec une personne du sexe opposé avant elle, ce qu'elle pensait tout bonnement impossible.

Néanmoins elle mit bien vite court au fil de ses pensées, et s'exclama :

« Retourne-toi, je vais me changer ! »

Celui-ci s'exécuta immédiatement sans rien répliquer, sa main valide perdue dans ses cheveux qu'il ne pouvait s'empêcher de toucher. Emma, elle, alors qu'elle rencontrait des difficultés à ajuster le pantalon qu'elle venait d'enfiler pour le faire tenir puisqu'il se trouvait être un peu trop grand pour elle, décida de laisser sa curiosité prendre le dessus.

« Killian ? questionna-t-elle alors.

– Il y a un problème avec tes vêtements ? répliqua immédiatement l'intéressé.

– Non, ils me vont très bien, c'est parfait, merci. C'est juste que… est-ce que je peux te poser une question un peu… personnelle ?

– Euh… je crois, oui. »

L'angoisse prit part de tout le corps du matelot et il retint son souffle sans même s'en rendre compte, quelque peu apeuré par ce qu'elle avait à lui demander, en attendant qu'elle ne se décide à prendre la parole à nouveau, ce qu'elle fit rapidement :

– As-tu déjà eu une femme, ou une maîtresse, ou en tout cas quelqu'un dans ta vie ?

– Non, jamais, avoua-t-il sincèrement, un peu gêné de se confier ainsi, le cœur battant à toute allure dans sa poitrine. Je ne suis pas vraiment le genre de personne qui plaît aux femmes, tu sais.

– Et pourquoi donc ? Avec le physique que tu as, il te suffirait d'un peu plus d'assurance et tu en ferais tomber plus d'une dans tes bras, j'en suis certaine.

Le brun resta bouche bée face à cette déclaration. Venait-elle réellement de lui dire ceci, ou l'avait-il rêvé ? Ce n'était pas possible qu'une princesse comme Emma pense de telles choses à son égard. Ils ne venaient pas du même monde. Elle ne devait pas être du genre à apprécier les hommes plein de cicatrices, c'était ton bonnement impossible…

Pourtant, cette dernière, lorsqu'elle se rendit compte de l'impact de ses mots, se mit à rougir, tout à coup mal-à-l'aise par ce qu'elle venait d'avouer sans même le vouloir. Heureusement qu'il ne pouvait pas la voir ! Même si elle était sûre qu'il devait être dans le même état qu'elle en cet instant.

Elle se ressaisit finalement rapidement en se disant qu'il n'y avait aucun mal à trouver le garçon séduisant, au contraire. Peut-être serait-il la dernière personne qu'elle verrait de toute sa vie, alors autant l'apprécier à sa juste valeur, après tout.

« Et toi, est-ce que tu es… mariée ? brisa soudainement le silence le jeune homme après un certain temps.

– Non, j'ai de la chance d'avoir des parents compréhensifs qui préfèrent privilégier mon bonheur à la bonne entente entre les royaumes. Ils me laissent donc le droit d'épouser qui je veux quand je me sentirai enfin prête.

– Vous avez l'air vraiment proches et de former une famille unie…

– Oui, affirma la blonde en esquissant un pale sourire. Il faut dire que nous avons vécu certains événements qui nous ont rapprochés… »

Killian voulut lui demander de lui en raconter davantage suite à cette étrange réponse, mais il crut comprendre au ton de sa voix que ce n'était pas quelque chose qu'elle souhaitait partager. Du moins, par pour le moment. Son intuition fut d'ailleurs affirmée lorsque bien vite, elle se reprit en attachant le dernier bouton de sa veste :

« C'est bon, je suis prête. »

A l'entente de ces mots, le pirate se retourna pour lui faire à nouveau face. Une lueur que la princesse n'avait encore jamais vu jusqu'alors apparut dans ses irises et il laissa ses bras tomber le long de son corps alors qu'il la détaillait de la tête aux pieds. Il voulait dire quelque chose mais en était incapable, la moindre parole coincée au fond de sa gorge.

Sa bonne humeur à nouveau retrouvée et satisfaite de l'effet que ses nouveaux habits faisaient sur le brun, elle le questionna :

« Qu'est-ce que tu en penses ?

