Nairo affichait une triste mine depuis que Hiroki l'a ramené chez lui. Son frère s'est naturellement dirigé vers la chambre ami pour s'y isoler comme si elle était toujours sa chambre. Nowaki travaille de nuit, ce qui arrange les frères Kamijou. Ainsi, ils pourront discuter juste entre eux. Il leur sortit deux grandes tasses et les remplit de chocolat chaud. Hiroki leur en préparait toujours avant qu'ils ne discutent, quand Nairo était peiné par un plus ou moins gros tracas. Il lui servait cette boisson chaude car ses ingrédients lui étaient accessibles quand il n'était pas assez grand pour atteindre les étagères en hauteurs et c'était pour cette seule occasion qu'on lui permettait d'allumer la gazinière. Il veillait à ce que le chocolat ne s'ébouillante pas et ne soit pas servie trop chaud pour qu'il ne brûle pas le palais de son protégé. Ses habitudes restèrent, comme le vélo ou la nage on ne peut oublier ce qui est nécessaire. Être à l'écoute de son frère est l'une de ses priorités.

Hiroki pénétra dans la chambre bleue, dont la couleur avait été sélectionnée par amour, et s'assit sur le lit en posant sur ses genoux les deux tasses brûlantes. Il ignora leur chaleur, trop concentré sur son frère pour penser à avoir mal.

-Nairo...

Il ne peut pas lui dire qu'il n'arrive plus à le comprendre, même s'il était plus facile de le cerner quand il portait encore des couches. Il ne faut pas que Nairo se sente incompris, il veut que son aîné saisisse la raison de sa peine. Ce qui est difficile sans dialogue et quelques explications mineures. Le cadet Kamijou resta en boule, tourné dos à Hiroki. En temps normal, il le réconforterait et lui rappellerait sa présence en caressant affectueusement son dos. Il posa sa main dessus, Nairo ne contesta pas. Il dessina des cercles sur ses omoplates.

-Quand t'étais petit, t'aimais bien que je te console ainsi.

-...

-Je ne sais pas encore de quoi je te console, mais je tiens à le faire étant donné que tu es mon petit frère. Pas juste un membre de ma famille, mais ce qui m'est de plus chère au monde. Tu as toujours été pour moi un être précieux sur lequel je ne voulais voir fleurir que des souries plus larges que son visage.

-Je n'en ai... jamais douté.

Hiroki fut surpris de sa réponse. N'a-t-il jamais avoué ses attentes, de peur de prétendre mieux connaître son frère que l'inverse ? Après tout, il n'est née qu'après lui, il ne le connaît pas assez bien pour prétendre connaître Hiroki mieux que personne. Nairo le sentit se coucher et passer ses bras autour de sa taille pour serrer son corps contre sa poitrine.

-Alors laisse-moi t'aimer à ma manière, si t'arrive à comprendre mes sentiments à ton égard, et fais-en autant. S'il te plaît, j'ai besoin de toi. Je ne veux pas te savoir chagriner dans mon dos, ni même verser la moindre larme sans me permettre de l'essuyer.

-...

-Je ne sais pas quels sont les mots que tu attends de moi. Je ne sais même pas si ce que je dis sont des mots convenables. Mais je sais que je t'aime.

-Je t'aime bien.

Ce n'était pas ce que désirait entendre Hiroki, à un mot près, mais pour lui ils n'avaient pas moins de valeurs. Il conserva précieusement contre son cœur ce qui lui est de plus précieux, et restera à jamais irremplaçable. Quand Nowaki rentra à l'appartement, il remarqua celui-ci ouvert et baigné de lumière. Quand il fit le tour des lieux, il fut rassuré de retrouver l'amour de sa vie en compagnie de son frère. Tout deux vont bien, rien de plus ne l'importait.

Hiroki laissa son petit protégé demeurer quelques jours dans son appartement, en prévenant au préalable leur mère et la faculté que Nairo ne voulait plus côtoyer. Il resta dans la maison à regarder la télévision, bien qu'il n'ait jamais aimé resté planté devant son écran, ou à aider l'un de ses deux hébergeurs aux tâches. Nowaki a insisté pour faire la vaisselle seul mais Nairo était persistant et s'activait même si on ne lui demandait pas. Les deux amants se réunirent autour de deux cafés huit jours après l'arrivé de Nairo, à une heure ou ce dernier dormait à point fermé.

-Hiro-san, il faudrait faire quelque chose pour ton frère.

-Il va s'en remettre, lentement.

