Hiroki entendit de nouveau le téléphone brailler à côté de son oreille. Il l'arracha à son support et haussa la voix sur son interlocuteur avant même de connaître son identité.
-Pour la septième fois, je vais très bien Akihiko ! Hurla-t-il sur celui qu'il pensait être l'homme qui n'a cessé de l'assaillir de questions depuis le début de la matinée.
-Frangin, c'est Nairo.
Hiroki se tu. Jamais il n'a haussé la voix sur son cadet, il n'en a jamais été capable. Et voilà qu'il le traite comme son ami d'enfance écrivain, qui n'a put s'empêcher de s'inquiéter pour lui après qu'il ait affirmé être en pleine forme alors qu'il venait tout juste de se chamailler avec son amant. Les disputes ridicules entre eux ne cessent, dernièrement, et ternissent l'humeur du professeur. La preuve est qu'il a crié sur son frère, son protégé dont la voix étouffée changea rapidement son humeur et son état d'esprit. Il crispa ses mains sur le combiné.
-Que t'arrive-t-il, Nairo ? Il s'est passé quelque chose à l'école ? Dis-moi tout !
-Frangin, donne-moi l'adresse de l'école où est allé Shinabu.
Sa voix est étouffée, mais ferme. Hiroki ressenti un pincement au cœur, de nouveau on l'appelle pour lui rappeler le nom de Yukio. Aux yeux de son frère, il est désormais son intermédiaire. Son collègue n'est plus de son monde, alors Nairo se sert de son aîné pour connecter leurs univers du mieux qu'il peut. Tracter son monde vers le sien est une tâche difficile, mais Nairo a décidé de s'y appliquer. Il ne revient pas sur ce genre de décision quand il impose sa voix.
-Qu'est-ce-que tu lui veux ?
-Il est mon professeur, je veux avoir de ses nouvelles.
-Il n'est pas ton professeur, il l'a été mais il ne l'est plus.
-Il a veillé sur moi quand j'étais plus petit, je ne veux plus le perdre à nouveau.
Tout deux étaient proches. Yukio interrogeait souvent Hiroki pour avoir de ses nouvelles, le contraire a hanté les nuits que Hiroki qui devait les passer à narrer à Nairo tout ce qu'il a vécut avec Yukio dans la même journée. A leurs yeux, il n'a jamais été rien d'autre qu'un pigeon voyageur. Absolument rien d'autre. Et il n'y pense qu'aujourd'hui. Il frappa son poings sur la table la plus proche, diffusant sa colère dans ses sciures.
-Pourquoi tu lui accordes autant d'importance ?
-Il est plus qu'un ami à mes yeux, tu ne peux pas comprendre. Répliqua-t-il sans hausser la voix, ce qui énerva Hiroki au plus haut point.
-Je peux tout comprendre, je suis ton frère ! Pourquoi tu doutes de moi ? J'ai toujours veillé sur toi, je te connais mieux que personne et je sais que tu considères Shinabu Yukio avec une plus haute estime que ton propre frère, et je veux savoir pourquoi !
-Il est ce que tu ne seras jamais à mes yeux.
-C'est à dire ?! Nairo, répond-moi sur le champ !
-Hiro-san ! Intervint son amant, tout juste rentré de son travail, encore vêtu de son manteau.
Nowaki prit le poignet de Hiroki et le força à se tourner vers lui. Hiroki lâcha le combiné et perdit pied quand des lèvres vinrent caresser les siennes. La langue de son amant vint rencontrer la sienne et l'apaiser. Hiroki se détendit dans ses bras et imita sa respiration calme quand leurs lèvres se décollèrent.
-Calme-toi, Hiro-san. Lui murmura Nowaki.
-Nowaki, je suis...
-Effondré ?
-Je ne sais plus où est ma place. Que suis-je, pour mon frère ? J'ai l'impression de n'avoir jamais été le frère modèle que j'ai toujours désiré montrer à ses yeux. Je me sens comme éloigné de lui, comme si je n'ai jamais été de sa famille.
-Chut... respire doucement, quand tu te sentiras mieux tu lui parleras à nouveau.
-D'accord.
Nowaki le lâcha et prit le téléphone en main. Il entendait Nairo respirer, il est toujours là. Il entendit comme des sanglots, pleure-t-il ou retient-il ses larmes ? Comme son frère, il doit être autant attristé mais pour une toute autre raison. Il attendit que Hiroki aille en cuisine se préparer une infusion pour reprendre la discussion.