– C'est… ça… tu… euh… C'est très bien, bégaya-t-il. »

Emma rit de bon cœur à l'entente de cette réponse et réalisa tout à coup que dans son malheur, elle avait beaucoup de chance d'avoir rencontré le matelot. En effet, il avait ce don de lui changer les idées et lui faire presque oublier, quand elle se trouvait en sa présence, qu'elle était prisonnière d'un terrible homme qui souhaitait l'emmener sur une île déserte loin des siens. Il l'empêchait de sombrer dans le désespoir le plus complet.

Celui-ci, de son côté, n'arrivait pas à la quitter des yeux, comme hypnotisé par elle. Il la trouvait encore plus resplendissante qu'à l'accoutumée vêtue de cette tenue – chose qu'il n'aurait jamais pensé possible jusqu'ici. Elle portait un pantalon bleu et une chemise blanche, surmontée d'une veste en cuir bleu, elle aussi. Ainsi, elle avait tout d'une véritable aventurière. Un vrai pirate.

Un court moment il se mit à s'imaginer à ses côtés, tous deux brandissant leur épée en direction d'ennemis potentiels, les faisant tomber au sol avec une facilité déconcertante, en quelques mouvements seulement, avant de s'enfuir loin du monde et de ces gens qui n'avaient jamais cherché à croire en lui, contrairement à elle…

Puis il revint rapidement à la réalité, confus. Que lui arrivait-il ? Pourquoi réagissait-il ainsi ? Que lui avait-elle fait ? Il n'eut toutefois pas le temps de se poser davantage de question, puisque la blonde l'interpella :

« Au fait, est-ce que tu as pu récupérer des épées ?

– Oui, elles sont juste là. »

Il secoua la tête pour ôter complètement toute pensée de son esprit puis sortit les deux armes de leur étui. Il en tendit une à la princesse qui la contempla sans rien dire. Elle l'inspecta longuement, faisant passer la lame entre deux de ses doigts, la pointa devant elle en des gestes circulaires puis regarda enfin Killian, visiblement satisfaite par la qualité de celle-ci. Elle lui fit alors :

« Prêt pour travailler tes capacités à l'escrime ? »

Elle n'attendit pas sa réponse et le visa sans prévenir avec son épée, s'arrêtant à quelques millimètres seulement de son ventre. Surpris, le brun recula jusqu'à ce qu'il se prenne les pieds dans des vêtements restés à terre, ce qui le fit tomber à la renverse sous les éclats de rire de la jeune fille. Elle lui tendit la main pour l'aider à se relever, avant de s'exclamer :

« Bon, je vois qu'on a beaucoup de travail qui nous attend. On va essayer autrement. »

Elle le fit s'asseoir sur son lit et prit place à ses côtés. Elle attrapa son bras valide et positionna entre ses doigts l'arme pour lui apprendre à la tenir correctement. Elle l'invita à la faire tournoyer devant lui pour qu'il se rende compte du poids de celle-ci et l'aida à faire bouger correctement son poignet pour qu'il comprenne les bons gestes à faire.

Il écouta attentivement ses conseils, ne voulant rien rater de ses explications. Malheureusement, quand ils se levèrent à nouveau et se placèrent à une distance raisonnable l'un de l'autre pour se mettre en situation de combat, il eut beaucoup de mal à se défendre.

Malgré tout, avant qu'il ne s'en aille pour rejoindre le pont et son travail, Emma le rassura en lui expliquant que pour une première, il ne se débrouillait pas trop mal et qu'ils avaient de toute façon du temps devant eux pour qu'il puisse se perfectionner.

Ils se quittèrent donc sur ces paroles encourageantes, le pirate prenant la direction de la sortie de la cale tandis que la princesse attrapait l'un des livres que ce dernier lui avait amené pour le lire tout en mangeant son repas du matin.

Killian, lui, se retrouva nez-à-nez avec Blackbeard qui semblait l'attendre, un grand sourire aux lèvres. Il avait pris cette habitude depuis qu'il avait accepté de le laisser voir la blonde autant qu'il le voulait durant son temps libre, sûrement pour s'assurer qu'il n'abusait pas de la faveur à laquelle il avait eu droit, lui posant à chaque fois la même question d'un ton le plus neutre possible :

« Aucun problème avec notre captive, Hook ?

– Aucun, Capitaine Blackbeard, lui répondait toujours son second. »

Mais cette fois, contrairement aux autres, quelque chose était différent. Quelque chose avait changé. Le matelot ne souriait pas, il avait même une tête plutôt dépitée. Le sourire du grand brun s'agrandit fortement alors qu'il regardait son employé rejoindre son poste en traînant les pieds, la tête basse.