-Comme moi, je suis certain que tu n'apprécies pas de le voir resté enfermer ici. Il s'isole entre nos murs car il nous aime bien, mais il devrait envisager à reprendre ses cours et une vie sociale. Le voir prouver chaque jour son utilité dans la maison puis s'enfermer dans sa solitude... ça me fait peur.

-Il est comme moi, tu ne devrais pas autant t'inquiéter. Il lui faut juste du temps.

-Au contraire... ça n'arrangera rien.

Nowaki baissa son front au dessus de sa tasse fumante, ondulant le long de son épiderme pour plonger ensuite dans les cheveux tombant sur son visage. Le pédiatre comprend Hiroki. Son frère, même s'il a une mentalité pas très éloignée de celle de son amant, ne peut pas y être comparée. Il but une gorgée de sa boisson noir d'encre et pensait.

-Nowaki, qu'as-tu dis hier au téléphone à Nairo ?

-Hiro-san...

-Dis-le moi, je t'en supplie. De quoi avez-vous parler ?

-Ce n'est pas moi qui devrait en parler.

-L'un et l'autre, vous avez eus votre chance toute la semaine. Désormais, je veux décrypter mon frère et je sais que tu peux m'y aider. Nowaki, j'ai besoin de t-

Hiroki se tut. Voilà qu'il parle comme son protégé. Celui-ci n'a eut d'yeux que pour son collègue, désormais il incommode son compagnon avec son amour fraternel obsessionnel. Nowaki prit sa main, sa paume fut aussi chaude que sa tasse.

-Je... le professeur ne put s'empêcher de rougir, troublé. Je suis désolé de t'importuner avec mon frère, je ne dois pas te mêler à notre relation.

-Ce n'est rien, Hiro-san. Moi-aussi je m'inquiète pour lui, comme s'il était mon propre frère.

-Oublie ce que j'ai dis, et pensons à autre chose.

-Hiro-san... Tu devrais reprendre contact avec ton collègue.

-Tu parles de Shinabu ? Tu sais quelque chose sur lui ?

-Je ne sais pas vraiment quelle relation il partage avec ton frère, il m'en a parlé mais c'est assez confus. Nairo a lui-même du mal à savoir quelle valeur il a aux yeux de ton collègue. C'est ambiguë, entre eux, mais tu les connais depuis plus longtemps que moi.

-Pas aussi bien que tu le crois, mais encore ?

-Tu devrais lui demander ce que représente Nairo à ses yeux.

-Tu crois que c'est ce que voudrait Nairo ?

-C'est ce qu'il attend de son grand-frère.

Le rôle d'un grand-frère... Le rôle d'un grand-frère... Quel est-il ? Protéger sa famille, mais pas seulement. Sinon ça serait trop facile. Soutenir le moindre de ses membres dans le besoin, louer le ciel pour leur bonne santé et veiller au respect de ce vœux, être présent avant même que l'on déclare sa nécessité, être prévoyant et aimant. Il ne voyait rien de plus.

-Monsieur, on peut tirer les rideaux ? Le soleil éblouit le tableau.

-Retournez à vos exercices ! Hurla-t-il à l'élève qui l'a coupé de ses pensées en lui jetant à la figure le livre qu'ils étudiaient. Les élèves cessèrent de lire leurs exemplaires et craignirent le courroux de ce démoniaque professeur auburn. Il se tourna vers le tableau et comme si aucun élève n'a été agressé par un quelconque bouquin de poche, il continua son cours.

A la fin de l'heure, Le professeur Kamijou s'écoula sur sa chaise de bureau et souffla. De sa matinée, il a passé plus de temps à balancer toutes les affaires qu'il tenait en main qu'à faire avancer le cours. Il n'a pensé qu'à Nairo et Yukio. Il n'a pensé qu'à ces deux hommes qui l'obsèdent. Il devrait regretter leur arrivée dans sa vie, mais ça serait mentir à lui-même. Il a passé de bons moments dans le passé avec ces deux hommes, mais à cette époque ils étaient encore des gamins. Pourquoi ne peuvent-ils pas revenir à celle-ci ?

On toqua à sa porte, il leva ses yeux marrons vers ceux onyx de l'individu venu à sa rencontre. Il reconnu de suite Yukio Shinabu, qui a quitté son bureau depuis peu de temps. Si peu de temps, que Miyagi continue de croire qu'il le côtoie encore et ne cesse de questionner Hiroki sur son absence. Croyant qu'il occupe encore le même poste. Croyant qu'il peut revenir l'occuper à tout moment, comme à son habitude.

-Shinabu...

-Kamijou... Je suis venu te voir...

-Pour me parler de Nairo ? Termina-t-il sa phrase, en ayant parfaitement anticipé les paroles de Yukio. T'aurais dus déjà le faire plus tôt.