-Nairo-san, c'est Nowaki. Je sais qu'il y a quelque chose entre toi et ce professeur... Shinabu, si c'est bien son nom. Si tu ne veux en parler à personne, essaie avec moi. Hiroki m'a parlé de ce qui t'est arrivé dernièrement, je ne te connais pas aussi bien que lui mais je sais comme je le devine en ce moment-même qu'il se passe quelque chose entre vous. Tu n'es pas obligé d'entrer dans les détails, mais parle-moi de ce qui se passe.
-...
-Je ne dirais rien à ton frère.
Nairo lui confia tout, dans les moindres détails, sur la relation qu'il partage avec Yukio Shinabu depuis leur rencontre. Il narra leur enfance, puis leurs retrouvailles au lycée sans oublier de parler de sa tentative de suicide. Il confia même les attouchements, en hésitant à admettre qu'ils étaient plaisants. La salle de cours, le toit du bâtiment, même la maison de Yukio. Nowaki conserva un visage impassible mais son corps tremblait. Si Hiroki le toucherait, il comprendrait qu'il refoule sa panique. Comment un jeune homme peut-il conserver tant de choses au plus profond de sa petite enveloppe corporelle ? Il comprit mieux son suicide. Nairo détailla même des brides de sa jeunesse, le divorce de ses parents et la relation fusionnelle qu'il a un jour partagé avec Hiroki. Savoir que tout deux aient put sourire étonna Nowaki. Hiroki distribuait des sourires à son cadet comme une mère couvre ses enfants de baisers, plus petit. Il en apprit plus sur son amant en un appel qu'il n'en aurait apprit en une vie, même deux. Voir trois.
-Nowaki, je dois retrouver Yukio. Il est mon ami.
Nowaki comprit les mots qu'il ne voulut sortir : Yukio Shinabu est son amant. Lui-aussi aurait fait tout son possible pour retrouver Hiroki, s'ils devaient de nouveau se séparer. Un seul voyage, ce fut déjà trop. Il s'est promit de ne plus jamais recommencer l'expérience sans en parler au préalable à son Hiro-san. Le concerné revint, une tasse à la main. Nowaki lui rendit le combiné et baissa son menton. Il fut sérieux quand il laissa prétendre une supposition, qui était en réalité un ordre des plus strictes qu'à reçut le professeur.
-Tu devrais l'écouter, après tout il est ton frère.
Tel frère, tel amour.
Second arrêt... Second arrêt... Je regardai une nouvelle fois le papier sur lequel j'ai rapidement griffonné le nom de la faculté que m'a donné Hiroki. Trop rapidement griffonné. J'éprouve des difficultés à relire ma propre écriture et à lui faire confiance. Ais-je bien écris chaque lettre ? Il se peut qu'une fois arrivé sur les lieux, on me dit que je me suis trompé d'établissement. Ou qu'on me donne une toute autre adresse en me disant que le guichetier de la gare s'est trompé. Je suis trop nerveux. Vraiment trop nerveux.
Je pris une grande inspiration, et me calmai. Je dus recommencer cette étape plusieurs fois pour que ça marche efficacement. Je déteste les transports publics, surtout les métros. J'ai toujours peur de monter dans le mauvais wagon ou d'emprunter celui-ci alors qu'il part dans la direction opposée à mon arrêt. Je dois respirer... ça va un peu mieux.
Je n'ai pas l'habitude de prendre le métro, je ne l'ai jamais pris sans mon frère. J'ai toujours demandé à ma mère de me conduire sur les longues distances, sinon je prenais le car si elle n'était pas trop longue. Mais je me sens en totale insécurité au milieu de cette foule de gens qui se poussent et s'entassent sur le même cas. Tous se précipitent devant les wagons lorsqu'ils s'ouvrent et la masse humaine se compacte pour tous nous faire tenir dans celui-ci. Je ne veux pas être de cette masse où tout les individus se confondent et cessent de se respecter. Je n'aime pas me démarquer, mais être considéré comme de la chair à train encore moins.
On annonça le prochain arrêt. Mon arrêt. Je me levai de mon strapontin, ramassai le sac de cour calé entre mes jambes pour le jeter par dessus mes épaules et quittai le wagon et les effluves poisseuses du métro pour retrouver l'air frais et la lumière éblouissante du jour. Aujourd'hui, le ciel est clairsemé et le soleil scintillant. Il me rappelle la fin de l'hiver. La fin de ma brève scolarité passée dans le même établissement que le professeur que je m'apprête à retrouver. La caresse des rayons solaires sur ma peau me rappelèrent celle de ses mains. De ses larges mains lascives. Non, je ne dois pas y penser maintenant. Pas avant de l'avoir retrouvé, et que nous soyons en position de recommencer cette pratique.