Ce n'était pas sans raison s'il avait laissé son second rendre visite à leur prisonnière aussi longtemps qu'il le souhaitait. Il connaissait la naïveté de ce dernier, puisqu'il travaillait pour lui depuis des années.

C'est pourquoi il avait été persuadé, dès le premier jour où le garçon lui avait expliqué qu'il n'avait pas osé réveiller la jeune fille alors qu'elle dormait paisiblement et qu'il avait enfreint les règles pour partager sa nourriture avec elle, qu'il en tomberait éperdument amoureux assez rapidement.

Cependant, il savait aussi pertinemment qu'une fille telle que la descendante des souverains de la Forêt Enchantée ne s'intéresserait jamais à lui en retour. Tout au plus pourrait-elle ressentir de la pitié pour lui et sa pauvre existence. Son plan ne consistait donc qu'en une chose : le laisser s'attacher à elle et qu'elle finisse par lui briser le cœur. Rien de bien compliqué, en soi.

Ainsi, il espérait que cette mauvaise expérience finisse par le rendre plus fort par la suite, qu'il se comporte enfin comme un vrai homme et non pas le lâche qu'il était depuis leur première rencontre. Car il avait besoin de personnes sachant se battre à bord de son navire s'il voulait garder sa réputation de vil pirate qui terrorise les océans, non pas de gens qu'un rien pouvait effrayer.

Il pourrait très bien se débarrasser de lui plutôt que de tenter de le changer, certainement serait-ce une affaire plus rapide et efficace, mais il ne pouvait nier que Killian lui était pour l'instant d'une grande utilité tout en ne demandant jamais rien en retour pour ses services. En fait, il lui était surtout rentable, en comparaison aux autres.

Et puis, au vu de l'air attristé qu'il affichait sur son visage, tout allait s'enchaîner certainement beaucoup plus vite que prévu. Après tout, la blonde ne se trouvait sur le bateau que depuis quelques jours seulement.

De son côté, le matelot, une fois ses ustensiles récupérés, commença à laver le pont du Jolly Roger en soupirant. Cette première leçon d'escrime l'avait totalement découragé, même si Emma avait tenté de le rassurer du mieux possible quant à ses capacités.

Il se sentait inutile, était persuadé que jamais il ne serait à sa hauteur et que malgré tous leurs efforts, il ne pourrait pas l'aider. Jamais il ne serait capable de vaincre Blackbeard ou n'importe qui d'autre, d'ailleurs. Il se sentait plus comme un poids qu'autre chose dans le projet d'évasion de la princesse. Comment pouvait-elle avoir ainsi foi en lui quand lui-même n'y croyait pas ? Il lui était impossible de comprendre.

Il passa le restant de la journée à ressasser les mêmes sentiments. Lui qui avait depuis peu retrouvé le sourire n'esquissa pas le moindre rictus, au plus grand plaisir de son capitaine qui était persuadé que son idée de l'endurcir allait marcher à merveille. Quand il retrouva la captive le soir pour son repas, elle se rendit immédiatement compte que quelque chose n'allait pas.

Elle ne fit cependant aucune remarque, pensant connaître la cause du malaise du garçon, qui osait à peine la regarder dans les yeux, honteux de ne pas pouvoir être à sa hauteur. Elle décida donc d'abandonner leur entraînement pour la soirée – il n'était de tout façon pas dans le bon état d'esprit pour réussir à faire quoi que ce soit – et se contenta de tenter de lui changer les idées en discutant tous deux assis sur le lit de la jeune fille.

« Je sais que je l'ai déjà fait ce matin, mais je voulais encore te remercier pour les livres que tu m'as apportés, le temps est passé beaucoup plus vite grâce à toi. J'en ai déjà terminé un, Capitaine Swan, je l'ai vraiment beaucoup aimé.