-C'est que les choses se sont compliquées entre nous, et... j'ai besoin de toi.

Hiroki se lave brutalement, faisant tomber en arrière sa chaise, et brandit un poing empoignant fermement tout l'amour qu'il porte à son frère devant son ami d'enfance. Yukio ne bougea pas.

-Je ne serais pas ton outil, plus jamais.

-Hiroki, j'ai vraiment besoin de toi.

-Tu ne défends pas le contraire ? Ça explique des choses.

-Écoute-moi, Hiroki.

-Tu n'as plus intérêt à approcher Nairo.

-Hiroki... Je dois me faire excuser !

-C'est donc de ta faute s'il souffre ?!

-J'en suis pleinement conscient, laisse-moi m'excuser auprès de lui.

Hiroki se souvint de la requête de Nowaki... Demander à Yukio ce que représente pour lui Nairo... Il baissa son poing mais conserva son regard de braise, que les yeux désormais chamboulés de Shinabu excitent sa colère.

-Yukio... qu'est Nairo à tes yeux ?

-Nairo ?

-Je me fous de savoir que tu t'es toujours foutus de moi et que t'es devenu mon ami pour pouvoir gagner de l'argent de poche par les cours que tu prodiguai à mon frère, puis que t'as voulus devenir son ami. Dis-moi juste ce que Nairo est à tes yeux.

-Hiroki... Nairo...

Le professeur Kamijou baissa son menton et se mordit la lèvre inférieur. Qu'il le hait, cet homme. Qu'il le déteste, celui qui lui a dérobé son petit frère devenu un fantôme. Yukio ne bougea toujours pas, il resta pétrifié. Non... pas pétrifié... il est en réalité libre de ses mouvements, il est juste conscient que prendre la fuite serait lâche.

-Hiroki, tu te souviens de la sortie scolaire ?

La sortie scolaire ? Shinabu n'eut pas besoin de préciser laquelle pour que Kamijou se rappelle avec netteté de celle-ci et sache à quel souvenir il pense. C'était un printemps, ils étaient au collège dans la même classe. Ça se déroule au début de l'année scolaire, Shinabu n'était pas encore devenu le professeur particulier de Nairo. Ils ont fait une sortie avec toute la classe pour découvrir des rizières et l'exploitation de l'aliment qu'ils consomment tous en grande quantité comme le veut leur alimentation recommandée. Ce jour-là, Hiroki est resté en retrait. La sortie ne l'intéressait pas, pas plus que les cours auxquels il aurait dut se consacrer dans la journée. Il n'avait personne avec qui il pouvait consommer du temps avec des rires et des anecdotes hilarantes. Les élèves ricanaient à voix basses en imaginant les coups les plus tordus qu'ils pourraient réalisés pour se débarrasser de leur professeur. Aucun plan n'a été mit en pratique dans la journée, même dans l'année. Hiroki s'est ensuite isolé sous un chêne lorsque vint l'heure pour tout les élèves d'ouvrir leurs bentos. Le jeune Kamijou mangea son riz et ses agréments éloigné de sa classe, il se sentait mieux loin de ces sourires qui ne lui étaient jamais adressés. Il se souvint qu'un garçon en sweet bleu s'est levé de leur table et s'est dirigé vers lui, son panier-repas à la main. Il s'est assit pas loin de Kamijou et a mangé en silence. Il lui a jeté par moment des regards inquisiteurs, se demandant ce qu'il tramait dans son crâne. Était-il prêt de lui pour réussir un pari ? Quand ils reprirent la visite des rizières, tout deux ont rangé leurs paniers-repas et rien ne s'était passé.

Ce garçon au sweet bleu, c'était Yukio Shinabu. Le professeur se souvint que plus tard dans la même journée, il est allé marché seul tandis que sa classe s'était rassemblé avec un guide pour visiter les hangars où le riz est séché. Quand le soleil commençait à se fatiguer et à se coucher, Kamijou est revenu au hangar. Vide. Il n'y avait plus de car dans les alentours. Ils étaient partis sans lui. Il l'ont oublié. Il fit le tour du hangar, persuadé que ce n'était qu'une mauvaise farce, espérant que ce n'était qu'une mauvaise farce, et a vu Shinabu somnoler contre le tronc du même arbre près duquel tout deux avaient déjeuner. Il dormait à point fermé. Hiroki s'en est approché, son ombre réveilla Yukio. Dès qu'il vit son visage, il s'était mit à sourire.

-Tu es là, Hiroki. Je m'étais inquiéter pour toi.

-Inquiéter ? Et où sont les autres ?

-Ils sont déjà partis ?