Je marchai en quête de l'école vu sur son site, un grand bâtiment blanc. Je regardai l'adresse donné par Hiroki et stressai. Vais-je me tromper de bâtiment ? Ça va être difficile de passer à côté d'une grande faculté de plus de sept étages. Effectivement, je ne pus louper la grande enseigne affichant le blason de la faculté que je ne savais pas classieuse. Je levai mes yeux vers le sommet de cette école que jamais je ne pourrais intégrer avec mes notes calamiteuses dans la filière scientifiques. Celles-ci plombent mes notes et si l'on devait lire mon bulletin, on me rirait au nez en sachant que je désire me présenter à une école exigeante sans montrer une mention admirable. Bien que mes études envisagées ne s'intéressent gèrent aux sciences autres que celle du langage, j'ai déjà intégré une école variée dans les matières qu'elle me propose. Je l'ai choisis car malgré mes notes catastrophiques qui pourraient faire croire le contraire, j'aime me cultiver dans tout les domaines même si ce n'est qu'un peu tout les jours. Et sans elle, jamais je n'aurais pus revoir l'homme que je m'apprête à retrouver.
Je fus d'abord intercepté à l'entré par un vigile au corps trop large pour que je puisse glisser entre la porte et celui-ci. Je sortis être un élève qui a oublié sa carte d'entrée, mais il refusa cette excuse. Nous ne sommes plus en début d'année, il connaît désormais le visage de chaque étudiant pénétrant régulièrement dans l'enceinte de l'école qu'il protège. Ce gardien haut-perché sur ses baskets me refusa l'accès. Je reçus l'appui d'un jeune homme qui passa devant moi et prétexta que j'étais un élève étranger venu par un transfert. On nous laissa passer, non sans maugréer, et je me tournai vers le jeune élève qui ne daigna se tourner vers moi quand je lui demandai de se stopper.
-Pourquoi tu m'as fais passer ?
-Je me fiche de savoir ce que tu veux faire ici, mais ça doit être une bonne raison.
-Tu laisserais un inconnu pénétrer dans l'enceinte de ton école sans savoir la raison de sa venue ? Même si elle peut nuire à ton établissement ou à l'un de ses occupants ?
-Je m'en fous, j'ai seulement fais ce que j'ai jugé bon de faire. Me quitta-t-il en râlant.
Ça existe donc, des gens qui compatissent à d'autres sans justification. Sans doute son orgueil l'empêche de s'expliquer. J'aurais dus le retenir pour lui demander s'il connaît le professeur Shinabu. Un homme m'interpella, à la barbe blanche je comprend qu'il est un instituteur. Il baissa ses lunettes pour me jauger de son regard sévère, en rien je ne ressemble à ses élèves vêtus d'habits distingués. Ma veste en cuir et mon jean me font passer pour un roturier au milieu d'un univers de nantis. Mais aucun autre vêtement présent dans mon armoire ne m'aurait permit de mieux me dissimuler parmi les étudiants.
-Vous êtes un nouvel élève ?
-Je me suis égaré en chemin... me glissai-je furtivement dans ce rôle.
-Tu cherches une salle en particulier ?
-Je cherche l'administration.
Cette école doit en avoir une. Au moins, il me guidera dans un couloir qui existe, si j'aurais sortis un numéro de salle il aurait été possible qu'elle n'existe pas dans l'enceinte de cette faculté. On me conduisit à l'endroit demandé et m'échoua devant le secrétariat.
-La prochaine fois, ment mieux quand tu t'introduis dans une école.
Est-ce un complot ? Est-ce si évident que je ne suis pas un élève assez studieux pour intégrer un jour leurs rangs ? Se doutent-ils tous de ma présence ? Pourquoi me démontrent-ils de la compassion, à moins que ça ne soit de la pitié ? Je me tournai vers le bureau du proviseur. Derrière sa porte se trouve le bureau désormais occupé par mon ancien proviseur. Je ne l'ai jamais vus, mais je sais qu'il est jeune. Il doit l'être assez pour que lui et Yukio... non, je ne dois pas y penser maintenant. Je ne dois pas laisser mes doutes empiéter sur la réalité avant que je ne l'ai vus de mes propres yeux. Je remontai mes lunettes et m'approcha de la tant redoutée porte. Tant redoutée ? Une fois postée devant, je crus avoir crains cet instant depuis longtemps. Bien sûr que j'ai toujours eus peur de découvrir que Yukio ne partage pas mes sentiments ou qu'il ait déjà jeté son dévolu sur une autre personne, mais ses baisers ont fait dissipés ces questions refoulées. Aujourd'hui, une seule d'entre elle resurgit. Je crains la réponse qui s'échappera de mes lèvres, la réactions qu'aura mon corps en l'écoutant et celle de mon esprit troublé quand il devra admettre la vérité. Sera-t-elle aussi glaçante que je l'imagine ? Ou au contraire agréable... si je m'entend prononcer la prononce que mon cœur me supplie de dire.