– C'est vrai ? s'étonna Killian en retrouvant un semblant de sourire à l'entente de cette déclaration. C'est mon préféré, j'ai dû le lire des centaines de fois ! Je… je rêvais de devenir un jour un capitaine tel que lui, vaillant et juste, lorsque j'étais plus jeune…

– Moi c'est son histoire d'amour avec Anna que j'ai préféré. Ils sont tellement différents l'un de l'autre avec William, on pourrait penser qu'ils n'ont rien à faire ensemble et pourtant, même s'ils sont à ce point opposés, on se rend rapidement compte qu'ils ont toujours été faits l'un pour l'autre… »

Le brun la dévisagea sans rien dire en repensant à cette histoire qui contait la romance entre le capitaine de la marine royale et une paysanne dont les chemins s'étaient croisés tout à fait par hasard et qui étaient tombés éperdument amoureux l'un de l'autre. En tant que grand romantique en fond de lui, il avait forcément lui aussi apprécié toute cette intrigue. C'est pourquoi il finit simplement par répondre d'un air rêveur :

« C'est vrai que c'est très beau ce qui leur arrive. Même si c'est quelque chose qui ne se passe que dans les livres… Jamais quelqu'un de haut placé ne pourrait s'intéresser à une simple personne du peuple.

– Tu te trompes. Regarde-nous : je suis une princesse, tu es un pirate et pourtant, je t'apprécie beaucoup, même si on ne se connaît pas encore vraiment. »

Ces simples mots suffirent à mettre du baume au cœur du matelot et illuminer son regard en un instant, toute peine accumulée durant la journée à présent totalement oubliée.

Elle l'appréciait beaucoup, d'après ses dires… Et lui aussi, d'ailleurs. Un peu trop, même, peut-être. Rien ne pouvait lui faire plus plaisir que de savoir que quelqu'un tenait à lui, lui qui se sentait si seul depuis des années malgré l'équipage qui l'entourait.

Il resta muet plusieurs secondes, tout de même quel que peu gêné par cet aveu qu'elle venait de lui faire, avant qu'ils ne reprennent le cours de leur conversation jusqu'à ce que tous deux ne commencent à fatiguer et qu'il ne décide donc de la laisser se reposer, se rendant dans ses propres quartiers. Quand il ferma les yeux, son sourire était de retour, bien ancré sur ses lèvres, une même phrase se répétant en boucle à son esprit telle une berceuse.

Je t'apprécie beaucoup.


« Hook, réveille-toi, on est attaqués ! »

L'intéressé, qui dormait paisiblement, fut réveillé en sursaut par l'un des membres de l'équipage qui le secouait, paniqué. Il lui fallut à peine quelques secondes pour revenir à la réalité et se rendre compte de la situation : au-dehors, des cris ainsi que des coups de canon se faisaient entendre, résonnant à travers les murs et faisant tomber les objets qui se trouvaient dans la pièce.

Le jeune homme se leva rapidement, prit à peine le temps de s'habiller puis rejoignit le pont, où il put constater l'ampleur des dégâts : des corps étaient à terre, du sang giclait à flots, des barrages de flammes se créaient partout autour de lui. Malgré la fumée qui réduisait considérablement la visibilité, il put apercevoir sur les eaux un énorme bateau-pirate, encore plus impressionnant que le leur.

Il sentit alors ses jambes ainsi que tout son corps se mettre à trembler face à cette vision. Il était incapable de bouger, tétanisé par la peur.

Ce n'était pas la première fois qu'il voyait ce genre de spectacle mais généralement, il partait rapidement se cacher, puisqu'il se savait inutile au combat. Sauf que cette fois, il n'en n'eut pas le temps car, devant le nombre impressionnant d'attaquants, l'un de ses coéquipiers lui jeta une épée en lui hurlant :

« Viens nous aider, nous n'arriverons jamais à les battre sinon ! Ils en ont après la princesse ! »

Le cœur du matelot rata un battement quand il entendit ces mots, paniqué à l'idée qu'on puisse faire du mal à Emma. Il attrapa l'arme, la regarda un moment puis ferma les paupières, concentré. Il tenta de se rappeler tous les conseils que la blonde avait pu lui donner la veille afin de la manier au mieux. Il pouvait le faire.

Il pouvait le faire. Il pouvait le faire. Il pouvait le faire. C'est en tout cas ce qu'il se répéta autant de fois que possible alors qu'il faisait demi-tour pour descendre dans la cale où se trouvait la prisonnière afin de s'assurer qu'elle n'était pas en danger.

Malheureusement, tous ses espoirs disparurent bien vite quand, une fois arrivé dans la pièce, il trouva un inconnu au-dessus d'elle dans son lit dans une position menaçante, la retenant par les poignets. Ce dernier se retourna dans sa direction lorsqu'il se rendit compte qu'ils n'étaient plus seuls et pointa un sabre vers lui pour lui faire comprendre de pas s'approcher.