-Tu n'étais pas avec eux ?

-Je ne t'avais pas vus, j'ai pensé que tu t'es perdu. J'ai demandé aux élèves, ils étaient persuadés que tu t'es juste baladé. J'ai donc attendu ici ton retour et je me suis endormis. Le professeur reviendra nous chercher, de toute façon, on n'a donc pas à s'inquiéter.

Hiroki a peiné à le croire... Il l'a attendu, et décidé de son plein gré de rester.

-Comme ça je peux te tenir compagnie, tu te sentiras moins seul.

Yukio Shinabu est resté avec lui jusqu'à que le proviseur vint lui-même les chercher et les ramener à leurs parents en s'excusant au nom de leur professeur et son irresponsabilité. Le soir, Kamijou s'est endormi en pensant fortement à Yukio et son acte.

-Hiroki... le ramena au temps présent le professeur Shinobu. Tu crois que tu n'as aucune importance pour moi ? Si ça aurait le cas, n'aurais-je pas insisté pour que mon bureau soit installé près du tient alors que nous n'enseignons pas la même matière ? Tu crois que j'aurais tout tenter pour entrer dans la même école que toi ?

-Et Nairo, dans tout ça ?

-Réfléchie, il n'était pas là. Ce n'est pas avec lui que j'ai suivis le même parcours scolaire. Nairo m'ait très important, plus que toi... Mais ça ne veut pas dire que je ne t'ai jamais jugé comme un ami ! Tu as été mon seul véritable ami.

-Et les autres ?

-Ils n'ont jamais été comme toi. Je ne veux pas voir Nairo en t'utilisant comme un intermédiaire, mais j'ai besoin de toi car tu es mon ami et si c'est le cas tu devrais m'y aider. Et si tu veux savoir ce qu'il représente pour moi... Nairo... est l'homme que j'aime.

-Mais... Tu es un professeur... et lui... un élève...

-Hiroki, il est un homme ! Il est fragile, mais ça ne fait pas de lui un gamin ! Il est mature et responsable, il est intelligent et comprend ce qui l'entoure, il doit encore apprendre beaucoup de choses mais il grandit et se fortifie. Il est un adulte. Tu es son frère, tu devrais le savoir.

Hiroki ne sut quoi répondre. Désormais, c'est Shinabu qui le regarde de haut. Il apprend de sa bouche, dans la même journée, qu'il est amoureux de son cadet et que Nairo le préfère à lui-même car il sait reconnaître sa maturité à sa juste valeur. Est-ce pour ça qu'il existe une distance entre eux ? Bien qu'ils soient frères ? Pour lui, Nairo n'était qu'un petit-frère à protéger. Celui-ci n'est pas que son petit-frère, il ne lui appartient pas. Il est en phase d'être assez mûr pour déployer ses propres ailes, jusque là timidement déployées. Il doit l'aider à les tendre et veiller à ce qu'il ne chute pas en plein vol. Pourquoi ne s'en rend-t-il compte que maintenant ?

-Hiroki, j'ai fais quelque chose d'horrible à ton frère. Tu dois être en colère contre moi et tu dois désirer le venger, mais laisse-moi m'expliquer avec lui avant. Même s'il ne voudra pas m'excuser, je dois lui parler. Ne serait-ce une dernière fois.

-Pourquoi tu me le demandes ? Lâcha Hiroki d'un ton acerbe, mais il serra ses poings pour ne pas s'élancer sur Yukio. Il veut d'abord l'entendre clamer pour son innocence.

-Je sais qu'il n'est pas retourné à la faculté depuis... l'accident... Hiroki, j'aime Nairo ! Je l'aime comme un fou, j'en suis obsédé. Tu vas trouver ça bizarre, mais je l'aime depuis que j'ai posé mes yeux sur lui pour la première fois. J'en étais fou amoureux, je m'impatientais de le revoir dès que je quittai le seuil de votre maison. Hiroki, ne croit pas que je te manipulai pour le voir. C'est totalement faux. Je t'aimai aussi... pas de la même façon, seulement comme un ami, mais jamais je n'ai voulus te manipuler. Il m'est arrivé de m'inquiéter pour ton frère quand il allait mal, mais pour toi aussi quand tu t'absentais un jour de cour. Crois-moi, Hiroki.

Le professeur Kamijou céda. Il passa à côté de Yukio, ouvrit en grand la porte de la salle et le cibla d'un regard glacial. Son collègue crut même voir dans ses iris marrons des striures azur dégageant une aura vaporeuse. Comme de la glace, comme sa froid frigide.

-Fais encore une fois pleurer Nairo, et jamais plus tu ne m'adresseras la parole.