J'approchai mon poignet de la surface laquée mais stoppa avant de toquer. Ma main se posa sur la poignet et l'abaissa brutalement. Si je dois recevoir de face la vérité, autant qu'elle s'écrase sur ma figure sans détour !...
… Non... Pas toi... pas toi, Yukio... je te reconnais, malgré que ton regard soit dirigé à l'opposé du mien. Je reconnais ta chevelure d'ébène et ton corps, que je me rend compte être magnifiquement musclé. Je pourrais pleurer, tellement il est beau dans son ensemble, mais celles-ci s'amassent sous mes paupières et les brûlent.
Pourquoi es-tu couché sous ce corps lourd, le torse écrasé sur ce bureau métallique ? Pourquoi te laisses-tu être dominé ? Je ne te reconnais pas, toi qui m'a sauvagement embrassé pour me faire comprendre tes sentiments. Étaient-ils sincères ? Ne me répond pas, je n'y crois plus...
Son compagnon ne cessa de se déhancher contre ses fesses nues au milieu de la pièce sombre. Celle-ci étant seulement éclairée par la lumière filtrée par les stores, zébrant leurs habits froissés soit remontés jusqu'à leurs épaules soient descendus jusqu'à leurs chevilles. Il parut impatient que je parte pour accélérer le rythme. Tout deux m'ignoraient, ils sont dans leur sphère privée. Je me souvins subitement qu'ils sont dans une faculté et que la porte n'était pas fermée. Je me détournai d'eux et referma soigneusement la porte pour ne pas attirer leur attention.
Je quittai l'administration, d'abord à pas lents. Une fois sorti de l'établissement, je courus le plus vite possible jusqu'à ce que je compris être l'arrière de la cantine. Des sacs empilés empestent la nourriture avariée, ça doit être là que les cuisiniers se débarrassent de leurs restes. Je m'effondrai entre ces sacs dégoulinant de jus suintant les maladies qu'auraient encourus les élèves en la goûtant, m'assis contre un sac en plastique rond qui prit la forme de mon dos et vint loger entre mes bras mes jambes devenues fébriles. Tout mon corps est secoué par cette découverte. Une première larme coula, je passai ma main sur mon visage pour la prendre mais les autres vinrent humidifier mes verres. Je les posai au sol et colla mon front à mes genoux. Mes dents se crispèrent, je les entendis grincer et jurer contre mon manque de raison.
Pourquoi ne me suis-je pas désintéressé de lui quand il en était encore temps ? Pourquoi suis-je monté dans sa voiture ? Pourquoi l'ai-je suivis à l'étage de l'école ? Pourquoi suis-je entré dans sa salle de cours ? Pourquoi ais-je attendus devant le bureau du proviseur avec lui ? Le bureau... entretenaient-ils déjà leur relation avant mon transfert ? Il a joué de moi quand il n'avait plus son compagnon pour assouvir sa passion dans son corps, ou alors il a ressentit le besoin de dominer alors que son compagnon refuse de jouer ce rôle, ou alors il avait trop de boulot pour lui consacrer du sexe et il est allé en chercher chez quelqu'un d'autre, ou alors... il y a tant d'explications, mais je ne veux en accepter aucune. Je veux seulement me rappeler de ces deux corps, celui de Yukio soumit aux coups de butoirs du proviseur. Je pleurais à chaudes larmes en me remémorant leur position, en imaginant celles qu'ils avaient déjà pratiqué et celles qu'ils ont enchaînées. Même à celles qu'ils ont prévus de faire, et qu'ils feront de nouveau dans mon dos.