Néanmoins, en apercevant le crochet qui remplaçait la main de Killian, il éclata de rire et l'ignora. Il connaissait la réputation d'incapable de ce lâche, il n'avait donc aucun souci à se faire et pouvait reprendre ses affaires sans le moindre risque.

La blonde, elle, quand elle le vit à son tour, prononça son prénom d'une voix suppliante pour qu'il lui vienne en aide et la sauve de cet enfer.

Tandis que l'affreux pirate ouvrait lentement sa chemise en faisant sauter chaque bouton avec la lame de son arme qu'il laissait volontairement frôler la peau nue de la jeune fille, cette dernière, tout en se débattant vainement pour se libérer de son emprise, gardait son regard planté dans celui du garçon qui la fixait, incapable de faire le moindre mouvement, les mains tremblantes et le souffle court.

Il savait qu'il devait faire vite s'il voulait la sauver, que l'inconnu serait sans pitié avec elle mais ses pieds refusaient d'avancer. Tout était pourtant simple : il n'avait qu'à enfoncer son épée dans le dos de cet homme sans que celui-ci n'aie le temps de le voir, et tout serait terminé. Mais ce n'était pas son genre. Il n'avait jamais tué quelqu'un. Il n'était qu'un lâche, telle le prouvait la réaction du pirate lorsqu'il l'avait reconnu. Même avec toute la volonté du monde, il ne pourrait pas sauver la princesse, c'était certain.

Il n'était qu'un lâche.

Cette phrase résonna à son esprit de façon constante, le paralysant de toute part. Il crut même entendre Emma le lui hurler, son regard devenu froid et méchant tandis que son agresseur continuait à déboutonner ses vêtements. Pourtant, en fait, les seuls mots qui sortaient de sa bouche étaient toujours les mêmes :

« Killian, je t'en prie, aide-moi… »

Il resta encore immobile jusqu'à ce qu'il se ressaisisse enfin, prenant d'un coup conscience de la situation dans laquelle il se trouvait.

C'est pourquoi il se précipita vers les deux personnes face à lui mais l'autre pirate l'entendit. Il n'eut le temps de rien faire que déjà ce dernier, pris de court, enfonçait son sabre dans la poitrine de la blonde, lui faisant pousser un cri de douleur qu'elle tentait malgré tout de retenir.

Elle agonisa quelques minutes sous les yeux du matelot et le regard satisfait de son meurtrier puis, tout en laissant s'échapper son dernier souffle, ses irises s'ouvrant en grand à cause de la douleur qui se propageait à une vitesse folle dans tout son être tout en restant toujours concentrés sur ceux de Killian, elle forma un simple et dernier mot avec sa bouche avant de laisser sa tête s'effondrer sur le sol, dépourvue de toute vie :

« Lâche. »

Killian s'écroula à son tour face à cette vision, honteux, les yeux remplis de larmes… puis se réveilla en sursaut après être tombé de son lit dans son sommeil.

Il lui fallut un certain temps pour se rendre compte que tout ceci n'avait été qu'un cauchemar, qu'au-dehors le calme régnait, que la mer était paisible et qu'aucune bataille n'avait vraiment eu lieu. Il faisait encore nuit noire mais son cœur battait tellement rapidement dans sa poitrine qu'il fut incapable de se rendormir jusqu'à ce que le soleil ne commence à apparaître, signe qu'il était temps pour lui d'aller voir Emma, ce qu'il redoutait à présent.

Car, même s'il savait que rien de ce qu'il s'était passé n'était réel, il ne pouvait s'empêcher de penser que cela pourrait bien leur arriver le jour où ils décideraient de se rebeller contre Blackbeard et le reste de l'équipage. Et jamais il ne se pardonnerait de la laisser mourir devant ses yeux d'une telle façon, par sa faute. Il devait arrêter tout ceci avant qu'il ne la mette en danger.

C'est pourquoi, quand il entra dans la cale, toujours hanté par les images de son horrible cauchemar à chacun des pas qu'il faisait en direction de la princesse, il ne prit même pas le temps de la saluer, déposa son repas sur le bureau puis déclara d'une voix tremblante sans oser la regarder, la tête rivée sur ses pieds :

« Je suis désolé. J'abandonne. »


(Finalement désolée mate, j'ai opté pour le moins mignon, c'était mieux en fait...)