Je tendis un bras lourd comme du plomb dans mon dos, retirai de mon sac un classeur auquel un stylo plume est accroché et les jeta devant moi. Le classeur s'ouvrit sur les pages rédigées après notre cours improvisé de mathématiques. J'en ai rédigé d'autres, chaque soir j'en ai ajouté. Je n'ai jamais cessé d'en ajouter, le classeur est désormais épais. Pas autant que celui que j'ai remplis quand Yukio était encore mon professeur particulier, mais assez pour me faire regretter tout le temps que j'ai perdus en les rédigeant. Mon bras revint enlacer mes jambes. Je ne veux plus voir ces sentiments futiles et innocents, je ne veux plus voir ce professeur, je ne veux plus voir cette histoire d'amour dont le chapiteau s'est effondré avant d'avoir été officiellement dressé, je me mis à songer... Pourquoi l'ai-je laissé me sauver la vie, puis me serrer dans ses bras ?
-Eh, Hiroki, ça te dit une soirée karaoké ? Proposa le frivole Miyagi a son collègue, encore et toujours penché sur des feuilles avec des tours de livres autour de lui. Un amoureux de la lecture et du contact avec le papier.
-J'ai trop de copies à corriger ce soir, une autre fois. Râla-t-il, son stylo coincé entre ses dents qui se défoulèrent dessus sans retenue.
-Ou une soirée billard ?
-T'es lourd, j'ai dis non ! Cracha-t-il son stylo.
-Ou une soirée...
-J'ai déjà refusé ta première proposition, quoi que tu me proposes je resterais sur ma décision de rester à la maison pour corriger mes copies ! Que ça te plaise ou non, je ne suis pas disponible ce soir donc...
-Dis, je peux te poser une question ?
You Miyagi s'accouda à leur fenêtre et regardait le soleil se baisser. La salle des professeurs est orientée vers l'est, rien de mieux pour que les enseignants puissent observer le paysage entre deux cours en songeant que la fin de la journée ne cesse de se rapprocher. Hiroki Kamijou leva son menton vers lui. Son air rêveur, absent, lui rappela qu'il arrive, même si c'est rarement, à Miyagi d'être posé et sérieux.
-Vas-y.
-Tu te souviens du mec qui est venu jusqu'ici pour t'apporter un bouquin ?
-Oh... le bouquin...
Le dernier roman de Usagi Akihiko. Le cadeau que lui a fait Nairo a son dernier anniversaire. Il pensa à son livre, soigneusement rangé parmi les autres qu'il entasse dans ses étagères, à côté du présent de son ami d'enfance écrivain. Pourquoi parle-t-il de son frère ?
-Tu partages quelle relation avec ce gamin ? Miyagi se tira une clope en sachant que Hiroki ne lui répondra pas avant de calculer ses mots.
Nairo ? Hiroki ne le sait pas, il ne l'a jamais sut. Nairo est bien plus renfermé. Totalement coupé de la société. Totalement isolé dans son univers. Il est seul. Hiroki a voulut le persuader du contraire, pénétrer dans son univers, lui offrir tout ce qu'un grand-frère peut transmettre à son cadet, lui procurer de doux souvenirs dans lesquels il peut se réfugier quand il chagrine, mais rien de tout ça ne semble avoir de valeurs désormais. Comme si toutes ces attentions n'ont été adressé qu'à une carapace vide. Miyagi ne décolla pas ses yeux de la vitre et souffla sur celle-ci un nuage de nicotine.
-Il est... un proche, du moins je crois. Une connaissance, murmura-t-il en insistant sur chaque syllabe comme pour vérifier que leur sonorité corresponde à la relation sur laquelle il n'arrive pas à placer un titre, il me semble. Une vieille connaissance, à vrai dire.
-Je dis ça car ton voisin est dehors.
Mon voisin ? Non, Nairo ?! Hiroki se leva brusquement, faisant tomber ses copies de son bureau et bousculer sa chaise en arrière. Il puisa dans l'amour qu'il a toujours éprouvé pour Nairo pour rejoindre son jeune frère. Celui-ci l'attend devant le lycée, posté devant le menton baissé et les bras collés le long de son maigre corps. Hiroki prit son visage, collant. Il le leva vers le ciel orangé, ses yeux ne sont plus cachés derrière ses verres. Son cadet pleure. Nairo a dus beaucoup pleurer à voir ses yeux rouges. Ses lèvres sont pincées mais Hiroki sait que sa mâchoire est crispée. Il la relâcha pour souffler « Je veux mourir ». L'aîné Kamijou l'étreignit fermement dans ses bras et plaqua son visage contre son épaule. Comment... Comment des mots aussi cruels peuvent sortir de sa bouche ?
